Chapitre second
Le stress. On parle de stress quand on a un devoir, ou alors quand on est un espion américain capturé par les méchants étrangers. Dans les deux cas, on stresse, mais dans le cas du devoir ça peut être un bon stress (yipi je stresse donc je travaille plus(se) –sinon on pouvait comprendre le contraire), on l'appelle l'eustress. Celui qui nous donne mal au ventre et qui nous effraie, c'est le distress.
Donc, en ce moment, les otages de la boutique étaient dans une situation où ils ressentaient un distress insoutenable. Cela faisait un moment qu'ils étaient debout à attendre que le braquage se finisse, dans cette boutique où ils venaient juste faire leurs courses. Mais est ce qu'il finirait un jour, ou bien quand il se finirait, les otages ne seraient plus de ce monde pour y assister ? Le petit détective se posait cette question. Allaient-ils tous survivre ? Heureusement pour tout le monde, pour Conan le stress était plus une sorte de boost de fin de niveau d'un jeu vidéo, autrement dit de l'eustress. Il y avait une autre personne qui n'était pas le moins du monde effrayée par des bandits qu'elle aurait aisément pu qualifier de pacotille. Qui pourrait faire le poids face à ses détraqueurs, vraiment ? Elle bailla même, ce qui exaspéra Conan, qui la regarda en fronçant les sourcils.
-Haibara, tu pourrais m'aider un peu au lieu de t'ennuyer.
-Que veux-tu… On n'aurait pas du se faire prendre en premier lieu.
En effet, quelques minutes avant, les détectives boys s'étaient fait attraper.
En entendant la voix les interpeler, les DB s'étaient retournés lentement. L'homme avait attrapé Ai et Conan par le haut du t-shirt, en les étranglant à moitié.
-Vous, les trois gamins, ne pensez même pas à courir sinon je tue vos deux copains.
Conan n'avait plus de fléchette hypodermique, et il aurait voulu pouvoir hurler à ses amis de fuir, de sortir du magasin le plus vite possible et de ne pas se retourner en partant pour être sains et saufs, et d'échapper à toute cette histoire. Il savait très bien que courir ne servait à rien parce que toutes les issues étaient bloquées et que de toutes manières il restait encore deux braqueurs dans le hall du magasin, hélas fuir devant plus fort que soit est finalement un reflexe naturel de survie.
Cependant les trois jeunes enfants avaient développé au contact des deux adultes rajeunis un comportement qu'ils avaient acquis au cours de leurs aventures avec Conan et Haibara. En effet, là où des enfants normaux se seraient enfuis en courant et en pleurant, les détectives boys gardèrent plus ou moins leur calme en se battant contre leur instinct primaire de survie. Car si à l'époque des chasseurs-cueilleurs, face à des mammouths il était utile, face à un homme armé et enfermés dans un magasin en cours de braquage, son utilité était réduite à néant. Mitsuhiko serra les poings jusqu'à se faire mal à la paume de la main et aux articulations des doigts.
-C'est bon. On ne va pas s'enfuir, laissez les descendre, ils doivent avoir du mal à respirer.
L'homme les regarda, avec un air étonné sur le visage, bien que personne autour de lui ne pouvait le voir (et oui, il était masqué souvenez vous). En effet, il aurait pensé que les enfants se mettent à pleurer et qu'ils essaieraient de lui échapper. Il n'y prêta pas attention très longtemps, ce qui lui importait étant surtout ce qui allait se passer après. Il laissa ses collègues dans les toilettes en se disant qu'il recruterait ces enfants quand ils seront adultes. C'est ainsi qu'il amena les DB au milieu des autres otages, qui les regardaient avec stupeur. Après tout, ce n'était que des enfants. Ce que les gens ne savaient pas par contre c'était que deux d'entre eux étaient des génies rapetissés. Effectivement, quand les otages avaient vus deux braqueurs ne plus revenir, ils avaient tous pensé qu'une personne de la police était là, les plus imaginatifs s'étant attendus à voir apparaitre le célèbre espion britannique qui a vraiment trop-trop-trop la classe.
Quelques minutes étaient passées depuis qu'ils les avaient ramenés du fond du magasin, et Conan désespérait de trouver un indice qui pourrait l'aider à les sortir de ce mauvais pas. Il lui manquait trop d'information pour comprendre le pourquoi du comment des incohérences qu'il avait relevé ici et là. Quand les trois hommes se réunirent pour discuter, Conan tendit l'oreille, et demanda aux autres de faire pareil, au cas où il manquerait une partie de la conversation.
-Claude et Terry sont hors jeu. Si ils se réveillent, on les embarque, sinon, tant pis.
Les deux hommes déglutirent avec difficulté. Ils se regardèrent d'un air « on n'a pas intérêt à se louper mon gars ». Conan frissonna. À quel point pouvait-il n'en avoir rien à faire que les policiers attrapent les deux gars et témoignent contre lui ? Quelque chose lui échappait, décidemment. Un des deux hommes sortit un téléphone noir de sa poche qu'il avait pris dans le bureau du magasin, et tapota dessus. Il mit en haut parleur et le tendit au chef :
-La police est au téléphone.
Le chef prit le téléphone des mains de son subordonné brutalement et un sourire carnassier se dessina sur son visage.
-Allo la police ?
-Êtes-vous la personne responsable de ce braquage ?
-C'est bien moi qui suis en charge.
Jusque là, on pourrait croire à un coup de fil de courtoisie.
-Très bien. Je suppose que vous avez des conditions pour relâcher les otages ?
-Je veux 300 millions de yens (=2.200.000 euros environ).
-Combien ?!
-Mais vous êtes complètement malade !
Les enfants avaient reconnu la voix de l'inspectrice Sato au téléphone.
-300 millions sinon je commence à tuer les otages un par un. Vous avez deux heures.
Il raccrocha.
Chez les policiers, personne n'osa parler. Sato abattit son poing sur la table, et Takagi semblait complètement désemparé. Quand ils avaient eu Conan au téléphone, les policiers qui s'occupaient des braquages avaient pris le relai, cependant les deux amants avaient insisté pour les suivre, ils étaient trop inquiets pour les enfants. Le négociateur, un homme de la quarantaine habillé de manière décontractée, avança :
-En deux heures, c'est impossible, n'est ce pas ?
-Je ne vois pas comment on pourrait avoir autant d'argent si vite, déclara péniblement un policier dans le camion.
-Il faut que l'on trouve cet argent, ou qu'on le rappelle pour avoir plus de temps, dit un autre.
-Il faut surtout qu'on trouve un moyen d'évacuer les otages ! cria à moitié Sato.
-Je sais, inspecteur, c'est ce que nous nous efforçons de faire. Vous avez perdu contact avec votre informateur depuis combien de temps ?
-Il y a quelques minutes.
-On peut penser qu'ils ont été pris, s'ils ont coupé le contact. Donc nous n'avons plus aucun moyen de savoir ce qu'il se passe dedans.
-Et en plus, cela a peut être énervé les braqueurs de trouver des collègues policiers à l'intérieur.
-Hein ? Des collègues ? Mais ce sont des enfants ! Ils sont à l'école primaire ! s'écria Sato.
-Mais ils ont assommé deux braqueurs !
-Ils sont assez… matures, expliqua Takagi. Le premier braqueur a glissé dans les toilettes qu'ils avaient remplies d'eau, c'est ce qu'ils m'ont dit, et le deuxième a été électrisé. Ils ont désarmé le premier, mais on les soupçonne d'avoir beaucoup d'armes. Il reste trois braqueurs pour le moment. On ne peut pas forcer l'entrée ?
-Beaucoup trop dangereux, inspecteur. Imaginez que l'on force l'entrée et qu'ils tuent des otages en représailles. On ne peut pas risquer leurs vies.
Takagi le savait déjà, mais il devait poser la question pour en être sur à 100%.
-Une équipe va se charger de trouver l'argent, et l'autre va examiner les lieux en profondeur sur les plans de la ville, voir s'il n'existe aucun autre accès. Allez, tout le monde au travail ! ordonna le chef des policiers qui était dans le camion depuis le début et qui tentait lui aussi de donner un sens à toute cette histoire. Etait ce seulement une histoire d'argent ? Ou y avait-il autre chose derrière ? Prendre des otages ici n'était pas très malin, les variables étaient trop nombreuses : le nombre de personnes à l'intérieur, la présence ou non de policiers… Il passa sa main sur son visage en priant pour que cette histoire se finisse bien.
À l'intérieur, les gens commençaient à paniquer. Le « tuer les otages un par un » n'avait pas aidé à calmer tout le monde. Et puis, ils commençaient à fatiguer d'être debout depuis le début. Soudainement, une voix attira toute l'attention, celle des braqueurs comme celle des otages :
-Cette femme est enceinte d'environ huit mois, elle est debout depuis une heure, elle commence à avoir du mal à déglutir, elle transpire et elle grimace. Si vous ne voulez avoir à faire à un accouchement prématuré pendant votre braquage, je vous conseille d'aller lui chercher un canapé ou au pire deux chaises pour qu'elle s'allonge. Prenez lui de l'eau qu'elle se réhydrate, et avec un maximum de magnésium, c'est bon pour la tension et ça peut aider à retarder les contractions.
Conan regarda Haibara comme si elle venait de provoquer un ouragan. Qui aurait l'idée de donner des ordres à des braqueurs ?
-Et je vous conseille de le faire vite. Elle ne tiendra pas longtemps.
Ok. Cette fois ci, elle avait perdu la tête.
-Qu'est ce que tu racontes gamine ? Tu veux que je te mette une balle ?
Le braqueur qui venait de s'approcher d'elle pointa son arme sur la fillette auburn, qui ne broncha pas.
-Pointez une arme sur mon visage et hurlez autant que vous voulez, mais dans quelques minutes quand les contractions commenceront, ce sera elle qui hurlera.
L'homme grogna et enleva la sécurité de son arme pour menacer la scientifique qui la ramenait un peu trop à son goût. Conan allait réagir et calmer le jeu, mais le chef prit la parole. Il demanda à la femme enceinte :
-Est-ce la vérité ?
-Oui. Je ne me sens… vraiment pas bien…
-Vous deux, allez chercher ce canapé dans le bureau, et prenez l'eau. Toi la gamine, la prochaine fois, sois moins insolente.
Alors que les deux hommes allèrent chercher le canapé, Conan en profita pour parler à Haibara :
-He ho, tu as failli te faire tuer je te signale. Sois moins provocante la prochaine fois, ce ne sont peut être pas Gin ou Vermouth, mais ils sont dangereux.
-C'est vrai, mais regarde : s'il avait vraiment voulu nous tuer à la fin, il m'aurait ignorée. Donc il compte s'en sortir sans tuer les otages.
Conan l'avait remarqué aussi. Leur chance de survie venait de s'accroitre.
Une heure plus tard, les policiers avaient rappelé, mais les braqueurs avaient été intransigeants. Apparemment, ils commençaient à essayer de réunir l'argent pour sauver les otages. Conan n'y croyait pas un instant : c'était impossible à faire dans un laps de temps si court. La femme enceinte avait repris ses esprits et était allongée, elle buvait tant bien que mal toute la bouteille d'eau, comme lui avait d-ordonné Haibara. Conan parla à cette dernière :
-Récapitulons : ils ont forcément des hommes à l'extérieur s'ils veulent fuir. Mais le chef s'en fiche de prendre tout ses acolytes avec lui, donc il est vraiment très sur de lui, il sait qu'il ne sera pas retrouver. Demander autant d'argent n'a aucun sens, il sait très bien qu'on ne peut pas réunir autant d'argent si vite, sauf si on s'appelle Suzuki. Il y a donc quelque chose derrière ça... Et puis, la femme enceinte : s'il se fichait des otages et qu'il comptait nous tuer, elle serait probablement déjà morte.
-Cette histoire de "plan" qui te tracasse et que nous dont nous avons entendu parler dehors, tu ne penses pas que c'était un appel destiné aux hommes qui devaient déjà être à l'intérieur ? Après tout, il a juste dit « On lance le plan, on va prendre les otages. »
-Tu as reconnu sa voix aussi, Haibara, c'est l'homme qui nous a attrapé et qui est le chef, je crois avoir entendu qu'il s'appelle Ursus. Cette phrase, on dirait que prendre les otages n'est qu'une partie du plan, le début si c'est le lancement. Depuis ça, il ne s'est rien passé à part les coups de fil aux policiers qui ne mènent à rien, donc il reste encore des choses à venir ? Il a dit à son collègue au téléphone tout à l'heure de lancer l'opération. Je pensais que c'était pour son extraction, mais après tout ce bazar, je n'en suis plus sur. De plus, on pourrait considérer cette phrase come un deuxième début… Un deuxième plan ?
Alors que Conan réfléchissait, la main sur le menton, le fameux Ursus sorti son talkie walkie de sa poche, tandis que les deux autres étaient partis faire un tour sur son ordre.
-Aquilae ?
Quelques secondes passèrent.
-Allo ?
-…
-Tout se déroule selon notre plan. J'ai les otages et je leur ai demandé les 300 millions.
-…
-Je te dis à bientôt pour une nouvelle vie, Aquilae.
Conan, le coude posé sur le genou, et la tête sur la main, regarda la jeune scientifique :
-Etrange, comme prénom.
-Surement un nom de code, non ?
-Hum…
Alors que l'homme en question baissa sa main pour mettre son téléphone dans sa poche, Conan put voir deux gourmettes à son poignet. Une avec un aigle, et l'autre avec un ours. Sur celle de l'aigle, on pouvait lire « Brother », soit frère en anglais. C'était le seul signe distinctif que Conan put apercevoir de l'homme, alors il le grava dans sa mémoire, et à coups de marteau s'il vous plait.
Quand la conversation fut terminée, Conan passa sa main dans ses cheveux. Quelque chose avait attiré son attention, à l'instant. Quelque chose de différent. Un indice primordial, mais qu'il n'arrivait pas à dégager de son esprit. Genta chuchota à Mitsuhiko :
-Il est drôlement bizarre son talkie-walkie.
-Qu'est ce que tu racontes Genta ?
-Le monsieur mettait beaucoup de temps à répondre, c'était pas comme dans les films.
-Evidement, on est dans la vraie vie ! Arrête de parler, il ne faut pas les énerver.
La conversation anodine des enfants frappa Conan : c'était ça. Le temps de réponse était trop long pour être simplement transmit d'un talkie walkie à un autre. Il devait y avoir un intermédiaire entre les deux pour que ça prenne autant de temps. La distance maximale d'un talkie walkie basique est d'environ 200-300m en ville. S'il y a un intermédiaire, ça veut dire que son complice est à cinq cents mètre, soit une rue ou deux adjacentes. Mais pourquoi être aussi loin du lieu du braquage ? Tous les regards sont portés sur la boutique, personne ne se ferait repérer. Il devait y avoir des dizaines de personnes qui trainaient autour du braquage, et dix fois plus de journalistes. De plus, il parlait comme s'ils allaient gagner de l'argent, or c'était plutôt mal parti avec les policiers. Ursus avait forcément une idée derrière la tête. S'il ne comptait pas gagner de l'argent comme ça, que va-t-il faire ? Ou alors, leur but n'est pas l'argent… S'il demande quelque chose d'impossible aux policiers, puis quelque chose de plus simple, alors il l'obtiendrait plus facilement. Cela n'expliquait pas ce coup de fil à cet Aquilae, qui devait être la même personne à qui il avait téléphoné deux fois : devant la boutique, et quand Conan les espionnaient. Mais tout cela n'était que des suppositions.
Une demi-heure passa sans que rien n'arrive, aussi bien du côté des policiers que de celui des braqueurs. Personne ne bougeait, les otages se taisaient, et on pouvait juste entendre les respirations plus ou moins saccadées des diverses personnes qui étaient présentes, ainsi que le grésillement des néons flanqués au plafond. Plus le temps avançait, et plus les personnes retenues contre leur gré prenaient peur, il ne restait plus beaucoup de temps avant la deadline finale qui mènerait soit à leur relâchement, soit à la mort d'un d'entre eux, utilisée comme motivation pour les policiers.
Soudainement, alors qu'il n'avait pas bougé depuis plusieurs minutes, le boss se leva.
-Je vais voir les deux autres.
Alors qu'il était partit depuis quelques minutes, le courant se coupa. Quelques personnes crièrent de peur, et on entendit des bruits sourds : des gens étaient tombés au sol. Un des deux braqueurs interpella l'autre :
-C'était prévu ça ?
Les policiers ? Ils tentent d'entrer de force ? Au milieu des cris, Conan essayait de comprendre quelque chose, il sentit que Haibara s'agitait aussi. Ayumi, Genta et Mitsuhiko attrapèrent les mains de leurs amis, pour qu'ils ne perdent pas contact. Les deux braqueurs hurlaient aux gens de ne pas bouger et les menaçaient de tirer dans la foule. Conan et Haibara sentaient bien que les deux perdaient pied, et que cela n'était pas bon du tout pour la sécurité des personnes. Soudainement, deux coups de feu partirent. Les otages hurlèrent, coururent, tombèrent, s'affolèrent. Conan écrasa Haibara au sol, en tirant le reste des détectives boys avec lui. Conan cria pour se faire entendre :
-Mettez vous tout au sol ! Haibara ! Les enfants n'ont rien ?
-Non, personne n'a été blessé !
-Tu as vu d'où sont partis les coups de feu ?
-Non, il y a trop d'adultes autour de nous, je n'ai rien vu, et tu m'as plaquée au sol, je te rappelle !
Et soudain, de la lumière aveugla tout le monde. Une marée humaine de policiers entra en trombe dans le magasin.
