MISETEKURE

Ce corps et ce cœur, montre-les-moi tout entier

Kanjani 8, Misetekure

Partie I

It's like it's pitch black on either side of me
I don't know what's going on; I just keep breathing

Kanjani 8, Misetekure.

Chapitre 2

Tout autour d'eux, de vastes étendues vierges déployaient leurs bras dorés autour d'un mont aux roches rouges. Le paysage, flamboyant d'orange et d'or, était troublé par des souffles de vent froid qui soulevaient des gerbes de sable. Hurlant et tourbillonnant, il frappait en plein visage l'imprudente caravane qui, courbée sous sa violence, progressait tant bien que mal, écrasée de surcroit par un soleil éblouissant. Emmitouflée dans sa cape, Hinata leva le nez vers le ciel bleu myosotis qui ne leur accordait aucun répit. Malgré les rafales fraîches, les rayons de l'astre diurne brûlaient leur peau augmentant la fatigue de ce voyage déjà épuisant. Une bourrasque plus forte que les autres et chargée de sables, vint fouetter sa joue. Vivement, elle baissa la tête et rabattit sa capuche pour se protéger. Une goutte de sueur coula le long de sa joue, la marche était de plus en plus pénible pour elle. Elle sentait la blessure à son ventre l'élancer avec plus de vivacité que ces derniers jours car l'effort qu'elle fournissait pour résister au vent qui arrivait en sens contraire faisait travailler les muscles autour de sa plaie tout juste fermée. Elle prit une profonde respiration pour chasser la langueur qui s'emparait de son corps. Elle devait garder courage, il n'était plus très loin de la frontière de Suna, comme en témoignait le désert aride qui dévorait la terre de ce pays.

Elle se redressa pour voir devant elle, mais les nuages sableux de plus en plus épais ne lui permettaient de rien distinguer au-delà du palanquin de Dame Nadeshiko. Ils avaient quitté l'auberge aux aurores ce matin-là et, comme convenu, Shikamaru avait pris la tête du convoi. Elle-même fermait la marche pour assurer leurs arrières à l'aide du byakugan. Le jeune homme leur avait fait prendre un chemin difficile, mais rapide qui avait beaucoup déplu à la Princesse dans sa litière. Pourtant, en dépit de ses cris et même de ses pleurs, il s'était montré intraitable et avait refusé de s'arrêter avant la pause du déjeuner. Très vite, les quelques arbres maigrelets avaient disparu, et même les plantes les plus coriaces avaient cédé la place aux infécondes plaines dorées. Ils espéraient atteindre les frontières de Suna dans le milieu de l'après-midi et avait donc maintenu un bon rythme malgré la chaleur et les plaintes de la cliente. Toutefois, le vent s'était levé, ralentissant de plus en plus leur progression. Il n'avait pas pu s'arrêter pour déjeuner, car aucun abri ne s'était offert à eux et depuis deux heures déjà, la faim les tenaillait. Hinata posa une main sur son estomac qui réclamait pitance. Elle ferma un moment les yeux pour retrouver un peu de concentration, si elle ne pensait qu'à sa mission, ce genre de petites misères s'évanouiraient sans encombre.

Brusquement, elle sentit une présence à ses côtés. Elle sursauta et ouvrit juste à temps les yeux pour voir Shikamaru se pencher vers elle.

- On va se reposer une heure dans une des grottes de la montagne là-bas, dit-il assez fort pour qu'elle l'entende malgré le vent qui mugissait à leurs oreilles.

- Shikamaru-kun, est-ce vraiment prudent de continuer dans une tempête pareil ?

- Ça ira, c'est pas grand chose. Il nous reste moins d'une heure pour atteindre la frontière. Nous n'avons pas de temps à perdre.

Elle acquiesça, reprenant un peu de courage, et ils repartirent.

La cavité où ils trouvèrent refuge n'était pas très large, mais haute de plafond et profondément creusée dans la roche. À peine Hinata y eut elle pénétrée qu'elle se détendit, soulagée de pouvoir prendre un peu de repos. Cependant, si son corps avait tenu la route jusqu'à lors, elle ne le devait qu'à la tension discontinue qui accompagnait les missions perilleuses. Aussi, enfin relâchée, elle fut prise d'un violent vertige qui fit flageoler ses jambes. Elle voulut se retenir à la paroi mais sa main ne rencontra que le vide et, avant de s'en rendre compte, elle embrassa le sol. Elle sentit le remue ménage tout autour d'elle et entendit à travers les bourdonnements de son cerveau la voix anxieuse de Shin'ichi qui l'appelait. Elle voulait se redresser, lui sourire et le rassurer, cependant elle se paraissait étrangère à elle-même, incapable de contrôler cette enveloppe qui était censé être la sienne.

Shikamaru rejoint l'arrière du groupe en entendant le cri de Shin'ichi. Bien vite, il avisa de la situation. Dans les bras de son élève, Hinata, à demi-consciente, ressemblait à un pantin désarticulé. Elle ne semblait pas le voir et son visage pâle luisait de sueur. Il s'approcha d'elle, écarta sans un mot les mèches de cheveux noirs collés à son front et évalua sa température. Elle avait une légère fièvre, rien de bien méchant.

- Ça ira, dit-il à Shin'ichi pour le rassurer, ça doit être la faim et la fatigue. Comme elle est blessée, elle est moins résistante que d'habitude.

Le grand garçon aux cheveux auburn soupira de soulagement et serra un peu plus fort le corps inerte de la jeune femme.

- Laisse-la-moi, je vais lui donner un remède pour la remettre d'aplomb, ajouta le professeur, va prendre ma place à la tête du groupe et guide-les au fond de la grotte, elle se termine en un cul de sac par une grande salle où tout le monde pourra se reposer.

- Comment tu peux en être sûr ?

- J'ai l'habitude de faire la route entre Suna et Konoha. Je sais de quoi je parle. Vas-y, emmène le groupe se reposer là-bas.

Shin'ichi leva les yeux vers l'adulte en face de lui et faillit protester. Il voulait rester auprès d'Hinata et la soutenir. Pourtant il était conscient que son devoir premier était d'obéïr à son supérieur. De plus il avait confiance en Shikamaru. Il déposa donc délicatement la belle jeune femme dans le bras de son vis-à-vis et obtempéra, sans poser plus de question.

Le maître des ombres regarda le petit groupe s'éloigner, serrant contre lui une Hinata haletante. Enfin, il la fit asseoir, le dos appuyé contre la paroi friable et la débarrassa de la lourde cape sombre qui l'enveloppait, ce qui la fit frissonner violemment. L'air qui circulait dans cet espace clos était encore plus froid que celui qui se déchaînait dehors. Il était étrangement humide et perçant comme si une source souterraine se trouvait non loin de là. Il ouvrit la veste d'Hinata et souleva légèrement son tee-shirt pour vérifier ses bandages. Par chance, sa plaie ne s'était pas réouverte.

- Je suis désolée...

Il leva les yeux pour croiser le regard embrumé de sa collègue. Elle avait murmuré ses mots entre deux respirations et paraissait vraiment accablée. Il secoua la tête pour la rassurer mais elle persista :

- Je t'avais assuré que je ne serai pas un poids à cause de ma blessure... mais regarde-moi.

- Je ne crois pas que ce soit ta blessure, rétorqua Shikamaru, tu n'as presque pas mangé ce matin, tu en as un peu trop donné à Shin...

- Je...

- Je sais que tu veux l'aider, mais pense aussi à toi. On est une équipe, on est deux à soutenir Shin maintenant.

Elle sourit difficilement avant de lui signifier qu'elle avait bien compris. Il passa une main sur le visage bruni par la poussière de la jeune femme. Sa fièvre avait déjà baissé. Il n'y avait vraiment pas de quoi s'inquiéter et un bon repas aurait pu suffir à la remettre d'aplomb, mais il craignait que le reste du chemin se révélât plus éprouvant encore que ce qu'il avait franchi le matin. Il posa donc son sac au sol et en sortit une petite boîte en métal.

- Je vais te donner des pilules médicales de l'armée. J'aime pas trop les utiliser, parce qu'à force les effets secondaires sont un peu... dangereux... enfin... je suppose qu'une seule fois ça ne peut pas te faire de mal.

Elle voulut lever la main pour attraper la petite sphère bleue qu'il sortit de la boîte, mais avant qu'elle ne puisse esquisser le moindre geste, il pressait ses doigts contre ses lèvres pour les lui faire entrouvrir. Les battements de son cœur s'accélérèrent brutalement et elle sentit ses joues s'empourprer. Avec hésitation, elle ouvrit la bouche ce qui permit à Shikamaru d'y glisser le médicament. Tout en déglutissant difficilement, elle l'observa. Il ne semblait pas le moins du monde troublé par cette situation tout de même ambiguë. Elle décida à se secouer un bon coup pour dissiper son trouble.

La boîte refermée et rangée, Shikamaru se laissa tomber à ses côtés. Il soupira, se délesta de sa propre cape pour finalement passer une main au sommet de son crâne afin de lisser les mèches qui s'étaient échappé de son élastique à cause du vent.

- Écoute, dit-il brusquement, je sais que tu es fatiguée, mais il faut qu'on parle. Depuis hier soir on n'a pas trop eu l'occasion d'être seuls et y'a un truc qui me tracasse.

Elle parut surprise, mais lui accorda toute son attention :

- Hier soir j'ai surpris Maruyama et Nadeshiko-hime...

Elle sourit en l'entendant prononcer ce dernier nom sur un ton caustique. Il ne portait absolument pas leur cliente dans son cœur. Il le lui avait fait comprendre et persistait à se montrer insolent. Hinata, elle-même lassée de l'attitude condescendante la demoiselle, ne disait plus rien pour tenter de le reprendre. Elle se contenta donc de l'encourager à poursuivre d'un hochement de tête.

- ... je pense qu'ils sont amants.

- Oh je... pardon ? Impossible ! S'exclama-t'elle surprise.

- Ouais ! Moi aussi je me suis demandé comment on pouvait rester avec une fille aussi galère.

- Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire, protesta Hinata en rougissant.

Ils restèrent sans prononcer le moindre mot pendant quelques secondes. Shikamaru commençait à connaître assez bien sa collègue pour savoir qu'elle réfléchissait à la question et que peu à peu nombre de possibilités et de certitudes se formaient dans son esprit...

- Si je devais me rendre à mon mariage, je n'emmènerai pas mon amant avec moi, déclara-t-elle avec lenteur, les sourcils froncés.

- Et c'est là que je coince... avoua Shikamaru

Hinata fit la moue et se mit à jouer avec sa lèvre inférieure du bout de ses fin doigts salis par le sable. Pour le jeune homme, il n'y avait aucun intérêt pour ces deux êtres de voyager ensemble vers une séparation certaine...

- À moins qu'elle espère qu'il l'enlèvera... il fallait une raison pour qu'il l'accompagne et ils auraient monté toute cette histoire... proposa Hinata.

- C'est pas logique ! Pourquoi ils auraient fait croire à une tentative de meurtre, c'était certain que le damiyo nous engagerait. Avec nous sur le dos, on...

Soudain, une idée traversa son esprit comme un éclair dans la nuit. Il ferma les yeux et rassembla toutes les données. Une solution semblait poindre sous son nez, d'une voix un peu absente, il demanda :

- Où est-ce que vous vous êtes fait attaquer ?

D'abord surprise par cette question, Hinata tenta de se rappeler avec précision les lieux où ils avaient du combattre.

- La première fois, c'était peu de temps après avoir franchi la frontière de Konoha. La seconde dans la plus grande ville au centre de ce pays et la troisième, peu de temps avant que tu nous rejoignes, en pleine forêt, alors que l'on se reposait.

Shikamaru visualisa à la perfection la carte qu'il avait retenue dans ses moindres détails et plaça les lieux que venait de lui indiquer sa partenaire. Toutes les attaques avaient été lancées après qu'ils eussent quitté Hi no Kuni...

- Des ninjas ?

- Non, c'était toujours les mêmes hommes, ils ressemblaient plus à des samouraïs.

Shikamaru eut un sourire satisfait et déclara de but en blanc.

- On se fera attaquer cette après-midi, avant de passer la frontière...

- Que ?

Il baissa son regard sûr vers le visage incrédule de la jeune femme.

- Je pense que Maruyama est dans le coup... et on va essayer de le prouver cette après-midi même. D'ici à la frontière, il n'y a pas trente mille chemins possibles. Maintenant que j'ai modifié l'itinéraire, s'il veut agir, ce sera dans cette aire.

- Tu penses que... que Nadeshiko-sama et lui veulent faire croire à un enlèvement.

- Je ne sais pas, reconnut-il, je ne crois pas du moins je n'en ai pas la preuve... Je pense que ce serait pourtant un truc dont elle serait capable, elle est tellement égoïste...

La Hyûga parut réellement troublée. Pour une ninja professionnelle comme elle, l'idée de trahir son pays paraissait absurde, d'autant plus pour un intérêt aussi mesquin. Bien sûr, elle accordait beaucoup de place dans son cœur pour l'amour, toutefois, elle n'était pas assez insensible pour immoler la paix sur l'autel de son propre bonheur. Une fois encore, elle pensa à Naruto. En dépit de tout l'amour qu'elle avait eu pour lui, elle n'aurait sacrifié ni son honneur ni sa patrie en son nom. Elle repensa à leur histoire... aux années qu'ils avaient passé ensemble à combattre pour Konoha...

- Tu crois qu'ils s'aiment depuis longtemps ? Demanda-t-elle soudainement à Shikamaru.

Le garçon fut surpris par cette soudaine curiosité. Il réfléchit un moment, peut-être serait-il vraiment avantageux de savoir un tel détail.

- Je n'en ai aucune idée... mais les domestiques sont bavards...

Ils échangèrent un coup d'œil entendu avant d'éclater de rire. Shikamaru se laissa aller contre la paroi fraîche, posa l'arrière de son crâne confortablement et déclara :

- J'ai envie de dormir !

- Ce n'est pas le moment, soupira son amie d'un ton compatissant, nous devrions les rejoindre. Nadeshiko-sama aura sûrement beaucoup de réclamation à te faire parvenir et Maruyama-san la soutiendra avec conviction...

- Pfff ils me gonflent tous... grogna le brun en se redressant pour s'étirer, heureusement qu'il reste plus qu'une journée et demi...

- Une journée et demi ? Répéta Hinata perplexe.

- Quoi ? Demanda-t-il certain que la réponse ne lui plairait pas.

- Voyons Shikamaru-kun, Tsunade-sama ne te l'a pas dit ? Annonça-t'elle avec douceur comme pour le ménager, Nous devrons aussi assurer la sécurité le jour du mariage.

Le peu de force que Shikamaru avait réussit à rassembler pour se lever retomba avec sa tête sur ses genoux. Il posa ses mains dans ses cheveux et laissa échapper un soupir déchirant. Il allait encore devoir supporter cette pimbêche. Il serait obliger d'assister à un mariage, ce qui signifiait se trouver un kimono où s'engoncer pour quelques heures. Il crispa légèrement ses doigts en se demandant quand il pourrait à nouveau s'allonger tranquillement et regarder les nuages défiler au grès du vent. Il voulait avoir le temps de réfléchir à ses problèmes, trouver un moyen pour les oublier, elle et la peine qu'elle lui causait. Il sentit la main d'Hinata lui caresser le dos avec commisération. Au moins, il n'était pas seul.

* * *

Quand ils reprirent la route, le vent était quelque peu retombé. Parfois, quelques rafales cinglantes faisaient vaciller hommes et bêtes, mais dans l'ensemble, leurs conditions de voyage s'étaient améliorées. Hinata adressa un sourire rassurant à Shin'ichi et Reira qui une fois de plus, lui avait jeté un regard inquiet. Depuis qu'elle s'était effondrée, ses deux adolescents se préoccupaient un peu trop d'elle. Elle avait eu beau leur promettre qu'elle se sentait mieux ou leur rappeler qu'elle était ninja depuis une bonne douzaine d'année, ils ne pouvaient se montrer pleinement rassérénés. En dépit de son envie de les réconforter, elle se concentra à nouveau sur sa surveillance des alentours. Si les suppositions de Shikamaru se révélaient exactes, ils seraient très bientôt face à l'ennemi.

Après avoir avalé sa maigre ration, Shikamaru s'était entretenu avec le Commandant Maruyama alors qu'Hinata s'était rapprochée d'un groupe de jeunes demoiselles de compagnie. Avec un peu de patience et d'habileté, elle avait obtenu les renseignements qu'elle désirait. Le Commandant, vieil ami du damiyo Yukimura, était devenu l'amant de Dame Nadeshiko depuis peu de temps. En poussant un peu les questions, Hinata appris qu'il ne s'agissait que d'une relation de trois ou quatre mois. Maruyama faisait parti des conseillers de Sire Yukimura et s'était mis, du jour au lendemain, à faire la cour à Dame Nadeshiko. Personne n'avait su pourquoi, ni comment cette soudaine passion lui était arrivée. Leurs langues déliaient, les servantes se montrèrent même au courant de détails salaces qui intriguèrent Hinata. Dame Nadeshiko avait su protéger sa vertu au mépris des caresses ardentes et des mots brûlants du Commandant. En entendant les commères dévoiler les scènes dont elles avaient été témoins, la kunoichi avait senti ses joues s'embrasaient. Jamais elle n'avait voulu avoir un exposé si précis de l'intimité de sa cliente. Toutefois, elle dut reconnaître que toutes ces informations semblaient mettre hors de cause Dame Nadeshiko. Malgré ses penchants pour le Commandant, elle s'était résolue à épouser le fils d'Hideyoshi. Pas par amour, avait tout de même tenu à spécifier la plus âgés des filles, simplement par soucis de luxe. Ranmaru, le fils du damiyo de Kaze no Kuni, lui assurerait un avenir plus brillant que celui que lui proposait le Commandant. Bien que portant un nom noble, l'homme était désargenté, or la fille de Yukimura n'éprouvait pas assez d'affection pour abandonner son cocon dorée, même afin de rejoindre celui qui lui vouait un tel attachement. Ravie de ses informations, Hinata avait rejoint son équipe au moment où, sous un prétexte quelconque, Maruyama s'éloignait de la troupe. Shikamaru eut un petit rictus satisfait avant d'expliquer qu'il avait demandé au Commandant de reprendre la tête jusqu'au soir, prétextant qu'il voulait rester en arrière avec elle.

Soudain, elle perçut une présence. Dans leur dos, un groupe d'une dizaine d'homme galopait vers eux. Elle poussa encore un peu son byakugan et confirma ses doutes. Il s'agissait du même groupe de samouraïs qui les avait attaqués plus tôt. Elle tourna légèrement la tête vers son collègue qui progressait à ses côtés. Tout semblait se dérouler selon ses attentes. Elle fit quelques signes de la main et presque immédiatement, le cortège s'immobilisa. Elle se mordit les lèvres, contente de son élève. Sur ordre de Shikamaru, Kakei avait pris place au côté du Commandant Maruyama, à la tête de la formation et utilisait son byakugan pour scruter le moindre signe d'Hinata. Informés de ce stratagème, les autres élèves avait fait immobiliser la troupe au signal du jeune Hyuga. La kunoichi tourna la tête vers son coéquipier et lui fit comprendre que ceux qu'ils attendaient les rejoignaient.

- Combien ? Demanda Shikamaru.

- Une dizaine à cheval, ils sont à moins d'une dizaine kilomètre derrière. Ils sont à plein galop, ils devraient nous rejoindre dans une bonne demi-heure

Le jeune homme assimila à toute allure les informations et évalua la situation. Leurs élèves les rejoignirent pour recevoir les ordres. Le bruit de trot se fit entendre et Maruyama apparut à leur côté.

- Mes hommes et moi surveillerons Nadeshiko-sama, n'ayez crainte, vous pouvez tous allez combattre...

- Non, rétorqua Shikamaru catégorique.

- Voyons ! Insista Maruyama, nous voulons vous aider.

- Pas besoin ! Assura le Nara avec force, Reira-chan, Keitaro-kun et Kakei-kun, vous resterez auprès de la Princesse compris ?

- Je ne suis pas d'accord ! Lança Kakei, Hinata-sensei est blessée, si vous avez besoin d'un Byakugan prenez-moi avec vous...

- C'est d'Hinata dont j'ai besoin pas de vos pupilles blanches ! Rectifia le Junnin

- Et je vais bien Kakei-kun... tenta la première concernée.

- Onee-sama ! S'écria-t'il laissant libre court à son mécontentement, arrêtez de jouer les femmes fortes, vous...

- Elle ne joue pas, l'interrompit Shikamaru avec calme, elle est forte. J'ai vu Hinata se relever dans des situations où toi et tes compères auraient abandonné depuis longtemps ! Alors tu prends le poste que je te donne et tu le tiens correctement.

- Nous, les bushi pourrions très bien... réessaya Maruyama.

- Tenir vos postes actuels sans broncher et protéger les domestiques ? Balança le ninja de Konoha sur un ton las, quelle bonne idée Maruyama-san, allez l'annoncer à vos hommes...

- Naraaa!!! Rugit le Commandant saisissant la garde de son sabre.

D'un bond, les six élèves se rassemblèrent, visiblement disposés à l'affrontement, autour de leur tête d'équipe. Ils défiaient sans crainte l'homme d'une trentaine d'année qui s'était immobilisé, surpris de voir une telle fidélité chez des enfants de cet âge. Puisqu'il choisissait cette voie, ils tâteraient eux aussi de sa lame. Il dégaina fuyu no hasaki, sa fidèle épée, fit mine de la lever au dessus de sa tête, pour les effrayer, ce qui ne fit pas bouger les adolescents d'un poil. Leurs professeurs les forcèrent, néanmoins à s'écarter et d'un même mouvement, firent bouclier entre leurs protégés et l'assaillant.

- Je vous le déconseille, susurra la belle jeune femme aux yeux blanc qui lui faisait face. Elle avait conservé son calme, pourtant son corps tout entier semblait tendu, comme prêt au combat, mettant en garde le guerrier expérimenté qu'il était.

- Écoutez, même si ça me ferait royalement chier d'avoir à le faire, je vous botterai le cul si vous m'y obligez, déclara le grand jeune homme aux yeux sombres. Il avait l'air fatigué et manquait visiblement de motivation. Bien que ses mains fussent dans ses poches, qu'il ne se tinsse pas très droit avec son bassin basculé vers l'avant, dans ses yeux brillaient une étincelle menaçante. Par prudence, Maruyama choisit de battre en retraite. Il s'excusa, rengaina fuyu no hasaki(1) et alla rejoindre ses hommes.

- Kakei, Keitaro et Reira-chan, quoi qu'il arrive, ne laissez pas Maruyama s'approcher de la litière de la Princesse, ordonna à voix basse Shikamaru sans se retourner.

Dans son dos, les trois concernés acquiescèrent, prenant un air grave. Il finit par leur faire face et les observa avec un grand sérieux. Brusquement, il passa son bras autour du cou de Keitaro, l'attira vers lui et ajouta :

- Tu es un chunnin, mais surtout le roi des coups fourrés. Je te fais confiance sur toute la ligne.

Hinata vit fleurir un sourire fier sur les lèvres du jeune ninja. Shikamaru gratifia Kakei d'une claque amicale sur l'omoplate et ébouriffa les cheveux de la timide jeune fille, puis les envoya tous les trois à leur poste.

En dernier lieu, il dirigea ses instructions vers les cinq ninjas restants. Il leur expliqua assez rapidement son plan, simple en soi, en attribuant un rôle précis à chacun d'eux.

- On ne fait pas dans la dentelle aujourd'hui, termina-t-il enfin, nous devons en finir au plus vite avec ce combat. Il nous reste trois heure de route avant de trouver une auberge, nous n'avons pas de temps à perdre. Pour une fois, Shin et Rie autorisation de se défouler, quitte à tout détruire.

- Y'a pas grand chose à détruire dans un désert, ricana Shin'ichi.

- Justement ! S'exclama Shikamaru amusé, Tiens Shin.

Il tira de sa besace une grosse pilule marron.

- Sont des compléments alimentaires mis au point par mon clan, concentré de protéine.

Le garçon eut un rictus carnassier qui étonna Hinata. D'une certaine manière, par ce geste le Nara venait de lui donner une autorisation dont elle ignorait la nature exacte. Elle lança un regard méfiant à son partenaire qui, pour toute réponse, fit un vague geste censé la tranquilliser. Elle s'apprêtait à persister mais se retint à la dernière minute. Il n'était pas du genre à mettre inutilement en danger ses subordonnés, elle le savait parfaitement. Elle devait lui prouver qu'elle avait pleinement confiance en lui en ne demandant pas plus d'éclaircissement. Avisant les yeux assurés de sa collègue, Shikamaru sut qu'il avait son accord pour poursuivre. Il s'approcha de Ren et lui dit.

- Autorisation d'utiliser cinq de tes parfums pendant le combat, je les veux vivants et capables de répondre à mes questions.

Silencieux et taciturne, comme à son habitude, le jeune chunnin hocha la tête pour signifier qu'il avait bien comprit. L'élève d'Hinata utilisait un total de treize parfums. Cinq d'entre eux infligeaient des dégâts bénins et réversibles, cinq autres provoquaient des séquelles irrémédiables voire une mort lente et douloureuse, deux d'entre eux tuaient instantanément celui qui avait le malheur de les inhaler et le dernier parfum était un antidote à tous les autres. Jusqu'à ce jour, Hinata ne l'avait jamais autorisé à utiliser plus de sept parfums dont l'antidote. Une seule fois, il avait tué sur ses ordres. De toute manière, il n'avait pas besoin de plus pour être un adversaire coriace.

- Bien, il m'semble qu'on est prêts, lança Shikamaru sur le ton douloureux de la personne qui s'apprête à accomplir la pire des tâches.

- Méfiez-vous du samouraï aveugle, intervint Hinata en posant une main sur son abdomen.

Son collègue la fixa, comprenant parfaitement le message, mais n'ajouta rien. Il contrôla une dernière fois que tout le monde fût bien opérationnel.

- Ceci dit, conclut-il

Il leva la main, puis l'abaissa d'un geste vif. Les shinobis de Konoha se dispersèrent.

* * *

À la tête des dix guerriers samouraïs, Akira fut le premier à apercevoir le convoi qu'ils visaient. Il n'était plus qu'à une centaine de mètre et continuait à avancer à rythme mesuré.

- Semble qu'y nous ont pas r'marqué ! Lança-t-il à sa troupe. Ça va être du gâteau.

- Akira, n'oublie pas qu'ils sont accompagnés de ninja, rappela un homme au centre de la formation.

Celui-ci était aveugle mais mené sans crainte sa monture. Il n'était pas très grand, semblait doux et réfléchi. Akira pesta contre cette empêcheur de tourner en rond et grommela.

- T'en fais pas Ryosûke...

Les autres hommes semblèrent s'abreuver de la confiance d'Akira et poussèrent un hurlement belliqueux pour se donner du courage. Brusquement, le chef arrêta le groupe. En face d'eux, un adolescent se tenait debout, mains dans les poches et les fixait avec fermeté. Il était sombre et flegmatique, ses cheveux noirs flottant dans le vent chargé de sable qui coiffait le désert. Akira reconnut un des jeunes shinobis qui protégeaient la fille du damiyo. Il sourit. Étaient-ils si imbu de leur force pour ne leur envoyer qu'un seul homme ? Ils le regretteraient amèrement. Akira brandit son sabre au moment où, le garçon s'accroupit puis tendit vivement une main vers eux. Le samouraï ne saisit pas très bien le geste, mais Ryosûke hurla.

- Attention, il a attaqué !

Il était déjà trop tard. Ren avait levé l'autre bras comme s'il récupérait quelque chose et d'un geste sec, ramena les avant-bras vers l'arrière. Entre ses doigts, deux fin fils luirent sous les rayons du soleil déclinant. Sans comprendre ce qui leur arrivé, les samouraïs se retrouvèrent au sol, leurs chevaux, blessés aux pattes, gisant sur le côté. Le choc de la chute passé, ils se dépêtrèrent à toute allure de leurs montures rendues inutiles par l'attaque du garçon. Mais à peine Akira fut-il sur ses jambes qu'il reçut un coup dans le dos qui le fit basculer vers l'avant. Il se rattrapa de justesse, se retourna et fit face à une adolescente longiligne. Elle était si fine qu'elle paraissait prête à se briser à tout instant, elle avait un visage poupon qui lui donnait l'air inoffensif. Le samourai reprit un peu confiance en lui, cette fille n'était forcément pas un ennemi difficile à vaincre.

Ryôsuke mit à peine plus de temps que les autres à s'éloigner de son cheval souffrant. Il s'éloigna de cette mêlée qui le gênerait pour combattre et se concentra pour analyser la situation. Aux bruits qui l'entouraient, il jugea que les assaillants avaient déjà lancé l'attaque. Il sentait la présence de quatorze personnes, ce qui signifiait qu'ils s'étaient mis à cinq pour les contrer. Tout son corps se tendit soudain. Une personne venait d'entrer dans son périmètre, une personne à l'aura calme et fluide comme de l'eau. Il connaissait cette essence, il l'avait déjà affronté.

- La blessure que je t'ai affligé ne te fait-elle pas trop souffrir ? Demanda-t-il avec courtoisie.

- Nous avons d'excellents ninjas médicaux dans notre équipe, répondit Hinata sur un ton badin, en revanche je pense que vos blessures vous font encore souffrir...

Ryosûke eut un sourire ravi. Ses souvenirs du combat contre cette jeune femme n'avaient cessé de le hanter. Jamais il n'avait pris autant de plaisir à affronter qui que ce soit. Elle était alerte, avait un sens aigu du combat et d'une certaine manière était aussi pugnace que le pire mercenaire. Il n'avait réussi à la blesser qu'au prix de nombreux dégâts internes et si Akira n'était pas intervenu pour empêcher l'aveugle de persister dans la lutte, peut-être l'aurait-elle vaincu.

- Il me semble que nous ayons quelques comptes à régler, susurra-t-il.

D'une main leste, Ren fit bondir son pantin loin de l'adversaire. Peu désireux de gaspiller ses précieux parfums, le jeune homme avait opté pour une stratégie d'économie. À l'aide de son essence de manipulation, il avait envoûté l'un des samouraïs pour le transformer en zombie qui obéissait au moindre de ses ordres. L'habile manipulateur de fil qu'il était s'en était ensuite fait une marionnette qu'il avait dirigée contre un second ennemi. Sa technique présentait ainsi deux avantages. D'abord, il n'avait pas à disperser à tous vents ses précieuses potions qu'il ne pourrait renouveler qu'une fois rentré à Konoha. Ensuite, peu désireux de blesser son acolyte, le samourai attaqué retenait ses coups face à la marionnette de Ren. Il pourrait ainsi se débarrasser vite et bien de deux ennemis.

Toutefois, l'adversaire semblait avoir eut le temps d'analyser la situation et attaquait sans relâche vers les fils, au grand damne de Ren, qui tentait d'éviter la lame. Si au moins Shikamaru l'avait autorisé à tuer, l'affaire aurait été réglée en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Il allait devoir montrer beaucoup d'habileté pour vaincre en les laissant en assez bon état pour être interrogé. Un rictus joyeux apparut sur son visage. Il allait s'amuser. Lui, l'héritier du clan Harigane(2) allait démontrer de son savoir-faire ici même. Il brandit tel des armes ses dix doigts au bout desquels sortaient des fils de soie luisants.

Il tira sa poupée vers l'arrière, juste sur le trajet de la lame de l'attaquant. Ce dernier, dans un premier temps surpris, dévia à la dernière minute son coup. Cette tentative pour esquiver son ami le déséquilibra, pas longtemps, mais juste assez pour permettre au manipulateur de sectionner les fils d'une de ses mains et d'en produire de nouveaux pour capturer son second adversaire. Les membres et la nuque emprisonnés, l'homme se retrouva sous le contrôle de Ren. L'adolescent relâcha un peu la tension de ses fils, laissant choir l'homme empoisonné et libre court à sa seconde marionnette.

- Bien, nous allons attendre sagement que les autres en finissent qu'en pensez-vous ? Lança le garçon.

- Tu rêves, je vais te tuer avant, s'écria le samouraï faisant mine de se jeter sur Ren.

Vif comme l'éclair, ce dernier reprit le contrôle et arrêta la vélléité d'attaque du guerrier. Il était pétrifié dans une position ridicule de lutte. Ren sourit, un rictus glacé et dangereux comme une lame, puis murmura avec lenteur.

- Je n'ai pas le choix on dirait... si je ne trouve pas un moyen de te calmer, c'est ma vie qui est en jeu. Je ne pense pas que Shikamaru-sensei et Hinata-sensei m'en voudront pour quelques égratignures.

Il brandit ses deux bras, faisant dresser ses pantins vivants. Celui qui avait encore conscience de la situation se mit à pester, l'insulter, le menacer, mais rien ne semblait atteindre la montagne de froideur qu'il était devenu. Il remua quelques doigts. Les hommes se mirent en garde l'un contre l'autre, sabres levés. Avec rapidité, il les fit s'élancer. Les samourais chargèrent, le zombie aux yeux révulsés n'ayant conscience de rien, le second suppliant. Seulement, rien ne semblait pouvoir arrêter Ren. La première lame transperça l'épaule du premier pantin, la seconde la cuisse du samouraï, qui hurla de douleur. Le garçon coupa les liens qui l'unissaient aux deux hommes qui s'effondrèrent. Il les ficela avec désinvolture et tapota sur la tête de celui qui était encore maître de lui.

- Comme ça, vous resterez sage, déclara Ren Harigane, manipulateur de fils et de parfums empoisonnés avant de s'éloigner pour rejoindre Shikamaru, Shin'ichi et Rie comme le voulait le plan de son aîné.

Évidemment, il avait fallu qu'il se retrouve face à une montagne de muscle et de haine. Il n'aurait pas pu affronter une lavette qui aurait fuit à la moindre menace, ou même une de ses chieuses qui lui aurait fourni un prétexte pour retenir ses coups. Non, c'était un géant de deux mètres, armé d'un katana(3) monstrueux, transpirant la rage de vaincre qu'il devrait affronter. Shikamaru poussa un soupir las.

Son adversaire tressaillit en le voyant si peu motivé. Sans attendre que l'autre se décide à devenir sérieux, il passa à l'attaque. S'il le coupait en deux assez rapidement, il pourrait aller s'occuper des autres, or il avait repéré un garçon particulièrement fort qui pourrait le distraire. Il bondit, épée au dessus de la tête pour fendre le crâne de ce ninja paresseux. Ce dernier leva les yeux vers lui, enchaîna quelques mudras(4). Brusquement, il ne parvint plus à bouger. Il atterrit lourdement au sol. Il essaya de se relever, mais rien n'y fit.

- Proie ferrée ! Lâcha le shinobi.

Soudain, il sentit son corps se mouvoir sans qu'il ne l'ait désiré. Il se releva, et se retrouva dans la même position que son adversaire. Un poing sur le côté et l'autre main dans une poche. Il sourit sans en avoir la moindre envie, se gratta la joue et laissa retomber sa main, reflets exacts du shinobi qui se trouvait à quelques mètre de lui.

Shikamaru observa l'homme qui laissa choir son bras au même moment que lui. Bizarrement, son adversaire ne tentait pas de résister. Peut-être, n'étant pas ninja, ne se doutait-il pas qu'il pourrait tenter de contrer sa technique avec un peu de force et de volonté, ce qui l'arrangeait assez. Moins il résisterait, moins le maître des ombres utiliserait de chakra. Il devait tout de même en finir, il n'avait pas de temps à perdre en combat. Il fit un signe qu'imita son prisonnier. Brusquement, venant de nulle part, Shin'ichi apparut à la droite du samourai prêt à le frapper en pleine tête. Le garçon était rapide et fort, si Shikamaru ne briser pas son lien avec sa cible lui aussi serait sonné par le coup, mais il tint bon. Il attendit, la dernière minute pour que le samourai n'eût pas le temps de réagir et, alors que le poing de Shin'ichi n'était plus qu'à quelque millimètre de sa joue, il se retira. Le coup qu'affligea le garçon à son ennemi le fit voler quelques mètres plus loin. D'un commun accord, les deux ninjas rejoignirent en un saut l'homme. Il était sonné. Shikamaru tira une ficelle de sa besace pour ligoter ses mains et ses chevilles.

- On continue ! Lança-t-il à son élève.

Ils se précipitèrent vers le lieu où se trouvait déjà Rie. Elle était encerclée par cinq hommes qui cherchait à protéger leur chef, Akira, contre qui elle se battait. Forte de son élasticité hors norme, elle avait capturé le samourai, l'entourant de son corps et le menaçait, un kunai sous la gorge. Sa situation était délicate, entouré d'ennemi, pourtant elle ne semblait pas se démonter, confiante. Son équipe la sauverait, elle le savait. Les samouraïs tentèrent un pas de plus vers elle. Elle griffa de l'extrémité de son kunai la carotide d'Akira. Elle ne devait pas le tuer. Ils finiraient par se rendre compte qu'elle hésitait, combien de temps son bluff marcherait-il encore ? Juste à ce moment, Shikamaru apparut derrière l'un des hommes et utilisa le Kage Mane pour faire prisonnier les six guerriers. Il somma Rie de rejoindre Shin'ichi. Le soleil tombant de cette fin d'après-midi lui était favorable. Les ombres allongées lui permirent à lui aussi de s'éloigner légèrement tout en gardant sous son contrôle ses ennemis. Ren apparut entre ses deux élèves, disposé à poursuivre le combat.

Tout se déroulait comme il l'avait prévu. Il avait d'abord isolé quatre ennemis, conscient que son jutsu serait trop affaibli s'il devait l'utiliser sur dix braves samouraïs comme ces hommes. Rie avait ensuite attaqué le chef, pour attirer au même endroit les ennemis restants. Il les avait maintenant capturés et il ne restait plus que deux étapes à son plan. Il jeta un coup d'œil alentour. Hinata ne les avait pas rejoins. Elle était toujours aux prises avec le guerrier aveugle. Malgré son inquiétude, ils ne pouvaient pas l'attendre. Ils iraient lui prêter main forte une fois qu'ils auraient mis les autres hors d'état de nuire.

- Shin'ichi ! Hurla-t-il.

- C'est parti.

Une explosion de chakra phénoménal envahit l'atmosphère. Shin'ichi courut jusqu'au centre du cercle de samouraïs, là où Akira, prisonnier de son professeur se tenait. Il leva le poing, ajusta sa mitaine en cuire et concentra son chakra au bout de sa main. Ses muscles se bandèrent quand, avec puissance, il frappa le sol. Comme un geyser, le sable jaillit vers le ciel, entourant d'un nuage doré le groupe. Le garçon ressortit presque immédiatement de cette masse de poussière et atterrit au côté de Rie. Puis ce fut au tour de Shikamaru de les libérer de son jutsu et d'émerger du nuage pour faire un signe à Ren. Celui-ci ne prit même pas la peine de faire comprendre que l'ordre était bien passé. Il tendit une main au bout de la quelle cinq fil s'élancèrent dans un bruit de Shamisen(5). Au bout de quelques secondes, il récupéra l'autre bout des fils de sa main libre et croisa les bras. Il resta ainsi jusqu'à ce que les dernières particules de sable ne retombe. Enfin, il ligota proprement le groupe.

Rie observa incrédule le paysage bouleversé par l'intervention de son coéquipier. Dans un périmètre de quinze mètre, tout avait été retourné. Des auréoles orange et jaune s'étaient formées tout autour du point où il avait frappé. Elle jeta une œillade impressionnée vers son camarade.

- T'es sûr que t'es pas le fils caché de Tsunade-sama ? Demanda-t-elle d'un ton fatigué.

Shin'ichi éclata d'un grand rire flatté tout en se grattant l'arrière du crâne.

- Rie ! Shin ! Gardez ces hommes ! Ordonna Shikamaru indifférent à leur discussion, Ren et moi allons rejoindre Hinata.

La kunoichi évita avec aisance la première lame, mais dû se contorsionner pour ne pas être frappée par la seconde qui s'abattit sur elle. Ryosûke le samourai aveugle maniait deux katanas dont le fil était enduit de poison. Elle ne pouvait accuser aucune blessure, ce qui rendait la lutte ardue. Elle fit un bond vers l'arrière pour esquiver une nouvelle attaque et atterrit avec la légèreté d'un chat, à ras du sol. Elle prit appui sur l'une de ses mains et utilisa son byakugan pour évaluer l'état de son adversaire. Il n'était pas totalement guéri de leur précédent combat, nombre de ses organes internes étaient encore fragilisés. De plus elle venait de lui porter quelques coups qui auraient du tarir sa fougue. Pourtant, Ryosuke ne cessait d'aller au devant d'elle, armé une rage de vaincre à faire ployer les moins courageux... ce qui n'était pas le cas d'Hinata.

Elle devait à tout prix abréger le combat. Il était convenu qu'elle rejoignît Shikamaru et leurs élèves pour porter le coup final, elle l'affrontait depuis bien trop longtemps déjà. Elle tira de son holster deux shurikens qu'elle lança vers ses bras. Le sifflement des armes dans l'air le mit en garde et il les dévia à l'aide de ses sabres. Elle ne perdit pas courage. Elle s'élança dans les airs, et tenta une attaque corporelle directe. Contrairement aux doctrines de sa famille, elle voulut utiliser le Gôken(6) pour lui briser les bras. Elle voulait le mettre hors d'état de nuire en l'empêchant de se servir de ses sabres. Toutefois, l'aveugle la sentit approcher et posa ses sabres en défense. Il avait bel et bien compris que sa rivale craignait le poison, si bien qu'il se servait de ce point faible comme bouclier. Comme il l'escomptait, elle s'écarta à la dernière minute. Il l'entendit se poser un peu plus loin, sans avoir porter la moindre attaque. Il sourit, elle lui faisait passer un très bon moment.

Hinata commençait à désespérer. Si elle ne parvenait pas à atteindre ses bras, comment pourrait-elle le forcer à abandonner les armes ? Elle avait bien compris que face à un aveugle, à l'ouïe et l'odorat surdéveloppés, les armes de distances ne faisaient aucun effet. Il les sentait approcher avec beaucoup trop de facilité. Si au moins il n'utilisait pas de poison, elle aurait pu...

Soudain, elle sentit le chakra de Shin'ichi grandir alors qu'une explosion troubla le désert silencieux. Elle fut déséquilibrée par le souffle, fouettée par le sable mais réussie tout de même à se maintenir. Elle protégea son visage pour apercevoir son adversaire. Il s'était courbé pour résister au déchaînement de sable qu'avait provoqué le ninja. Elle se mordit les lèvres. Ils étaient passés à l'action. Ils se battaient bravement alors qu'elle craignait un peu de poison. Elle se mit une gifle mentale. Elle n'était plus une enfant, ni une genin de faible niveau. Elle était une junnin de Konoha et devait se montrer digne de son rang.

Elle tira de son holster quatre kunais, puis empoigna une corde dans sa besace. Elle les chargea de chakra avant de les laisser choir au sol. Elle donna du mou à la corde puis fit mine de se précipiter vers Ryosuke laissant derrière elle ses armes. Une fois encore, il para avec ses katanas qu'elle prit un soin ostensible à éviter. Elle atterrit de l'autre côté de lui, sans lui laisser le temps de se ressaisir, elle tira sur la fine corde. Dans une vibration aigue, le fil voleta vers le samouraï, il se retourna vivement pour le couper en deux. À cet instant précis, Hinata leva la main. Les kunais se redressèrent tel des serpents et volèrent droit dans les jambes de l'ennemi qu'ils transpercèrent de part et d'autre. Il poussa un hurlement de douleur et s'effondra. Les kunais ensanglantés vinrent se planter au sol à quelques centimètres à peine de leur propriétaire. Ne voulant pas laisser le temps au guerrier de se reprendre, elle bondit vers lui, tira de son holster des aiguilles d'acupuncture. Cependant, au lieu de les lancer comme elle l'avait fait plus tôt, elle les serra avec force, repéra grâce à son byakugan deux points très précis dans son bras et fonça comme un félin sur lui. Bien que légèrement troublé par ses blessures, Ryosuke l'entendit arriver à la dernière minute. Il ne perdit pas le nord, attrapa la garde de ses armes et dressa l'un de ses sabres pour se protéger. À sa grande surprise, il le sentit nettement pénétrer la chaire. Il voulut avoir recours à sa seconde lame mais il n'en n'eut pas le temps. Une piqûre transperça ses deux avants bras qui devinrent aussi lourd que du plomb. Il chercha ses sabres, mais ne sentit rien... pas même le mouvement de ses doigts.

- Je vous ai eu... souffla la jeune femme.

Hinata posa ses yeux vers les bras paralysés de son adversaire. Une douleur aigüe traversa son côté. Elle avait accepté de se faire blesser. Avec habileté, elle avait réussi à ne présenter que de la chaire à la lame, évitant ses organes vitaux, la blessure en elle-même n'était donc pas extrêmement grave, en revanche, elle sentait que le poison commençait à faire effet. Elle retira le sabre de son côté et s'éloigna de Ryosûke. Déjà, des tremblements secouaient ses membres, des bouffées de chaleur empourpraient ses joues, elle se traîna encore un peu pour se mettre hors de portée du samouraï, puis se laissa tomber. Elle avait réussi, elle l'avait vaincu. Tout à coup, l'aveugle éclata d'un grand rire affreusement joyeux.

- Tu es forte, si forte que je crois que je t'aime bien... Ce serait dommage de laisser le poison t'achever...

Au mépris de la douleur qui lacérait ses jambes, il se releva. Il mordit le manche d'un des kunais perdus pendant le combat et se rapprocha d'elle. Son cerveau embrumé par le venin qui parcourait son corps, elle ne comprit que trop tard ses intentions. Elle voulut bouger, mais ses bras ne résistèrent pas à son poids. Ryosuke s'agenouilla face à elle pour la frapper. Il se laissa tomber vers elle, la pointe de l'arme dirigée vers son cœur qu'il entendait palpiter comme un tambour. Elle poussa un cri de souffrance quand il la frappa. Elle haleta, un moment et rua pour le dégager. Il avait frappé son bras. Par chance, l'homme était lui-même trop accablé par ses blessures pour viser juste. Il n'abandonna pas pour autant. Il se releva une fois encore, se concentra plus encore pour repérer encore une fois la mélopée entêtante de ce cœur têtu, orienta le kunai vers lui afin de le faire taire... Un coup de pied dans l'estomac le fit voler loin de sa victime.

- Ren ! Interpela Shikamaru qui venait de frapper.

Le garçon ligota le dernier samouraï pendant que le junnin se précipitait vers sa collègue pour évaluer son état. Son corps était secoué par des spasmes, la sueur perlait sur son front d'une blancheur inquiétante. Il posa une main sur sa joue et constata qu'elle avait une fièvre de cheval. D'un œil avisé, il nota que la blessure à son côté n'était pas très profonde même si le sang coulait abondamment. Il n'avait pas de temps à perdre.

- Ren, ramène celui-là avec les autres, surveillez-les bien, je suis le plus rapide, je vais amener Hinata se faire soigner et je vous rejoindrai.

Quand Shikamaru retrouva ses élèves qui gardaient les samouraïs, il fut surpris par le calme qui régnait. Il jeta un coup d'œil perplexe à la scène, ce que remarqua Ren :

- Ils commençaient à se montrer désagréables. Je les ai un peu calmé, expliqua-il en montrant l'un de ses parfums.

- Et Hinata-sensei ? S'enquit Shin'ichi.

- Keitaro et Reira-chan s'occupent d'elle, ça ira, répondit-il avant de changer de sujet, donne-leur l'antidote. J'ai des questions à leur poser.

Ren s'exécuta. Il ouvrit un petit flacon dont s'échappa un parfum âcre. Il fallut quelques minutes aux samouraïs pour reprendre leurs esprits. À peine avaient-ils refait surface que le maître des ombres s'approcha de leur chef pour le questionner :

- Qui vous a engagé ?

- Comme si nous allions vous le dire ! Rétorqua l'homme contre qui Hinata s'était battu.

Il était ligoté tout à côté d'Akira, le chef. Shikamaru leva un sourcil dubitatif et se rapprocha de lui. Il le gifla avec force, attrapa son menton et susura sur un ton dangereux :

- Je pense que sous la torture...

- Comme si nous allions vous laisser nous torturer ! Rétorqua-t-il.

Shikamaru fut surpris par cette réponse mais ne se démonta pas.

- Je sais que vous travaillez pour Maruyama, je ne veux qu'une confirmation.

- Plutôt mourir, cracha l'homme.

Au même moment, il fit apparaître entre ses lèvres une capsule. Il la croqua, sous les yeux ébahis du ninja. Il ne comprit que trop tard de ce dont il s'agissait, cria pour ordonner aux adolescents d'empêcher les autres de se faire subir le même sort mais déjà des corps s'effondraient sous l'effet du poison foudroyant qu'ils avaient avalé. Shikamaru pesta. Il ne s'était pas attendu à ce que ces hommes se suicidassent. Pour vouer une telle fidélité à leur chef, le dessein qu'ils embrassaient devait dépasser la simple fugue amoureuse.

Suite au chapitre 3

Petit mot de l'auteur :

Naaaan ! Les chevaux vont biens !! Keitaro les a soignés et ils les ont pris dans leur suite.

Ben voilà la suite de l'aventure d'Hinata et Shikamaru. J'ai fait la part belle aux élèves pendant le combat, mais l'histoire va se recentrer sur le duo principal dès le prochain chapitre, ne vous en faites pas ! Je voulais juste vous prouver qu'ils font une bonne équipe...

J'espère que ce chapitre vous a plus, n'hésitez pas à me laisser des commentaires pour me donner vos impressions !

Lexique :

1-fuyu no hasaki : pointe de la lame d'hiver. Nom totalement arbitraire donné par l'auteure !

2- Harigane : fil de fer. Clan inventé, là encore pas l'auteure, même s'ils utilisent des fils de soie, ils sont nommé Harigane car leur volonté est de fer !

3- Katana : sorte sabre japonais utilisé prinicipalement par les samourais, le katana mesure plus de 60 cm à monter... celui de Kyo fait 1m50... que celui qui m'a traité d'Otaku se désigne !!! -rire-

4- Mudra : signe incantatoire, représentant chacun un des 12 animaux du zodiaques chinois, que les ninja utilisent pour malaxer leur chakra.

5- Shamisen : sorte de luth d'origine chinoise, popularisé dans l'archipel japonaise durant l'ère Edo, il est devenu un des instruments traditionnels du pays du soleil levant.

6- Gôken : le point fort. Rappel pour ceux qui l'aurait oublié. Il existe deux types de taijutsu -combat au corps à corps- le poing fort (utilisé par Rock Lee par exemple et la plupart des ninjas en général) et le Jûken, poing souple, spécialité de la famille Hyûga.