Prologue : Partie 2

Elle :

L'amour avait toujours été facile, accessible, pour elle, un peu plus et les gars se jetaient à ses pieds en la priant de choisir sa ''candidature''. Elle avait toujours été très populaire dans toutes ses classes, sociable comme pas deux, princesse comme pas deux. Parfois même Diva comme pas deux. Elle respirait la vie, elle respirait la confiance, elle attirait l'admiration de tous ses amis. Elle était l'amie de tout le monde d'ailleurs, même de ceux dont elle n'avait rien en commun.

Ce n'était pas son genre de pavaner, mais disons qu'elle alimentait bien sa réputation. Fille d'une pédiatre et d'un chirurgien, elle avait toujours connu l'aisance et elle pouvait tout se permettre niveau dépenses. Elle était toujours à la fine pointe de la mode, coquette à souhait sans être superficielle.

Avec un cœur d'artichaut comme le sien, elle avait connu des relations amoureuses satisfaisantes, quelques-unes, mais qui duraient. Elle avait connu des erreurs à des petits bonheurs et elle n'avait jamais eu à se plaindre. Une lui avait servi plus d'une autres pour qu'elle puisse prendre conscience de bien des choses…

Elle était entrée dans un DEP de coiffure, mais elle s'était vite rendu compte qu'elle n'y avait pas sa place, quelque chose lui manquait… Quelque chose de profond, de plus humain que de papoter, était absent…

Entre temps, une de ses meilleures amies qui étudiait avec elle avait fait une dépression suite à une rupture difficile. En l'accompagnant dans cette épreuve, Valence comprit. Elle comprit ce qu'il lui avait manqué. C'était de toucher aux émotions, d'aider, de creuser au plus profond de l'âme.

Le printemps suivant, elle était passée de son rêve d'enfant de devenir coiffeuse (ses relooking de Barbie étaient parfaits!), elle avait abandonné les ciseaux et les fers plats pour les bancs d'école et un long parcours scolaire… Elle travailla très fort, obtenu d'excellentes notes et fut probablement l'une des meilleures de sa promotion universitaire.

Lentement, elle se bâtit une carrière enviable, une forte réputation dans le milieu, un CV à en faire pester de rage plus d'un. Bientôt, les patients qui franchissaient la porte avec l'écriteau d'or où il était gravé ''Valence Leclerc, , clinicienne, cognitiviste, psychologue du sport.'' savaient qu'ils étaient entre de bonnes mains. D'ailleurs, son agenda débordait pour le prouver. Sa secrétaire ne savait plus où donner de la tête certaines journées!

Un jour, elle avait soigné un ex-militaire, redevenu civil depuis peu, aux prises avec un syndrome post-traumatique. Ce fut une double révélation pour elle.

D'un part, elle l'avait trouvé affreusement beau et elle dérogea pour la première fois de sa vie à son éthique professionnelle (mais elle eut la décence de sortir avec lui en dehors de son cabinet). La relation ne dura pas, mais elle avait compris que parfois, on ne pouvait pas lutter contre soi-même, on ne pouvait pas laisser les règles décider pour nous alors qu'on veut faire le bien, être heureux.

D'autre part, elle commença à s'intéresser aux problèmes psychologiques rencontrés dans l'armée, à son fonctionnement, à sa dynamique, psychologique. Elle offrit ses services aux forces canadiennes et elle commença à soigner plusieurs militaires. C'était une clientèle intéressante, surtout avec toutes ses guerres et ses conflits qui sévissaient à cause de la destruction environnementale effrénée…

Elle ne put faire autant de recherche qu'elle ne l'aurait voulu, car une occasion en or se présenta. Celle de toute une vie. Au début 2033, elle s'inscrivit à l'académie d'aérospatiale pour suivre un entrainement militaire, suite à une annonce nationale où l'on demandait des psychologues qui pouvaient gérer le moral et la santé mentale de l'équipage le plus important qu'avait connu la Terre.

Au début 2034, pendant la construction du vaisseau qui n'avait pas encore été baptisé, le capitaine désigné pour conduire cette mission mourut accidentellement et plusieurs membres de son équipage manifestèrent leur désir de se retirer de l'aventure. Donc, les dirigeants de la fédération planétaire décidèrent de rebâtir l'équipage à zéro. Même ceux qui avaient été pressenti auparavant durent se représenter. Compétitive de nature, Valence voulut vraiment se démarquer et participa à chacune des étapes de sélection dans sa catégorie. Quelque chose lui disait que ce pouvait être un grand geste humanitaire à poser, en plus de vivre une expérience professionnelle hors du commun. Elle se disait qu'elle avait le cran, les capacités et l'équilibre mental pour accomplir cette aventure.

Les étapes de sélection étaient très dures et de nature diverse. Il fallait vraiment être polyvalent et ultra compétent. Diagnostic à poser selon diverses approches, examens de connaissances, rapports et dossiers à monter, exercices pratiques avec des cobayes, mises en situations, bref tout y était passé !

C'est avec euphorie qu'elle apprit qu'elle avait était sélectionné pour l'avant dernière étape de sélection, puis la dernière…

La dernière n'était en rien comme les autres. C'était tout simplement une entrevue comme une autre, convaincre qu'elle était la meilleure. Valence ne s'en faisait pas pour cette étape, elle avait confiance en elle. Elle avait quand même fait jouer ses contacts dans les forces armées pour se renseigner sur le nouveau capitaine (qui avait été désigné en grandes pompes que trois mois plus tôt) et sur quel genre de personnalité, de membre d'équipage pouvait le satisfaire. Selon eux, Charles Patenaude était un ''pur militaire'', très compétent, très ambitieux et peut-être un peu ''spécial, il a son style'' avait toujours rajouté ses contacts. Valence se demanda ce que ça voulait dire… Tous lui avaient assuré qu'elle allait comprendre une fois sur le Romano Fafard pour les entrevues…

Malheureusement pour elle, le grand jour arriva et un maudit-dégoûtant-bonhomme-allumette-seul-candidat-scientifique (elle l'avait baptisé ainsi dans sa tête après l'accident pour évacuer sa frustration) lui avait vomit dessus, pendant que la navette avait effectué l'abordage au vaisseau avec secousses. Convaincue qu'elle n'avait plus aucune chance, elle ne s'était jamais changé et refait une beauté aussi vite ! Elle espérait vraiment que le capitaine allait comprendre…

Et il y avait eu Lui.

Charles. Son Charles.

Pendant ses 4 heures où il l'avait questionné sur son parcours (et mille fois acclamé), lui avait fait cette visite de chaque recoin du vaisseau, Valence sut toutes ses chances revenues. Jamais elle n'avait connu une si longue entrevue, elle empiétait même sur celles des autres (elle ne voulait pas lui dire, comme il semblait tellement passionné (elle sut plus tard que c'était que ''la faute du coup de foudre'') par cette thérapie avec un asperger ou intrigué par un essai récompensé) ! Elle lui avait tapé dans l'œil, ça s'était certain !

Elle aussi n'était pas indifférente, il était plutôt de son genre, beau… Elle ne le connaissait pas encore assez, mais elle ne pouvait s'empêcher de le trouver séduisant… Mais elle se dit que c'était lui qui devait faire le premier pas, elle allait que le chauffer un peu, faire monter la pression… Elle ne voulait qu'il pense qu'elle le faisait avec de mauvaises intentions…

Au début, elle n'avait pas compris qu'il était trop orgueilleux et qu'il se battait contre lui-même. Elle avait fini par se laisser charmer ses petites phrases maladroites (''T'es tellement belle, tu me fais penser à un réacteur 240-AS-Turbo-TCX, mais avec plus de cheveux.'' De la poésie digne de Rimbaud ou de Lamartine !), elle avait fini par comprendre qu'il lui fallait du temps. Elle mettait les bouchées doubles dans ses petites manœuvres de séduction. Elle savait que celles-ci étaient efficaces, mais que Charles était un être résistant et déterminé. C'était le genre d'hommes à mourir par convictions, pour les défendre.

Elle s'impatientait un peu, c'était bien chiant être amoureuse à la folie d'un militaire. Pourtant, elle continuait de patienter. Au fond, l'obstination de Charles était adorable.

6 mois passèrent avant que Charles eut le courage de tout concrétiser…

Elle n'avait jamais connu de relations secrètes. Tout était nouveau dans ce domaine. Elle se sentait déstabilisée. Ne pas montrer ses sentiments, se retenir dire certaines paroles ou faire certains gestes affectueux, ça ne lui allait pas. Elle se sentait brimée, prisonnière, esclave des cachoteries et des mensonges constants. Alors que pourtant, elle savait que tout le monde pouvait comprendre… enfin, sauf peut-être Brad, son patient n.1, par jalousie et par convoitise….

Elle aurait tellement aimé que Charles comprenne que personne ne pouvait l'empêcher de faire ce qu'il voulait tant qu'ils n'avaient pas communiquer avec les Terriens. Ce fut leur premier sujet de dispute. Mais Charles tenait tellement à donner l'exemple qu'elle finit par abandonner et par continuer ce manège. Elle s'y habitua. Elle finit même par en devenir une professionnelle.

Charles était très différent des hommes qu'elle avait aimé. Mais elle l'aimait. Peut-être même plus que tous ces autres hommes. De plus, l'aimer était si prenant, si bien pour espérer, pour continuer…