Suite de la traduction de la fic de wreckinthefinite sur ao3
L'univers de Teen Wolf ne nous appartient pas…
Rappel : Derek a déménagé depuis cinq ans de Beacon Hills. Installé à la Nouvelle Orléans, il accepte de recevoir Stiles qui est à la recherche d'un emploi.
Ah, et petit détail qui a son importance : Derek a pris vingt kilos et ne veut plus jamais entendre parler de surnaturel. Jamais.
Merci pour vos reviews enthousiastes auxquelles j'ai répondu et merci aux guests.
Cordangélique, je te réponds directement puisque tu n'as pas de MP : oui ce sera intense, chaud bouillant et aussi il y aura des moments cute ...
Ce deuxième chapitre est posté une semaine après le premier mais c'est exceptionnel. Attendez-vous à une traduction tous les quinze jours en principe.
Ah, j'allais oublier : l'auteur américain est absolument ravi d'être traduit en français, il a même mis le lien dans son en-tête sur ao3 ! Je vous préviens que je le tiens au courant de vos réactions ! ;)
Message de PumpkinSpy : Voilà, cette traduction ainsi que cette histoire ne m'appartiennent absolument pas. Si cette traduction vous rappelle quelque chose, c'est tout à fait normal, ceci est une traduction de Calliope83.
Calli a décidé d'accorder du temps à ses projets professionnels et de ce fait, elle a décidé de se retirer de la liste des auteurs. Malgré tout, elle ne voulait pas laisser ses traductions tomber dans l'oubli, surtout pas après le temps consacré mais aussi en pensant à ceux qui souhaiteraient relire une histoire qu'ils avaient aimé.
D'un commun accord, je reprends sur mon propre profil auteur ses traductions.
Chapitre 2
Bien entendu, Stiles veut voir Bourbon Street et rien au monde ne pourra l'en dissuader.
_ Enfin, il s'agit de Bourbon Street ! Nous devons absolument y aller !
_ Cet endroit est comme une hideuse verrue à la face de cette ville, personne ne devrait vouloir de son propre chef y mettre un pied, réplique Derek avec froideur.
_ Mais tu vas m'y emmener, n'est-ce pas ?
Stiles sourit, l'air tranquille, détendu, il ne ressemble en rien au garçon que Derek a connu autrefois.
_ Nom de Dieu… Oui, mais une seule fois. Comme ça, ce sera réglé une bonne fois pour toutes. Après, si tu veux y retourner, tu iras là-bas tout seul.
_ Marché conclu !
Stiles fredonne, ravi, et Derek ne parvient pas à détacher ses yeux de ce satané gosse pendant qu'il sautille de joie dans sa salle de séjour.
A partir du moment où il avait accueilli la veille au soir Stiles chez lui, Derek avait été projeté dans une dimension étrange et il n'était plus sûr de savoir comment réagir à la présence du jeune homme sous son toit. Stiles est plus âgé et son évolution est, à certains égards, manifeste. Il est encore un peu maladroit, un peu dégingandé mais c'est comme s'il était, en grandissant, enfin devenu lui-même. Ses manières qui semblaient cinq ans auparavant empreintes d'une maladresse propre à l'adolescence sont désormais espiègles et séduisantes. Le garçon squelettique et gaffeur est devenu un jeune homme mince, élégant, à la grâce fébrile, singulière.
Pour être tout à fait franc, il est vraiment beau. Et bon sang, qu'il est intéressant aussi ! Stiles a toujours été intelligent, probablement même beaucoup trop intelligent pour que cette qualité ne lui cause pas des problèmes. Et maintenant le voici, licence en poche, fraîchement diplômé d'une petite université privée de Californie du Nord, une faculté très collet monté spécialisée dans les sciences humaines, prêt à partir à la conquête du monde. Son projet, comme il l'a expliqué avec enthousiasme à Derek sur le chemin la nuit dernière, est de trouver un travail à la Nouvelle Orléans pendant qu'il termine de boucler en ligne, par correspondance, sa maîtrise en sciences de l'information et des bibliothèques. Derek a été étonné par cette décision. Il ne se figurait pas Stiles dans la peau d'un bibliothécaire. Mais ce projet a pris tout son sens lorsque Stiles l'a explicité : il va mettre à profit toutes les années pendant lesquelles il a travaillé sur le bestiaire des Argent pour bâtir sa carrière professionnelle. Une fois sa maîtrise en science de l'information et des bibliothèques en poche, il a prévu de trouver un poste aux Archives Historiques de la Nouvelle Orléans, sans aucun doute la ville en Amérique la plus féconde en phénomènes surnaturels. Ainsi, il pourra avoir accès à des informations qu'il pourra ajouter au bestiaire.
Le gosse a donc suivi tout un cursus universitaire entièrement subventionné par une bourse dans le but de se consacrer à des recherches dans le domaine du surnaturel. Conclusion : en gros, Derek et Stiles sont venus s'installer à la Nouvelle Orléans pour des raisons diamétralement opposées. Derek cherche à échapper à son passé surnaturel et Stiles continuer d'explorer les phénomènes paranormaux, essayant même d'en faire sa profession. Derek se cache de sa meute, Stiles a choisi de prendre toutes ses décisions en fonction de ce qui sera le plus bénéfique pour elle . Bref, il a choisi de mettre sa vie à son service.
Les projets de Stiles lui font un peu honte. Et le font tomber un peu amoureux du gosse, malgré lui.
Mais Derek n'a pas l'intention que Stiles découvre son attirance pour lui. Il aurait été aveugle s'il n'avait pas remarqué le regard surpris qu'il lui avait lancé lorsqu'il l'avait vu, même si le gamin avait bien dissimulé sa réaction avec cette accolade fraternelle et grotesque, exécutée d'un seul bras.
Derek ne peut s'empêcher de se demander ce que Stiles pense de lui. La dernière fois qu'ils se sont vus, Derek avait des abdominaux en béton, des pommettes taillées à coups de serpe et Stiles en pinçait vraiment manifestement pour lui. Désormais, avec sa silhouette noyée sous une ou deux couches de graisse, ses épaules larges à la mesure de ses cuisses épaisses et de son ventre à bière, il semble bien peu probable que Stiles soit encore attiré par lui. Les gens ont habituellement un type d'hommes ou de femmes. C'est la stricte vérité. Et le Derek que Stiles a connu à Beacon Hills est très éloigné du Derek que Stiles a désormais sous les yeux.
Quelle honte, tout de même. Stiles semble peser à tout casser 65 kilos tout mouillé, ce qui veut dire que Derek pèse à peu près 45 kilos de plus que lui. Le contraste à lui seul suffit pour donner à Derek assez de fantasmes pour se masturber pendant quelques jours.
Évidemment, il ne va pas se toucher en pensant à Stiles pendant que ce dernier dort dans sa chambre d'ami. Non, il ne le fera pas. Parce qu'il est un gentleman, un homme qui a des principes. Et aussi parce qu'il trouve la situation désespérément pitoyable.
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Il est encore tôt dans la soirée lorsqu'ils arrivent dans le Quartier français et Derek promet d'emmener Stiles à Bourbon Street , mais seulement une fois qu'il lui aura fait visiter d'autres endroits dans le coin.
Stiles accepte les conditions de Derek sans protester. En bon touriste, il ne cesse de tourner la tête à droite, à gauche. Et c'est vrai que la Nouvelle Orléans a de quoi vous faire tourner la tête, surtout si vous visitez pour la première fois de votre vie une vieille ville du sud. Les 3000 kilomètres qui séparent la Californie de la Louisiane pourraient tout aussi bien être la distance entre la Terre et Mars tant les différences entre ces deux endroits sont énormes.
Ils descendent d'un pas tranquille la rue Decatur tout d'abord puis ils passent devant l'Epicerie du Centre. Stiles saisit le bras de Derek comme s'ils étaient de vieux amis et s'exclame :
_ J'ai vu ça dans le magazine de l'avion ! Puis il ajoute, en écorchant la prononciation : Ils ont des muffaletas !
_ Tu veux un muffuleta ? demande Derek.
Ils devaient aller de toute façon dîner quelque part et certains trucs sont bien pires à manger.
_ Est-ce qu'ils sont bons ici ?
Stiles regarde Derek, cherchant son approbation, comme si l'avis de Derek à propos de la qualité des sandwichs était absolument primordial.
Derek acquiesce.
_ Oui et c'est d'ailleurs pour cette raison qu'il y a la queue jusque dehors.
Alors ils font la queue pour acheter leurs sandwiches et Stiles insiste pour manger un muffuleta en entier, même si Derek essaie de l'en dissuader. Stiles se moque de son avertissement et ils se retrouvent donc avec deux sandwiches complets, c'est-à-dire deux tranches rondes de pain italien, genre focaccia, chacune coupées en leur milieu et garnies de couches alternées de pastrami, de jambon, de provolone, le tout parsemé d'olives et arrosé d'huile. Ils finissent par aller au Square Jackson pour s'asseoir sous les arbres, dans la pénombre, et regarder les gens passer pendant qu'ils mangent. Quand il déballe le sandwich de son sachet, Stiles fait une drôle de tête :
_ Mais ce truc est énorme !
_ Je te l'avais dit d'en commander seulement la moitié, dit Derek en secouant la tête.
Stiles hausse les épaules et mord dans son sandwich.
_ Oh putain ! Mais que c'est bon ! C'est sacrément bon !
Il a l'air parfaitement heureux, à manger de la nourriture à emporter, assis près de Derek sur un banc. La chaleur est étouffante mais s'il s'en trouve incommodé, il n'en souffle pas un mot.
Le square Jackson grouille de touristes et d'artistes de rue. Il y a une fanfare qui joue plus loin, à quelques mètres d'eux et quelques gosses font des claquettes pour le plus grand plaisir de badauds ravis, des Nordistes, qui jettent gentiment des billets dans les boîtes en carton des gamins. D'autres artistes de rue, recouverts de peinture couleur or et argent, prennent des poses de statue pendant que des gens se photographient en leur compagnie. Des étudiants buvant des cocktails à base de rhum, de jus de fruit et de sirop de grenadine - des hurricanes - déambulent, côte à côte, avec de jeunes couples de vacanciers venus en famille. Certains parmi eux boivent aussi des hurricanes. Des calèches tirées par des chevaux frôlent la foule. Des touristes, lorsqu'ils passent devant la Cathédrale Saint Louis, s'extasient devant l'édifice et prennent des photos. Stiles semble être tombé totalement sous le charme de toute cette agitation.
Quant à Derek, il se surprend à contempler Stiles plutôt que d'observer la foule qui les entoure.
Derek termine son sandwich mais Stiles n'arrive même pas à en manger la moitié. Derek suppose qu'il va l'envelopper et le rapporter à la maison pourtant, au lieu de l'emballer, il le tend à Derek avec un sourire :
_ Aide-moi, là.
Derek cligne des yeux, un peu mal à l'aise et lève son regard vers le jeune homme. Il se sent soudain embarrassé et se demande si Stiles lui aurait proposé son sandwich s'il n'avait pas été gros. Mais Stiles lui adresse un grand sourire innocent :
_ Vas-y, c'est trop bon pour qu'on le jette et je ne veux pas m'embêter à le porter.
Alors Derek le mange pendant qu'ils se promènent dans le square, le termine et jette le papier froissé dans une poubelle devant la cathédrale.
_ On peut y entrer ? demande Stiles, levant les yeux vers la façade immense de la cathédrale.
_ Oui, bien sûr, dit Derek.
Il s'y est déjà rendu une ou deux fois auparavant mais il n'est ni catholique ni croyant et, d'après ce qu'il sait, Stiles non plus.
A son grand étonnement, Stiles entre et dépose un dollar pour acheter une bougie votive . Il l'allume puis la met parmi les centaines de rangées de bougies que d'autres personnes ont laissées avant lui.
_ Pour ma mère, dit-il, d'une voix apaisée.
Derek acquiesce, un peu décontenancé et séduit par son geste. Il se demande pendant un bref instant s'il doit en allumer une lui aussi mais il a perdu trop de proches .Il devrait en acheter une douzaine. Même plus. Il y en a trop pour pouvoir les dénombrer et certainement trop pour les distinguer ensuite parmi toutes les petites flammes qui se trouvent déjà là.
Ils restent debout, silencieux pendant une minute et ensuite Stiles saisit à nouveau le bras de Derek.
_ Emmène-moi à Bourbon Street, Sourwolf, tu me l'as promis.
Derek sent sa lèvre s'étirer en un sourire lorsqu'il entend ce surnom depuis longtemps oublié et il laisse Stiles le traîner par le bras pour sortir de l'église.
Bourbon Street fourmille de monde et Stiles semble ravi par tout ce qu'il voit : des policiers à cheval qui patrouillent dans la rue et canalisent la circulation pour éviter qu'un ivrogne titube devant une voiture qui passe, aux strip-teaseuses qui font lentement les cent pas devant les entrées des clubs, les invitant à entrer pour qu'elles leur fassent un numéro de lap dance, tout l'enchante. Il n'a même pas une réaction de dégoût lorsque Derek doit lui saisir le bras pour lui éviter de marcher dans une grosse flaque de vomi rose –sans doute quelqu'un qui a trop bu de daiquiris. Il se contente de l'enjamber avec souplesse et ensuite désigne un groupe de gars qui portent tous le même objet en plastique vert fluo, dont la forme évoque à la fois une bouteille et une grenade.
_ Je veux un de ces trucs-là.
Derek soupire. Évidemment qu'il en veut un.
_ Un cocktail grenade ? Mais c'est immonde.
_ Qu'est-ce qu'il y a dedans ? Parce que les gens qui les boivent n'ont pas l'air de penser qu'ils sont si infects que ça !
_ Les gens qui les consomment ne vont même plus se souvenir de l'endroit où ils traînaient d'ici demain matin. Et cette boisson est principalement composée de sucre mélangé à un alcool très fort, en général du bourbon.
_ Bien, je vais en prendre un, proclame joyeusement Stiles.
Derek grogne mais suit scrupuleusement le jeune homme qui se rend dans le magasin où les cocktails-grenades sont en vente. Stiles en commande un pour lui et une bière pour Derek. Derek étouffe un sourire lorsque le serveur demande à voir la carte d'identité de Stiles. Il a 22 ans et semble en avoir à peine 18.
Une heure plus tard, Stiles a terminé son cocktail-grenade, a consommé une éprouvette remplie d'alcool plantée entre les seins d'une marchande de rue, éprouvette qui a coûté 8 dollars et n'était probablement que du Kool Aid (1). Mais cette arnaque ne semble pas contrarier Stiles, sans doute parce que c'est Derek qui a réglé l'addition. Il a également traîné Derek dans un sex shop pour jeter un coup d'œil aux godemichés hors de prix et il a récolté autour de son cou plusieurs rangées de colliers de perles, déposés sur lui alors que tous deux passaient devant des clubs gays. Stiles n'a rien fait de particulier pour les obtenir, sauf d'être lui-même. Il a semblé agréablement surpris chaque fois qu'on lui mettait un collier autour du cou et Derek commence à réaliser que Stiles ne sait pas du tout à quel point il est beau et désirable.
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Stiles est arrivé à la Nouvelle Orléans depuis à peu près une semaine quand il décide qu'il doit se mettre sérieusement à la recherche d'un emploi. Derek se sent étrangement déçu – une fois qu'il aura commencé à percevoir un salaire, il aura son propre appartement et Derek a la désagréable impression que son appartement va mal supporter le silence en son absence. Il n'a jamais eu de locataire auparavant donc ce qu'il n'a jamais connu ne devrait pas lui manquer et , pourtant, il pense que oui, Stiles va lui manquer.
Stiles passe sa matinée à déposer des demandes d'emploi et à rédiger des CV puis il retrouve Derek pour le repas de midi dans un petit restaurant près de son appartement.
Ils commandent des sandwichs « po boys » (2) - au bœuf rôti pour Derek, aux crevettes frites pour Stiles. Les sandwichs sont énormes, servis avec du coleslaw (3) et une montagne de frites.
_ Comment les gens font-ils pour ne pas grossir ici ? demande Stiles , secouant la tête.
Pratiquement avant même que les mots soient sortis de sa bouche, il se raidit et pique un fard. Il est tout rouge, des joues jusqu'à la pointe de ses oreilles.
_ C'est un problème, réplique Derek sèchement, levant un sourcil pendant que Stiles se tortille sur son siège.
_ Flûte, la façon dont c'est sorti, ce n'est pas ce que je voulais dire …
_ C'est bon, l'interrompt Derek. Il sait pertinemment que s'il ne lui coupe pas la parole, Stiles va probablement se débrouiller pour encore plus mettre les pieds dans le plat.
Stiles hoche la tête, l'air peiné, et Derek essaie de se concentrer sur les frites qui lui restent dans son assiette. C'est toutefois un peu dur désormais de les avaler, car les paroles de Stiles résonnent encore à son oreille.
Derek se moque d'avoir du ventre. Il se passerait bien en revanche du double menton qui se forme chaque fois qu'il regarde vers le bas mais, bon, ce n'est pas le pire malheur qu'il ait connu dans sa vie. Cette situation lui convient. La plupart du temps, il s'en satisfait. Mais il ne peut pas s'empêcher de se représenter à travers les yeux de Stiles. Cela lui fait mal de se voir tel que Stiles doit le faire : son vieux béguin adolescent qui a maintenant la trentaine bien tassée, qui a pris du poids, qui vit seul. Et qui est en plus, à vrai dire, au chômage, à moins que vous considériez qu'assurer la gestion des millions des Hale est un véritable emploi, ce que Derek se refuse à faire.
Bon Dieu ! Il est sur le point de froisser sa serviette et de la jeter sur ses frites qu'il n'a pas terminées, n'étant plus d'humeur à les manger, lorsque Stiles pousse son assiette vers lui. Il reste plus de la moitié de son po boy et une grosse partie de ses frites :
_ Tu le veux ? Je n'y arrive pas. Allez, fais-toi plaisir, ajoute Stiles, poussant l'assiette un peu plus en avant encore. Je vais appeler la serveuse et commander une tasse de café, de toute façon. Mange.
Et Derek le fait. Il n'est pas sûr de comprendre la raison qui le pousse vraiment à le faire mais le regard de Stiles exprime simultanément tant de culpabilité et d'espoir, qu'on dirait qu'il lui a offert ce plat de crevettes à moitié mangé pour faire la paix avec lui.
Et puis zut, ce n'est pas comme si manger les restes de Stiles était une épreuve insurmontable, bien qu'il se sente, lorsqu'il a tout terminé, gavé jusqu'à en être indisposé. Il se déplace subrepticement sur son siège pour tirer sur la ceinture de son jean et essayer de l'élargir afin de pouvoir mieux respirer.
Lorsqu'ils se lèvent pour quitter le restaurant, les yeux de Stiles se portent à plusieurs reprises sur son ventre et Derek regrette vraiment qu'on ne soit pas en hiver : ainsi aurait-il une excuse pour enfiler une veste et le couvrir en partie. Il se sent bouffi et un peu gêné.
Il est ensuite étonné que Stiles le pousse de l'épaule alors qu'ils empruntent l'escalier menant vers son appartement.
_ Bon, la chasse au boulot s'est plutôt soldée par un échec. Je pense que je vais devoir devenir barista si je veux continuer à vivre ici, mec. Ça craint. Tu as des projets pour cet après-midi ? Ou peut-on, je ne sais pas, moi, juste s'installer sur ton canapé et regarder la télé ? Parce que cette option me tenterait bien.
Derek cligne des yeux.
_ Oui, on peut faire ça, dit-il, et même si j'avais des trucs prévus, tu pourrais, toi, le faire. Tu peux rester tout seul chez moi, tu sais.
_ Oui, mais avoir de la compagnie, ce serait chouette.
Derek acquiesce. Lorsqu'ils entrent dans l'appartement, Stiles s'éclipse dans la cuisine, farfouille dans le frigo à la recherche de sodas. Pendant qu'il est parti, Derek s'assied sur le canapé et défait le bouton de son jean prêt à exploser, laissant échapper un soupir de soulagement lorsque la patte de la fermeture éclair s'évase enfin. Il tire sur son t-shirt pour être sûr qu'il cache son ventre puis cale bien son dos dans le canapé, cherchant à s'installer le plus confortablement possible.
Ils passent tous les deux l'après-midi à regarder plusieurs épisodes à la suite de la série « Orange is the new black » et Derek se demande bien ce que diable il faisait avant que Stiles débarque dans sa vie.
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_ Alors j'ai trouvé ces documents aux Archives de Tulane qui parlent de sorcellerie et d'animaux, dit Stiles , poussant quelques photocopies sur la table du petit déjeuner, en direction de Derek. Ils datent à peu près de 1890 et certains chercheurs ont pensé que ces textes traitaient des démons familiers (4), mais je n'en suis pas sûr.
Les yeux de Stiles sont brillants et Derek prend conscience combien ce gosse adore se livrer à ce genre de recherches. Il a passé presque toute la semaine dernière au département des livres rares de l'université de Tulane, revenant chaque soir à l'appartement avec des anecdotes amusantes à propos de bibliothécaires stricts et austères et de règlement draconien. Pour avoir accès aux archives, Stiles a dû s'asseoir à une table face au bibliothécaire, a dû mettre tout son matériel – y compris son portable, ses stylos, ses carnets – dans un casier . Il était autorisé à prendre des notes seulement avec un crayon à mine noire et exclusivement sur le papier que le bibliothécaire lui fournissait. Mais, dans cet univers-là, Stiles semble se sentir comme un poisson dans l'eau.
Derek prend la liasse de photocopies, les feuillette alors que Stiles continue à parler, gagné par l'excitation, il tire sur ses cheveux et tape des mains sur ses cuisses.
_ Tu vois, toutes ces rumeurs à propos de la façon dont les femmes suspectées de sorcellerie sont devenues plus puissantes grâce à leurs relations intimes avec des bêtes, juste ici ? Eh bien, tu vois que cette information est mentionnée une nouvelle fois sur la page suivante ? Et ensuite il y a cette ligne à propos des loups ? Mais il n'y a pas de loups en Louisiane, pas vrai ? Je veux dire, même à l'époque, hein ? Donc cela aurait pu être des loups-garous, pas vrai ? Ou alors des garous-quelque chose ? Et cela pourrait expliquer pourquoi les sorcières étaient aussi puissantes ici, à la Nouvelle Orléans.
Derek hoche de temps à autre la tête, laisse Stiles poursuivre son raisonnement. Il est vraiment enthousiaste et est convaincu qu'il a mis le doigt sur quelque chose. Derek de son côté n'en est pas si sûr, principalement parce qu'il ne veut plus penser à quoi que ce soit qui se rapporte aux phénomènes paranormaux. Il ne peut pas l'avouer à voix haute mais la dernière chose qu'il désire, c'est d'être mêlé à une affaire impliquant des loups-garous, des sorcières et des événements surnaturels.
_ Je veux dire, savons-nous dans quelle proportion un clan de sorcières pourrait être plus puissant en étant rattaché à une meute ? Est-ce que des loups-garous pourraient être des sorcières ? Comment cela fonctionnerait-il ? Tu étais déjà parti à cette époque mais un clan de sorcières est venu à Beacon Hills l'année de ma terminale et elles ont fait des trucs que nous n'avons absolument pas pu expliquer. Peut-être que…
L'estomac de Derek se serre. Il n'est pas certain de comprendre pour quelle raison il se sent si mal à l'aise, mais il est certain d'une chose : il n'a vraiment pas envie de penser à de tels sujets.
Ce qui est absurde. C'est pour se consacrer aux phénomènes surnaturels que Stiles est venu ici. Pas pour s'asseoir avec Derek à regarder Netflix ou pour flâner à travers la ville. Pas pour être le colocataire de Derek et lui rappeler ce que l'on éprouve quand on se sent proche d'une autre personne, lui rappeler ce que l'on éprouve quand les affaires de quelqu'un d'autre sont éparpillées et mêlées aux vôtres, lui rappeler combien il peut être réconfortant de voir la brosse à dents de quelqu'un d'autre dans votre salle de bain.
Stiles est là parce que faire des recherches sur le surnaturel, c'est ce qu'il souhaite faire. Et c'est ce qu'il fait. Et d'un jour à l'autre, il va recevoir un coup de téléphone , il va déménager, et Derek retournera à sa vie. Sa vie qui lui paraissait parfaitement appropriée un mois plus tôt et qui désormais lui semble absolument vide.
_ C'est dur à dire, déclare finalement Derek, repoussant les papiers vers Stiles. Le visage de Stiles s'affaisse un peu et Derek sent une douloureuse pointe de culpabilité naître en son for intérieur. Il n'a aucune raison de se comporter comme un enfoiré mais il ne parvient pas à s'en empêcher.
_ Oui, cela pourrait bien n'être rien du tout, dit Stiles et il a l'air un peu accablé.
_ Tout cela s'est passé il y a très longtemps, de toute façon.
Stiles acquiesce et son visage s'éclaire ensuite un peu.
_ Alors, comme ça, il y a beaucoup de loups-garous ici, maintenant ? C'est bizarre, tu n'y as même pas fait allusion mais d'après ce que je sais de ton espèce , tu dois forcément courir et hurler à la lune avec des loups-garous cajuns chaque mois, non ?
_ Non. Derek déglutit, le nœud dans son estomac grossit, son loup soudain s'agite, fait les cent pas nerveusement, le vernis d'humanité qui le dissimule s'estompe peu à peu. Je ne … , non .
Stiles le fixe.
_ Non, il n'y a pas beaucoup de loups-garous ici ou non, tu ne vas pas courir avec eux ?
_ Juste, non. Derek se lève, passe une main dans ses cheveux. Je reviendrai plus tard. J'ai quelques trucs à faire. L edouble des clés est sous le paillasson. Prends-le si tu veux sortir.
Il est parti avant même que Stiles ait pu répliquer. Et s'il passe sa matinée à manger des beignets et à boire du café au lait, est-ce que c'est pour éviter Stiles et son appartement et éviter tout ce qui peut lui faire penser qu'il est un loup-garou ? Eh bien, et alors ? Ce sont ses affaires.
Après une troisième commande de beignets, son t-shirt est couvert de sucre en poudre et son estomac l'élance – mais au moins son loup est apaisé.
1) Kool Aid : sorte de poudre chimique aromatisée que l'on mélange à de l'eau pour faire des boissons à la cerise, à la fraise , etc… Pour les plus vieux d'entre vous, c'est un équivalent du Tang (mon Dieu que c'était mauvais…).
2)Le po boy est un sandwich typique de la Nouvelle Orléans, énorme (allez voir les photos sur le net) et dont l'appellation est la déformation de poor boy. Le nom vient d'un restaurant qui offrait ces sandwiches aux ouvriers grévistes pendant la crise de 1929. Ils étaient appelés les « poor boys » (pauvres garçons). Le terme est resté et on sert toujours des po'boys dans les rues de la New Orleans.
3)Le coleslaw est un mélange de chou blanc râpé cru et de carottes râpées assaisonné d'une sauce rappelant la mayonnaise.
4) Les démons familiers sont des animaux domestiques aux pouvoirs surnaturels qui accompagnent la sorcière quotidiennement et l'assistent dans ses rites ( ce sont par exemple le chat noir, le crapaud...)
J'ai drôlement faim après tout ça , dites-moi …
