Le monde vaut-il vraiment la peine que je m'illusionne sur lui? Mérite-t-il vraiment que j'attende à ses côtés jusqu'à ce qu'il aille mieux? Je vis ici depuis toujours. J'ai compris depuis longtemps. Je me cache depuis peu.

Je vois ces gens, heureux qu'ils sont de vivre cette existence morose qu'est la nôtre, heureux d'avoir le droit de manger dans un monde où cela devrait être une banalité. Heureux d'avoir un toit en fermant les yeux sur ceux qui n'en ont pas. Heureux de toutes les choses futiles qui se produisent autour d'eux.

Je vois les gens, mais je ne les comprends pas. Comment peuvent t'ils éprouver de la joie en gardant leurs esprits pleinement éveillés? Je sais que cela m'est impossible, à tout jamais. En suis-je triste? Je ne sais pas. Peut être le serais-je si j'avais eu la capacité d'abstraction de mon espèce, mais ce n'est pas le cas, et la peine ne vient que lorsqu'elle peut faire pendant à la joie.

Je navigue entre ces différents états qui composent désormais mon monde, un monde où tout ces tumultes n'ont pas d'espace pour se développer. Un monde dans lequel l'air et la réalité me parviennent difficilement. J'ai autant de mal à respirer que ces autres en ont à voir. J'ai autant de mal à voir le ciel que ces autres en ont à s'aimer. La réalité m'étouffe, m'oppresse, s'infiltre par tous les ports de ma peau pour m'atteindre en ma chaire. Mon monde est plein lorsqu'ils remplissent le leur de paroles vides, mon mode est suffoquant lorsqu'ils éventent le leur de leurs mouvements inutiles , mais ma réalité est identique à leur eau qui m'entoure et remplie doucement mes poumons.