Rating: T
Genre: Friendship/Romance/ un peu de Drama aussi
Pairing: Cavendish (Hakuba)/Bartolomeo
N/A: Merci Emo.16, Elena, Ringo et Griby pour leurs reviews, elles m'ont fait chaud au cœur! Sur ce, attention aux risques de spoil si vous ne suivez pas les scans et n'êtes pas au courant de l'existence d'Hakuba.
Bouffeur d'hommes
Un vent glacial soufflait sur les cendres, les dispersant dans de grands nuages gris. Le crépuscule, loin d'ambrer les façades des immeubles vides, les rendait plus froids encore. Cavendish, avec sa chemise crasseuse, frissonna. Il avait envie de rentrer chez lui, se mettre au chaud près du feu, caresser tendrement la plume de son chapeau et se souvenir. Les jours heureux, ceux où les femmes l'aimaient, où, d'un geste, il pouvait combler ou briser une flopée de cœurs, lui semblaient cruellement loin. Il n'en avait pas recroisé une seule depuis tout ce qui était arrivé.
Ça avait commencé par une petite étincelle. Il était paisiblement installé sur son lit, une demoiselle entre ses bras, deux autres à ses pieds. La télé gazouillait gentiment dans le salon, rediffusant un vieil épisode de L'Homme qui valait trois milliards. Un flash spécial avait interrompu le programme mais il n'y avait pas prêté attention. Le mois suivant, avait eu lieu le premier bombardement, incendiant les usines, détruisant les cités. Il n'avait pas eu le temps de s'étonner que déjà, il se retrouvait à la rue, sans savoir où aller. Il errait, hagard, contemplant de ses grands yeux bleus les murs lézardés, les magasins pillés. Le ciel s'assombrissant, il avait trouvé abri dans une ruine, et avait pu alors observer le spectacle d'un homme tristement dévoré par la pluie. Il s'était endormi à même le sol, en position fœtale, l'estomac vide. Le lendemain il n'avait plus faim. Ses mains étaient sales, pleines de sang. Il avait fermé les yeux, rouvert, mais ses doigts étaient toujours aussi souillées.
Il s'était senti terriblement seul. Et puis, un de ces jours où on est plus vide que d'habitude, il avait rencontré Bartolomeo. Il ne l'aimait pas beaucoup, le trouvait trop vulgaire. Et puis, peu à peu, ils avaient obtenu une sorte de respect mutuel. Il ne l'aurait pas avoué sous la torture, mais pour lui-même, dans un recoin de son cerveau, il se disait que Bart' était un type bien, et qu'au fond, il devait tenir à lui. Ils passaient leurs journées ensemble, à fumer quand ils trouvaient de quoi s'en rouler une, à parler parfois, ou, quand il ne pleuvait pas, à explorer les décombres à la recherche d'un cadavre dont le vert voulait être certain de sa mort, et si tel était le cas, lui donner des funérailles dignes de ce nom, dans la terre infertile désormais. Il avait d'abord cru à la recherche d'une petite amie, lui qui en avait des tonnes, mais il s'était avéré que le corps en question était celui d'un homme. Il n'avait pas posé plus de questions, et l'aidait simplement.
Ce soir, une fois de plus, ils avaient fouillé en vain. Bartolomeo avait l'air soulagé, respirait encore un peu d'espoir. À cette heure-ci, ils avaient l'habitude de rentrer chacun de leur côté, se donnant rendez-vous pour le lendemain. Cavendish s'était trouvé un endroit presque confortable, qu'il aménageait au fur et à mesure de ses balades, rapportant du mobilier sans propriétaire. Il avait même une cave qui lui permettait de s'abriter des bombes. Quand il s'y réfugiait, le temps paraissait infiniment plus long, lui faisant croire que ça ne s'arrêterait jamais. Il faisait de son mieux pour ne pas s'y endormir, de peur que, lors d'une nouvelle crise de somnambulisme, il aille se promener en plein bombardement. De même, il se réveillait toujours en sursaut lorsqu'il entendait la moindre goutte de pluie s'éclater contre le sol. Et puis, il ne sut pas trop pourquoi, il demanda à Bartolomeo si ils pouvaient passer la nuit tous les deux. Il ne disait ça qu'à ses conquêtes, celles dont il était certain qu'elles ne le laisseraient jamais sombrer dans le sommeil, trop occupés à flirter.
C'est comme ça, que tous les deux dans la cave, ils se serrèrent l'un contre l'autre pour oublier les cris dehors. Il y faisait toujours sombre, et c'est à la lueur des bougies qu'ils s'étaient étreints. Leurs cœurs battaient à l'unisson, ils se sentaient bien, sans qu'ils ne s'interrogent sur leur promiscuité comme si c'était le déroulement naturel de leur amitié. Heureux, ils étaient tombés dans les bras de Morphée.
Cavendish avait cru, tout ce temps, que Bartolomeo avait une sorte de barrière protectrice autour de lui, que rien ne pouvait l'atteindre. Après tout, on le disait cannibale tant il se plaisait à détruire les hommes, sans qu'il ne s'en émeuve. Peut être était-ce pour ça, qu'au matin, lorsqu'il avait écarté les mèches vertes du visage tatoué, qu'il n'avait pas compris pourquoi il était figé dans une expression de surprise et de douleur. Puis, son regard dévia et il vit la chair répandue sur lui, ses mains rouges, son ventre gonflé comme après un bon repas.
« J'ai...J'ai mangé un homme... »
Il détourna la tête à temps pour ne pas vomir sur le corps mutilé. Lentement, il se releva, le pris contre lui, le ramena à la surface. Ses ongles s'enfoncèrent dans la terre, et il creusa jusqu'à en saigner. Il embrassa les lèvres froides, puis déposa le cadavre dans sa tombe.
Il resta là, sans bouger, la nuit qui suivit. Quand il se mit à pleuvoir enfin, il se laissa s'écrouler pour mieux pleurer. L'eau le brûlait atrocement, il comprenait parfaitement qu'à ce stade, il mourrait. Mais il espérait que l'averse ne dure pas, pour qu'une lente agonie l'achève, voulant mieux expier sa faute.
« Je suis désolé... »
