Voilà la suite et fin de cette histoire, j'espère qu'elle vous aura plu.
Bonne lecture.
CHAPITRE II
LE CHANT DU DRAGON
Arthur avait informé les chevaliers de leurs intentions dans le plus grand secret. A vrai dire, Merlin n'avait pas encore élaboré de plan précis, mais certaines choses étaient déjà sûres : il ne pouvait pas laisser Morgane passer à l'action, et Arthur l'accompagnerait où qu'il aille. Merlin et Gaius avaient discrètement suivi Agravain pendant plusieurs jours, mais il semblait que Morgane s'était d'ores et déjà mise en route.
C'est ainsi qu'après avoir laissé le royaume entre les mains d'Agravain, sous le contrôle officieux de Sir Léon, Merlin et Arthur se mirent en route sous prétexte de visiter les villages environnant. Ils passèrent les portes de Camelot sans un regard en arrière. Merlin tenta de se concentrer sur sa mission, ce qui n'était pas chose facile lorsqu'il était trop occupé à s'inquiéter pour Arthur. Il aurait mille fois préféré que le roi reste à Camelot après tout, Morgane n'attendait que la bonne occasion pour tuer son demi-frère. Et Merlin n'aimait pas l'idée de le conduire directement à la sorcière. Il n'était pas certain de pouvoir protéger le roi contre la magie de Morgane s'ils devaient en arriver à une confrontation.
Merlin regretta une fois de plus de ne pas pouvoir utiliser la magie afin de retrouver la trace Morgane. Il craignait que celle-ci ne soit capable de détecter tout enchantement qu'il utiliserait pour la traquer et ne tenait pas à l'avertir de leurs intentions.
Les deux jeunes hommes voyagèrent pendant plusieurs heures sans ralentir, ni même échanger un mot. Quand ils arrivèrent enfin aux environs de chez Morgane, Merlin fit signe au roi de s'arrêter.
- Restez-ici, dit-il d'une voix ferme. Morgane peut être encore ici.
- Merlin… soupira le roi d'un ton las, il est hors de question que tu te jettes dans la gueule du loup.
- Ecoutez, rétorqua Merlin en plongeant la main dans sa sacoche. Je n'ai pas vraiment le temps de tout vous expliquer pour le moment. Après tout, le destin de notre monde est en jeu, mais sous cette forme Morgane n'osera pas s'en prendre pas à moi.
- Quelle forme ? De quoi parles-tu donc ?
- Contentez-vous de restez-là, d'accord ?
Merlin empoigna sa tunique rouge dans sa sacoche, la revêtit sans un regard pour Arthur et s'éloigna de quelques mètres avant d'enfin prendre la potion de vieillissement. Il était peut-être un lâche, mais Merlin n'avait tout simplement pas le courage de faire face à Arthur lorsqu'il comprendrait que c'était Merlin et pas un autre qui avait tué son père le roi cette nuit-là. Encore un mensonge, se dit-il. Le poids qui pesait sur ses épaules n'en fut que plus lourd.
Il avança d'un pas déterminé et entra dans la masure de Morgane. Il n'y avait personne, de toute évidence la sorcière s'était déjà mise en quête de l'Œil. Merlin fit le tour de la pièce, il s'approcha de la table où une pile de parchemins était posée. Il déroula avec précaution plusieurs cartes avant de les placer soigneusement dans sa propre sacoche. Elles semblaient incomplètes, mais Merlin n'avait pas d'autres options, Morgane semblait avoir pris avec elle le reste de ses recherches sur l'artéfact. Quelle était l'étendue de ses connaissances sur le sujet ? se demanda-t-il. Merlin n'avait aucun moyen de le découvrir pour l'instant.
ooo
Alors qu'il montait la garde près des chevaux tel un simple valet, le roi ne pouvait s'empêcher de ressasser le sentiment de trahison qui l'avait assaillit dans la caverne. Depuis cet instant, il n'avait cessé de se demander le nombre de mensonges que lui avait fait gober Merlin. Et Arthur, en parfait idiot, n'y avait vu que du feu, persuadé qu'il était de la loyauté sans faille de son valet et ami.
Merlin était un sorcier. Arthur avait encore du mal à le croire, même après l'avoir vu utiliser ses pouvoirs plusieurs fois. Le jeune homme lui avait toujours semblé si innocent, voire un peu naïf. Arthur n'aurait jamais cru qu'il puisse en fait cacher un tel secret. Bien sûr, Arthur avait toujours eu l'impression que Merlin lui cachait quelque chose, mais le roi avait simplement pensé que Merlin trouvait des excuses pour cacher le temps qu'il passait à la taverne du village. En y réfléchissant à présent, Merlin n'avait même jamais dû mettre les pieds dans cette fichue taverne.
Comment pouvait-il prétendre au trône de Camelot à présent ? Lui qui était incapable de juger de la loyauté de ses alliés. D'abord Morgane, puis Agravain, et maintenant Merlin…
Arthur fut tiré de ses sombres pensées par des bruits de pas. Il n'eut pas besoin de se retourner pour savoir qu'il s'agissait de Merlin, de nouveau sous sa véritable apparence. Un mensonge de plus, ne put-il s'empêcher de penser avec amertume.
- Morgane se dirige vers le nord, l'informa Merlin en se remettant en selle. Vers un château abandonné, c'est un lieu sacré pour les Grandes Prêtresse et les adeptes de l'ancienne religion… C'est à plusieurs jours de cheval, conclut-il lorsqu'il comprit qu'Arthur ne répondrait pas.
Il talonna son cheval et se remit en route.
ooo
Lorsqu'Arthur lui adressa enfin la parole, ce fut pour ordonner une halte alors que la nuit était en train de tomber.
Merlin établit le campement sans un mot, ne sachant de quelle manière briser le silence de plomb qui semblait s'être érigé entre eux. Il lui tendit un bol de gruau et s'assit sur une souche à quelques pas d'Arthur d'où il pouvait scruter les alentours et s'assurer qu'ils n'étaient pas suivis. Il passa tout autant de temps à scruter Arthur, qui n'avait même pas encore touché à son repas.
- Je savais que ses yeux m'étaient familiers, marmonna-t-il alors.
Merlin tourna la tête vers Arthur malgré lui, interloqué par le ton pensif qu'il venait d'employer.
- Je doute que tu aies voulu tuer mon père, reprit-il d'un ton las. Alors raconte-moi ce qu'il s'est vraiment passé cette nuit-là.
Merlin déglutit avec difficulté. Il dévisagea longuement Arthur, cherchant les mots adéquats pour conter ce qu'il s'était réellement passé cette nuit-là. La culpabilité l'envahissait chaque fois qu'il repensait à l'horreur, la tristesse, et la colère d'Arthur à la mort de son père.
- J'ai essayé de le sauver, dit-il finalement d'une voix hésitante. J'avais trouvé un sort qui aurait permis de le sauver, mais Morgane m'avait devancé. Je ne l'ai compris que trop tard. Elle avait déjà placé un talisman dans les appartements du roi qui avait pour but d'inverser toute sorte de magie pratiquée. Le sort de guérison que j'ai utilisé a eu l'effet contraire, finit-il d'une voix éteinte.
Merlin n'osa pas lever les yeux et croiser le regard d'Arthur. Il se demandait cependant si le roi pourrait le croire.
- C'est Morgane qui a tué mon père, comprit Arthur.
Merlin leva les yeux et aperçut la tristesse dans le regard de son ami.
- Elle essayait de tuer Uther depuis longtemps, j'aurais dû me montrer plus méfiant.
- Tu n'y es pour rien ! s'exclama soudain Arthur. Morgane est la seule responsable ! Sa quête de vengeance l'a poussé à agir contre la magie… Je t'avais promis de lever l'interdiction, se souvint-il. Je suis désolé.
- Arthur, non, vous n'avez pas à vous excuser. C'est plutôt à moi de le faire ! Je voulais tout vous avouer depuis si longtemps, s'exclama-t-il. Mais la magie vous a déjà fait tellement de tort, je ne voulais pas vous causer plus de souffrance.
Arthur hocha lentement la tête et reporta son attention sur les flammes.
- Quand je pense que tu m'as fait te porter, s'exclama-ti-l après quelques instants de silence. Et tu as également réussi à échapper à mes meilleurs chevaliers, ajouta-t-il avec l'ombre d'un sourire.
- Je suppose que je me suis laissé emporter, dit-il avec un haussement d'épaules. Tout est plus facile sous cette forme, avoua-t-il d'un ton songeur.
- Merlin, je… Il va me falloir du temps avant de pouvoir te faire de nouveau confiance…
- Je comprends, le coupa le jeune homme.
- Non, tu ne comprends pas ! J'avais confiance en toi, je t'ai demandé conseil, je t'ai même laissé écrire certains de mes discours !
Merlin se recroquevilla un peu plus sur lui-même et Arthur laissa échapper un soupire fatigué.
- Ce que j'essaie de dire, reprit-il d'un ton plus posé, c'est que même si tu m'as caché la vérité, dans le fond je suppose tu n'avais pas de mauvaises intentions. Tu pensais peut-être me protéger. Mais je suis le roi et c'est à moi de protéger les habitants de ce royaume, pas l'inverse. Tu m'as menti à de nombreuses reprises, Merlin, mais j'ai bien conscience que tu ne m'as pas trahi.
Arthur repensa à Morgane et Agravain.
- Mais il me faudra du temps pour te faire de nouveau confiance… finit-il.
Merlin hocha lentement la tête, sa gorge nouée ne lui permettant pas de formuler de réponse. Il leva les yeux vers Arthur.
- Merci, parvint-il à dire d'une voix à peine plus forte qu'un murmure.
ooo
Ils chevauchèrent pendant plusieurs jours, mais il semblait qu'ils avaient quitté Camelot depuis une éternité. Ils avaient évité tous les villages, avaient coupé à travers champs et forêts jusqu'à la frontière du royaume. Le silence était retombé entre eux, et Merlin le trouvait de plus en plus lourd. Plutôt que de s'apitoyer sur son sort, le jeune sorcier passait ses journées à tenter de trouver un moyen de vaincre Morgane. Aithusa n'avait répondu à aucun de ses appels, et Merlin ne savait pas si elle se trouvait tout simplement hors de portée ou si elle était déjà tombée sous l'emprise de Morgane. La sorcière était une grande Prêtresse, Merlin ne connaissait pas toute l'étendue de ses pouvoirs.
Alors que l'image de l'Œil de Taranis s'imposait une fois de plus à son esprit, Merlin ne put s'empêcher de penser à la caverne et son sentiment de culpabilité refit alors surface. S'il avait seulement eu le courage de révéler sa véritable nature à Morgane lorsqu'il avait été encore temps. S'il avait pu seulement lui montrer que la magie n'était pas mauvaise... Morgane avait été tellement effrayée en découvrant qu'elle était en fait tout ce qu'Uther lui avait toujours appris à haïr et à craindre, que sa haine pour le roi avait achevé de consumer toute part de bonté en elle. Ne lui restait plus alors, à la mort de sa sœur, que sa quête de vengeance.
Arthur ordonna une halte avant la tombée de la nuit. Il laissa Merlin dresser le camp pendant qu'il ramassait du bois pour le feu. Cependant, il ne pouvait empêcher son regard de dériver vers Merlin. Il avait beau le dévisager, Arthur n'arrivait pas à comprendre comment une personne aussi douce et innocente que Merlin puisse en réalité être un sorcier. Et c'était un si mauvais menteur ! Comment avait-il pu rester en vie aussi longtemps à Camelot ? Arthur avait toujours été convaincu de bien connaitre le jeune homme Merlin était l'un de ses plus proches amis après tout. Mais à présent… Arthur n'était plus sûr de rien. Tout son monde s'était écroulé autour de lui. Tout ce qu'il pensait savoir sur son royaume, sur les autres et sur lui-même. Son amitié avec Morgane avait été un mensonge la loyauté d'Agravain, mensonge sa propre capacité à venir à bout des créatures menaçant son royaume, rien qu'un mensonge de plus…
- Parle-moi de la magie, dit-il soudain en s'asseyant aux côtés de Merlin.
Son valet leva les yeux vers lui, l'air clairement confus. Apercevoir cette expression qu'il connaissait si ben fit presque sourire le roi.
- Si nous devons affronter Morgane, je tiens à en savoir un peu plus.
Merlin dévisagea son roi. Il resta silencieux un instant, se demandant par où commencer. Puis il se mit à parler. Il n'essaya pas de défendre sa cause auprès d'Arthur, ou même de se faire pardonner. A la place, il se lança dans un récit parlant de dragons, de Seigneurs des Dragons, de Druides et de Prophètes. Il lui parla des Sidhes, des Griffons, et de toutes les créatures qui avaient croisé leur route. Il tenta de lui expliquer le lien étroit existant entre la magie et la nature, et s'il s'adressa parfois à lui comme à un enfant, Arthur ne s'en formalisa pas.
Merlin était bien conscient qu'il ne pourrait pas effacer l'enseignement d'Uther en une seule nuit, mais il avait le reste de sa vie pour essayer.
- Je suis désolé pour ton père, lui dit Arthur. Je suis désolé que tu aies eu à vivre sans lui à cause de mon père.
- Ce n'est pas votre faute, Arthur. Vous n'êtes pas responsable des crimes de votre père.
- Peut-être bien. Mais je continue d'appliquer les lois qu'il a mises en place. Je sais qu'il n'était pas parfait mais j'ai toujours pensé qu'il était un grand roi. Je me serais estimé heureux de devenir la moitié du roi qu'il était. Et désormais… Regarde-moi, je ne suis même plus capable de distinguer le bien du mal. Ou même mes amis de mes ennemis. Agravain... Il complotait contre moi depuis le début, et je n'ai rien vu.
- Arthur…
Merlin croisa le regard perdu de son roi, il soupira.
- Vous savez, votre naissance a été prédite il y a bien longtemps. On vous appelle le Roi des temps présents et à venir. Vous êtes destiné à unir Albion et à régner sur le plus grand de tous les royaumes… Je sais que vous en êtes capable.
- Comment peux-tu en être aussi certain, Merlin ? murmura Arthur.
- Parce que j'ai foi en vous. Et je serai à vos côtés jusqu'à la fin si vous me le permettez.
Arthur leva les yeux vers lui, et Merlin crut apercevoir de la reconnaissance dans son regard.
ooo
Ils n'étaient plus très loin de leur destination à présent. Merlin pouvait sentir une puissante magie les entourer, et ils se dirigeaient droit vers le centre de la turbulence. La Grande Tour devant eux devenait de plus en plus imposante à mesure qu'ils s'en rapprochaient, jusqu'à ce qu'elle n'occupe la totalité de leur champ de vision. Merlin avait l'estomac noué par l'angoisse, il ne pouvait s'empêcher de jeter de fréquents coups d'œil en direction d'Arthur, tout simplement pour s'assurer que le roi chevauchait toujours à ses côtés.
Arthur avait gardé une expression neutre depuis qu'ils s'étaient remis en selle, et cette fois, Merlin n'arrivait pas deviner les pensées du roi. Son cœur se serra à l'idée d'avoir perdu la confiance et l'amitié d'Arthur. Il ne pouvait qu'espérer que ce ne soit pas pour toujours.
Ils arrivèrent enfin aux pieds de la tour et Merlin se tourna vers le roi.
- Morgane est prête à tout pour parvenir à ses fins, le mit-il en garde alors qu'Arthur descendait de cheval.
Le roi empoigna son épée et la plaça à son côté.
- Elle fera tout pour vous tuer, dit-il.
- Qu'elle essaye donc, répliqua le roi.
- Arthur !
- En marche, s'exclama-t-il en se dirigeant vers l'entrée de la tour.
Ils n'avaient pas fait trois pas dans le grand hall d'entrée qu'un groupe de mercenaires fondit sur eux. Arthur dégaina son épée et se lança dans la bataille sans perdre une seule seconde. Merlin leva une main contre ses assaillants et parvint à les repousser de justesse. Le jeune sorcier sentait déjà sa magie lui échapper. Il n'avait plus aucun doute à présent, Morgane était d'ores et déjà passée à l'action.
- Merlin, l'appela Arthur alors qu'il repoussait un adversaire de plus. Va trouver Morgane, je me charge de les retenir.
Merlin se tourna et aperçut un nouveau groupe accourir vers eux. Ils seraient bientôt submergés.
- Mais… tenta-t-il.
- Merlin ! Maintenant !
Le jeune homme accorda un dernier regard à Arthur avant de s'élancer dans un couloir, se laissant guider par cette énergie étrange qui devait provenir de l'Œil.
Il s'en voulait de laisser Arthur seul face à ces hommes, il regrettait à présent de ne pas être accompagné des chevaliers de Camelot. Ils avaient tous deux pensé qu'un petit groupe attirerait moins l'attention, ils s'étaient grandement trompés et Arthur en payait le prix en ce moment même.
Merlin ralentit tout à coup lorsqu'il sentit la magie de l'artéfact à seulement quelques pas de lui. Il s'approcha de la grande porte de bois devant lui sans un bruit et jeta un regard à l'intérieur de la pièce. Ce qu'il y vit lui glaça les sangs.
Morgane se tenait au centre d'une salle de réception spacieuse, et contemplait ce qui semblait être un trou béant dans la pièce. Le portail, comprit Merlin. Une couronne de lumière et en son centre un trou béant, aussi noir que la nuit elle-même et qui semblait aspirer toute la lumière et la magie de la pièce.
Merlin aperçut Aithusa recroquevillée dans un coin de la salle, cachée sous une de ses ailes. La pauvre bête avait l'air terrifiée.
- Morgane ! s'exclama-t-il.
Sa voix était en partie étouffée par la tempête assourdissante de magie en train de se déchainer.
La sorcière se tourna vers lui et se figea en l'apercevant.
- Que fais-tu ici, Merlin ! s'écria-t-elle.
Le jeune homme fit un pas hésitant dans sa direction.
- Tu n'as rien à faire ici, Merlin !
- Morgane, arrêtez cette folie, je vous en supplie ! demanda-t-il en esquissant un pas de plus.
Morgane éclata d'un rire froid et lui lança un regard plein de mépris.
- Morgane ! Ce portail est en train d'aspirer la magie de cette pièce. Puis il continuera jusqu'à anéantir toute magie sur terre. Vous devez le sentir, il est en train d'aspirer votre propre magie !
- Que sais-tu de la magie ! rugit-elle.
Ses yeux bleus brillaient de colère.
- Tu n'es qu'un simple valet !
Merlin tourna les yeux vers Aithusa mais la créature ne pouvait lui porter aucun secours à cet instant.
- J'en sais assez pour vous arrêter !
Elle le dévisagea un instant, interloquée, avant d'éclater de rire.
- Très amusant. Je comprends pourquoi Arthur te garde à ses côtés, Merlin.
- Emrys, corrigea-t-il alors et pendant un instant il crut apercevoir de la crainte dans le regard de Morgane.
- Qu'as-tu dit ? dit-elle enfin.
- Emrys, répéta-t-il. C'est ainsi que les Druides me nomment.
- Impossible ! J'ai vu Emrys, c'est un vieillard ! Tu mens, tu n'es pas un sorcier ! Tu n'es que le valet d'Arthur !
Merlin ferma les yeux un instant. Quand il les ouvrit de nouveau, ses pupilles avaient pris un éclat doré et une boule de lumière incandescente flottait dans la paume de sa main.
- Simple sortilège de vieillissement, expliqua-t-il.
Elle le dévisagea.
- Si tu es vraiment un sorcier, tu comprends pourquoi j'agis ainsi, Merlin. La magie n'aura jamais sa place à Camelot tant qu'Arthur sera sur le trône.
- Vous vous trompez, Morgane, lui dit Merlin en criant afin de se faire entendre.
Un vent fort s'était à présent levé dans la salle et menaçait de tout renverser sur son passage.
- J'ai foi en Arthur, ajouta-t-il. Vous ne le voyez peut-être pas, Arthur est un grand roi, le meilleur qu'ait eu Camelot.
Morgane éclata d'un rire moqueur.
- Arthur n'est qu'un enfant gâté. Pourquoi restes-tu à son service ? J'ai vu la façon dont il te traitait Qu'espères-tu en restant à ses côtés ? Joins-toi à moi, je ramènerai la magie à Camelot. Nous n'aurons plus à nous cacher. Je bâtirai un nouveau royaume, un royaume où chaque créature magique aura sa place et pourra vivre sans crainte. Nous ne serons plus chassés ou exécutés sous prétexte d'être ce que nous sommes.
- La haine vous aveugle, Morgane ! Vous n'agissez pas pour le bien de la magie, vous ne cherchez que la vengeance. Vous avez déjà causé ruine et désolation, et si vous continuez sur ce chemin, il ne restera plus aucune magie à sauver. Je vous en prie, refermez le portail avant qu'il ne soit trop tard.
- Ce portail me donnera le pouvoir de prendre le contrôle de Camelot. Joins-toi à moi, Merlin. Ne m'oblige pas à te tuer.
- Non, Morgane. Arthur est un grand roi, je suis désolé que vous ne le compreniezvoyiez pas. Il ramènera la magie à Camelot, mais vous ne vivrez pas assez longtemps pour voir ce jour arriver.
- Tes pouvoirs ne peuvent rivaliser avec les miens, Merlin, Emrys, peu importe ton nom. Je suis une Grande Prêtresse de l'ancienne religion ! cria-t-elle alors qu'un pan entier de mur commençait à se lézarder.
La tour pouvait s'écrouler à chaque instant.
- Personne ne se dressera plus sur mon chemin. Tu sais, Merlin, j'étais prête à te pardonner le fait que tu m'aies empoisonnée, mais à présent…
Elle leva la main avec un hurlement de rage. Merlin s'apprêta à contrer l'attaque de la sorcière, mais rien ne se produisit. Il se tenait encore fermement sur ses pieds.
Morgane ne s'accorda qu'un instant de stupeur avant de se ressaisir et de porter la main à sa ceinture. Elle empoigna la dague qui s'y trouvait et la lança vers Merlin de toute la force de son bras. Merlin leva alors la main et rassembla le peu de magie qu'il sentait encore courir en lui. Il fixa son regard sur la dague, prononça une rapide incantation et vit l'arme effectuer un demi-tour parfait avant d'aller se loger dans la poitrine de Morgane.
La surprise se dessina sur le visage de la sorcière, ses yeux ronds se fixèrent sur Merlin un instant pendant lequel il put y lire toute la rage et la haine qu'elle ressentait. Ses genoux se dérobèrent sous son poids. Elle porta ensuite deux mains tremblantes à sa poitrine et en délogea l'arme, qui tomba sur le sol de pierre avec un bruit sourd. La jeune femme semblait lutter de toutes ses forces pour continuer à respirer.
Merlin s'approcha lentement d'elle et se laissa tomber à genoux à ses côtés. Elle tenta de le repousser mais perdit l'équilibre et tomba au sol avec un gémissement de douleur. Sa poitrine se soulevait à un rythme irrégulier, et pour la première fois, Merlin la vit sincèrement terrifiée. Il lui souleva la tête et la plaça sur ses jambes dans l'espoir d'atténuer quelque peu ses souffrances. Elle leva vers lui ses yeux emplis de larmes.
- Je suis désolé, Morgane, souffla-t-il. Je suis désolé pour ce qui vous est arrivé, pour tout ce qu'Uther vous a fait subir. Vous ne méritiez pas ça. Il méritait peut-être votre haine, mais Arthur vous a toujours traité comme une sœur. Il ne mérite pas d'être puni pour les crimes de son père. Aucun de vous deux ne méritiez ce qu'il vous est arrivé. Je suis désolé.
La jeune femme se battait pour chaque nouvelle inspiration. Merlin la tint dans ses bras jusqu'à ce que sa poitrine se fige et que ses yeux se ferment. Il la posa délicatement sur le sol avant de se relever.
Merlin avança vers Aithusa et s'adressa à elle d'une voix qu'il espérait douce et rassurante. Il avait secrètement espéré que Morgane l'aide à refermer le portail, il devrait se débrouiller seul à présent. Il leva les mains vers le portail et prit une profonde inspiration. Sa dernière pensée fut pour Arthur, soulagé de l'avoir enfin sauvé de Morgane. Il se tourna vers Aithusa et lui ordonna de commencer à cracher du feu. Merlin rassembla ensuite le peu de magie qu'il lui restait et la déversa directement dans le portail. La solution lui était apparue en combattant Morgane. Le souffle du dragon, source infinie de magie et de force avait ouvert le portail une source encore plus importante devrait permettre de le refermer.
Alors qu'il sentait sa magie lui échapper peu à peu, Merlin comprit qu'il devrait utiliser jusqu'à sa dernière étincelle de pouvoir pour refermer le portail. Peut-être était-ce cela la clé après tout ? Peut-être que d'autres sorciers avaient dû ainsi sacrifier leur vie pour refermer le portail lorsqu'ils avaient finalement compris que l'artéfact qu'ils avaient créé était défectueux. Mais son sacrifice en valait la peine.
Le jeune sorcier tomba à genoux, luttant pour garder les yeux ouverts. Le portail commença enfin à se refermer lentement, ne laissant derrière lui que l'Œil de Taranis, l'éclat de la pierre rouge en son centre disparut et Merlin ferma les yeux.
Lorsqu'il reprit connaissance, Arthur se tenait au-dessus de lui. Le roi réajusta sa prise et Merlin se rendit compte que sa tête reposait sur les jambes de son roi. La main d'Arthur était posée sur la poitrine de Merlin, comme s'il y avait cherché une preuve que Merlin était encore en vie
- Arthur… souffla-t-il avec difficulté avant d'être victime d'une violente quinte de toux.
- Merlin, n'essaye pas de parler, d'accord ? murmura Arthur.
La pièce semblait étrangement silencieuse à présent que le portail avait été refermé. Il avait les paupières tellement lourdes…
- Eh, reste éveillé ! s'écria Arthur. Tu ne peux pas mourir, d'accord ? ajouta-t-il en attirant un peu plus Merlin contre lui. Il nous reste beaucoup trop de choses à faire à Camelot, tu m'entends ? Eh !
Il lui secoua l'épaule lorsque les yeux de Merlin commencèrent à se fermer de nouveau.
- Quand on sera rentré à Camelot, reprit Arthur d'une voix douce, je demanderai aux meilleures couturières de te confectionner une nouvelle tenue. Celle de la vision, tu te souviens ? Une grande cape rouge, et puis le seau doré des Pendragon. Je peux te promettre que tu auras l'air absolument ridicule, Merlin.
Un faible sourire se dessina sur le visage du jeune sorcier avant de se transformer bien vite en grimace de douleur. Chaque nouvelle bouffée d'air était plus douloureuse que la précédente, il avait l'impression d'être en train de se noyer.
- Je te nommerai Sorcier de la Cour, continua Arthur. Qu'est-ce que tu en dis ? Et tu seras obligé d'assister à toutes ces réunions assommantes avec moi…
- J'y assiste déjà, lui rappela Merlin.
Arthur lui adressa un faible sourire.
- C'est vrai, mais à partir de maintenant tu auras ton mot à dire. Je vais avoir besoin de tes conseils si je veux lever l'interdiction de la magie à Camelot.
Il resserra un peu plus son étreinte.
- Je t'assure que tout le monde saura ce que tu as fait pour ce royaume, et tu seras traité comme un véritable seigneur.
- Est-ce que… commença-t-il avant d'être interrompu par une nouvelle quinte de toux. Est-ce que j'aurai droit à mes propres appartements alors ?
Arthur laissa échapper un éclat de rire surpris.
- Tu auras même un valet si tu le désires, répondit-il.
- Je suppose que vous devrez trouver quelqu'un d'autre pour faire votre lessive, dit-il avec l'ombre d'un sourire.
- Peut-être que j'aurais droit à un valet compétant cette fois-ci.
Merlin éclata de rire, avant de se mettre à tousser violement. Arthur lui releva doucement la tête.
- Eh, doucement. Ça va aller, je vais te sortir de là.
Il essaya de relever Merlin, mais ce dernier poussa un cri de douleur.
- Arthur, c'est trop tard. J'ai épuisé toute ma magie afin de refermer le portail.
- Ce n'est rien, il faut simplement que tu te reposes un moment.
Merlin secoua la tête avec difficulté.
- J'aurais dû te protéger, murmura Arthur.
Merlin lui adressa un sourire rassurant.
- Vous n'y pouviez rien, ce n'est pas votre faute… J'ai été heureux de vous servir, Arthur, reprit-il après un instant de silence. Vous êtes le plus grand roi qu'ait connu Camelot, ne laissez personne vous persuader du contraire.
Il vit le roi hocher faiblement la tête avant que ses yeux ne se ferment.
- Merlin !
Le jeune sorcier sentit alors le front d'Arthur se poser doucement contre le sien. Alors que la douleur lui faisait peu à peu perdre pied, il crut entendre un bruissement d'ailes à côté de lui. Un souffle chaud l'enveloppa, faisant disparaitre la douleur.
Il entendit l'exclamation de surprise d'Arthur.
Lorsqu'il ouvrit de nouveau les yeux, Aithusa était penchée sur lui, le dévisageant de ses grands yeux clairs.
ooo
Merlin commençait à vaciller sur sa selle lorsqu'Arthur proposa une halte pour la nuit. Les deux jeunes hommes avaient quitté la tour sans tarder après l'intervention d'Aithusa. Merlin avait placé l'Œil dans sa sacoche dans l'espoir de trouver un jour le moyen de le détruire et avait suivi Arthur en claudiquant, Aithusa sur les talons. Arthur avait dû l'aider à monter à cheval, comme il l'aida à en descendre lorsqu'ils s'arrêtèrent pour la nuit. Le petit dragon lui avait insufflé assez de magie pour que Merlin puisse retrouver ses forces par lui-même, mais le sorcier se sentait encore très faible. Il s'assit sur une souche près du feu qu'Arthur venait d'allumer, et Aithusa vint se placer à ses côtés. La douce chaleur émanant du dragon le réchauffait plus que les flammes. Il posa doucement une main sur la tête de la créature, tout en repensant aux visions de la caverne. Ils étaient en bonne voie pour créer le futur que Merlin avait aperçu. Il se demanda s'il était temps qu'Arthur obtienne sa véritable épée, enfoncée dans la roche en ce moment même.
Il fut tiré de ses pensées lorsqu'Arthur s'assit à ses côtés. Aithusa tourna immédiatement la tête vers le roi et lui tendit le museau. Arthur lança un regard perdu à Merlin, qui lui adressa un sourire rassurant et Arthur tendit la main vers Aithusa avant de lui caresser doucement le dessus de la tête.
- Elle est si petite, souffla-t-il d'un ton émerveillé.
- Elle n'a que quelques semaines, expliqua Merlin sur le même ton. Mais un jour elle deviendra aussi grande que le Grand Dragon.
Si Arthur fut surpris par cette remarque, il le cacha bien.
- Que lui voulait donc Morgane ? demanda-t-il tout en continuant de caresser le dragon.
Aithusa laissa échapper un doux ronronnement et Merlin ne put s'empêcher de sourire.
- Elle avait besoin d'Aithusa pour activer le portail. Elle pensait réellement pouvoir en utiliser la magie afin de prendre le contrôle de Camelot, mais…
- Mais ça n'a pas fonctionné, supposa Arthur.
- Je ne sais pas si Morgane l'ignorait, ou si elle était simplement trop aveuglée pour s'en soucier, mais le portail aurait fini à la longue par aspirer toute magie sur terre. Les créatures magiques en seraient surement mortes, …
- Et toi aussi, comprit le roi.
Merlin hocha la tête.
- La magie fait partie de moi, Arthur. Je suis né comme ça, je ne pourrais pas plus m'en détacher que vous ne pourriez vous séparer d'un bras ou d'une jambe.
- Je comprends, souffla Arthur.
Il laissa son regard tomber sur Aithusa et repensa à une des visions de la caverne. Il se surprit à sourire.
- Merci d'avoir sauvé le royaume, Merlin, dit-il finalement.
Le jeune sorcier sembla surpris, et hocha simplement la tête. Arthur se remit lentement sur ses pieds.
- Je vais prendre le premier tour de garde, tu devrais essayer de dormir un peu.
Le jeune sorcier s'allongea près du feu, Aithusa se plaça immédiatement à ses côtés et se roula en boule. Merlin ferma les yeux et se laissa bercer par le souffle régulier du petit dragon.
EPILOGUE
Lorsqu'ils passèrent enfin les portes de Camelot, ils furent accueillis par les regards curieux des passants. Merlin cacha Aithusa sous sa veste tant bien que mal jusqu'à ce qu'ils se trouvent à l'intérieur du château.
Les quelques semaines qui suivirent leur retour furent chargées pour le roi. Après de nombreuses heures de réflexion, Arthur fit arrêter Agravain pour trahison envers la couronne et vit mourir le dernier membre de sa famille.
Le roi tint la promesse qu'il s'était faite et convoqua la meilleure couturière du royaume elle confectionna une toute nouvelle garde-robe pour Merlin. Arthur se demandait s'il pourrait le convaincre un jour de porter un chapeau digne de sa nouvelle fonction.
L'annonce de la mort de Morgane se répandit dans le royaume telle une trainée de poudre tout comme la rumeur affirmant qu'un jeune dragon avait élu résidence au château.
Comme il le lui avait dit, Arthur eut besoin de l'aide de Merlin afin de convaincre ses conseillers de ramener la magie à Camelot. Ces conversations avec le conseil s'avérèrent on ne peut plus houleuses et Arthur préférait ne plus y penser désormais.
La nomination de Merlin comme Sorcier de la Cour se révéla être un choc pour la majeure partie du château. Mais alors qu'il regardait Merlin assis à ses côtés à la table du conseil dans sa nouvelle tenue rutilante, Aithusa montant la garde à ses pieds, Arthur sut que les nuits sans sommeil qu'il avait passé au cours des dernières semaines en valaient largement la peine.
Le roi posa la main sur la garde de sa nouvelle épée et se tourna vers Sir Léon, lui indiquant qu'il était prêt à entendre le rapport de la dernière patrouille.
FIN
