~Des petits grains de sucrelune~

II. De la chair entre les dents

Mi-Âtrefeu, 4E 201

Imprudence était le mot du jour, surtout pour les deux personnes qui se faisaient poursuivre par une brigade des Thalmors à travers les plaines… ! Tandis qu'elles esquivaient flèches de fer, sorts de destruction de bas étage autres coups d'épées dans le vent, elles tentaient de les emmener dans la montagne, terrain plus propice à leur victoire plutôt qu'à celle des Altmers enragés, ne prêtant pas attention à ce genre de choses dans une situation pareille. Et c'était une bonne chose, en soit, une très bonne chose !

« Vous ne nous échapperez pas ! Hurla l'un deux, une épée elfique à la main.

- Et pourtant c'est ce qu'on fait ! répondit un des fuyards dans un rire fier.

- Chienne de Nordique ! Tu payeras de ta vie pour ton insolence ! »

Celui-là reçut une flèche d'un arc lié dans le torse de la part du plus petit des « ennemis du Thalmor », qui échappa de justesse à un coup de masse, avant de lancer un sort d'altération sur soi. Ils étaient tout simplement faibles, avec leur panoplie d'elfe toute dorée comme un pain sortant du four ! C'en fut presque hilarant que de les voir tomber au sol, comme des marionnettes sans leurs cordes pour danser, des filets de sang parvenant à se frayer un chemin hors de leurs carcans clinquants.

Les deux « hérétiques » avaient presque de la peine pour eux : tués par les personnes qui devaient être normalement exécutées, d'après l'ordre trouvé dans les affaires des elfes.

« Décidément, l'Enfant de Dragon est aimé de tout le monde !

- Méli', tu vas arrêter avec ça ?

- Non, c'est juste un spectacle tout à fait plaisant que de voir le sauveur de Bordeciel, que dire, de tout Nirn, condamné à être poursuivi par des Haut-Elfes ou des mecs en jupette ! »

La Dovahkiin ne put s'empêcher de soupirer avec une certaine exaspération avant de commencer à installer le campement pour la nuit, autour d'un feu allumé par les soins de son acolyte. Une fois les affaires défaites et leurs sacs de couchage installés, elle s'en alla ramener les trois cadavres des membres du Thalmor pour une fois qu'elle pouvait manger en toute tranquillité !

La Nordique savait certes très bien que c'était … pour certains contre-nature, amis elle était à présent le champion à la tête de la Congrégation de Namira. Pas que cela ne la dérangeait pas au contraire, les membres de celle-ci étaient… vraiment sympathiques, ce qui était rare en ces temps de guerre et de tensions. C'était une sorte de famille à présent, dont elle était le chef.

« Daedra ou pas, ce qui t'est arrivé à Markarth t'a vraiment changé, Hroa, lança son acolyte tout en l'observant avec une certaine curiosité malsaine.

- C'est comme ça. Mais ce n'est pas comme si j'avais passé un pacte avec Mehrunes Dagon en personne ! C'est différent. Il y a des personnes à Markarth qui sont obligées de vérifier chaque coin des rues pour aller jusqu'à Longmur... ! C'est incompréhensible.

- Disons que ce n'est pas la meilleure ville où couler des jours heureux, surtout en ce moment, avec les Parjures et les Sang-d'argent. Mais bon, en cas de meurtre, ça te fera potentiellement de la viande en plus, si tu es dans le coin.

- Mélisandre, tout ceci est sérieux, siffla Hroa avant d'enfoncer une dague dans le cuissot d'un des Thalmor. J'ai des … responsabilités en soit. »

La brétonne la regarda avec de grands yeux innocents, stoppée dans son mouvement alors qu'elle était sur le point de manger une bouchée à la crème.

« Mais je suis sérieuse également, je pense à ton bien-être, voyons ! Tu me prends pour qui ?

- Pour quelqu'un de talentueux et de cinglé.

- Bonne réponse !… Attends, quoi ? »

Cette réaction fut décisive quant à la Nordique aux cheveux blonds ras, qui se mit à ricaner, finissant de découper des morceaux dans les cuisses du mort encore tièdes, tandis que Mélisandre la regarda, toujours avec de grands yeux.

« Je dis ça… parce que tu n'as pas peur de moi, poursuivit Hroa tout en mettant les morceaux de viande humaine à cuire.

- Pourquoi ? Devrais-je ? Tu es revenue à tes « racines » et cela est tout à ton honneur. Et il fallait avoir de sacrés tripes pour ça. Et puis pour mes recherches en alchimie… je suis bien obligée de goûter à mes ingrédients, que ce soit des œufs de poule ou de chaurus… Pas que ça me dérange ! »

Et elle mordit dans sa pâtisserie qu'elle avait précieusement conservée dans son sac, laissant sa partenaire nordique sans voix, jusqu'à un point où elle faillit carboniser son repas : il faut dire que Mélisandre avait toujours un sens de l'humour plutôt morbide en raison de sa gaieté habituelle, mais parfois, Hroa avait du mal à distinguer si elle était en train de plaisanter ou non. C'était étrange mais elle l'aimait pour ça.

« Et puis, tu reviens en soit à tes origines, rajouta la brétonne d'un ton plus grave, la bouche pleine.

- Comment ça ?

- Ce qui circule dans tes veines n'est autre que du sang de dragon. L'humain fait partie leurs mets favoris. L'aurais-tu oublié, Dovahkiin ? »

La dernière question rhétorique fut suivie d'un rire un peu gras, mais plutôt naïf, comme celui d'un enfant. Son acolyte se contenta par la suite de soupirer, jetant d'abord un œil à l'anneau de Namira qu'elle portait à présent tout le temps, puis à sa viande avant d'y planter ses dents avec une certaine délectation, tandis que Mélisandre préparait une nouvelle recette, à base de friandise au miel, de bonbon et de morceaux de côtelette de venaison aux herbes avant de la manger goulument.

Tout était silencieux, mise à part le vent qui soufflait à n'en plus finir et le feu dont les flammèches dansaient et crépitaient avec lenteur. Il faisait de plus en plus froid, en ce mois d'Âtrefeu, encore qu'il ne le fût déjà, surtout en Bordeciel.

C'était un repas des plus normaux au monde en soit, entre amies.

Soudain Mélisandre eut un déclic et sauta vers Hroa, vers le cadavre auprès d'elle en particulier et observa avec insistance le fémur à présent bien visible du Thalmor.

« Puis-je ? S'enquit-elle en désignant du doigt l'os encore recouvert de chair.

- Pour quoi ?

- On peut faire n'importe quoi avec des os ! »

Ainsi la brétonne détacha le fémur du reste du corps, puis décida de ne pas se faire prier en prenant le second, découpant ainsi de nouveaux morceaux de viande pour la nordique, qui était plus occupée à manger, réchauffant sa viande avec paresse d'un léger coup de Yol-Toor-Shul, laissant sa bouche expirant des fumées.

Son amie se mit pendant ce temps à l'œuvre, nettoyant les deux os avec de la neige, retirant quelques lambeaux de chair sanguinolente au passage, tout en chantonnant une unième fois « Ragnar le Rouge » d'une petite voix mélodieuse et enfantine. Rapidement, elle vida l'intérieur de la moelle utile avant de commencer, à l'aide d'une de ses dagues, à sculpter le tout avec minutie et précision.

A la fin les fémurs étaient devenus des flûtes, plutôt primaires évidemment, dignes des apparats de Parjure, mais dont le son qui en sortait sonnait tel un battement de libellule. Deux petits instruments de musique : Mélisandre en offrit un à la nordique, en guise de souvenir, d'amulette, un symbole de leur amitié en soit. Une petite chose à l'apparence morbide et insignifiante, mais précieuse en ces temps de troubles au sein de Bordeciel. Et que les deux compères avaient à présent de nouvelles responsabilités : Hroa en tant que Dovahkiin et Compagnon, Mélisandre au sein de l'Académie de Fortdhiver.

Et chacune allait devoir repartir de leur côté. C'est pourquoi elles profitaient de leur dernière nuit ensemble, quant aux plaisirs de la chair, dans tous les sens du terme.


Je préfère publier le second... nnnghh... "texte" (mon dieu quel barbarisme, quelle imprécision des plus totales! xx), pour au moins présenter les deux personnages réellement et leurs relations. je pense que c'est plus clair ainsi xx