Make me feel

CHAPITRE SECOND

Quatre mois avaient passé. Les jours s'écoulaient un peu semblables les uns les autres. Il se rendait aux bureaux de la Gazette de huit heures à midi, prenait une pose déjeuner, reprenait à treize heures et rentrait chez lui à dix-neuf heures. Et à ce moment là, l'Enfer débutait. Son appartement était toujours tel qu'on lui avait donné. Il n'avait rien touché. Que pouvait-il installer de personnel ? Il n'était pas masochiste au point de poser sur sa table de chevet une photo de ses enfants. Il avait préféré se couper de tout cela. Oublier. Quand il rentrait, il suivait toujours le même schéma. Rangement des chaussures dans le meuble prévu à cet effet, accrochage du manteau sur le porte-manteau, douche, repas rapide en silence sur la table solitaire, puis il s'asseyait sur son canapé. Là, il restait le regard dans le vide pendant une heure environ, le temps de se repasser sa journée, puis, peut importe l'heure, il allait se coucher. Allongé sur le dos, dans une position mortuaire, il demeurait des heures à fixer le plafond, ou la pendule sur laquelle s'égrenaient les secondes en attendant que Morphée daigne l'emporter dans son monde de cauchemars. Puis il se levait, et tout recommençait.

Le quotidien à la Gazette n'avait pas pris le tour cauchemardesque qu'il avait envisagé lors de son arrivée. Son inconscient s'était muré dans une tour visant à sauvegarder son esprit. Tout désir, tout sentiment, toute émotion avait été savamment enfermée au fond de son être de sorte qu'il ne ressentait rien au contact de Draco Malfoy. Ni culpabilité, ni haine, ni rien du tout. A ses yeux, il s'était métamorphosé, n'étant plus Draco Malfoy mais un être sans réelle existence, une simple présence froide et cynique. Oh, il le voyait, il savait que c'était lui. Mais son esprit était reparti de zéro, comme si Draco Malfoy n'avait jamais existé avant son arrivée à la Gazette du Sorcier. Il se prenait même être mieux au travail que chez lui. Enfin, chez lui, l'espèce de cage blanche dans laquelle il était bien obligé de résider. Côtoyer du monde lui faisait du bien, le brouhaha des bureaux l'empêchait de réfléchir et il arrivait même à discuter un peu avec certains collègues. Son thérapeute était confiant. Le traitement progressait.

De son côté, Draco était plutôt satisfait. Potter commençait à ne plus être le fantôme qu'il était lors de son arrivée. On pouvait aisément lui tirer plus de deux mots de vocabulaire et il semblait bien s'entendre avec Rosemina. Il l'avait vu sourire à une de ses blagues autour du café matinal. Devant lui, il occupait à merveille son rôle de rival exécrable, se cantonnant derrière une cordialité ironique et un comportement hautain. Suite au malaise qu'il avait perçu et grâce à son influence, il avait réussi à faire passer un mot afin que Potter ne soit plus le Survivant, le Sauveur ou autre, mais simplement monsieur Potter, voire Harry. Chose qui semblait énormément soulager ce dernier. Il était Harry, juste Harry, et recommençait doucement une nouvelle vie. Il l'avait également emmené sur le terrain lors de son interview des Canons de Chudley. Il voulait savoir une bonne fois pour toute si Harry Potter était toujours présent au fond de cette carapace vide. Et là, sous ses yeux, il vit une lueur apparaître au fond du regard du brun, une sorte de réchauffement à la vue des membres de l'équipe s'entraînant sur leurs balais. Ce fut comme un émerveillement. Il était donc toujours vivant là-dessous. Personne n'était venu lui demander pourquoi il prenait ainsi son rival sous son aile, personne n'avait osé ! La vérité était qu'un beau matin, le Docteur Millepertuis l'avait appelé, lui avait expliqué la situation, le risque de l'internement à vie, qu'il était le dernier espoir, que personne de son passé ne souhaitait s'investir. Et Draco avait alors repensé à la Salle sur Demande, au flamme qui venaient d'engloutir Crabbe et qui menaçaient de le dévorer lui aussi, il avait revu Potter arriver et le prendre par le bras pour le coller sur son balais et quitter cet endroit ravagé par le Feudeymon. Potter lui avait sauvé la vie. Alors, il lui devait bien ça.


C'était un soir de juin que le premier incident était arrivé. Draco avait accueilli Harry avec un empressement laissant présager qu'il était tombé sur le scoop de l'année. Et en effet, il avait enfin obtenu l'accord de l'intendant de la famille Bulstrode pour un témoignage exclusif visant à démontrer l'implication de cette prestigieuse famille dans un trafic de produits illicites, notamment de puissantes drogues tel le Feudragon, capable de vous plonger dans un rêve éveillé de plusieurs heures. Drogue onirique, mais également mortelle, puisque le rêve pouvait ne jamais sortir de l'esprit du consommateur et au mieux le plonger dans un profond coma, au pire, le pousser à la folie voire à la mort. Être le premier journaliste à trouver le filon et à publier un tel article pouvait le propulser sur le devant de la scène médiatique et lui apporter beaucoup d'argent. Bien que l'argent ne manqua pas à Draco Malfoy, il était certain qu'un peu de renommé supplémentaire n'allait pas pour lui déplaire. La journée avait été épuisante. Draco avait accueilli l'intendant, un certain monsieur Peter Tacitus. Ils avaient recueilli le témoignage à deux, afin d'être sur d'avoir un maximum de notes possibles. Ensuite, Draco lui avait dicté un nombre incalculable de lettres, puis avait engagé la rédaction de son article pendant que son secrétaire avait pour charge de vérifier des modalités d'usage avec le département de l'édition et les photographes. L'article devrait être parfait pour la semaine suivante. Un numéro choc.

Il était vingt-et-une heure lorsque Draco prit conscience de l'heure et du fait qu'il avait retenu son employé plus longtemps que prévu.

« Potter, je ne te demanderais qu'un café puis je te libère. Je vais rester ici ce soir, j'ai encore beaucoup de travail. »

Harry alla donc chercher le café, puisque Rosemina était déjà rentrée chez elle. Il se moquait d'être resté plus tard, au contraire, cela l'arrangeait. Une occupation était toujours la bienvenue. Et chez lui, il était incapable de se mettre dans l'état d'esprit nécessaire pour apprécier un livre ou un film. Il revint et haussa un sourcil devant le spectacle que lui offrait son employeur. Les cheveux défaits, de l'encre plein les doigts, et la mine concentrée, il semblait tout à fait perdu dans les lignes qu'il rédigeait d'une main rageuse. Enfin, il s'aperçut qu'il n'était plus seul et se leva.

« Je te remercie. J'aurais sûrement à te demander de rester un peu tard cette semaine. Mais tu toucheras des heures supplémentaires, cela va de soi. »

Son interlocuteur hocha la tête sans répondre, signe que cela lui allait. Mais quand Malfoy tendit le bras pour prendre la tasse, ses doigts heurtèrent les siens et cela déclencha un fourmillement coupable dans sa main,il se surprit à trouver sa peau douce. Il eut un hoquet et lâcha la tasse qui alla s'exploser en un millier d'éclats à leur pied et répandant son contenu sur la moquette. Sa façade intérieure s'était morcelé dans cet infime instant, laissant transpirer une vague émotion qui s'efforçait de renfermer au fond de lui. Il n'avait pas le droit de ressentir quoi que ce soit pour une autre personne, et encore moins pour lui. Le désirer, c'était une trahison. Un coup de poignard donné dans le dos d'une morte. Dans le dos de ses enfants. « Je ne suis qu'une ombre dans tes pensées... » C'était comme lui donner raison. Il n'avait pas le droit. Il avait gâché dix ans de sa vie, il l'avait tellement déçu qu'elle s'était pendue. Et pas n'importe où. Dans son réduit. Là où il allait broyer du noir, briser son masque quotidien, pleurer parfois. La matérialisation parfaite de ce coin de son cœur qu'il lui avait toujours refusé. « … et je ne supporte plus de te voir fermer les yeux sur un autre visage lorsque tu m'embrasses. » Là où il s'autorisait à penser sans culpabilité, à fantasmer sans ressentir de quelconque censure. Et elle s'était pendue là. Elle avait compris. Elle savait. «…je m'enfonce peu à peu dans un profond dégoût de cette vie superficielle et qui ne m'a jamais comblée. » Elle avait envahi le seule endroit qui était pour lui comme un journal intime. Elle avait violé de sa mort les fragments de chimère qu'il se construisait à l'abri de tous. Il s'était donc interdit tout autre violation de la mémoire de la défunte. Il s'interdisait toute pensée « impure » à son souvenir, comme si elle pouvait encore le voir et s'en blesser. Et par-dessus tout, ce serait immoral d'aimer Draco Malfoy alors qu'elle avait tressé sa corde avec son visage et sa présence tacite à chaque instant.

Draco était resté choqué devant la réaction de son vis à vis. Il demeura le bras en suspens, dans son geste premier, alors qu' Harry se baissait rapidement afin de nettoyer avec une rapide excuse. Lentement, il ramena son bras contre lui, et lâcha d'une voix blanche :

« - Je ne vais pas te violer Potter.

- Ne me touches plus jamais ! Cracha-t-il le visage incliné vers le sol.

- Je te dégoûte à ce point ? Que tu ne puisses supporter le plus accidentel des contacts ?

- Personne ne doit me toucher. Jamais.

- Bien. Tu peux t'en aller. Finit-il toujours d'une voix éteinte. »

Il regarda Harry partir les mains pleines d'éclats de porcelaine alors qu'il tombait stupéfié sur sa chaise de travail. Il ne comprenait pas. Il avait vu de la terreur un cours instant dans les prunelles émeraudes. Il laissa son visage s'appuyer dans ses mains en coupe en expirant un long soupir. Au fond, sa réaction l'avait profondément blessé.


Les jours suivants s'étaient écoulés sans qu'ils évoquent l'incident de la tasse. Leurs rapports n'en avaient pas été entachés. L'article avait effectivement été un grand coup de pied donné dans la fourmilière sorcière. Draco avait été convoqué par le Ministre lui-même afin d'être félicité pour son acharnement et son opiniâtreté. La Fouine portait bien son nom. C'était un nom de plume curieux pour Harry, qui posa un jour la question.

« - Dis-moi Malfoy. Pourquoi La Fouine ?

- Parce que c'est ainsi que tes amis me surnommaient à Poudlard. J'ai décidé que les humiliations d'hier seraient la force d'aujourd'hui. Et puis, dans mon métier, cela me semblait tout à fait à propos. »

Les jours n'avaient pas été de tout repos, et Harry était en profond manque de sommeil. De plus, lorsqu'il était seul, il ne pouvait empêcher son esprit de se rediriger vers ce fameux soir, au réconfort qu'il avait senti au contact de la main de Malfoy et cela lui provoquait de violentes insomnies agitées de pleurs et de spasmes. Ce qui expliqua qu'il tomba en plein après-midi sur son bureau, endormi.

Il marchait dans un jardin. Le ciel était d'un orange sublime laissant présumer qu'il s'agissait du crépuscule. Des grappes de fleurs plus grosses et plus odorantes les unes que les autres s'étalaient sur les murs de granit l'entourant. Il ne savait pas où il était, mais il se sentait bien. Apaisé. Il entendait les rires de ses enfants résonner autour de lui, mais il ne se pressait pas, il savait qu'ils n'étaient pas loin. Il vit Draco Malfoy s'approcher de lui d'un pas tranquille, il lui souriait. Bien qu'ils fussent proches, il ne comprenait pas ce qu'il lui disait. Il vit le blond lever lentement une main jusqu'à sa joue en une douce caresse. Il s'appuya contra sa paume et soupira de bonheur. Cela faisait si longtemps qu'il n'avait connu la chaleur d'un contact humain. Brusquement, le rêve changea. Le visage parfais de l'aristocrate commença à se craqueler comme de la porcelaine. Sa main se serra sur son cou, l'étranglant. L'herbe du jardin commença à faner, puis à pourrir. Les fleurs se recroquevillaient, comme consumées, et laissaient échapper des flots de sang et d'insectes mortuaires. Les cris d'enfants devinrent des hurlements apeurés, l'appelant. Mais il ne pouvait rien faire. Après avoir fini de se tordre, le visage en face de lui se contorsionna en une grimace abominable avant qu'il n'explose en un millier d'éclats de verre allant se ficher dans son corps. En face de lui se trouvait à présent le visage de Ginny, non le vrai, mais celui qui avait suivi la pendaison, ce visage boursouflé et enlaidi par le manque d'air et la mort. Elle passa lentement sa langue le long de sa joue, et il se rendit compte que cette partie de son corps avait pourri comme le reste. Elle murmura à son oreille : « Tu m'as trahie. »

Harry s'éveilla en hurlant. Il n'eut que le temps de courir jusqu'au toilette avant de se mettre à régurgiter son précédent repas dans la cuvette, et quand cela ne suffit plus, ce fut de la bile qui vint étouffer sa gorge et sa langue. Quand son corps eut cessé de s'agiter dans des spasmes, et que son cœur se fut un peu calmé, il se redressa, tira la chasse et se retourna face aux lavabos afin de se rincer la bouche et le visage. Les cauchemars n'étaient pas inhabituels. Mais celui-ci l'avait glacé jusqu'au plus profond de ses os. Le spectre de Ginny le poursuivait partout, même dans son sommeil. C'était une ombre vengeresse et terrifiante qui semblait lui intimer l'ordre de quitter ce semblant de vie pour aller s'emmurer à jamais dans sa cellule d'hôpital. Calmé, il se rendit compte que Draco était appuyé contre la chambranle de la porte et le regardait. Il ne pouvait supporter de le voir afficher cet air de compassion, pas après son rêve. S'il pleurait devant lui, il courait le risque qu'il ait un geste de réconfort en réponse, et il ne pouvait se permettre de ressentir de la gratitude ou quoi que ce soit pour lui. Sinon, elle reviendrait. Elle était la lèpre qui dévorait sa chair à grand coup de culpabilité et de dégoût de lui-même. Si seulement il avait pu l'aimer...

Draco s'avança doucement, incertain quant au comportement à adopter. L'ironie serait trop cruelle, même venant de lui. Il comprenait, combien avait-il fait lui même de cauchemars au cours de sa vie ? Il choisit un comportement neutre, décidant d'improviser en fonction de Potter.

« - Tu veux en parler ? Demanda-t-il d'une voix douce.

- Et pourquoi voudrais-je en parler avec toi ? Rétorqua le brun d'une voix haineuse.

- Parce que je suis la seule personne capable de simuler un putain d'intérêt pour ta petite personne Potter ! »

Draco repartit, la rage au ventre et se replongea dans le travail, son abyme favoris pour oublier ses contrariété. Harry demeura seul face au miroir. Quand il se retourna face à son reflet, il se cracha au visage.


Dans la semaine qui suivit cette altercation, l'ambiance autour du bureau de La Fouine s'était considérablement dégradée. Les employés alentours allaient même jusqu'à dire qu'elle était devenue glaciale. Le journaliste était d'une humeur de cerbère, envoyant au Diable la moindre personne ayant la malchance de le contrarier, et ce, toujours d'un ton froid et hautain qui avait pour don de blesser bien plus profondément qu'une colère chaude et vivace. Quant à son secrétaire, il était retourné se cacher derrière cette barricade mentale qu'il avait réussi à abandonner peu à peu au fil des jours. Rosemina était désespérée de voir l'énorme pas en arrière qui s'était effectué entre les deux, et tentait malgré tout d'être un pont entre ces deux blocs de glace têtus comme des hippogriffes et d'assurer un minimum de contact humain entre l'employeur et l'employé. Elle y arrivait tant bien que mal par cafés et thés interposés et rapidement, ils revinrent à des échanges humains, ce qui était une net amélioration bien que la tension se fasse encore ressentir. Au moins, ils ne se battaient pas comme des animaux en plein milieux de couloirs, chose qu'elle redoutait et qu'elle pressentait.

Nous étions à présent en Juillet, et la température dans les bureaux était intenable. En plus du vacarme habituel résonnaient à tout bout de champ les « Frigidio » qu'usaient les employés pour tenter vainement de se rafraîchir. Harry était en train de s'écharper les yeux en tentant vainement de déchiffrer une note de la Fève dansante, le nouveau « salon de chocolat » à défaut d'autre terme, qui venait d'ouvrir et qui souhaitait avoir sa publicité dans la rubrique de La Fouine. Ils souhaitaient promouvoir leur recette aussi sensationnelle que novatrice, et c'était justement sur ce paragraphe qu' Harry butait. Il n'arrivait pas à démêler les pattes de mouche traçant la recette. Ils ne pouvaient décemment pas servir un cacao à base de bouse de dragon, il y avait forcément erreur sur la lecture. Tout à ces élucubrations, il entendit malgré tout au milieu du vacarme ambiant des rires résonner et des petits pas de course. Soudain, une rafale enfantine débarqua dans le salon, dans lequel il distingua des cheveux platines, un grand sourire et une petite robe de sorcier d'été. Bien sur, l'année scolaire venait de s'achever, et le petit Scorpius devait être rentré depuis quelques jours maintenant. Harry eut une pensée mélancolique pour ses propres enfants qui devaient être en train de profiter du jardin de George et Angelina Weasley, leurs nouveaux tuteurs, et de la compagnie de leur fille Roxanne. Il le revoyait parfaitement ce jardin, puisqu'il avait planté en compagnie du rouquin des plants de mandragore afin de répondre à la lubie de sa femme, passionnée de botanique magique. Ses enfants devaient avoir bien grandi. Son aîné avait désormais treize ans. Une bouffée de chagrin le prit en regardant cet enfant plein de vie chercher son père avec tant d'assiduité.

« - Scorpius, si tu cherches ton père, il n'est pas encore rentré. Tu peux l'attendre ici, Rosemina te fera un chocolat. Ils sont délicieux. »

- Oh pardon ! Je ne vous avez pas vu. Dit l'enfant précipitamment. Et puis, effectuant un salut altier : Je me présente. Scorpius Hyperion Malfoy. Je suis enchanté de vous rencontrer. »

Harry eut un moment d'attendrissement en se faisant la réflexion que c'était bien un héritier Malfoy. Il ne connaissait pas sa mère, ne l'ayant jamais vue, mais il pouvait tout de même affirmer que l'enfant avait tout hérité de son père, si ce n'était la courbe de la mâchoire qui était un brin plus carré. Se retrouver face à un Draco miniature le propulsa loin dans ses souvenirs, jusqu'à sa première année et à sa première rencontre avec l'enfoiré peroxydé. Et chose étonnante, qui sidéra Rosemina qui passait rapidement, un sourire, long et sincère, lui échappa.

« - Je suis enchanté de même. Mon nom est Harry Potter.

- Je vous connais ! Vous êtes le Sau...

- Je suis Harry, juste Harry. Dit-il d'un toux doux, pour ne pas l'effrayer. Dis-moi, tu es bien à Poudlard ?

- Oh oui ! Je viens de finir ma première année chez Serpentard ! Et je suis le meilleur de ma classe en potion.

- Oh, cela ne m'étonne guère. Répondit Harry en riant, la fraîcheur de cet enfant lui faisant du bien. Puis, après une hésitation il demanda : Connaîtrais-tu mes fils qui sont également à Poudlard et chez Gryffondor, James et Albus ?

- Bien sur ! Je ne connais pas bien James, je n'aime pas qu'il ne parle pas, mais il est très bon sur un balais, il a remporté tous les matchs de Gryffondor en tant qu'attrapeur. Marmonna-t-il d'un ton boudeur. Puis il ajouta à nouveau joyeux : Quant à Albus, nous sommes souvent ensemble. Je l'aime bien mais pas sa cousine que je suis obligé de supporter constamment. »

Un long sourire se fraya une fois de plus un chemin sur le visage d' Harry à l'idée que des Gryffondors et des Serpentards puissent être amis après plus de mille ans de querelle. Les temps changeaient, et c'était beau. Il était également attendri par le comportement joyeux du petit blond en face de lui, comportement qui ferait certainement se retourner Lucius Malfoy dans sa tombe, tant c'était éloigné de la froide insensibilité de sa prestigieuse famille. Le monologue enfantin continua encore un moment, ayant pour thème les enseignants de Poudlard, ses notes, et au plus grand bonheur de l'adulte, des anecdotes sur ses fils. Il était cependant un peu attristé de ne pouvoir s'informer sur sa fille qui n'était pas encore élève. Il se baignait dans la voix fluette, et l'image de ses fils se mouvant dans les couloirs de ce qui fut sa plus belle maison était comme un baume sur son cœur, et pour la première fois depuis très longtemps, il se surprit à éprouver de la joie.

Masqué par la cloison du box, Draco regardait avec des yeux ébahis l'échange qui se tenait sous ses yeux. Il vit les changements faciaux de Potter évoluer au fil de l'échange et constata de la tendresse, et même du bonheur. Cependant, ces flux émotionnels faisaient naître une vague tristesse teintée d'incompréhension au fond de lui quand il comprit qu'il ne voyait plus ses enfants. Comment cela était-il possible ? Les lui avait-on retiré aux vues de son état mental ? A cause de son internement ? Malgré cela, il devrait quand même les voir. Au bout d'un moment, Scorpius se retourna et courut vers lui à grand renfort de « Papa ! » enjoués. Un long sourire lui échappa, celui qui n'était réservé que pour son fils. Il le tint contre lui puis lui indiqua d'aller l'attendre vers l'ascenseur, qu'il ne récupérait que son manteau. Il allait partir sans commentaire quand Harry l'interpella d'une voix neutre.

« - Tu étais là depuis longtemps ?

-Suffisamment. »

Harry hocha la tête lentement, un peu gêné qu'il ait vu des réactions si spontanées lui échapper. Il ne voulait pas non plus lui laisser voir l'envie qui transpirait dans son regard. Draco fit un pas vers la sortie du box avant de demander d'une voix posée à la limite de l'hésitation :

« - Tu ne vois plus tes enfants ?

- Ils venaient me voir. Et puis il y a eut ton article. Et ils ne sont plus jamais venu. »

Il avait dit ça sans colère, avec la résignation des rescapés. Draco quant à lui, éprouva une vague de remords semblant se déverser de sa bouche jusque dans ses entrailles comme une cascade d'eau glacé. Cette émotion ne lui était pas commune et pourtant il sut tout de suite mettre un nom dessus. Il se souvenait encore du titre assassin de son écrit : « Potter : l'adultère au bout d'une corde. » Il se souvenait d'avoir soudoyé l'archiviste de la Brigade de Police Magique, d'avoir étalé au grand jour ce qu'il voyait aujourd'hui comme la plus grande honte de Potter, ce boulet qu'il se traînait au pied et qui lui avait coûté ses enfants. Draco demeura les bras ballants, incertains de la conduite à tenir. Il connaissait son métier, il savait qu'il était là pour remuer la merde des autres, la révéler au grand jour quitte à détruire des vies. Mais jamais encore il n'avait pu être confronté réellement aux conséquences de sa plume, au désespoir qu'elle avait pu causer.

« - Tu dois me haïr. Il avait finalement laissé échapper ça dans un murmure.

- Cela se serait su un jour où l'autre. La faute demeure la même. Tu as fait ton travail. C'est tout. »

Draco releva brusquement la tête à ces paroles. Potter le regardait d'un air qu'il avait du mal à qualifier, un savant mélange de résignation, de tristesse et de compassion. C'était un pas en avant, cet aveu tacite. C'était le pardon. Aussi Draco hocha la tête, s'apprêta à partir, mordilla sa lèvre dans un geste trahissant une grande nervosité et ajouta :

« - Et bien, à demain Potter.

- Bonne soirée Malfoy. »

Un vague sourire avait accompagné cette dernière réplique. Malfoy repartit avec sur le visage un air équivalent. Harry avait senti comme un poids s'échapper de ses épaules lors de cet échange, il était soulagé maintenant que l'enclume du non-dit se relevait un peu de sa poitrine lui permettant de respirer plus à son aise. Ce n'était pas encore la victoire sur la mélancolie, mais c'était un bon début. Le Docteur Millepertuis serait content.


Nous étions dimanche, la journée détestée d' Harry. En effet, ce jour là, Draco le passait en famille aussi il n'avait pas de travail à lui donner. Il avait bien tenté de rester au bureau même ce jour là, cependant il s'était vite rendu compte que sa présence était inutile et qu'elle empêchait les autres de travailler à force qu'il soit dans leur chemin. Aussi il s'était résigné à passer ces vingt-quatre heures d'Enfer chez lui. Le Docteur Millepertuis lui avait passé des livres afin qu'il s'occupe et même des DVD, cependant, il n'arrivait pas à se concentrer assez pour se plonger pleinement dans les intrigues racontée. Sortir lui faisait un peu peur, il ne souhaitait pas rencontrer d'anciennes connaissances, ou pire, des passants criant au Sauveur d'un air curieux et intrusif. Il avait remis des lettres au Docteur Millepertuis cherchant à reprendre contact avec d'anciens amis, mais il n'avait jamais reçu de réponse. Son thérapeute en était navré, et lui n'était que blasé. Ce n'est pas comme s'il ne s'en doutait pas.

Il était actuellement sur son canapé, jetant un œil peu amène aux livres ornant la table basse. Son thérapeute lui avait fourni des romans signés Marc Levy, qu'il trouvait fadasse au possible, ainsi que des livres psychologiques comme Faire deuil et Tourner la page dont il se servait comme dessous de plats tant il les méprisait. Rien de très enthousiasmant. Il aimait bien lire avant. Et encore aujourd'hui, il ne se révolterait pas à l'idée de se plonger dans des pages capables de faire s'évaporer ses idées noires et son quotidien. Mais Marc Levy franchement... Il serait bien allé à la librairie faire un choix personnel, mais il préférait fuir la foule. Il se tourna vers sa pile de DVD et se renfrogna encore plus. Rien ne l'intéressait. Plongé dans ses pensées, il sursauta brusquement en entendant un faible coup donné à sa porte. Il demeura un instant interdit, se demandant s'il avait rêvé, quand il entendit un nouveau coup. Personne ne venait le voir, même pas le personnel de l'hôpital. Il s'avança avec un air méfiant vers la porte craignant qu'un journaliste ait découvert son adresse et fusse venu pour lui poser des questions désagréables. Il ouvrit la porte bien décidé à envoyer se faire voir l'importun mais ne put que se pétrifier face au visage qui lui faisait face.

« Bonjour Harry. »


En m'excusant pour ce jour de retard dans le post, je vous souhaite une bonne semaine et à mardi prochain !