Chapitre 2

Lara filait tel un missile dans les rues de Londres, au guidon de sa R6, dépassant voitures, bus et taxis. Sa combinaison en cuir noire la moulait comme une seconde peau. Si quelqu'un regardait attentivement à travers son casque, il ou elle verrait une Lara un sourire jusqu'aux oreilles : après raider, la moto était sa deuxième passion. Elle se sentait libérée, aussi légère qu'un coup de vent filant à 140 km/h en plein centre-ville.

Elle passa devant Big Ben qui sonnait huit heures du matin. Elle avait rendez-vous au British Museum avec le conservateur qui voulait lui montrer un nouvel arrivage encore top secret.

Une fois arrivée devant le bâtiment, elle se parqua grâce à un dérapage plus que contrôlé qui fit tourner la tête à plus d'une personne attablée çà-et-là aux terrasses qui bordaient la rue.

Des protestations se firent entendre par les hommes d'affaires qui prenaient leurs cafés avant d'aller travailler « Non mais regardez-moi ce type qui se la pète ! ». Mais dès qu'elle eut enlevé son casque, secoué la tête pour laisser aller sa queue de cheval et enlevé sa veste en cuir qui laissa entrevoir sa généreuse poitrine, ce sont les mêmes hommes d'affaires qui gloussèrent dès lors que Lara partit en direction du musée, lunette de soleil dans une main, casque et veste dans l'autre.

Elle détourna la tête, un sourire narquois aux lèvres et se dirigea vers l'entrée du British Museum.

Il n'y avait pas grand monde dans le musée à part une classe de jeunes élèves pour une sortie, sans doute des plus barbantes pour les enfants, et un homme brun avec des lunettes de soleil et un chapeau, assis sur un banc un peu plus loin.

-Lara comment vas-tu ! Ça fait si longtemps, dit une voix surgissant d'un couloir.

-James, sourit Lara, ça va merveilleusement bien et toi-même ? Depuis le temps tu dois avoir un tas de choses à me raconter.

-Ha ha, rigola le dénommé James, effectivement. Ça te dit d'aller boire un café avant que je te montre notre « nouvelle merveille » ?

-Avec plaisir, j'ai moi-même plein de nouvelles choses à te dire… Tu connais Pandore n'est-ce pas ?

-Evidemment ! renchérit James.

Ils passèrent devant l'homme aux lunettes de soleil qui semblait s'être crispé quand Lara avait prononcé le nom de Pandore.

« Il faut sérieusement que j'arrête d'être parano » se dit Lara à elle-même.

Ils prirent donc le chemin du restaurant du musée afin d'aller boire un café bien mérité.

-Alors, continua James une fois attablés, qu'est-ce que tu voulais me dire à propos de Pandore ?

-Et bien vois-tu…

Elle lui raconta toute l'histoire, le rêve, le livre qu'elle avait trouvé ainsi que le recueil qu'Alister avait déniché.

-Mmmhm, intéressant ! Donc d'après toi le Boîte existerait bel et bien ? demanda-t-il un sourire aux lèvres.

-Oui, j'en suis de plus en plus convaincue pour te dire la vérité.

-Et tu comptes partir à sa recherche ?

-Effectivement, c'était dans mes projets. Ses yeux brillaient. Tu ne peux pas savoir à quel point ça me manque James !

-Tu me surprendras toujours, Lara. J'ai toujours de la peine de m'imaginer une belle femme comme toi, aussi distinguée, se balader en minishorts et débardeur, deux pistolets dans les mains, combattant monstres et Dieux, résolvant puzzles et pièges divers, tout ça dans le but de trouver un artefact quelconque. Je t'admire tu sais !

Lara éclata de rire à son tour.

-Mais bon, après quinze années à te côtoyer et sachant que le quart des merveilles se trouvant dans ce musée sont là grâce à toi je commence à m'y faire.

-Tu vas me faire rougir, James. Mais sache que c'est un plaisir pour moi que de remplir ton vieux musée.

-Hey ! Ne traite pas mon musée comme ça. Et d'ailleurs je ne sais pas qui de mon Musée ou du Manoir Croft a le plus d'artefacts célèbres…

-Tu marques un point.

Ils rirent encore pendant un moment puis James lança :

-Il faut que je fasse des recherches mas je suis persuadé d'avoir un vieux livre qui parle de Pandore. Dès que je le retrouve je te le ferai parvenir.

-Effectivement ça peut être utile.

-Bon sur ce je t'emmène dans les sous-sols.

Ils quittèrent le restaurant. Lara s'aperçu que l'homme aux lunettes était assis deux tables derrière eux. Elle n'y fit pas plus attention et ils se dirigèrent vers les parties du musée réservées aux membres du personnel.

James passa son badge dans un lecteur de cartes, un ascenseur arriva quelque secondes plus tard et ils descendirent dans les entrailles du musée qui regorgeaient de milliers de trésors.

Une fois arrivés, James et Lara marchèrent en direction des salles de restauration, lieu où, comme son nom l'indique, l'on restaurait tableaux et autres artefacts qui devaient prendre place dans les couloirs du musée. Les restaurateurs, habillés avec une combinaison, des gants en latex, et des masques de protection bleus, étaient justement en train de manipuler un énorme cadre doré dans lequel Lara reconnu le célèbre « Cri » d'Edvard Munch.

-Il n'est plus à Oslo ? demanda Lara à James, étonnée.

-Oh bien sûr que oui, répliqua ce dernier, ils nous l'ont juste prêté pour notre prochaine exposition.

Ils marchèrent encore une dizaine de minutes avant d'arriver devant une grande porte en acier que Lara connaissait bien. C'est derrière ces grands battants que se trouvait l'entrepôt du musée. C'est dans cet entrepôt qu'étaient déposés les nouveaux objets à peine arrivés, encore sous haute protection.

-Tu connais la règle Lara…

-« pas d'arme quelle qu'elle soit dans l'entrepôt », acheva Lara, oui oui je connais la règle.

Ils entrèrent dans un petit cagibi attenant à l'entrepôt. Lara y déposa ses 9mm qu'elle gardait toujours avec elle, « on sait jamais ! », et elle revêtit, comme James, une blouse bleue ainsi que des gants afin de ne pas abimer quelque objet précieux.

Une fois prêts pour se rendre dans l'entrepôt, James plaça son œil droit contre le scanner d'iris et tapa le code, sur le clavier qui sortit du mur afin d'activer le mécanisme de la porte.

-Alors qu'est-ce que tu voulais me montrer de si urgent ?

-Sois patiente ma chère, répliqua James un sourire en coin.

-Tu sais très bien que je déteste les surprises, James.

-C'est d'autant plus jouissif pour moi !

Elle soupira tandis que James éclata à nouveau de rire.

Ils se déplacèrent parmi les caisses en bois de toutes tailles qui se trouvaient dans l'entrepôt.

Après avoir rencontré et salué plusieurs collègues, James suivi de Lara arrivèrent devant l'une des nombreuses boîtes...

-Nom de Dieu ! s'exclama Lara en voyant le contenu de la caisse. Pardon, s'excusa-t-elle en se rendant compte de l'expression qu'elle venait d'employer, mais surtout du nombre de têtes qui s'étaient retournées en entendant l'injure.

-Détends-toi Lara, lui dit James en étouffant un éclat de rire.

-Mais tu rigoles ! Tu l'as retrouvé où? Il est censé avoir sombré avec lui !

-Tu penses bien que ce n'est pas moi qui ai déniché cette merveille, Lara.

-Evidemment, je pense bien mais…

Lara était paralysée de stupéfaction en voyant l'objet. C'était un collier. En fait, c'était le pendentif qui attirait les regards : un magnifique diamant bleu taillé en forme de cœur, plus connu sous le nom de «Cœur de l'Océan ». Le «Cœur de l'Océan» était un authentique diamant bleu de 56 carats, une vraie rareté, un bijou de roi, qui avait jadis appartenu à Louis XVI.

-Rose DeWitt Bukater, murmura Lara en prenant précautionneusement le bijou dans les mains.

-Exactement ! approuva James.

-Mon dieu, c'est… c'est incroyable James.

Elle ne put détacher ses yeux du pendentif.

-Où et qui l'a trouvé ?

-Dans l'épave, évidemment. Il l'a fouillée de fond en comble pour nous dénicher cette merveille.

-Il ?

James fit comme s'il n'avait pas entendu la demande de Lara et poursuivit.

-Ca a pris au moins cinq bons mois pour trouver la chambre, enfin la suite exacte et pouvoir enfin le découvrir !

-James ? Qui l'a trouvé ? insista Lara.

-Ecoute Lara… Il semblait de plus en plus embarrassé.

-Ah non ne me dis pas que c'est LUI ! C'était plus une affirmation qu'une question et James se contenta de baisser les yeux tout en rougissant.

-C'est pas possible, t'as tout de même pas osé me faire ça ? A moi ! J'étais sûr que ce type avec ses lunettes et son chapeau me rappelait quelqu'un.

James savait que quand Lara s'énervait il ne fallait pas se trouver sur son chemin et, de ce fait, il ne la retint pas quand elle arracha sa combinaison, sortit de la pièce, récupéra ses 9mm et écrasa le bouton de l'ascenseur jusqu'à ce que celui-ci daigne enfin arriver.

-Je voulais t'en parler Lara mais tu ne m'en as…

-Tais-toi James, je t'adore tu le sais mais là… POURQUOI LUI ?!

-Malgré ce que tu penses il est compétant, lui aussi.

-Vraiment ? demanda-t-elle d'un air dédaigneux.

L'ascenseur émit un petit bip puis s'arrêta. Les portes s'ouvrirent et Lara partir en direction de la cafétéria d'un pas plus que décidé.

-DRAKE, hurla-t-elle en direction du type aux lunettes de soleil et au chapeau.

L'homme en question, brun, yeux bleus, courte barbe, était toujours assis à la même place que toute à l'heure. La seule chose qui changeait était le sourire narquois qu'il affichait sur ses lèvres.

-Croft, je vais bien merci et toi ?

-Tu peux faire ton beau gosse autant que tu veux, ça ne fonctionnera jamais avec moi !

-Je suis flatté que tu me trouves encore beau, tu sais ? Répliqua-t-il en éclatant de rire.

-Ferme-la Nate !

-Tu es jalouse que je l'aie trouvé avant toi ?

-Tu sais très bien que c'était MON boulot de le trouver.

-Désolé, fallait t'y prendre à l'avance chérie.

-Je ne suis plus ta chérie, siffla-t-elle entre ses dents, la rage lui montant de plus en plus à la tête.

-Tu vois Croft, on aurait pu y aller ensemble et c'aurait été notre gloire à tous les deux !

-Autant ne pas en avoir tu tout.

Sur ces paroles, elle remit son casque, sa veste, sorti du musée, enfourcha sa moto et partit en trombe sous le regard choqué de certains passants.

-Toujours aussi charmante… rigola le dénommé Drake en la voyant partir telle une furie.

Une fois arrivée devant les grilles du petit parking qui se trouvait dans le parc du Manoir, Lara attendit qu'elles s'ouvrent afin d'y garer sa moto. Le temps commençait à se couvrir, de gros nuages noirs arrivaient. Un nouvel orage se préparait.

Elle traversa les arcades qui donnaient sur l'entrée du labyrinthe puis remonta l'escalier qui permettait de rejoindre le hall où Winston était en train d'allumer un feu dans la cheminée.

-Alors Lara comment s'est passé votre rendez-vous avec James, quelle merveilleuse découverte voulait-il vous faire partager ?

-Le Cœur de l'Océan, Winston.

Ce dernier écarquilla les yeux de stupeur.

-LE Cœur de l'Océan qui a sombré avec LE Titanic ?

-Lui-même.

-Mais, n'était-ce pas votre prochain projet ? demanda-t-il interloqué.

-Nathan l'a trouvé avant moi apparemment…

Il rouvrit les yeux d'hébétude.

-N-Nathan… Drake ?

Le regard qu'elle lui lança lui fit comprendre que c'était, en effet, bien ce Nathan-là.

Ne voulant pas en parler pour autant, Lara monta les escaliers quatre à quatre et partit s'enfermer dans la bibliothèque où elle s'affala dans un des moelleux fauteuils avec le journal de De Lafayette. Elle l'avait relu une bonne demi-douzaine de fois quand on toqua à la porte.

-Quoi ? demanda-t-elle sèchement.

-Téléphone pour toi, lui répondit Zip.

Elle se consentit à lui ouvrir pour prendre l'appel.

-Allô, lança Lara sur le même ton sec qu'elle avait employé auparavant.

-Bonsoir Lara, c'est James. S'il te plaît de raccroche pas !

Elle était effectivement sur le point de couper court à la conversation mais elle se ravisa au dernier moment.

-Qu'est-ce que tu veux, James ?

-Tout d'abord, je tenais encore à m'exc…

-D'accord, c'est bon je te pardonne, mais ne me fais plus jamais un coup pareil !

-Enfin bref… Et le plus important, j'ai enfin retrouvé le bouquin dont je t'ai parlé ce matin. Tu sais celui sur Pandore.

La colère de Lara s'estompa tout à coup.

-J'arrive immédiatement !

-Il est 22h00 Lara, s'écria James

Mais le « bip, bip, bip » qui s'ensuivit lui fit clairement comprendre qu'il aurait dû se taire et l'informer le lendemain.

Le bruit de freinage strident qui lui parvint aux oreilles, une petit demie heure plus tard, l'informèrent que Lara venait d'arriver. Il jeta un coup d'œil par la fenêtre pour s'assurer que c'était bien elle. Après confirmation, il prit le livre et descendit les escaliers qui menaient vers la porte de service, à l'arrière du musée.

-Tu sais, Lara, que s'il y a des limitations de vitesses, c'est pour qu'elles soient respectées ?

-Oserais-je te rappeler que tu es mal placé pour me faire la moral aujourd'hui, James ?

-Oui bon…

-Et d'ailleurs je n'ai même pas fait vite !

-C'est vrai que vingt-huit minutes pour faire 53 kilomètres c'est une preuve de respect de la vitesse.

-Oui bon…

Ils remontèrent l'escalier et entrèrent dans l'appartement de James. C'était un magnifique duplexe, attenant au musée, moderne et ancien à la fois. Les grandes baies vitrées et la structure en fer contrastaient majestueusement bien avec les pierres apparentes sur les anciens murs. La pièce principale bénéficiait d'une magnifique vue sur le panorama de Londres. Une grande cuisine à l'américaine et une table en verre occupaient un côté de la pièce, tandis que de moelleux canapés blancs, contrastant avec le gris du sol, et un énorme écran plasma réservaient l'espace restant. Un escalier en métal montait à l'étage où se trouvaient la chambre et le bureau.

-Fais comme chez toi.

Lara qui ne connaissait que trop bien cet appartement s'assit dans l'un des canapés en croisant les jambes sur la table basse qui était posée sur un épais tapis ivoire.

-Je vais me gêner de toute façon !

James prit deux verres et une bouteille de Barolo à la cuisine et rejoignit Lara dans le salon.

-Merci, lui dit Lara en prenant le verre qu'il lui proposa.

Il lui tendit également le livre qu'elle posa sur ses genoux.

-«La Quête de la Boîte», lut-elle.

-Je l'ai retrouvé au fin fond de la bibliothèque, c'est un journal qui décrirait certaines parties du chemin à suivre pour découvrir la Boîte. Le problème c'est que seule tu ne pourras jamais y arriver.

-Comment ça ? demanda Lara en levant un sourcil.

-D'après le livre, il faut être deux pour résoudre les énigmes.

-Qu'est-ce que tu me chantes là ? Elle avait prononcé ces mots d'une voix rauque, tenant son verre entre deux doigts comme on tiendrait une cigarette.

-Lis-le et tu verras pourquoi.

-Je sais ce qu'il me reste à faire cette nuit alors, soupira Lara.

-Le problème c'est que rien n'est écrit sur l'emplacement du Monastère dont tu m'as parlé, c'est assez étrange.

-Je verrai ça après. Mais je reprendrai bien un verre.

Ils restèrent là, assis à boire des verres et à refaire le monde jusqu'à tard dans la nuit, ou tôt dans la matinée, quand Lara se leva, remercia James et quitta Londres pour retourner au Manoir.