Yo ! Voici donc la deuxième partie du prologue, qui se déroule la même jour que la première partie.

Merci à DiegoSantossshh et Tanakaide pour leurs reviews !

Bonne lecture !

Un an

Prologue : Grandir

Partie 2 : Grandir contre son gré, Naminé et Alan.

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Dans la foule sombre, toute de tissus noirs, une robe blanche semblait briller. Mais personne ne lui disait rien. On lançait à la fille qui portait la robe des regards compatissants – les mêmes qu'on jette à un chien abandonné, avant de passer son chemin, vous savez ? –, et elle les évitait. Cela lui pesait, toute cette attention apitoyée. Un homme, en chemise et pantalon noirs, posa une main moite de sueur sur son épaule. Elle trembla. Mais elle ne pleurerait pas. Pas maintenant. Pas ici.

Un vieillard bedonnant acheva son discours d'un air consterné, s'essuyant pour la énième fois le front, et, comme il cessait enfin de postillonner des idioties, une grosse boite de chêne fut recouverte de roses rouges, puis de terre.

Il faisait chaud.

En cette après-midi si spéciale, la masse d'humains agglutinés se divisait en trois catégories. D'abord, ceux qui pleuraient – sincèrement ou non, cela restait à définir – toutes les larmes de leurs corps, ceux qui se terraient dans un mutisme respectueux – et si en prime ils baissaient les yeux, en général, les autres leur foutaient la paix – et enfin ceux qui, discrètement, se plaignaient à leurs voisins de la chaleur, jalousant en secret la robe immaculée.

La fille, si elle devait appartenir à une catégorie, ferait partie de la seconde, mais se contentait de tenter tant bien que mal de garder la tête vide, de se concentrer sur la brûlure du soleil sur sa peau. Elle fermait les yeux. L'homme à sa droite – son père – cherchait que faire de ses mains. Il en posait une sur l'épaule de sa fille, puis la retirait, agrippait le tissus de son pantalon, y essuyait sa sueur, triturait son paquet de cigarettes dans la poche de sa chemise, remettait la main sur l'épaule de l'enfant, caressait ses cheveux, massait nerveusement sa nuque, et glissait sa main dans la poche de son pantalon. Et il recommençait, comme sur un plateau de Monopoly, il faisait mille fois le tour sans trouver de but.

Tout était … inconfortable.

Et puis, par l'intervention du temps, infaillible allié et ennemi, tout cela prit fin, et il ne resta plus que l'homme et l'enfant sur la terre fraîchement battue et l'herbe sèche. Ils partirent également, quand l'homme le décida. Parce que la fille ne semblait pas à même de décider de quoi que ce soit.

« Naminé … »

L'homme espérait plus qu'il n'attendait une réponse. Les mains crispées sur le volant cigarette au bec – enfin ! –, son angoisse n'avait toujours pas disparu. Il jeta un coup d'œil furtif à sa fille. Le regard fixé sur la route, elle ressemblait bien trop à sa mère pour une gamine. Elle ne devrait pas avoir à vivre ça. Elle n'avait pas quinze ans, bordel ! Il tira une latte stressée. Il ne savait pas quoi faire. Il ne savait pas comment faire, avec les enfants, les ados. Il n'avait jamais su, à vrai dire, c'était sa femme qui se chargeait de la section « réconfort ». Il était démuni face à cette gamine qu'il ne reconnaissait plus, depuis trois jours. Parce que cela faisait trois jours que sa fille ne lui parlait même plus, pas un mot, et qu'elle avait ce quelque chose d'inconnu et d'effrayant dans ses yeux de petite fille. Silence radio et ambiance pesante. Si ça n'avait été pour sa présence physique, il aurait pu croire qu'elle n'était pas là. Même, il se demandait – difficile à dire, difficile à vivre, à subir, à faire subir. Et, inévitablement, il fit ce qu'il aurait fait si elle n'avait pas été là. Il craqua. Il jeta son mégot par la fenêtre, et d'un coup de volant un peu trop brusque arrêta sa voiture sur le bas côté. Il enfouit la tête dans ses mains, comme s'il cherchait à dissimuler les sanglots pourtant évidents qui le secouaient. Ils remplissaient l'habitacle.

« Écoute … Nami … Ma p'tite étoile, mon p'tit soleil … je sais … je sais … je sais que c'est dur … »

Elle pensa instantanément à De Gaulle et à son « Je vous ai compris. ». Ça fit mal.

« Je sais, putain … je … Naminé … »

Il y avait trop de trucs dans la voix de son père en plus de son prénom. Trop de trucs qu'étaient pas des mots, plus des relents d'émotions, des débris, c'est ça des débris, les débris c'est quand on les regarde qu'on comprend que quelque chose est cassé. Elle savait qu'elle devait faire quelque chose, dire un machin pas compliqué. Un mot. Ça suffirait. Ça suffirait pour le rassurer, pour améliorer un peu l'ambiance déplorable. Elle avait juste à se forcer un peu, à mentir un peu, à grandir un peu. À être responsable, réaliste. À arrêter d'être une gamine, sinon, ça allait être proprement intenable. Son père lâcha un gémissement pitoyable et elle ouvrit la bouche, et il la regarda inspirer, plein d'espoir.

« Je t'en prie … Parle-moi … »

Elle se mordit la lèvre, et s'accorda en cadeau de deuil un peu du temps qu'elle n'avait pas. Elle voulait juste être immature quelques instants, quelques jours de plus, se murer dans son palais mental et croire qu'elle pourrait y rester pour toujours, avec sa mère et ses jeux de dupes.

« Naminé … »

Elle expire son air sans un son. Elle tremble. Il frappe le volant en un klaxon ignoble.

« Et merde. »

Il ne regarde même pas sa fille. Il reprend la route.

Le trajet jusqu'à chez eux fut long.

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Et voici !

Les ingrédients de base sont donnés, l'avenir dira ce qu'ils deviendront. Laissez un commentaire, si vous en avez les tripes !

Mata raishyû ^^ !