Chapitre 2
New-York, aux environs de 20h.
Sortant de la salle de bain, en sous-vêtements, Kate attrapa son jean posé sur le lit, pour l'enfiler. Elle passa ensuite un tee-shirt, puis le vieux pull de laine, qu'elle aimait beaucoup et qui tenait si chaud. Rick lui avait dit de bien se couvrir. Il pourrait faire très froid là où il l'emmenait. Elle ignorait toujours où ils allaient, mais le savoir importait peu pour le moment. Elle voulait rêver, se laisser porter par les événements, se laisser surprendre. Ne plus réfléchir. Ne plus s'inquiéter. Juste profiter.
Elle n'était pourtant pas totalement sereine à l'idée de cette escapade romantique et secrète. Elle vivait depuis des mois maintenant avec cette angoisse qu'on découvre qu'elle enquêtait, et qu'on s'en prenne à son mari, à sa famille. Et puis elle avait dû mentir à Esposito et Ryan. Elle n'aimait pas cela, mais c'était devenu une habitude, malheureusement. Elle se demandait s'ils avaient été dupes ou non. Ils avaient eu l'air de croire à ses explications, concernant son père, qui était malade, dans sa cabane dans les montagnes, et sur qui elle devait aller veiller, un jour ou deux. Ryan s'était même inquiété, et avait proposé de l'accompagner. Elle avait gentiment refusé sa proposition, et leur avait intimé de la joindre absolument en cas de problème. Au-delà du mensonge, elle avait l'impression de manquer à son devoir de Capitaine en feignant un problème familial pour échapper à ses obligations, et s'enfuir deux jours avec son mari. Mais être avec lui, le rendre heureux, voir sa joie et son sourire radieux quand elle avait accepté sa proposition n'avaient pas de prix. Elle n'avait pas le choix si elle voulait continuer à vivre. Et il le fallait où cette affaire la rongerait de l'intérieur, comme l'avait fait l'enquête sur le meurtre de sa mère des années plus tôt. Elle n'était plus la même qu'à cette époque. Elle avait appris à vivre de nouveau, à être heureuse, et le bonheur qu'elle partageait avec Rick était ce qu'elle avait de plus précieux au monde. Elle avait failli détruire tout cela, en lui cachant la vérité, en le fuyant, pour le protéger, mais en le fuyant malgré tout. Et aujourd'hui, elle savait que plus rien ne devait lui faire oublier sa priorité. Son unique priorité, quoi qu'il arrive. Rick, leur famille, leurs amis, et la vie qu'ils aimaient. Alors s'il fallait mentir, s'il fallait se cacher, ou partir comme une voleuse, elle était prête à le faire.
Songeuse, à la fois impatiente et pleine d'appréhension, elle s'assit au bord du lit, pour enfiler une paire de chaussettes et ses bottines. Puis, elle gagna de nouveau, la salle de bain qui jouxtait sa chambre, afin de se coiffer et se maquiller. Pas trop. Juste un peu. Rick l'aimait simple et naturelle. Mais elle voulait dissimuler sa fatigue, conséquence des journées de travail harassantes, et des longues nuits sans sommeil qui s'accumulaient ces derniers temps. Elle dormait peu et mal, la plupart du temps. Sauf quand par chance, elle s'autorisait à passer une nuit entière dans les bras de Rick. Mais cela n'était pas arrivé depuis quelques temps.
Cette chambre d'hôtel, au confort simple et spartiate, était donc le théâtre de ses insomnies. Un lit, une simple armoire pour ses vêtements, un bureau, sa tablette et quelques livres posés sur la table de chevet. Le strict minimum. Elle n'avait finalement pas besoin de beaucoup plus pour vivre. Elle n'avait jamais voulu s'installer ici. Elle s'était refusée à personnaliser l'endroit. Ce n'était pas chez elle. Cela ne devait pas durer. Elle pensait que quelques semaines suffiraient. Mais voilà des mois qu'elle vivait ici désormais. Et pendant des mois, séparée de Rick, elle avait fui cette chambre, qui était pourtant son seul refuge. Elle n'y rentrait alors que pour essayer de dormir, très tard le soir, prolongeant les heures passées au commissariat ou dans la planque secrète dont Vikram et elle avaient fait leur quartier général. Le matin, elle ne s'y éternisait pas non plus. Juste le temps de prendre une douche, et, dès l'aube, elle partait, alors que le jour n'était pas encore levé pour aller déjeuner dans un café, à proximité, avant de rejoindre le poste. Le week-end, quand elle ne travaillait pas, ou n'enquêtait pas secrètement sur Locksat, elle fuyait aussi cette petite chambre qui lui rappelait trop combien sa vie n'était plus que l'ombre de ce qu'elle avait été. Se retrouver confrontée avec elle-même, sa solitude, ses angoisses, était trop douloureux. Le manque de Rick était insupportable. Alors elle sortait. Elle marchait longuement dans les rues ou les parcs de la ville, elle allait au musée, passant des heures à admirer les œuvres qu'elle aimait. Elle courait aussi, ou allait boxer, taper dans le sac de sable pour se défouler, pour ne pas penser. Parfois, elle retrouvait Lanie pour faire du shopping, aller au restaurant, et se changer les idées. Essayer de survivre, comme elle le pouvait.
Mais depuis un mois, depuis qu'elle était revenue vers Rick, et qu'elle lui avait dit toute la vérité, tout avait changé. Et cette chambre n'était plus désormais le refuge qu'elle fuyait, mais le cocon où elle prenait plaisir à passer du temps. Parce que c'était ici qu'elle était le plus tranquille pour téléphoner à Rick. Leurs appels, chaque soir, chaque matin, étaient sa bouffée d'oxygène pour la journée, et son apaisement pour la nuit à venir. Ses week-end ne consistaient plus désormais en de longues errances solitaires dans les rues de New-York, à fuir son mal-être, mais en des rendez-vous secrets improvisés, et improbables avec Rick. La pièce secrète du bureau de Castle était le douillet cocon où ils s'enfermaient des heures durant pour profiter l'un de l'autre. Et quand elle retrouvait sa petite chambre, seule, loin de son homme, c'était désormais la tête emplie de doux souvenirs, le cœur apaisé par l'amour qu'ils partageaient.
Seulement, depuis dix jours, le fragile équilibre qu'ils tentaient de préserver avait de nouveau volé en éclats. Et cela ne pourrait pas durer ainsi. En attendant, se refusant à réfléchir pour le moment, elle finit d'appliquer un soupçon de rose sur ses lèvres, avant d'attacher ses cheveux négligemment en un chignon. Elle fourra ensuite ses affaires de toilette, son maquillage dans une petite trousse, qu'elle enfouit au fond de son sac de voyage, posé sur le lit. Elle ouvrit l'armoire pour se saisir de quelques vêtements supplémentaires. Simples, pratiques, chauds et confortables. Elle ignorait où ils allaient, mais, la situation leur imposant la discrétion, elle se doutait que ce n'était certainement pas dans un des hôtels luxueux et paradisiaques où Castle aimait l'emmener habituellement. Elle ajouta néanmoins une petite robe à ses bagages, une paire de talons hauts, ainsi que quelques bijoux, juste au cas où elle soit amenée à sortir. Tout était possible avec Castle. Refermant son sac, prête à partir, elle hésita un instant. Elle était impatiente, toute aussi excitée que la première fois qu'ils étaient partis en week-end tous les deux, dans les Hamptons. A l'époque aussi, ils devaient mentir et se cacher. Mais le danger n'était pas le même.
Il fallait qu'elle prévienne son père. Il l'appelait souvent ces derniers temps, et si le hasard faisait qu'il tentât de la joindre ce week-end et qu'il ne parvienne pas à le faire, faute de réseau ou pour une quelconque autre raison, il allait s'inquiéter. Il était déjà si soucieux de voir se prolonger cette séparation, de savoir sa fille seule dans cette chambre d'hôtel à se morfondre depuis des mois. Il ne comprenait pas pourquoi elle se privait de son mari, de la vie qui la rendait heureuse. Il ne comprenait pas pourquoi subitement, elle avait besoin de temps et d'espace. Et elle ne pouvait rien lui dire. Les vagues explications qu'elle avait tenté de lui donner n'y avaient rien changé. Il avait peur pour elle, il souffrait de la voir souffrir, incapable de l'aider, trop pudique pour s'immiscer vraiment dans sa vie personnelle. Mais il appelait souvent, et s'assurait qu'elle allait le mieux possible. Elle se maudissait de ne pas pouvoir le rassurer, lui dire de ne plus s'inquiéter, parce qu'elle avait retrouvé son mari, et que désormais, ils iraient bien. C'était une torture de lui mentir, constamment, de feindre un mal-être qui avait disparu.
Regardant l'heure sur son téléphone, elle se dit qu'elle avait encore quelques minutes devant elle, et s'assit au bord du lit, pour appeler son père. Il répondit aussitôt, sans doute aux aguets dès qu'il voyait qu'elle cherchait à le joindre.
- Allo Katie ? lui fit-il d'une voix qu'elle sentit soucieuse comme à chaque fois qu'elle l'appelait.
- Bonsoir, Papa, répondit-elle, s'efforçant de ne pas paraître trop heureuse ni trop affligée.
- Tout va bien ?
- Oui. Ça va.
- Bien, répondit-il, comme soulagé.
- Je voulais juste te prévenir que je vais m'absenter jusqu'à samedi, alors si tu n'arrives pas à me joindre, ne te fais pas de souci, ok ?
- Ok. Tu pars pour le travail ? demanda-t-il, un peu surpris vu qu'on était en pleine période de fêtes.
- Non.
- Tu t'es réconciliée avec Richard ? Vous partez tous les deux ? continua-t-il, plein d'espoir.
- Non, Papa, répondit-elle, du ton le plus triste possible.
Ne pas pouvoir lui dire la vérité lui fit mal au cœur. Il aurait été si heureux et soulagé de savoir que la situation s'arrangeait. Mais avec Castle, ils avaient décidé de ne rien dire pour le moment, et de ne prendre aucun risque, même si cela leur pesait à tous les deux de mentir à leurs familles, leurs amis, et de devoir jouer la comédie, et mettre en scène un simulacre de relation conflictuelle.
- Papa, j'ai juste besoin de me retrouver un peu seule, un jour ou deux, tu comprends ? Loin de New-York …, du travail, de tout ça …
- Tu es sûre ? Je pensais qu'on aurait pu dîner ensemble pour le réveillon demain soir et …, je ne sais pas, juste passer un petit moment ensemble. Tu me dis toujours qu'on ne doit pas rester seuls à cette période de l'année.
Pour l'un comme pour l'autre, les fêtes étaient une période douloureuse, mais depuis qu'elle était avec Rick, elle avait appris à apprécier de nouveau Noël, et fêter la nouvelle année. Et son père commençait à y prendre goût aussi, se mêlant à la famille qu'ils formaient tous désormais, avec Martha et Alexis. Plus que tout, elle détestait le savoir seul à cette période-là, et le voir s'isoler, se renfermer dans la tristesse inévitable qu'il ressentait toujours. Mais aujourd'hui, elle n'avait pas le choix.
- Je sais, Papa, mais cette année c'est différent … et j'ai besoin de …
- Katie … parle-moi, chérie. Explique-moi ce qui se passe.
- C'est compliqué.
- Essaie …, insista-t-il, gentiment.
- Pas maintenant, Papa, ok ? répondit-elle, avec douceur, tentant de couper court à ce sujet de conversation.
- Ok …, admit-il, d'un air las.
- Papa, il y autre chose, continua-t-elle. Si jamais on t'appelle, ou bien …, je ne sais pas, j'ai dit aux gars au poste que tu étais malade et que j'allais veiller sur toi pendant ces deux jours.
Elle entendit son père rire au bout du téléphone, ce qui la surprit, mais la fit sourire.
- Pourquoi ris-tu ? s'étonna-t-elle, d'une voix souriante.
- Je ne te crois pas ! Tu ne peux pas avoir dit ça !
- Je t'assure que c'est vrai …, lui fit-elle.
- Vraiment ?
- Oui.
- Ça me rappelle quand tu avais quinze ans et que tu avais écrit un mot dans ton carnet de liaison à notre place pour prévenir le lycée que tu n'irais pas en cours toute une journée car ta grand-mère était décédée …
- Oui …, et Granny était encore pleine de vie à cette époque …, se souvint Kate, avec un sourire.
- La pauvre, oui ! Quand elle a su ça, elle t'a passé un sacré savon …
- Je m'en souviens encore. Mais Papa, j'ai juste dit que tu étais malade, ok ?
- Ok. Mais ce ne serait pas plus simple de …, objecta-t-il.
- Non, Papa. Rien n'est simple, conclut-elle, ne voulant pas discuter davantage, pour ne pas culpabiliser plus encore de ne pouvoir lui expliquer la situation.
- Où vas-tu ?
- Je ne sais pas encore.
- Je vois. Tu pars au gré du vent …
- Voilà, répondit-elle.
- Va donc à la cabane, chérie, lui suggéra-t-il. Tu seras bien là-bas …
- Je verrai …, répondit-elle, évasivement.
- Ok.
- Toi, tu devrais appeler Tante Theresa pour demain soir. Je suis sûre qu'elle sera ravie de réveillonner avec toi.
- Tu m'abandonnes et tu veux me caser avec Tante Theresa pour la soirée ? fit-il semblant de s'indigner.
- Je ne t'abandonne pas, Papa …. Et puis tu adores ta sœur ….
- Elle me casse les oreilles, oui … Elle va encore bavasser toute la soirée.
- Eh bien, elle parlera pour deux, et ça te changera les idées.
- Hum … je verrai, répondit-il, aussi évasivement qu'elle, un peu plus tôt.
- Ok. Si je peux, je t'appellerai demain. Mais ne t'inquiète pas si je ne le fais pas …
- Oui. J'ai compris, chérie. Mais sois prudente …
- Ne t'en fais pas.
- Fais attention à toi et …
- Oui, Papa, l'interrompit-elle gentiment. Je te laisse, je dois y aller.
- Ok.
- Je t'aime.
- Moi-aussi, je t'aime, chérie.
- Bye.
- Au-revoir.
Elle raccrocha, le cœur serré, de devoir lui mentir, de ne pas pouvoir le rassurer, de le savoir seul en cette fin d'année. C'était le prix à payer pour deux jours de bonheur et d'insouciance avec Castle. Elle se demandait parfois comment elle avait pu en arriver là, comment tout son monde avait pu basculer, et sa vie se complexifier ainsi. Elle savait comment. Elle savait pourquoi. Mais si seulement les choses avaient pu être autrement. Se refusant à se laisser aller à la mélancolie, pressée désormais de retrouver Rick, elle se saisit de son sac, et quitta la chambre
Loft, New-York, aux environs de 20h.
Castle sortit de la douche, et attrapa une serviette pour se sécher rapidement. Il était tout impatient et excité d'aller rejoindre Kate, et de prendre la route. Cette escapade romantique allait être absolument géniale. Ils auraient du temps. Ils seraient libres. Ils pourraient parler. Il fallait qu'ils discutent de la situation aussi. Cela faisait plusieurs mois qu'ils vivaient séparément désormais, et même si depuis un mois, ils avaient tenté de mettre en place un nouvel équilibre, il redoutait de voir la situation s'éterniser ainsi. D'ici peu, ils auraient passé plus de temps loin l'un de l'autre qu'ensemble depuis leur mariage. Il savait combien cette affaire était pesante pour Kate, combien elle avait besoin de réponses, mais les choses n'avançaient pas. Il ne s'en était pas mêlé, comme il le lui avait promis, même si cela lui demandait des efforts surhumains, tant il était curieux, et avait besoin d'épauler sa femme, sa partenaire, et de veiller sur elle. Mais elle ne voulait pas qu'il soit impliqué personnellement. L'idée qu'on puisse vouloir s'en prendre à lui parce qu'il s'était mêlé de l'affaire la torturait. Il la laissait donc enquêter seule avec Vikram, à condition qu'elle lui dise si un nouvel élément apparaissait, qu'il sache où elle se trouvait à chaque instant du jour ou de la nuit, et qu'elle ne prenne aucun risque ni aucune décision sans en avoir discuté avec lui. Un mois qu'il supportait de ne rien faire, et tentait de profiter du bonheur et de la sérénité retrouvés auprès d'elle, de s'amuser de la situation aussi, face aux gars, en particulier, qu'ils devaient duper. Mais le temps passait, et rien ne changeait. Il commençait à s'interroger, à remettre en question la décision qu'ils avaient prise. Il faudrait qu'ils en discutent. Il voulait que ces deux jours soient une bouffée d'air revivifiante pour chacun d'eux, pour leur couple, qu'ils fuient la dureté de leur quotidien, mais ils devraient aussi trouver un moment pour parler sérieusement.
La serviette enroulée autour de la taille, il rejoignit la chambre, pour déposer quelques vêtements au fond de son sac. Puis, dans le tiroir de son bureau, il récupéra le petit paquet qu'il destinait à Kate et le glissa, dans son sac, entre deux jeans. Enfin, se postant devant la penderie, il se mit en quête de choisir sa tenue. Il enfila un caleçon, puis hésita un moment. Il devait faire en sorte de ressembler le moins possible à Richard Castle. Il n'allait pas se déguiser pour autant, mais Kate avait peur qu'on les voit ensemble, et qu'avec sa notoriété il soit difficile de passer inaperçus. Il attrapa finalement sa chemise à carreaux rouge, se disant qu'il aurait l'air d'un bûcheron canadien avec une chemise pareille. Ce serait parfait. C'était un cadeau de sa chère mère, qu'il n'avait encore jamais eu l'occasion de porter. Non pas qu'elle lui déplaisait, même si elle ne lui plaisait pas non plus, mais en temps normal il n'avait jamais eu envie d'avoir l'air d'un bûcheron canadien à New-York.
- Richard ! Tu es là ? appela soudain la voix de Martha depuis l'entrée.
Il se fit la réflexion qu'elle devait avoir un don pour faire irruption au moment précis où il songeait à elle. Alexis n'était pas au loft quand il était rentré de son rendez-vous secret avec Kate, et il avait pu peaufiner les derniers détails de leur escapade tranquillement. Il pensait pouvoir partir rapidement, sans avoir à croiser ni sa mère ni Alexis, qui ne manqueraient pas de le questionner. Il leur aurait envoyé un message sur la route pour qu'elles ne s'inquiètent pas. Cela aurait suffi. Mais sa mère était là, maintenant. Sans répondre, il enfila sa chemise, sachant pertinemment que dans moins de dix secondes, elle l'aurait rejoint dans la chambre. Se lançant un pari à lui-même, il s'amusa à décompter dans sa tête, jusqu'à voir surgir Martha sur le seuil de la porte.
- Ah te voilà ! s'exclama-t-elle, comme si elle était soulagée de le trouver.
- Gagné ! répondit-il, pour lui-même, avec un sourire, en finissant de boutonner sa chemise.
- J'ai gagné quelque chose ? s'étonna-t-elle, en posant son sac à main sur le lit, et se débarrassant de son manteau.
- Laisse tomber …, sourit-il gentiment, en farfouillant dans son armoire. Dis, tu pourrais attendre que je te réponde avant de surgir dans la chambre …
- Oh allons, Richard, ça fait bien quarante ans que je te vois en caleçon …, rétorqua-t-elle, minimisant, comme à l'habitude, son intrusion dans la vie de son fils.
- Justement, il serait peut-être temps que ça cesse, répondit-il, d'une voix ferme mais souriante, en attrapant un jean.
- Oh mais tu as mis ma chemise ! Elle te va bien …, constata-t-elle, contente. Tu sors ce soir ?
- Non. Je pars quelques jours … J'ai décidé de m'accorder deux petits jours d'évasion ….
- Oh …, s'étonna-t-elle, le dévisageant d'un air perplexe alors qu'il enfilait son pantalon.
Elle était surprise, et s'attendait à tout sauf à ça. Richard n'avait pas quitté New-York depuis des semaines, et jamais il ne partait au moment des fêtes. Même si cette année, Noël avait été plutôt triste sans Katherine au loft, son fils tenait aux traditions, et fêter le nouvel an loin de New-York et de sa famille n'en faisait pas partie. Où partait-il aussi subitement ? Et avec qui ? Elle ne pouvait pas croire que cette femme, Vera, fasse partie de l'évasion dont il venait de lui parler. C'était impossible. Du moins, elle l'espérait. Elle ne pouvait pas lui poser directement la question, et lui révéler qu'Alexis avait vu un message personnel sur son téléphone. Ni lui demander directement s'il voyait une autre femme. Il fallait qu'elle ruse et qu'elle arrive à en savoir plus, pour ensuite pouvoir agir si besoin.
- Tu ne seras donc pas là pour le réveillon ?
- Je reviens samedi … On pourra dîner tous les trois samedi soir, non ? suggéra-t-il, déposant quelques vêtements chauds dans son sac. Et boire un verre à la nouvelle année ?
- Bien-sûr …
- Et puis, comme ça, demain soir, vous pourrez vaquer toutes les deux à vos occupations sans vous préoccuper de me laisser seul, expliqua-t-il, avec un sourire. Alexis avait une soirée avec ses amis, et était prête à y renoncer pour ne pas m'abandonner à mon triste sort.
- Elle se fait du souci pour toi … On se fait toutes les deux du souci, chéri.
- Je vais très bien, assura-t-il, la regardant avec un sourire qu'il voulait rassurant.
Il aurait voulu pouvoir tout lui dire. Apaiser ses inquiétudes, et la peine qu'elle pouvait ressentir à le voir désemparé, et malheureux. Il ne l'était plus, même si la situation n'était pas idéale, mais pour sa mère et Alexis, il était contraint de feindre une certaine morosité. Par contre, il s'ennuyait sincèrement de sa femme depuis dix jours, sans avoir pu passer un vrai moment avec elle. Et dans ces circonstances, il savait qu'il avait tendance à tourner en rond au loft, et passer son temps à ne rien faire. Cela n'avait pas dû échapper à Alexis qui avait certainement alerté sa grand-mère. Sans compter qu'il évitait toute discussion concernant Kate, et que dans le flou le plus total sur la situation, sa mère et sa fille n'en finissaient plus de se poser des questions et de se ronger les sangs. Maintenant, elle devait se demander où il partait de manière aussi impromptue et imaginer tout un tas de scenarii.
- Je vois ça, oui. Tu es bien souriant aujourd'hui … Vous avez pu discuter un peu avec Katherine ? tenta-t-elle, espérant une réponse positive.
- Mère …
- Je sais, tu ne veux pas en parler, soupira-t-elle.
- Voilà, répondit-il, s'éloignant vers la salle de bain.
- Tu pars dans les Hamptons ? continua-t-elle, en haussant la voix pour qu'il l'entende.
- Non.
- Et où ce besoin d'évasion te conduit-il ? demanda-t-elle en s'asseyant au bord du lit.
- Tu es bien curieuse, répondit-il, gentiment tout en s'affairant à rassembler ses affaires de toilette dans la salle de bain.
- Ça te va bien de me le reprocher …, lui fit-elle remarquer, toi qui passes ta vie à chercher à savoir ce qui se trame dans la mienne.
Il ne répondit pas, et Martha commença à se dire que ce serait peine perdue pour le faire parler. S'il ne voulait pas lui dire où il partait, c'était qu'il y avait anguille sous roche. Probablement. Sinon pourquoi ne pas lui dire tout simplement qu'il avait besoin de prendre l'air loin de New-York et de tous ses soucis ? Est-ce qu'il partait avec Vera ? Non. Jamais il ne ferait ça à sa femme. Jamais. Elle voulait bien croire qu'il soit capable de toutes les bêtises du monde, mais tromper Katherine, l'amour de sa vie. Non. Il y avait une explication. Forcément. Mais laquelle ? « Merci pour cette merveilleuse nuit ». Il n'y avait pourtant aucune ambiguïté. Richard avait passé la nuit avec cette femme, Vera, et certainement pas pour jouer au Scrabble. Alexis avait dit qu'il y avait d'autres messages. Toute une liste dans le journal du téléphone. Mais non. Impossible. Richard ne pouvait pas faire ça à Katherine. Même juste pour du sexe ? Pour noyer son chagrin ? Il était son fils. Mais il était aussi un homme. Pourrait-il retomber dans ses vieux démons ? Parce qu'il était seul et malheureux. Non. Impossible. Mais si jamais ?
- Je m'inquiète, Richard, reprit-elle, l'entendant farfouiller dans les placards de la salle de bain. Alors tu n'as peut-être pas l'habitude que je me fasse du souci pour toi, mais ta vie personnelle est un désastre depuis des semaines, et tu n'es plus que l'ombre de toi-même …
- Mère, tu as toujours les mots qu'il faut pour me remonter le moral …, lui fit-il remarquer. Ecoute, cesse de t'inquiéter pour moi. Ça va …
- Non, ça ne va pas ! s'exclama-t-elle d'un ton plus ferme. Je suis ta mère, je suis en droit de m'inquiéter, et ton devoir de fils est de me dire ce qui ne va pas. Hier encore, tu tournais en rond à te lamenter comme une âme en peine, à te nourrir de glace au chocolat, et à passer la moitié de la journée en pyjama devant des dessins animés niais comme tout, et aujourd'hui tu pars en villégiature … tout heureux d'aller fêter la nouvelle année je ne sais où …
Elle avait haussé le ton, et cela lui serra le cœur. Sa mère ne haussait jamais le ton. Quand cela arrivait, rarement, c'était qu'elle se faisait vraiment du souci. Que pouvait-il répondre ? Il aurait été si simple de tout révéler. Mais c'était impossible. Que pouvait-elle s'imaginer ?
Il réapparut enfin de la salle de bain, sa trousse de toilette à la main, et vint s'asseoir au bord du lit près de Martha.
- Ecoute, reprit-il avec douceur. Oui, c'est un peu tendu entre Kate et moi … très tendu même … Il nous faut du temps, simplement. Mais je sais comment faire revenir Kate une bonne fois pour toutes. Elle me manque, mais je ne suis pas désespéré, ne t'en fais pas … Je sais ce que je fais.
- Ah oui ? Et comment comptes-tu la faire revenir cette fois ? demanda Martha, inquiète de la stratégie pour laquelle pouvait avoir opté son fils.
- Crois-moi, tu ne préfères pas savoir, répondit-il sur le ton de l'humour.
- C''est censé me rassurer ? Tu ne crois pas que tu ferais mieux de parler à Katherine ? C'est ta femme, chéri … Mettez les choses au clair une bonne fois pour toutes. Demande-lui des explications. Ça dure depuis des mois ainsi …
- Mère, c'est gentil, mais je n'ai pas envie et pas le temps d'en discuter maintenant, répondit-il, en se levant, cherchant à couper court à la conversation.
Plus il parlait, plus il risquait de faire une gaffe, et plus l'inquiétude de sa mère lui faisait peine à entendre. Rien ne la rassurerait de toute façon tant que sa belle-fille ne serait pas de retour à la maison pour de bon.
- Tu ne vas pas faire de bêtises au moins ? continua Martha, tenace, alors que Rick refermait son sac.
- Des bêtises ? Comme ? sourit-il, se demandant à quoi elle pensait.
- Comme noyer ton chagrin dans l'alcool … ou dans le lit d'une autre femme …, lui fit-elle, banalement.
- Je ne suis pas désespéré à ce point, Mère …, répondit-il, avec un petit sourire.
Elle était bien incapable de savoir s'il disait la vérité. Elle ne le pensait pas désespéré à ce point, non. Et surtout elle savait qu'il aimait trop sa femme. Mais quand même. Il y avait toujours le message de Vera qu'elle ne perdait pas de vue. Et elle avait promis à Alexis d'essayer de trouver une explication logique.
- Le Détective Slaughter ne t'a pas suggéré une idée saugrenue pour récupérer ta femme au moins ?
- Slaughter ? Non, pourquoi ? s'étonna-t-il.
- Parce qu'il ne t'attire toujours que des ennuis …, voilà pourquoi …
- Eh bien pas cette fois, sourit-il. Mère, cesse de te poser des questions et de t'occuper de mes affaires … Fais-moi confiance …
- La dernière fois que je t'ai fait confiance et que tu m'as dit que tout allait bien, tu as débarqué sur une scène de crime avec une hôtesse de l'air que tu as exposée comme un trophée aux yeux de Katherine … pour la rendre verte de jalousie …
- On n'était même pas ensemble, je te rappelle …, et puis la situation n'avait rien à voir avec aujourd'hui.
- Ok Mais juste au cas où, rendre ta femme jalouse ne la fera pas revenir …
Il faillit sourire devant l'absurdité de ce qu'elle sous-entendait, mais elle était sérieuse. Comment pouvait-elle imaginer qu'il puisse ne serait-ce qu'envisager de tromper Kate ? Elle devait vraiment être inquiète et le croire désespéré et malheureux pour se faire pareilles idées. Elle savait mieux que personne combien sa femme était tout pour lui. Elle avait vu avant tout le monde qu'il était fou amoureux de Beckett. Elle avait vu son mal-être à l'époque. Elle savait ce qu'ils avaient traversé. Comment sa mère pouvait-elle penser qu'il pourrait avoir envie d'une autre femme ?
- Je le sais, répondit-il simplement. Je n'ai aucune intention de la rendre jalouse, si ça peut te rassurer. On se laisse juste du temps pour régler nos problèmes. Et en attendant, autant profiter de la vie, et prendre du bon temps …
- Si tu le dis …, soupira-t-elle, essayant de s'en convaincre. Mais c'est triste de fêter la nouvelle année, tout seul, chéri. Ce n'est pas du bon temps, ça ! Tu pourrais peut-être attendre un jour ou deux pour partir ? Après les fêtes, non ?
- Non. J'ai besoin de partir maintenant, justement … Cette fin d'année a été difficile. J'ai besoin de me retrouver un peu.
Elle le regarda d'un air un peu triste.
- Ne t'inquiète pas pour moi …, sourit-il, se penchant pour déposer un baiser sur sa joue. Je sais ce que je fais …
- Je l'espère …, soupira-t-elle.
- A samedi, Mère, sourit Castle, attrapant son sac. Je t'appelle quand je serai arrivé.
- Tu as intérêt …
Il sourit, avant de s'éloigner vers son bureau, récupérant au passage la copie du formulaire de réservation de la voiture de location, qui les emmènerait Kate et lui dans leur petit coin de paradis.
Brooklyn, New-York, aux environs de 21h …
Dans l'obscurité la plus totale d'une petite ruelle, calme et isolée, Kate emmitouflée dans son manteau, son écharpe autour du cou, piétinait sur place pour se réchauffer, en attendant son mari. Rick lui avait donné rendez-vous au milieu de nulle part, loin des quartiers animés, à un endroit où le début de leur escapade passerait inaperçu. Elle avait pris le métro, histoire de se fondre dans la masse, puis avait marché un peu, avant d'atteindre le point de rendez-vous. Depuis, elle n'avait pas vu âme qui vive. Le bruit de la circulation, ronronnant au loin dans l'avenue toute proche, diminuait peu à peu en intensité à mesure que la nuit s'obscurcissait, et que le brouillard s'épaississait. Plus l'attente durait, plus son impatience de retrouver Rick et de découvrir où ils allaient, grandissait. Maintenant qu'elle était vraiment sur le point de partir, elle était intriguée. Castle avait dû improviser cette escapade, ne sachant pas à l'avance si elle accepterait. Il ne pouvait pas l'emmener aux Hamptons, où tout le monde les connaissait, et en voiture, ils ne pouvaient pas non plus faire des milliers de kilomètres en si peu de temps. Elle était certaine que Rick avait prévu quelque chose de génial, quelque chose qui la ferait se sentir bien.
C'est le bruit d'un moteur se rapprochant qui la tira de ses pensées, aussitôt suivi par la lumière aveuglante de deux phares, à l'entrée de la ruelle. Eblouie, elle plissa les yeux, et attendit que la voiture s'arrête à sa hauteur, pour découvrir Castle au volant. Ils échangèrent un sourire, de loin, puis elle se hâta d'ouvrir la portière arrière pour y déposer son sac, avant de venir s'installer côté passager.
- Hey …, lui fit-elle d'une voix joyeuse, se penchant vers lui, à peine assise, pour l'embrasser.
- Hey …, sourit-il, ravi, alors que caressant sa joue, elle retenait son visage près du sien pour déposer deux petits baisers sur ses lèvres. Tu es toute gelée …
- Oui, il fait super froid ce soir, répondit-elle, s'éloignant doucement de lui, pour se caler dans son siège.
- Peut-être qu'il va neiger … Ce serait chouette !
- Oui, sourit-elle, sachant combien il aimait voir la ville sous la neige.
- Tu veux une couverture ? proposa-t-il, la regardant retirer ses gants, et prendre ses aises. La route va être longue … et il ne fait pas bien chaud dans cette vieille carcasse …
- Non, merci, ça va aller. Je suis bien.
- Ok. Alors … prête ? Je t'enlève ? lui lança-t-il, tout sourire.
- Oui …
- Tu en es bien sûre ? insista-t-il, taquin. Après, ce sera trop tard, à tes risques et périls ! Tu ne pourras plus revenir en arrière …
- Enlève-moi, mon cœur …
- Oh ! J'adore ! s'exclama-t-il joyeusement.
Elle sourit, attendrie par son enthousiasme, alors qu'il engageait la voiture dans la petite rue pour rejoindre l'avenue.
- Tu peux peut-être me dire où nous allons maintenant, non ? lui demanda-t-elle, curieuse.
- Non, ce sera une surprise ! D'ailleurs, si tu pouvais éviter de regarder les panneaux …
- Je peux essayer, mais je ne te garantis rien …, sourit-elle, amusée.
- Tu as intérêt d'essayer vraiment, sinon je te bande les yeux ou même je t'enferme dans le coffre ! Après tout c'est un enlèvement … alors …
Elle rit, et il tourna la tête vers elle furtivement, juste pour profiter du plaisir de la voir rire, et d'entendre l'éclat joyeux de ce rire qui lui manquait tant au quotidien.
- Le voyage serait bien moins savoureux pour mon ravisseur si j'étais dans le coffre …, lui fit-elle remarquer, un large sourire éclairant son visage. Je ne pourrais pas faire ça par exemple …
Elle tendit le bras vers lui pour poser tendrement sa main sur sa cuisse, ce qui le fit sourire de contentement.
- Ou ça …, ajouta-t-elle, en se penchant et lui piquant un baiser sur la joue.
- Je me trompe ou tu essaies de faire du charme à ton ravisseur pour l'amadouer ?
- Tu ne te trompes pas, sauf que mon ravisseur est déjà sous le charme …
- Ce n'est pas faux, sourit-il. Bon, je t'autorise à voyager près de moi …, mais je peux quand même te bander les yeux, non ?
- Hors de question … Je veux profiter de chaque instant. Et puis il fait nuit noire, je ne vois pas grand-chose de toute façon …, et je ne fais même pas attention aux panneaux. Est-ce que j'ai droit à un indice ?
- Le seul indice que je peux te donner, c'est qu'il y a plusieurs centaines de kilomètres à parcourir …
- Oh, je vois, c'est un véritable road trip …, constata-t-elle, séduite à cette idée.
- En quelque sorte, oui. Mais si tu préfères qu'on se trouve un petit coin sympa pas très loin de New-York, on peut aussi aller mon loin et ...
Il réalisa que peut-être sa femme n'avait pas envie de passer autant de temps sur la route. Cela ne lui était pas venu à l'idée quand il avait commencé à planifier leur petite escapade, tout focalisé qu'il était sur son objectif, et enthousiaste quant au but de leur voyage. Mais maintenant, il se disait que peut-être Kate aurait préféré qu'ils séjournent simplement dans un petit hôtel à proximité de New-York.
- Non, mon cœur …, l'interrompit-elle. On peut passer deux jours dans la voiture à avaler le bitume si tu en as envie …
Après les mois qu'ils venaient de vivre, peu importait où ils allaient, ce qu'ils faisaient, elle avait simplement besoin d'être avec lui.
- On aurait un peu froid pendant deux jours dans cette vieille carcasse …, lui fit remarquer Rick, désignant la voiture qu'il avait louée. Désolé d'ailleurs pour ce carrosse un peu vieillot … mais Joe Flynn n'a pas les moyens de Richard Castle …
Il avait opté pour la discrétion la plus totale, renonçant à l'une de ses voitures personnelles, bien trop tape-à-l'œil, pour leur escapade secrète et romantique, et avait loué au nom de Joe Flynn une petite citadine destinée à passer inaperçue sur les routes.
- Vera Mulqueen n'est pas matérialiste … tant que son homme est près d'elle. Qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse ...
- Je te trouve d'humeur romantique, constata-t-il, ravi.
- Oui … très …, avoua-t-elle, avec un sourire.
Ils échangèrent un sourire complice et heureux, conscients tous les deux d'être en route pour des moments uniques, des moments qui leur avaient tant manqué depuis des mois.
- Dis, tu as mangé quelque chose avant de partir ? reprit Rick.
- Non. Je n'ai pas eu le temps …
- Regarde derrière, je t'ai pris un petit quelque chose au Remy's …J'étais sûr que tu n'aurais rien mangé.
- Oh merci, c'est gentil …, répondit-elle, se penchant aussitôt vers la banquette arrière pour attraper le sachet marron. Tu n'as pas faim toi ?
- Non, j'ai mangé un morceau vite fait.
- Hum … Pita de poulet rôti … J'adore …, sourit-elle en découvrant le contenu du sachet de papier.
- Je sais.
- Et un milk-shake à la banane …, ajouta-t-elle, apercevant le gobelet en plastique. Tu es génial !
- Je sais aussi, sourit-il, fièrement, ravi de lui faire plaisir.
Elle sourit, tout en dégustant des petites bouchées.
- Hum … que c'est bon ... Tu te souviens de la première fois que tu m'as offert une pita de poulet rôti et un milk-shake à la banane ?
- Bien-sûr ! Notre premier rendez-vous au Remy's …, répondit-il comme une évidence.
- Ce n'était pas un rendez-vous …, lui fit-elle remarquer. C'était un petit moment de partage après une enquête bouclée … et un dîner raté ...
- Toi, moi, ensemble au Remy's ... c'était un rendez-vous ..., affirma-t-il.
- Si tu veux ..., en tout cas, leurs pita au poulet sont toujours aussi délicieux ..., constata-t-elle, savourant son repas avec quelques gorgées de milk-shake à la banane.
- Tu sais que j'ai découvert ce jour-là que du point de vue culinaire aussi, on s'entendrait parfaitement parce que tu es capable de faire des associations aussi originales et improbables que les miennes …, expliqua-t-il, concentré sur la route malgré tout.
- Aussi improbables ? Non ! Impossible ! se défendit-elle. Mes associations ne sont pas bizarres, d'abord, comparées aux tiennes …
- Ah non ? Manger un burger au poulet avec un milk-shake à la banane, ce n'est pas bizarre ça peut-être ? grimaça-t-il.
- C'est un régal ! s'exclama-t-elle, tout sourire. Tu veux goûter ?
- Non !
- Allez, pour une fois ..., insista-t-elle. Moi je goûte tout ce que tu cuisines, je te signale ...
- Mais ce que je cuisine est bon ! objecta-t-il.
- Pas tout le temps !
- Tu n'as été malade qu'une fois ..., lui fit-il remarquer avec un petit sourire.
- Goûte, s'il te plaît ..., pour me faire plaisir ..., insista-t-elle de nouveau de sa voix douce et charmeuse.
- Hum ... tu n'as pas le droit ..., sourit-il.
- Quoi ? s'étonna-t-elle.
- De me faire du charme pour me rendre plus docile !
- Chut ..., tais-toi, Castle et goûte ..., lui fit-elle, lui tendant son sandwich pour qu'il morde un morceau.
Il s'exécuta en faisant la grimace, le regard concentré néanmoins sur la route.
- Attend, prends le temps de déguster, et il faut boire une gorgée de milk-shake avec, ajouta Kate, en lui donnant le gobelet de plastique. C'est le mélange de la banane et du poulet qui est sympa !
- Si je suis malade ..., tu vas le payer cher ..., la menaça-t-il, alors qu'elle le regardait, souriante, avaler une petite gorgée de milk-shake.
Elle guetta sa réaction. Il grimaça, pour finalement annoncer :
- C'est ..., comment dire, original ...
- Tu aimes ?
- Je dois reconnaître que ce n'est pas mauvais ..., avoua-t-il.
- Tu vois ..., sourit-elle fièrement.
- Tu es une femme de goût ..., oui ..., je n'aurais pas dû en douter, j'en suis la preuve évidente !
- En effet, rit-elle, amusée.
Elle était heureuse. Quelques minutes seulement avec Rick avaient suffi à l'apaiser, à lui faire oublier la réalité, et à la transporter dans leur bulle, faite d'échanges, de taquineries, de sourires et de plaisirs. La route pouvait bien durer des jours ainsi. Elle s'en fichait. Ils étaient ensemble, comme avant, quand tout allait bien.
Ils riaient encore tous les deux, quand le téléphone de Castle se mit à sonner, interrompant subitement leur complicité du moment.
