Chapitre 2 : Tel est pris qui croyait prendre
Depuis notre petite conversation, on s'était engagé alors dans les hautes herbes. J'avais du mal à croire que je me laissais guider par elle Granger, l'ennemie, que je lui faisais confiance. Elle détectait des traces que, moi, je ne remarquai même pas. Non seulement c'était flippant mais aussi je n'aimais pas franchement cela : dépendre de quelqu'un de cette manière, sans savoir où j'allais. C'est pourquoi j'avais à cœur que cette petite randonnée prenne fin rapidement.
Sur fond des bruits de nos pas, de l'herbe et des feuilles froissées, je lui ai demandé d'où lui venait cette facilité à déchiffrer la forêt. Elle me raconta que ça venait de ses lectures. Je restais néanmoins dubitatif.
Elle semblait aux aguets. Ses doux cheveux détachés, les gestes mesurés, elle ressemblait à une traqueuse ou une chasseuse attentive aux moindres détails qui pouvaient être laissé par des centaures.
Enfin on prit un grand tournant vers l'Est. Remarquez donc qu'apparemment je n'avais pas pris le bon chemin.
Nous nous enfoncions loin dans la forêt. L'air aux parfums plus boisés avait quelque chose de sauvage mêlant terre et humidité végétales, trace d'anciennes batailles entre bêtes. L'atmosphère avait un quelque chose d'envoûtant et de mystérieux, et cela me séduisait. Néanmoins une crainte demeurait, car je n'osais imaginer les ténèbres dans lesquelles nous nous plongerions cette nuit.
Les arbres aux troncs noueux et vrillé à la lisière de la forêt finirent par laisser la place à des arbres beaucoup plus hauts et massifs. Ceux-ci montaient jusqu'à des hauteurs si étourdissantes que je n'en voyais pas le bout. Le ciel n'était plus qu'un plafond de feuilles et de branches entrelacées. N'y tenant plus je fis part à mon accompagnatrice de mes convictions :
_ Puisque les centaures étaient une vraie menace pour nous et l'école pourquoi ne pas les éradiquer après tout ? C'est simple. Plus d'ennemis, plus de conflits. Et surtout plus besoin d'envoyer de sages étudiants gambader ici pour un pacte qui empêche une entrée en guerre.
Elle ne répondit pas. Puis...
_ C'est en raisonnant de cette manière que les moldus entrent en guerre, murmura-t-elle.
Surpris, je ne répondis pas, prévitant éviter de me prendre une gifle.
Puis, inévitablement, la nuit tomba sur la forêt de la même manière aussi sinueuse que l'archet qui manie les cordes du violon. Les bois n'étaient plus qu'une surface obscure, contre laquelle on pouvait à tout moment se cogner. Dans les couleurs foncées de la nuit, sentir la jeune fille aussi proche de moi m'était assez pénible. Après tout, elle restait Granger, meilleure amie d'Harry Potter.
Mais, des idées finirent par surgir dans mon esprit - mon instinct de mauvais garçon guettait. L'occasion de prendre ma revanche sur Potter en toute tranquillité était là... plus qu'un pas ne me séparait de sa chérie, à laquelle il tenait tant.
Mais ma soif de vengeance manquait de structures. Je constatais, chez moi, un certain mal à cerner cette nana. Elle se montrait si désintéressée face aux autres mecs. Elle restait toujours loyale à Harry, sans jamais le laisser tomber. Mise à part le fait qu'elle était très intelligente, je ne connaissais rien d'elle. D'ailleurs quelqu'un connaissait-il vraiment Granger ? Elle devait assurer une certaine image, en tant qu'acolyte de "l'élu", mais au fond, elle devait bien dissimuler des choses qui ne correspondaient pas toujours avec ce qu'elle devait montrer.
Je pris mes résolutions. Cette nuit, je la passe en compagnie de Granger, avec un unique objectif, trouver ses secrets, et peut-être même conclure en beauté, pour parachever ma vengeance sur Potter. Voilà de quoi rendre cette ennuyeuse aventure légèrement plus piquante.
Une fois que la nuit fût tout à fait tombée, nous trouvâmes un coin dégagé pour dormir. On sortit nos affaires pour dormir, duvets, et des casse-croûte. On avait aussi ramassé du bois sec pour allumer un feu. Nous étions entouré d'obscurité. Nous nous retrouvions assis parmi de grosses feuilles qui, elles-mêmes, reflétaient la lumière bleutée de la lune en remuant dans la brise.
Pov Hermione
Le soleil maintenant loin de nous, nous étions devenus la proie de la nuit. Nous n'étions éclairés que par un ridicule petit feu de camp. Il faisait assez bon, mais je comprenais aisément maintenant les moustiques qui désespérément cherchaient de la lumière. Assise confortablement, je me permettais de faire le point.
Rompre avec l'ambiance abominable, dantesque, effroyable du château me faisait un bien fou. Comme si je parvenais à la surface d'un lac gelé après avoir suffoqué en-dessous pendant très longtemps. Je respirais un moment de liberté.
Même ces flammes et ces étincelles me donnaient le sourire. À Poudlard nous ne pouvions allumer un feu dans les cheminées que pour l'usage de la magie aux cours sinon c'était interdit. Et s'il faisait chaud le jour, la nuit restait fraîche à cause des carreaux brisés à nos fenêtres au dortoir Gryffondor. Les salles de cours s'étaient dégradées. Si par malheur nous enfreignions les règles et que nous recevions une retenue, les sorts interdits s'acharnaient contre nous en guise de « récompense ». Inutile de dire qu'à Gryffondor les retenues pleuvaient. Voldemort était au pouvoir. Au sein de Poudlard. Nous avions perdu. Mais tout n'était pas encore finis. Si Poudlard était aux mains de Voldemort, la guerre était loin d'être finie.
J'étais parfaitement consciente de ce à quoi je m'exposais en venant à Poudlard faire ma dernière année. Dumbledore était mort et Rogue était devenu le directeur de Poudlard. Or je n'allais pas laisser passer ça. Harry était, lui, à la recherche des Horcruxes, moi je restais sur le tas. Me voici donc, au beau milieu de la jungle, à entreprendre à retirer au crétin Malefoy les quelques informations qu'il pourrait avoir sur les projets de son Maître.
Je posais mes yeux sur ce garçon aux mèches blondes que je sauvais des griffes de la forêt.
Moi, ce n'était pas la forêt elle-même qui me faisait peur, mais plutôt ses habitants. Les centaures ne m'inspiraient pas confiance. On les cherchait, mais on ne savait pas qui ils étaient. Ca, c'était inquiétant. D'autant plus, qu'ils étaient censés être l'ennemi de l'école, mais qu'ils se tenaient tranquille que grâce à un mystérieux pacte. Je regardais Malefoy installé dans l'ombre... J'aurais sans doute mieux fais de le laisser crever pour son arrogance exécrable qui m'avais hanté moi, mes amis, ma famille, et les sorciers enfants de moldus, et même tout ceux appartenant Gryffondor.
Mais le voir partir seul dans cette forêt dangereuse et inconnue me renvoyait à moi, plus seule que jamais.
En résumé, nous pouvions conclure que la situation était critique.
Quoiqu'il en soit Malefoy et moi étions très liés au conflit. Et bien que lorsque nous ayons joué au grand loto des nurseries nous nous sommes placés dans des camps opposés, je sentais quelque chose qui m'attirait. Est-ce de la curiosité ou bien est-ce plus profond ?
J'avais comme des envies de comprendre pour aider les gens. Mais aussi parfois de tout fracasser par terre et laisser faire. J'aimerais savoir ce que ça faisait d'être de son côté. Malgré le fait que je le détestais, je cherchais à comprendre comment il était parvenu à être celui qu'il était aujourd'hui.
Le combat entre « le Bien et le Mal », cette notion que tant peinent à déterminer. Harry était persuadé d'être du côté du Bien, moi aussi, mais qu'en était-il de Draco... ou de son père, ou bien même Voldemort. Draco restait malgré tout impressionnant.
Je crois que tu penses trop, sois zen.
Je quittais du regard les flammes qui léchaient le sol pour finalement oser poser mes yeux sur le jeune blond avec lequel je partagerais ma nuit. Je me penchais en avant pour mieux m'installer, saisissant au vol une douce odeur d'après-rasage.
Je me forçais à ne regarder que le crépitement des flammes. Mais je ne pus m'empêcher de faire dévier mon regard sur lui. Un garçon sensuel, vu la façon dont il laissait ses doigts se promener sur son sac. Il retira d'une poche une petite bouteille, qu'il dévissa, puis porta à ses lèvres en avalant une gorgée. Des bulles s'inséraient dans la petite bouteille. Il portait une chemise blanche soyeuse sur sa peau et, qui au niveau du col s'ouvrait sur son coup, et un pull de la maison, un pull sans manche, un pull vert.
Je voyais à sa façon de tenir la bouteille, que ses doigts étaient vivants, ses gestes mesurés, précis et élégants. Mon regard remonta le long des jambes du garçon, jusqu'aux cuisses… Son corps souple était étendu de tout son long dans la poussière. Il me détaillait en silence.
Je détournais le regard, tout en sachant que je passais sous son œil expert. Je décidais de mettre un terme à ce silence qui commençait à devenir interminable :
_ Où t'as trouvé ça ? interrogeais-je en désignant les liqueurs.
_ Aux cuisines, répondit-il simplement.
Son corps fin et musclé, dégageait une intense chaleur qui semblait arriver par vagues jusqu'à moi. Néanmoins je réussis à me concentrer sur autre chose que lui. J'ai nommé Neville ! Le biologiste de la Maison, il y a quelques jours, il avait passé son temps à chercher les bouteilles, dans le but de pouvoir nourrir ses plantes et soigner leurs racines contre les bacilles :
_ Neville cherchait le chariot à liqueur pour ses plantes...
_ Tant mieux, si je l'ai trouvé avant lui, concéda Draco en me décochant un sourire décontracté.
Je croisais mes bras, amusée. Si je pouvais savoir ce qu'il possédait, discrètement ; peut-être que je pourrais en tirer profit.
_ T'en as beaucoup d'autres ?
_ J'ai beaucoup d'un peu de tout, assura-t-il d'un air calculateur en revissant sa bouteille, mais t'as pas encore ta carte blanche.
Je souris, car malgré tout j'avais ma réponse.
_ Alors c'est non, devinais-je en m'approchant du feu.
Il sourit.
... Je pensais que ce sourire narquois, si caractéristique de la famille des Malefoy, ne semblait présager rien de bon pour moi.
_ Bon d'accord, profiteuse, céda-t-il en faisant balancer docilement une seconde petite bouteille devant lui comme pour attirer mon attention. Mais si tu veux boire il va falloir jouer.
_ Et jouer à quoi ?, répondis-je amusée par la tournure dont prenait les choses.
_ A j'ai jamais.
Il s'approcha du feu et ainsi de moi et aguicheur, il me répéta, en détachant lentement les mots dans un souffle :
_ J'ai jamais.
Je le regardais intriguée en me disant que je n'étais toujours pas plus avancée. Ce devait être sa présence qui me troublait et me ramollissait l'esprit.
_ Je suis censée savoir ce que ça veut dire ?, demandais-je moqueuse en prenant néanmoins la petite bouteille qu'il me tendait.
Si je voulais en savoir un peu plus sur son compte, il fallait que je me prête à son jeu. C'étaot peut-être se jeter dans la gueule du loup, mais après tout ce n'était qu'un jeu. Et si je me débrouillais bien, cela pourrait devenir marrant.
_ Disons que c'est un moyen de nous connaître un peu mieux, suggéra Draco.
Alors qu'il me donnait ces explications penché vers moi et je réfléchissais, des lueurs du feu projetées vagabondaient sur sa peau pâle et douce. Les couleurs chatoyantes ondoyaient ; elles semblaient vouloir s'accrocher à lui. Et sa chemise sage que d'habitude il n'avait pas.
Il me regardait comme si j'étais une souris dans la cage du faucon. Le sourire en coin.
_ Par exemple, je sais que t'as jamais mis les pieds à une soirée à serpentard, pronostiqua-t-il.
_ Ah ?
_ Si t'y étais allée, tu connaitrais le jeu.
Je ris silencieusement, triturant ma bouteille. Mais si leur soirée à serpentard était aussi niaise, tout le château aurait été au courant depuis longtemps. Il mentait.
_ C'est simple, poursuivit-il, tu dis j'ai jamais et tu finis la phrase.
Au moins une chose était sûre, je n'avais jamais entendu parler de ce jeu. Alors que je m'adossais contre une paroi rocheuse dans mon dos, le timbre du garçon était chargé de sous-entendus chaleureux :
_ Si on l'a jamais fait, on boit pas, par contre si on l'a fait, on boit.
_ J'ai rien compris, ris-je, tu peux essayer d'être plus clair ?
_ Si par exemple, répondit-il en hésitant d'un air faussement innocent, je dis… j'ai jamais fais du pied à un gars.
Je levais les yeux au ciel, m'empêchant de rire à cette pensée.
_ Là tu bois, conclut-il, vu que tu l'as déjà fais à un.
Prise un peu par l'appréhension, je levai la bouteille vers lui admettant le fait, n'ayant pas le choix, pour la porter à mes lèvres. J'en bus une petite gorgée. Si ça lui faisait plaisir. J'espérais qu'il n'ait pas ajouté une potion endormissante ou quelque chose du genre. C'était de l'alcool. Fort. Je me rapprochais à nouveau des flammes en passant une main dans mes cheveux, mais gardais le silence.
_ Allé, à toi, m'encouragea Draco en souriant.
Me dévoiler ? J'hésitais. Je n'étais pas venue pour ça. Et puis ça pourrait se retourner contre moi. Je n'étais pas naïve au point de lui faire confiance. Je savais des choses, or je ne tenais pas particulièrement à ce que ça se sache à Poudlard ou même dans des endroits un peu plus sombres que lui semblaient bien connaître.
Du reste, je n'avais surtout pas besoin d'encouragements de sa part. J'allais le remettre à sa place par une remarque un peu méchante. Alors que le poison alcoolisé commençait à faire effet, ma conscience se demandait si c'était vraiment une bonne idée. Je souris.
_ J'ai jamais essayé de faire croire, répliquai-je alors doucement, qu'à tes soirées on jouait à ce genre de jeux.
_ Mmh, fit-il en pinçant des lèvres dans un sourire pensif.
Il porta la bouteille à sa bouche et but, puis termina par un soupir.
Je souris intérieurement, c'était maintenant à son tour les confessions. Le match commençait.
_ J'ai jamais eu de frères ou soeurs.
J'avais du mal à imaginer sa famille glaciale avoir un enfant en plus. Imaginer Draco au milieu d'une fratrie était vraiment bizarre. Je relevais les yeux vers lui, en haussant des sourcils.
_ Oh, non c'est trop triste, comprit-il.
Je compris alors qu'il voulait savoir si dans le monde moldu, j'avais eu des frères ou soeurs. Je conservais mon silence et me contentais de montrer les paumes de mes mains en signe de négation. Il soupira.
C'était à mon tour d'avouer. Mais, moi j'étais bien décidée à ce qu'il ne sache jamais quoique ce soit sur mon compte.
Et il y avait bien quelque chose que je désirai savoir, depuis un certain temps déjà. Si je pouvais le piéger dans son propre piège. C'était le moment où jamais :
_ J'ai jamais décoloré mes cheveux de ma vie.
Impatiente, j'ai attendu sa réaction. Et je fus étonnée, pourtant, qu'il ne porta pas la bouteille à ses lèvres. Un peu allumée, je ris, provocante :
_ Tu mens !
Ses cheveux fins étaient si blonds que ça en approchait le blanc. Je crois qu'on appelait cela blond fillasse.
Bref, désireux de renverser la situation en m'impressionnant par sa désobéissance connue et reconnue à Poudlard, il exposa :
_ Je n'ai jamais respecter les règles de bonne conduite au quidditch, exposa-t-il d'un air presque honnête.
_ J'ai jamais vu mon équipe perdre contre la tienne, contrais-je après avoir bu même si mes connaissances en quidditch était à revoir.
Il me sourit et but alors un coup. Puis songeur, chercha ce qu'il allait dire en contemplant les arbres. Il tourna son visage vers moi prêt à faire une révélation :
_ J'ai jamais été amoureux.
Lui ? Je n'en croyais pas mes oreilles. Avec son physique accrocheur et toutes les filles de l'école.
_ T'as jamais été amoureux ?, répétais-je abasourdie.
Comment cela pouvait-il être possible ? Nous étions en pleine adolescence, le moment où on croit à toutes les belles choses qui pourraient nous arriver.
_ Est-ce que tu me vois boire ?, répliqua-t-il.
Evidemment, moi j'ai bu une gorgée. Je pensais à Ron. En ce moment, était-il en train de dormir ou en train d'échapper à une bande de mangemorts en furie ? J'essayais de le chasser de mon esprit. Ce n'était pas le moment. Juste pas maintenant. Draco me regardait bizarrement.
_ J'ai jamais eu d'aventure d'un soir, annonçais-je soudain fière de moi.
Draco détourna le regard et leva la main vers le ciel, blasé. C'était ce que je voulais savoir. Avec son physique, on ne pouvait pas s'en étonner. Les rumeurs disaient qu'en septième année, peu étaient les filles qui avaient résisté aux charmes de Draco. J'étais une des seules résistantes. Mais s'il n'était jamais tombé amoureux, il avait eu quand même un large panel. Surprenant. Il leva la tête vers le ciel et but une longue gorgée.
_ Marins, levez vos verres, commentais-je en levant les yeux au ciel.
Il toussota à mes dires.
_ Il faut que je boive pour toutes ?, demanda-t-il moqueur entre deux quintes.
_ A ton tour, répondis-je sérieuse.
Son front était brillant. De la sueur sûrement. Notre longue marche avait donc été éprouvante pour lui. Bien fait.
_ A Poudlard, j'ai jamais voulu aller dans une autre maison que celle dans laquelle je suis, déclara-t-il fier de lui.
Je souris, naturellement. Maintenant c'était à moi de choisir de boire ou pas. Choisir mon côté. Je portais le flacon à mes lèvres et avala une toute petite gorgée. Je mis un doigt au coin des lèvres semblant essuyer une goutte imaginaire. Je suis restée un instant silencieuse, puis me décidai à ajouter :
_ La tienne, le rassurais-je pour répondre à sa question silencieuse.
Si j'avais été à serpentard, j'aurais pu espionner efficacement pour le compte de l'ordre du Phénix... Bien sûr, cela n'aurait pas été pour intégrer le camp ennemi... Pas du tout... Jamais... Mais je pouvais voir que déjà... Draco me considérait autrement. Quelque chose dans son regard gris acier. Ses yeux avaient l'air si sérieux. Ils en étaient redoutables. Je m'empêchais de me recroqueviller instinctivement sur moi-même, sous le poids de son regard perçant. Insistant.
Même si Draco avait posé la question, il ne s'était pas attendu à une telle réponse de ma part. Il avait dit ça dans le but de se confier simplement... Je n'aurais sans doute pas dû lui avouer. Je le regardais de haut en bas, gênée, et pour détourner la conversation, j'insinuais :
_ J'ai jamais reproché à de pauvres centaures d'être la cause de mes problèmes.
Il contempla les étincelles briller du feu, et las, il but levant les yeux au ciel. J'ai pressentis qu'il m'en voulait pour ce que je venais de dire. Je l'avais provoqué, cette fois. Purement et simplement. Je n'aurais pas dû.
_ J'ai jamais demandé à avoir carte blanche, murmura-t-il, parce que je me sentais tellement seul, que je veuille passer du temps avec la seule autre personne ennemie dans cette école qui me rappelait qui j'étais vraiment.
Je me suis souvenue de ce que les gryffondors lui avaient balancé à la figure une fois, après qu'il ait sorti une connerie de trop : T'es la personne la plus égoïste, arrogante et indifférente que j'aie pu rencontrer, avais dis une jeune fille. Cette jeune fille c'était moi.
Je savais que je n'aurais pas dû me prêter à son petit jeu.
Je lui donnais trop d'importance, il avait tort. J'avalais pourtant ma salive avec difficulté, et baissais les yeux vers les braises. Je savais que j'en avais des raisons d'être là. Mais je le regardais tristement comme si j'assistais à l'éclatement au grand jour de mes secrets. Je savais ce que je devais faire. Et je le fis, je bus l'alcool. Je crois qu'il se sentit victorieux par son petit soupir moqueur. Je devinais facilement son sourire narquois, tandis que je contemplais les pierres sur le sol. Irritée, la colère m'envahis.
_ J'ai jamais soulevé les problèmes familiaux des autres, répliquai-je en le regardant droit dans les yeux... pour mieux cacher les miens, ajoutais-je froidement.
Son regard du feu tourna vers moi, alors que mes paroles l'atteignaient. J'ai relevé le menton, d'un air de défi. Il m'examina durement. Les flammes se reflétaient dans ses pupilles sombres. Lentement il tourna la tête. Il regardait les arbres, dévoilant ainsi sa mâchoire carrée, son coup fin. Il prit une gorgée. Il posa la bouteille, s'affaissa et reposa ses yeux gris et furieux vers moi, encadrés par deux mèches blondes. Puis il prononça ces mots :
_ Je ne me suis jamais senti jaloux de mon meilleur ami, ou de mes plus proches amis, au point que je ne veuille leur voler la vedette. Je n'ai jamais utilisé mes amis pour servir mes propres fins, sans qu'eux n'en soient conscients.
Tandis qu'il déversait ces paroles sans discontinuité, je me raidissais. Arrêtant même de respirer. En regardant Malefoy, des frissons parcoururent mon échine. Je sentais les larmes monter...
J'ai papillonné des paupières pour les faire partir. Harry Potter. Je sentais une boule se former dans ma gorge mais me promis que jamais je ne pleurerais devant le serpentard. Comme s'il devinait mes pensées, Draco tourna son visage tout à fait vers moi, en signe de défi. Affrontant son regard je saisis la petite bouteille, entrouvris les lèvres, le regard ancré au sien.
La bouteille déversa son liquide amer sur ma langue. Puis la bouteille s'en alla. Je fermais la bouche sur le liquide. Les larmes voulaient à nouveau faire leur entrée.
Le regard dur et attristé où ses yeux brillaient, le jeune homme fit parvenir à ses lèvres la bouteille. S'accrochant à mon regard, Draco laissa le liquide glisser entre ses dents. Je me mordais l'intérieur de la lèvre alors que mes yeux étaient toujours fixés aux siens. Puis doucement je clignais des yeux et les baissais vers ses pieds couverts de chaussettes bleues comme son jean.
_ Eh ben tu vois, chuchota-t-il en remontant son regard vers moi, on a quelque chose en commun en fin de compte.
Douloureusement mes yeux remontèrent vers ses traits. Ses yeux se baissèrent. Il semblait écœuré, découragé, il baissa la tête. Je détournais la tête vers le feu pour ne plus voir le visage de mon ennemi.
Un avis à laisser avant de partir ?
Une petite review, ma préférée étant Parfait !
A bientôt,
A.
