DISCLAIMER: Sherlock Holmes et sa joyeuse bande sont sortie du cerveau de Conan Doyle !
Chapitre 2
Dès que la maison de la victime disparue de son champs de vision, Clémence se tourna vers son chaperon. Celui-ci pianotait tranquillement sur les touches de son vieux téléphone portable. Par dessus son épaule, l'ancienne étudiante réussit à lire le nom du destinataire. Sherlock Holmes, encore et toujours. Ce type ne la laisserait donc jamais tranquille ?!
- Qui est Sulivan ? Demanda brusquement la jeune femme.
John leva les yeux vers elle, se rappelant soudainement de son existence.
- D'après Sherlock, c'est l'amant de notre victime.
- C'est pas le travail de la police d'interroger ce gars ? Lança Clémence, un peu étonnée.
La jeune femme n'était pas certaine qu'ils rendaient vraiment visite à Sulivan pour l'interroger mais elle doutait encore plus que ce soit pour prendre le thé avec lui. John eut un sourire malicieux.
- Ils ignorent la piste de l'amant. C'est Sherlock qui la déduite.
- Et alors ? S'agaça l'ancienne étudiante. C'est pas moins dangereux pour autant !
John fit la moue et décida de détourner le sujet de la conversation:
- Et donc, vous êtes la nièce de madame Hudson...
Clémence hocha imperceptiblement la tête.
- Vous n'êtes pas obliger de me vouvoyer, lui sourit-elle ensuite. Et sinon... qu'est-ce que tu fais de vos journées à part interroger des gens potentiellement dangereux ?
Bien malgré elle, la jeune femme était désireuse de continuer la conversation. Elle n'avait jamais apprécié le silence.
- Je suis médecin, répondit John avec un grand sourire.
- Genre... dentiste ? Questionna Clémence avec une lueur de malice dans les yeux.
Cette fois, John rit de bon cœur.
- Non, je suis un ancien soldat médecin. J'ai «décidé» de reprendre une vie normale, avoua l'homme en faisant des guillemets avec ses doigts.
- Oh, désolée, marmonna l'ancienne étudiante. Ça doit être dur...
John ouvrit la bouche mais se ravisa. Il parut réfléchir profondément avant de dire que, depuis sa rencontre avec ce timbré de détective, il n'avait même plus le temps de songer au temps où il était encore soldat. Ce à quoi Clémence répondit par un haussement de sourcil pas très convaincue. La jeune femme ne comprenait pas comment quelqu'un d'apparence si gentille pouvait être ami avec un type si agaçant.
- Surtout, tu ne lui dis rien ! Ajouta John. Il risque de prendre la grosse tête après !
La voiture s'arrêta sur le bas côté de la route, le médecin paya le conducteur et sortit le premier. Il fit le tour du taxi pour ouvrir la porte à l'ancienne étudiante. Les deux adultes se mirent alors à marcher tranquillement sur le trottoir.
- Sans vouloir t'offenser, John, il a déjà la grosse tête, lui fit remarquer Clémence.
Le médecin eut un sourire mais décida de nouveau de changer de sujet.
- Et toi, qu'est-ce que tu fais dans la vie ?
- Je suis médecin, moi aussi, lui répondit la jeune femme. Enfin, je viens juste de quitter la fac' de psychiatrie mais bon !
Elle parut soudainement radieuse aux yeux de John qui eut un léger sourire en constatant le regard pétillant de son interlocutrice. Elle aimait visiblement son travail avant même de l'avoir déjà pratiquer.
- Oh, vraiment ? S'étonna l'ex-militaire.
Cela lui valut un regard noir de la part de la jeune femme à ses côtés. John voulut s'excuser, se rendant brutalement compte de son ton machiste, mais la voix froide de Clémence lui coupa la parole:
- On est arrivé.
Et sans un mot de plus, elle sonna à la porte d'un vieil immeuble.
Clémence Bron était susceptible, rancunière et soupe au lait. Son caractère de cochon n'était d'ailleurs un secret pour personne dans son entourage. La jeune femme n'avait pas du tout apprécié le ton de John lorsqu'elle s'était mise à parler de son travail. Quoi ? Une femme n'était pas capable d'être médecin d'après lui ou était-ce la profession de psychiatre qu'il voulait dévaloriser en employant son ton goguenard ?
La porte de l'appartement s'ouvrit sur un homme d'une quarantaine d'années, de grande taille, aux yeux gris.
- C'est pour quoi ? Grogna t-il.
- Nous aimerions vous interroger au sujet de madame Histricus, déclara platement John.
L'homme le regarda dédaigneusement.
- C'est pas les flics qui s'en charge d'habitude ?
Clémence se tourna vers l'ex-militaire, l'observant suer à grosses goûtes sous le stress.
- Vous allez nous faire rentrer sinon on vous envoie direct au trou, Panzel, menaça l'ancienne étudiante. On a de quoi vous inculpez pour meurtre, vous savez !
- Quoi ? Grommela le type. Mais j'ai rien fait !
- Ah oui ? S'étonna la jeune femme. Où étiez-vous… hier ?
Assise sur un canapé, une bière entre les mains, Clémence observait la pièce dans laquelle elle se trouvait. C'était un lieu simple bien que terne, muni de plusieurs étagères remplies de BD. Le canapé miteux sur lequel elle était assise prenait toute la place dans le salon.
- Vous êtes une bonne menteuse, constata John, assis à ses côtés.
Clémence hocha la tête tandis qu'un douloureux souvenir remontait lentement à la surface, dans son esprit jusqu'alors calme.
- Une question d'habitude, marmonna la jeune femme en portant le goulot de la bouteille à sa bouche.
Elle n'eut cependant pas le temps d'être submergée par ses souvenirs -Dieu, merci-, leur hôte arrivant dans le salon. Monsieur Panzel s'installa sur une vieille chaise en plastique jaune et prit une profonde inspiration.
- Hier, j'étais avec des amis entrain de fouiller les poubelles du quartier.
John hocha la tête, comprenant visiblement la situation.
- Je souhaiterais avoir les noms de vos amis, continua Clémence. Que pouvez-vous nous dire au sujet de madame… ?
- Histricus, lui rappela John dans un sourire. Avait-elle des ennemis ?
Panzel se frictionna les mains, tendu et gêné.
- Je sais pas, avoua t-il dans un murmure.
- Pardon ?
- J'en sais rien, moi. On couchait juste ensemble, expliqua Panzel en se rongeant un ongle. Vous croyez vraiment qu'une fille comme elle et qu'un homme comme moi, ça aurait marché pour autre chose ?
- Pas vraiment, avoua Clémence.
- Avez-vous remarquer quelque chose d'inhabituel chez elle ? Reprit l'ex-soldat. Avait-elle des problèmes ?
- Y'a bien cette fille, sa vieille voisine qui nous faisait chier. Mais... Attendez, pourquoi vous me posez ces questions ?! Qu'est-ce qui est arrivée à Lisa ?!
Il est un peu long à la détente quand même... Clémence prit une voix calme pour annoncer à Panzel la mort de son ancienne amante. L'homme frissonna lorsqu'elle lui décrivit la manière dont l'assassin avait tué sa maitresse.
- Vous avez dit que vous ne couchiez plus ensemble ? Cela remonte à quand ?
- À peine deux jours, expliqua Panzel. En fait, la voisine se plaignait tellement du bruit qu'on faisait qu'elle a menacé Lisa d'appeler les flics. Et puis, du jour au lendemain, elle m'a fermé sa porte.
John et Clémence se fixèrent longuement, partageant les nombreuses questions qui leur venaient à l'esprit. Pourquoi Lisa s'inquiétait-elle de la police ? Avait-elle des choses à cacher ? Si oui, lesquelles ? La vieille voisine était-elle dans le coup ? N'ayant plus de questions à poser à ce pauvre Panzel, les deux adultes sortirent de la maison. Clémence s'attarda un peu dans le salon avant de partir, regrettant de n'avoir pas de monnaie. Elle aurait bien passé dix Livre à ce type.
Distraitement, John envoya un nouveau message à Sherlock. La jeune femme resta près du médecin, observant les quelques nuages flottant dans le ciel. Elle allait de nouveau retourner dans son parc, le détective n'ayant sûrement plus besoin de son aide. Clémence éternua et jura contre le froid de ce début d'automne.
- Vous venez ?
L'ancienne étudiante leva les yeux vers John.
- Pour allez-où ? Demanda t-elle bêtement.
- Sherlock veut qu'on lui explique les moindres détails de notre conversation avec Panzel, lança le médecin tout en hélant un taxi. On rentre au 221b !
- Tu ne peux pas lui dire par message ?
John haussa les épaules et grima dans le taxi, suivi de Clémence. Elle colla ensuite sa tête contre la vitre. Ça l'arrangeait malgré tout de prendre le taxi avec le médecin, cela la rapprochait de son parc, de son banc. Et puis, il payait le trajet.
- Je ne voulais pas te vexer, tenta John après avoir donné leur destination au chauffeur. C'est juste que tu as plutôt la tête d'une étudiante que celle d'un médecin.
- Ouais, marmonna Clémence. T'as de la famille dans le coin ?
John secoua la tête.
- Pourquoi cette question ?
- Pour rien, je me demandais juste s il y avait un moyen que tu partes de mon appartement, lui avoua sérieusement Clémence.
L'ex-militaire en resta choqué, ne sachant pas s'il devait rire ou se montrait outré. Il fronça les sourcils en fixant le visage impassible de la psychiatre. Celle-ci, soudainement gênée, laissa apparaître un sourire malicieux sur ses lèvres. Cela détendit immédiatement l'atmosphère, faisant passer sa question pour une blague de mauvais goût.
- Et toi, à part madame Hudson ? Demanda John.
- Personne, répondit la jeune femme.
- Personne ?
- Ma mère est décédée il y a deux ans. Et mon père, mon père, je ne sais pas où il est, avoua Clem'. Je suis fille unique et mon oncle à été condamné à mort en Floride. Je n'ai plus que ma tante.
Elle fit son plus beau sourire au médecin et poussa un soupir serein.
- ça fait du bien d'en parler, ajouta t-elle.
- Je suis désolé, murmura John.
Clémence haussa les épaules.
Le taxi s'arrêta, les deux adultes descendirent et John paya. Ils rentrèrent ensuite dans l'immeuble 221B et croisèrent madame Hudson, un plateau en argent dans les mains. Elle sursauta en remarquant sa nièce, encore peu habituée à son retour.
- J'ai fait du thé... Sherlock vous attend en haut, expliqua la vieille dame en regardant Clémence et John grimpaient à l'étage.
- John, nous avons une nouvelle victime: Eric Hariet, treize coups de couteau, le visage défiguré au cutteur..., résonna la voix de Sherlock depuis l'entrée. Cela lui fait un magnifique sourire, surtout quand on sait que...
Sherlock déambulait dans le salon, habillé de l'uniforme d'un agent de sécurité. Clémence tourna plusieurs fois sur elle-même, analysant la pièce, ce qui avait changé depuis son départ. Désormais, l'appartement était en désordre, des fiches, une couvertures et des tasses vides trainant au sol. Cependant, ce n'est pas le bazar qui surprit la jeune femme mais les légers trous dans l'un des murs ressemblant à des impacts de balles. Choquée, Clémence ne put s'empêcher de les inspecter, fixant d'un œil méprisant le smiley peint à la bombe jaune sur sa belle tapisserie.
Ces deux crétins avaient abimé son appartement.
- Clémence Bron.
La jeune femme sursauta et se tourna vers les locataires, ses yeux lançant des éclairs.
- Quoi ? Grommela t-elle.
- Je ne t'ai pas invité chez moi pour que tu fasses l'état des lieux, lança froidement Sherlock. Tu as entendu ce que j'ai dit ? Est-ce que cela s'est seulement gravé une micro-seconde dans ton misérable esprit ? Nous avons deux victimes et un merveilleux diabolique psychopathe qui court toujours... Donc, tu vas me faire le plaisir de te concentrer le plus possible.
Clémence haussa un sourcil. Tu peux toujours te...
- Panzel suspecte la voisine, expliqua John.
- Je n'ai rien à faire des spéculations d'un idiot pauvre et soumis à sa crétine de maitresse.
- Sherlock..., grommela l'ex-militaire.
- John, reprit le détective. Je sais qui est notre assassin.
- Comme ça, se moqua Clémence. La réponse t'est tombée du ciel.
Ce malade mental et ses délires à la noix commençaient sérieusement à l'exaspérer.
- Pendant que vous avez inutilement interrogé Panzel, je me suis occupée de la voisine. Comme prévue, c'est une grande fan de théâtre et une parfaite vieille dame. Je n'ai jamais vu une personne aussi niaise, quoi que Anderson bat des records ces derniers temps. La voisine m'a dit que Histricus s'était rendue dans un théâtre minable à l'autre bout de Londres. le jour de sa mort. Le directeur est un certain Grown. Je sais que c'est l'assassin. Il ne me reste plus qu'à le prendre la main dans le sac.
- Et comment tu comptes t'y prendre ? Siffla la jeune femme.
Sherlock se tourna vers elle, lui lançant un regard dédaigneux.
- Il présente une pièce ce soir. Tu seras sûrement la seule spectatrice et il tentera de te tuer.
Le détective planta ses magnifiques yeux bleus dans ceux de la psychiatre. Celle-ci, malgré la tension dans l'air, explosa d'un rire nerveux qui dura moins de cinq minutes.
- C'est hors de question que je fasse ça.
- Tu préfères dormir dehors ? Questionna Sherlock. Si tu fais tout ce que je te demande, tu pourras dormir sur le canapé.
Dans d'autres circonstances, Clémence aurait pris cette situation à la rigolade et aurait donné une bonne tape dans le dos de son interlocuteur. Sauf que tout ça ne la faisait pas du tout rire.
- Je ne veux pas de ta pitié, Sherlock, gronda la jeune femme.
- Tu vas pourtant accepter ma proposition, prédit le détective.
Clémence serra les poings.
- Si je comprends bien, tu nous as envoyé voir Panzel... pour rien ? Questionna John, tentant de calmer l'ambiance.
- Tu es lent, John. Terriblement lent, soupira Sherlock.
Il jeta un coup d'œil agacé à la psychiatre qui secoua la tête.
- C'est ça ou je laisse Lestrade t'embarquer, rappela le détective.
- Va te faire foutre.
- C'est à dix-huit heures, rue de Shakespeare. Tu n'auras pas besoin de te changer, lança Sherlock en ignorant l'insulte. Arrive avec cinq minutes d'avance.
Et comme le parfait connard qu'il était, Sherlock sortit de l'appartement.
À vingt-deux heures moins cinq, se gelant dans un quartier à la sortie de Londres, se trouvait Clémence Bron.
Malgré son instinct de survie et sa fierté mal placée, la jeune femme avait fini par se rendre dans un théâtre minable pour servir d'appât à un psychopathe. Elle avait assisté à la représentation et avait fait la connaissance de Grown -le suspect numéro un d'après Sherlock. Il s'était montré aimable et les deux adultes avaient longuement bavardé. Grown avait d'ailleurs fini par inviter la psychiatre à prendre un café. Cependant, pour une raison X ou Y, le directeur du théâtre avait demandé à Clémence de l'attendre dehors.
Cela avait permit à la jeune femme de nourrir sa rancœur envers Sherlock Holmes. Pourquoi était-ce elle l'appât ? John aurait très bien pu s'en charger ! Le détective cherchait-il encore à la punir, à l'humilier ? ça va trop loin ! Songea Clémence en soufflant sur ses mains glacées. Cela faisait maintenant dix minutes qu'elle attendait seule dehors. Je les emmerde tous. Elle commença à partir lorsqu'une voix masculine l'interpella.
- Désolé pour l'attente, s'excusa Grown en la rattrapant. Toujours partante pour ce café ?
Grown devait bien avoir vingt ans de plus que la psychiatre et n'avait rien de l'homme attirant. C'était un simple directeur de théâtre au ventre bien tendu et au regard pervers. Cependant, il s'avérait être un parfait gentleman et un homme cultivé.
Clémence hocha la tête et frissonna en se laissant conduire vers une ruelle non loin. Son cœur tambourinait dans sa poitrine et elle avait l'impression que l'on jouait du tambour dans sa pauvre tête. Quel était le plan déjà ? Que devait-elle faire en cas de problème ? Jusque là, Clémence avait imaginé qu'une équipe de police viendrait la sauver en cas de problème. Cependant, l'absence de voitures prioritaires l'angoissait de plus en plus.
Des gens étaient-ils au courant du danger dans lequel elle s'élançait ? Clémence se mit à claquer des dents en entrant dans la ruelle. Sherlock savait-il qu'elle avait suivi ses indications ? A l'instant où elle se rendit compte qu'elle n'avait aucune réponse à ses questions, le courage ou la bêtise de la jeune femme se dégonfla comme un misérable ballon de baudruche.
- Je viens de me rappeler que j'ai un truc de prévu ! S'exclama t-elle en souriant nerveusement.
L'ancienne étudiante s'éloigna précipitamment de Grown et tenta de rejoindre la rue principale, bercée par la douce lumière des lampadaires, mais le directeur du théâtre lui attrapa le bras. Le cœur de la jeune femme rata un battement. Elle eut soudainement envie de vomir en sentant ses entrailles se tordre sous l'effet de la peur.
- Une minute, ordonna Grown d'une voix mielleuse.
Je vais mourir. Le souffle court, Clémence tenta de se libérer, en vain. L'homme, la tenant fermement, se rapprocha d'elle et lui souffla son haleine fétide dans le cou.
- Écrivons une Tragédie, susurra Grown.
Et la jeune femme le vit sortir un canif de sa poche. Même dans la pénombre, elle réussit à apercevoir l'expression sadique du directeur.
- Je vais t'ajouter à ma collection...
Clémence ne bougea pas, pétrifiée par la peur. La lame du couteau se pressa sur son cou alors que la bouche de Grown s'approchait de son oreille.
- Je vais te tuer comme j'ai tué les deux autres.
La psychiatre donna un violent coup de pied à son agresseur et s'éloigna le plus possible, courant vers la rue illuminée. Cependant, elle n'alla pas bien loin. L'homme la poussa violemment et la cloua au sol. Je vais mourir. La lame du canif se mit à briller dans la pénombre.
- On ne bouge plus ! Cria une voix. Posez votre arme, vous êtes cernés !
Grown se racla la gorge et, tout en lançant un regard haineux à Clémence, il obéit. Le canif ne toucha pas encore le sol que deux policiers se jetaient sur Grown. Ils le menottèrent et le conduisirent vers la rue. La psychiatre sursauta lorsqu'une couverture de survie se posa sur ses épaules.
- Tu t'en es très bien sortie, la félicita John.
Elle regarda ses cheveux blonds et son sourire avenant. La vision du visage du directeur remplaça celui du soldat. Clémence ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit. De petits points noirs se mirent à danser devant ses yeux
La jeune femme se releva et tituba en arrière, s'écartant le plus possible de l'animation de la rue. Elle y aperçut Lestrade qui passait les menottes à Grown, Donovan, Anderson et Sherlock. Ce dernier, baigné dans la lumière des lampadaires, braqua ses yeux bleus sur elle. Et malgré la distance qui les séparait, Clémence sut qu'il était entrain de l'analyser. Sans réfléchir, elle se mit à reculer, voulant échapper au regard du détective, à la tohu-bohu de la rue principale. Elle avait besoin d'être seule, en sécurité. Tandis qu'elle sombrait dans les profondeurs de Londres, John fit un pas vers elle, les mains tendues en signe de soutien. La jeune femme lui hurla dessus et et s'élança plus loin dans la ruelle, le vent lui griffant le visage durant sa course effrénée.
Elle avait déjà couru ainsi. Elle avait déjà ressenti cette peur, cette colère. Elle avait déjà eu envie de vomir et de pleurer, de fuir et de se battre. Mais tout cela remontait à plusieurs années en arrière.
- Toutes mes condoléances, lança poliment une infirmière.
Elle sortit de la chambre, laissant une étudiante en psychiatrie tout à fait stoïque devant le corps de sa mère. Cela faisait deux ans que Clémence Bron avait quitté Londres pour Liverpool. Cela avait été dur d'abandonner sa vie mais elle y était désespérément arrivée et avait pris soin de sa mère jusqu'au dernier moment. Jusqu'à ce que sa génitrice fasse une ultime tentative de suicide.
Clémence regarda le corps d'une femme qu'elle avait trop peu connu, une femme qui, rongée par la vie, n'avait pas pu jouer le rôle de mère. Qu'avait-elle fait pour l'étudiante à part mourir prématurément ? Rien, absolument rien. Par contre, Clémence, elle, avait mérité sa place au Paradis. La jeune femme ne comptait plus toutes les fois où elle avait sauvé sa génitrice, où elle l'avait protégé d'elle même.
Clémence observa le corps froid et pâle devant elle. Elle regarda les longs cheveux noirs, le rouge à lèvres violet et les piercings au-dessus de son arcade sourcilière. Elle était en colère. Elle avait passé deux ans à s'occuper d'une femme qui avait fini par mourir. Et tout ça pour quoi ? Pour rien. Elle avait laissé David et sa tante à Londres, s'était exilée à Liverpool, avait fait des études de psychiatrie dans l'unique but d'aider sa mère. Et elle, elle était morte.
- C'est trop facile ! Cracha la jeune femme tandis que les larmes coulaient sur ses joues.
Pour aider quelqu'un d'autre, elle avait littéralement gâché deux ans de sa vie. Qu'est-ce qu'elle allait faire maintenant ? Elle n'avait pas de but, pas d'objectif, aucun rêve. à quoi bon travailler si ce n'était pas pour payer les soins de sa mère ? à quoi bon étudier si ce n'était pas pour un jour sauver sa mère ? à quoi bon rester à Liverpool si ce n'était pas pour être auprès d'elle ? La peur du lendemain prit le pas sur la colère.
Clémence respira profondément par le nez mais, déjà, elle avait l'horrible impression que son cœur déchirait sa poitrine, que les bruits dans le couloir lui vrillaient le crâne. Elle eut l'horrible sensation que les néons lui brulaient les yeux, que l'odeur aseptisée lui détruisait l'estomac. Son souffle se bloqua dans sa gorge, ses yeux s'écarquillèrent alors que l'étudiante tentait de rester debout. Dans un dernier sursaut de conscience, elle sortit en courant de la chambre.
Elle ne sut jamais ce qui arriva au corps de sa mère.
Clémence Bron pleurait, assise près d'une benne, à environ deux rues du théâtre.
Elle détestait pleurer, imaginant parfaitement son visage rouge, ses yeux bouffies et dégoulinant de maquillage. Et puis, elle n'arrivait jamais à s'arrêter. Quand Clémence pleurait, ou avait envie de pleurer, les gens ne pouvait rien faire à part la laisser seule.
- Clémence Bron, appela une voix de baryton.
Dans la pénombre, la jeune femme distingua un homme de grande taille s'avançait vers elle.
- Barre toi, renifla la psychiatre en apercevant des yeux bleus ennuyés se posaient sur elle.
- Qu'est-ce que tu fais ici ? L'enquête est terminée, la police a attrapé Grown.
- Je suis entrain de réfléchir au sens du monde, Sherlock... Alors, dégage de là ! Hurla Clémence, excédée.
Elle tenta d'essuyer les larmes sur ses joues mais celle-ci furent remplacées par d'autres.
- Comme promis, tu peux dormir sur le canapé.
- Va te faire foutre, j'ai un studio.
Sherlock lui lança un regard fatigué.
- Je n'ai jamais vu pareil menteuse, commenta t-il en s'approchant de la jeune femme.
Les yeux du détective s'écarquillèrent légèrement lorsqu'il remarqua le visage humide de Clémence. Sherlock Holmes reprit cependant son air suffisant. La jeune femme sentit son désagréable regard froid sur elle.
- Mais tu vas te barrer ?! Hurla Clémence. Casse-toi ! Je veux pas de ta pitié ! Laisse moi !
Sherlock la détailla comme si elle était la chose la plus étrange du monde. Pour qui il se prenait ?! Pour qui il la prenait ?! Elle était Clémence Bron, citoyenne du Royaume-Unis, et elle avait le droit de chialer en paix ! Le détective comprit enfin son désir de solitude et s'éloigna lentement de la psychiatre.
- La porte restera ouverte, lança t-il en disparaissant sous les jurons d'une jeune femme excédée.
à peine eut-il disparu de son champs de vision que Clémence se remit à pleurer. Cela dura longtemps et quand la lune se mit à éclairer la ruelle, la jeune femme était calmée. Elle se leva, sécha ses joues humides et frictionna ses mains sous le froid. Puis, tel un automate, elle se dirigea vers la rue Bekerstreet. Les yeux perdus devant elle, Clémence n'avait même pas la force de prendre un air assuré. Il était pourtant hors de question qu'elle s'abaisse devant Sherlock Holmes. Elle allait certes squatter son canapé, mais, au fond, ce n'était que du donnant-donnant. Clémence lui prêtait son appartement, le détective la logeait cette nuit.
La jeune femme arriva bientôt devant l'immeuble 221B. Sans surprise, elle pénétra facilement à l'intérieur du bâtiment, remerciant sa tante qui ne fermait jamais la porte d'entrée à clef. Martha Hudson était comme ça, elle préférait prendre le risque d'être attaqué par un psychopathe fanatique de théâtre plutôt que d'empêcher des pauvres SDF d'entrer. Clémence se rappela les nombreux jours où elle avait surpris sa tante entrain de prendre le thé avec un clochard de Bekerstreet.
La psychiatre poussa un long soupir en gravissant les escaliers menant à l'étage. Elle préféra ignorer la présence des interrupteurs, ne voulant pas réveiller sa tante au rez-de-chaussée. Quand la jeune femme monta sur le pallier, une vague de fatigue la submergea. Se massant la nuque, Clémence posa sa main sur la poignet de porte. Elle bailla et poussa distraitement l'issue. Celle-ci ne bougea pas. La jeune femme retenta l'expérience, en vain. Le porte était fermé. Sherlock Holmes s'était joué d'elle. Il lui avait menti.
- Espèce d'enfoiré ! Cria t-elle.
- Clémence Bron.
Cette dernière se retourna et aperçut, au bas des escaliers, un détective aux cheveux bouclés.
- Tu avais dit que la porte serait ouverte, gronda la jeune femme en reniflant.
En quelques enjambées, Sherlock la rejoignit sur le pallier. Il sortit une clef de sa poche et ouvrit la porte. Il pénétra ensuite dans son appartement, laissant la psychiatre seule sur le seuil. Poussant un long soupir, Clémence entra dans l'appartement. Elle haussa un sourcil en apercevant le détective allongé sur le canapé, les mains jointes sur son torse.
- Fait moi du café, ordonna Sherlock, les yeux plantés au plafond.
- Tu m'as prise pour ta bonne ?
- Madame Hudson passe la nuit chez l'une de ses amies. John va sans doute dormir chez l'une des filles du bar -je pencherais pour la blonde, John a toujours aimé les blondes. Et je ne sais pas me faire du café, récita le détective.
- Tu ne sais pas te faire du café ?
C'était bien la première fois qu'on lui servait un tel mensonge.
- Dégage du canapé. J'ai passé une journée plus nulle que la tienne, je le mérite, déclara Clémence.
Sherlock se tourna soudainement vers la psychiatre.
- Ah oui ? S'étonna t-il. Je n'étais pas au courant que tu avais résolu un double meurtre, mit un psychopathe derrière les barreaux, emmenait ton ami au bar et accueillit une parfaite abrutie sous ton toit.
Clémence se racla la gorge et se dirigea dans la cuisine. Elle se saisit d'une capsule de caféine qu'elle rentra dans la célèbre machine à expresso. Elle trouva ensuite une vieille tasse dans l'évier et recueillit le précieux liquide. La jeune femme rejoignit le salon, sa tasse en main.
- Maintenant, tu sors du canapé, ordonna la psychiatre en trempant ses lèvres dans son café. T'as une chambre, non ?
Sherlock poussa un long soupir et tourna le dos à son interlocutrice.
- M'ennuie, gronda t-il se frappant la tête contre le dossier du canapé.
- D'accord, j'ai compris. Je prends ta chambre, décida la jeune femme.
Et sans plus de parole, elle se dirigea vers la porte adjacente à la cuisine.
- Malgré ton cerveau aussi gros qu'une cacahouète, il s'avère que tu es une personne plus intéressante que la moyenne, lui lança Sherlock tandis que la psychiatre claquait la porte derrière elle.
Bien sûr que Clémence avait entendu ce compliment englué dans cette méchanceté en bouteille que possédait le détective. Cependant, la jeune femme n'avait pas souhaité répondre ou remercier son hôte. On ne pardonnait pas aussi facilement un crétin de détective voleur d'appartement.
Personne ayant commenté: Ouf, ça veut dire que mon Sherlock Holmes reste dans le réel ! Je ne mettrais pas de Yaoi, désolé ! Merci !
Sinon ? Vous, lecteurs passant par là, trouvez-vous ce chapitre à votre goût ? Et la fanfiction en elle-même ?
