Chapitre 2
« Quelques effluves, souvenirs d'un passé inconnu, mensonge d'une méprise à venir… »
Musique : Shattered – Trading Yestrerday
Elle était là. Brillante et insolente dans le ciel, et j'évitais de croiser son reflet dans l'eau, sur les arbres qui environnaient la tombe de Katherine, et tandis que nous marchions à travers les bois pour la rejoindre, sa voix m'avait définitivement quitté. Je ne l'entendait plus murmurer ses malédictions à mon oreille, je ne la voyais plus bouleverser mon univers, et j'avais presque peur d'ouvrir ce mausolée ou elle reposait, morte vivante dans ses poussières, peur de ne trouver aucune solution finale que la fuite à chaque nouvelle lune pleine qui trahirait mon ciel.
Je descendis les escaliers, poursuivit par ma garde silencieuse, un vampire à chaque bras, et Bonnie, mêlée à l'équation contre son gré, vulnérable sous la lune comme je l'étais, elle faisait partie des plans des chasseurs dans un sens, et elle ressentait encore plus durement l'absence de sa grand-mère dans ce moment entre tous, ou le monde se transformait, ce moment du mensonge abandonné, de la vivace vérité qui ne nous sauvera jamais. Et elle alluma les flambeaux, entraînant les flammes dans cette quête, cet affrontement de mon autre qui ne chuchotait plus, qui se mourrait dans la pénombre et j'inspirais profondément en regardant Damon tirer la lourde pierre qui maintenait cette entrée des enfers close. Il la déposa sur le côté, mais elle restait invisible, une respiration faible nous parvenait, et bientôt je pu apercevoir une main contre la paroi, puis une autre et son visage combattit la lueur brutale du feu, chaleur terrifiante pour la faiblesse de ses membres endoloris. Elle hocha la tête en nous voyant, comme si elle savait que je poursuivrais ses réminiscences jusqu'au bout, et j'avançais la première, trouvant sur son front la même blessure que moi, là ou le sang s'était tarit, et je pouvais sentir la présence rassurante de Stefan et Damon derrière moi, alors qu'au loin un cri retentit, la plainte d'un animal assoiffé, plus assoiffé encore que Katherine qui se tourna brutalement vers Bonnie, sang chaud et attractif, avant de secouer la tête, ses veines brillantes dilatés, ses lèvres entre ouvertes…
-Tu voulais me voir, fis-je seulement et le sourire insolent refit son apparition.
-Je vois que mes dernières forces ont été très utiles, Elena.
-Je ne suis pas venue faire la conversation. Je suis venue pour comprendre.
-C'est la pleine lune, les chasseurs ne sont pas loin, dit-elle en se mordant la lèvre. Et les originaux te traque déjà. Et toi tu restes ainsi, passive, sans prendre la bonne décision.
-Il n'y a pas de bonne décision je veux les combattre. Tous.
-Ma pauvre innocente, Elena, s'exclama t-elle et son rire sec emplit la caverne, échos de sa voix mourante. Je te croyais plus raisonnable que cela.
-Je ne marcherais pas sur tes pas si facilement, je ne fuirais pas devant eux.
-Tu es sous la lune pleine, tu ne ressens rien ? La peur, la traque, le sang qui coule, le sacrifice, la damnation, tous ces mots qui font partie de notre histoire. Jamais, ils ne t'abandonneront, qu'importe le camp qui te désire. Les chasseurs sont nés pour accomplir leur mission, les originaux veulent ta mort, pour que plus jamais une autre Katerina puisse venir au monde. Il est temps d'y mettre un terme, Elena. Tu ne voudrais pas qu'une autre petite fille reprenne notre visage. C'est simple, et sans autre explication, si tu passes de l'autre côté, tout s'achève, et nous serons libre.
-En ce qui te concerne, tu ne le seras jamais plus, fit Damon et Katherine le jaugea sans un mot avant de cracher sa rancœur.
-Après tout, peu m'importe, Elena. Fais ce que tu veux. Je suis enfermé dans cette caverne ridicule, je suis un vampire, mon sang dégoûte les chasseurs, je ne le serais plus d'aucune utilité, toi si. Je suis effectivement à ma place. Morte vivante, mais hors de leur portée. Tu peux aller te faire tuer.
-Quelle lâcheté !
-Qu'attendais tu exactement de moi ?
-J'ai lu ton livre, ta bible sur les Petrova. Et il me semblait que la Katerina qui avait dû abandonner son enfant avait du cœur.
-Mon cœur est mort, Elena. La Katerina du livre n'est que poussière depuis longtemps, et l'amour est une faiblesse. A vouloir sauver les autres, tu en oublieras ta propre vie. Mes parents, ma propre famille m'a conduit à la déchéance, c'est ainsi, et il est impossible de réécrire l'histoire, je me suis sacrifié à ma manière pour l'éternité, je ne voulais pas que Klaus puisse me retrouver, je ne voulais pas que les chasseurs posent leurs mains sur moi. Je voulais être libre. Toi, tu ne l'es pas. Mais si vous souhaitez affronter Klaus et les originaux, je vous souhaite bonne chance.
Je secouais la tête, ouvrant mon sac pour sortir une petite bouteille en plastique pleine de sang. Stefan sursauta mais il n'eut pas le temps de s'interposer, je la fit glisser au sol vers Katherine, sans franchir ce sort qui nous séparait, et elle s'en empara, avalant le liquide rougeâtre jusqu'au bout, reprenant des couleurs, et je me rapprochais au maximum, laissant nos visages face à face, le sang coulant sur ses lèvres, effaçant la trace sur son front, et elle accrocha son sourire aguicheur sur le sang, ses yeux brillèrent à nouveau et elle rejeta le cadavre de la bouteille de notre côté dans une révérence théâtrale qui lui convenait parfaitement.
-C'est la dernière fois, fis-je, ce sont les dernières gouttes de sang et je ne reviendrais plus jamais te voir.
-Tu me manqueras chère Elena, plaisanta t-elle et Stefan se rapprocha pour poser une main sur mon bras, signe qu'il était temps de quitter l'antre. Je serais prête à parier que les originaux seront les premiers à faire de ta vie un enfer sur terre, et la fin leur appartiendra.
-Peut être, répliquais-je et Damon se dirigea vers la lourde porte pour m'arracher son image.
Elle nous fit un signe et j'aurais pu rire si je ne sentais pas sa présence, si je ne savais pas que la lune brillait indéfiniment dans mon histoire, qu'importe qu'elle soit pleine ou non, la menace résidait dans son cœur et je ne pouvais pas fuir cela. Un nouveau cri nous interpella, et Bonnie éteignit les flammes, nous plongeant dans une obscurité terrifiante, le temps de remonter, brouillant nos pas dans la nuit, à travers les arbres, narguant l'astre qui nous promettait l'apocalypse, et je claquais des dents, non pour la brume glaciale qui retombait sur la forêt, mais pour cette présence que je ressentais, cette présence invisible qui m'interpellait, et à nouveau les murmures de Katherine retrouvèrent mon esprit, encore plus puissant qu'a sa dernière note.
« Ce n'est pas lâche que de se sauver soi même…Sauve ce qu'il reste de ta vie, c'est important, c'est maintenant… Ils te veulent »
Et je m'immobilisais au milieu des bois, cherchant alentour cette présence marquante, jusqu'à ce que Damon et Stefan m'encadrent et que Bonnie ferme les yeux, tous les quatre dans ce cercle étonnant de la lune avoisinante, des silhouettes longilignes venaient troubler cette quête, des silhouettes qui affrontait la lueur du ciel pour s'approcher de nous, et je me retournais pour en voir d'autres, voguant au dessus du sol dans une assurance marquante, scrutant leurs ennemis à travers nos corps transit, et les mots s'échappèrent de mes lèvres, une sorte de murmure, les Originaux venait à notre rencontre, les chasseurs dormait sous cette lumière soudain brûlante, dans une même bataille, et Stefan et Damon m'enfermèrent soudain dans une étreinte protectrice, les yeux dans le vide, cherchant ses êtres si particuliers qui venait sans craindre la lune malmener nos existences si singulières. Les ombres jetèrent une sorte de linceul sur la bataille, et mon regard effleura les vampires qui souhaitaient mettre un terme à la lignée, et ceux à l'opposé qui venait réclamer mon sang pour détruire l'éternité, Katherine avait raison, il était impossible de vaincre cela, ces deux camps qui me voulaient, qui venait bousculer mon univers, qui venait me ravir mes amis, ma famille, mes amours, ces deux camps qui transformait ma destiné, m'offrant ces choix si terrifiants de la mort ou de la vie sans âme, et je pouvais sentir leurs mains sur mes bras, celle de Damon à gauche qui se resserrait sur mon poignet, celle de Stefan, presque violente qui devait laisser des traces sur ma peau, mais je ne bougeais plus, je ne respirais plus, j'attendais que le crime se fasse, que le jeu s'achève, les yeux clos dans une sorte d'abandon qui conduisit mon corps à se poser sur le leur, éternellement entre leurs deux âmes comme si la malédiction résidait ici, dans mon indécision invincible.
-Vous ne l'aurez jamais, entendis-je mais je ne pouvais distinguer l'appartenance.
-C'est la pleine lune, répondit la voix féminine qui résonnait étrangement à mes oreilles. Elle est à nous et la sorcière aussi.
Une seule seconde, une seule voix qui pouvait nous envahir, et le courant d'air glacial nous sépara, jetant Stefan sur le sol, alors que Damon se tenait devant moi, et que Bonnie psalmodiait dans cette langue inconnue qui ne pouvait pas être une rédemption. Mon regard vogua vers le corps étendu au sol, gémissant de douleur, les membres endoloris, et à nouveau nous pouvions distinguer les Originaux qui s'avançaient, leurs canines brillantes, leurs veines tendues, et les chasseurs purent dégainer leur arme, des fusils pour les affronter, et les balles sifflèrent près de nous, repoussant un instant les morts vivants dans leur course, permettant à Stefan de se relever, mais il ne fut pas assez rapide, et mon cri retentit dans la nuit, son corps se fit transpercer, des dizaines de balles en bois pour faire couler son sang, alors qu'ils nous tournaient autour, cherchant une faille dans notre maîtrise, une seule et unique pour évincer Damon et me laisser face à eux, vulnérable, vivante, perdue…
-Allons, fis la chasseresse en s'approchant de nous avec son fusil. Laisse là nous, si ce n'est pas pour cette lune, ce sera pour la suivante, la quête n'aurait jamais de finalité.
-Elle en aura une, la mise à mort nous revient, entendis-je de l'autre côté et je commençais à faiblir.
Damon tenta de me rattraper, mais la chasseresse arma son fusil, tirant à bout portant pour qu'il s'effondre à mes pieds, nous offrant son humanité terrifiante, faiblesse de l'âme, force de la destiné, vaincre ou mourir et dans sa transe Bonnie nous envoya ce courant d'air, ce vent qui traversa la forêt alors que le cri de l'animal venait à nouveau trahir la bataille, quelques part il hurlait, s'approchant de la guerre millénaire qui nous opposait, et elle arracha mon collier de verveine, le jetant au sol tandis que Damon murmurait, appelant Stefan qui ne bougeait plus, et mon cœur manqua un battement quand je le vis, l'animal qui s'avançait dans l'arène, les dents saillantes, les prunelles brûlantes, faisant reculer les Originaux, laissant aux chasseurs, cette avancée sur mon chemin, dans mon éternité inachevée.
Je vis Bonnie reculer, s'éloignant de moi pour apercevoir le loup à la crinière argenté, leurs yeux se croisèrent, et il se lança brusquement sur la chasseresse qui fut propulsée au sol, criant, appelant à l'aide ces autres qui jetait un regard vague aux Originaux qui venait de prendre la fuite. Mais j'était face à eux, et la dernière ombre sortit l'ultime arme pour faire feu dans ma direction, je restais quelques secondes immobile, sentant le sang couler sur ma peau, la douleur irradier dans mes membres, le souffle me manquait, et alors que je tombais, Damon me rattrapa, lui aussi faible, les yeux hagards, et tandis que le loup épargnais la chasseresse, il quitta son regard pour le notre, sentant l'odeur du vampire protecteur. Damon me souleva dans ses bras, et je pouvais sentir la chaleur d'un feu, Bonnie nous avait enfermé dans un cercle infranchissable, et sa voix me parvenait, la caresse de ses mains sur mon visage, il arracha le bout de bois qui me transperçait le ventre, et je me laissais aller face à au ciel, couchée sur le sol au milieu des feuilles mortes avec pour seul espoir les yeux saphirs qui se penchaient sur les miens, tentant de capter ce regard qui fuyait, cette vie qui s'éteignait.
La brûlure des flammes acheva la bataille, les chasseurs avait disparus, la voix de Bonnie réveillait Stefan, et le loup affamé retourna dans son antre, étonnante apparition dans cette prédiction de l'apocalypse, dans cette mise à mort organisée par la lune qui nous mentait, qui nous mettait en présence dans ce cercle, et je sentais l'air s'échapper de mes lèvres, ma respiration difficile, ce sang qui imprégnait le sol, qui imprégnait ses mains à présent, et il me releva pour m'étreindre, alors que mes yeux se fermaient, que mes yeux l'oubliait. Il prit mon menton entre ses mains, et effleura l'absence de ce collier sans partage. Sa voix, comme une lointaine mélodie venait troubler le soudain silence des flammes crépitantes, et il m'emportait dans un ailleurs qui se mourrait déjà…
-Il faut que tu boives mon sang, tu n'as pas d'autres choix, et je suis désolé, je suis désolé pour tout, dit-il les larmes aux yeux et je voulais protester, je voulais empêcher les mots d'entrer dans mon univers. Mais avant cela, avant que tu ne plonges dans l'inconscience, j'ai besoin que tu l'entendes, que tu le saches, que la fin nous trahissent ou non, je n'ai pas peur de combattre pour te sauver, je n'ai pas peur d'affronter la prochaine lune, je n'ai pas peur des Originaux ou de ces chasseurs, j'ai juste peur de te perdre, de ne pas être assez fort pour t'arracher à leur bras, je voudrais que tu restes ainsi, dans les miens, pour toujours et je t'aime…Seulement, ce serait trop égoïste, je ne peux pas t'imposer cela maintenant, un jour peut être…Alors tu dois juste l'oublier.
Il posa son poignet ensanglanté sur ma bouche, et je fermais les yeux, sentant d'autres mains sur mon visage, celles bienfaisantes de Bonnie qui écartait les cheveux de mon visage humide, celles de Stefan qui étreignait mon corps, tandis que le sang s'éloignait, et que je retrouvais ces ténèbres bienfaisantes de l'inconscience, de l'oubli dans cette mer mouvante avec une seule et unique phrase au creux des lèvres « Alors, tu dois juste l'oublier… » Première note du recommencement, première note d'une autre quête, encore plus tragique que cette lune qui poursuivait mes reflets, encore plus tragique que la mort de mon âme ou de celle de mes essentiels, la perte de ces murmures qui jouait dans mon imaginaire, muet, sans que le visage ne bouscule l'obscurité, je pouvais encore sentir le sang s'échapper de mon corps, je pouvais encore sentir la main qui m'avait effleuré, la voix envoûtante qui m'avait emporté et le visage qui s'était penché sur moi, mais les mots étaient morts, il ne me restait plus rien…
