2ème Partie = Namida no Nagareboshi(Aiba Masaki)

Tout était blanc autour de moi. Il n'y avait rien, si ce n'était cette immensité blanche qui m'englobait. Effrayé par ce vide omniprésent, je ne pus m'empêcher de fermer les yeux en me recroquevillant. Ce geste ne fit qu'augmenter la sensation de malaise, mes autres sens étant à l'affut du moindre son, de la moindre odeur qui me sortirait de cet endroit. Je n'entendais rien d'autre que ma respiration hachée, et seul l'odeur horrible de chlore envahissait mes narines. Que je détestais être seul ... Où était Nino ? Sans lui j'étais perdu. Je me mis à l'appeler en sanglotant.

~ Sora wo mite goran … Yoru ga akeru darou … ~

Je fis brutalement pris de vertige, et en ouvrant les yeux, je remarquai que je sombrai dans le vide. Réaction stupide, je me mis à nager la brasse dans les airs. Au bout de quelques secondes à m'agiter inutilement, je remarquais que je tombais de moins en moins vite. Comme si j'atterrissais. J'eue à peine posé un œil au dessous de moi que je fus engloutit dans une fumée noir encre. Je me mis à tousser, à la recherche d'air pour respirer. Tout tournait autour de moi, j'avais l'impression que je pouvais m'évanouir à tout moment. J'appelais une fois de plus Nino, me débattant pour trouver une sortie quelconque.

~ Ima koko de atarashii hibi ga hajimatte yuku … ~

Une lumière apparut au loin, je me mis à m'approcher, cherchant la sécurité. Cherchant Nino. Mes yeux abimés par la fumée ne distinguaient qu'un raie de lumière braquée sur moi qui grossissait au fur et à mesure que je titubais dans sa direction. Mon pied fut soudain immobilisé par un objet invisible. Je tirai dessus, m'aidant de mes mains, mais je restais bloqué. Mes yeux se dirigèrent vers la lumière, lui demandant de l'aide. C'est là que je m'en rendis compte.

~ Hi no hikari abiteru kimi no … Egao wo mamote agetai … ~

La lumière vers laquelle je me dirigeai avec tant d'entrain n'avait rien de salvatrice. Un énorme train me fonçait dessus à toute vitesse. L'ombre disparaissait à son approche et je vis que mon pied était bloqué sous le rail de fer. Complètement paniqué, je me mis à tirer de plus en plus fort. Le monstrueux engin se rapprochait à une vitesse folle. Les larmes coulaient avec véhémence sur mes joues et j'appelais à l'aide sans savoir si l'on pouvait m'entendre. Un cri à ma gauche détourna mon attention. Un homme se tenait au bord du quai et me regardait terrorisé. Je tendis la main vers lui, le suppliant de m'aider. Il semblait paralysé par la peur et ne bougeait pas d'un pouce. Le train était désormais trop près pour que je puisse avoir la moindre chance de m'en sortir. J'allais mourir. Je fermai les yeux. Et je l'entendis.

-Kazu !

~ Ima koko de utsukushiku kagayaiteiru kimi to … ~

J'ouvris soudain les yeux et constatais que j'étais par terre. Je me redressai et éteignit la sonnerie de mon portable. Il était trop tôt ... Ou pas. Un rapide coup d'œil vers mon réveil m'en démentit et je courus dans la cuisine chercher à manger en essayant d'enfiler mes vêtements. Alors que j'essayais non sans peine d'enfiler un jeans en avalant quelque chose, je sentis une main me toucher les fesses et je sursautais. S'en suivit le rire si agréable et enrageant de Nino.

-Bah alors princesse t'as peur du méchant fantôme ? Tu veux qu'on appelle ton professeur chéri à l'aide ?

Sans me préoccuper de sa pique, je posais mon bol sur la table pour finir de mettre ce fichu pantalon avant de m'affubler d'une chemise. La main, seul membre entouré de l'auréole jaunâtre se posa sur mon épaule et je la repoussais distraitement tout en rajustant le col de la chemise.

-Aiba-chan …
-Pourquoi tu m'as pas réveillé ce matin ? J'vais être en retard !
-Hey m'accuse pas à tord s'il te plait, j'ai essayé mais t'as rien voulu entendre !
-Et bah fallait continuer !
-Pourquoi t'es si énervé, t'es en fac mec, c'est pas grave si … Le cours de droit.

Je fis semblant de ne pas remarquer la pointe de déception dans son regard et fis un passage éclair dans la salle de bain pour me brosser les dents et les cheveux (pas en même temps s'il vous plait, la dernière fois je me suis retrouvé avec du dentifrice dans les cheveux). Je détestais ses yeux quand nous faisions allusion à Sakurai-sensei. Comme de la tristesse, ou du regret … Mais il ne voulait jamais en parler alors j'attendais. Tout comme j'attendais encore qu'il me raconte les raisons de sa mort il y a 10 ans … Un regard dans le miroir et j'aperçus, seule, la main blanche qui se balançait dans le vide. Je soupirai en recrachant dans l'évier (ah raté. Note pour moi-même, ne pas refaire ça non plus).

-Tu vas te fatiguer dès le matin Nino-chan.
-J'ai envie de me tester sur l'endurance. Aujourd'hui je laisse ma main visible.
-Arrête, je vais pas causer à une main toute la journée !
-Je vais quelque part aujourd'hui.

Je me retournais vers lui. Ah, on était déjà ce jour là ? Mes lèvres s'étirèrent en un sourire, et bien que je m'y forçais, il comprit que je n'étais pas enchanté à l'idée de me retrouver séparé de lui. Sa langue claqua contre son palet alors que son regard déviait vers l'armoire.

-Une journée, juste une journée par mois. C'est pas la mort non ? Tu peux très bien te débrouiller sans moi.
-Oui je peux … Mais c'est moins drôle.

Il me fit un sourire, rassuré. Pas besoin que je le fasse culpabiliser encore plus.

-Allez va-t'en, ton sac est sur la table de la cuisine et ton bentô est dedans.
-Hé ? Tu l'as fais quand ?
-A l'instant. Me regarde pas comme ça, j'ai perdu mon temps à essayer de te réveiller ce matin !
-Si je retrouve le contenu de la poubelle dedans tu vas le regretter.
-Mais aie un peu confiance en moi !

Je lui tirai la langue et parti enfiler une veste avant de prendre mon sac et de sortir. En levant les yeux je le vis flotter au dessus de moi, me faire signe et disparaître.

Les cours étaient d'un ennui mortel. Alors que j'étais arrivé juste à l'heure, Ohno-sensei était venu nous annoncer que pour des raisons personnelles, Sakurai-sensei ne pourrait pas assurer le cours. Ichi-kun, Nii-chan et moi étions partis nous balader en ville jusqu'au cours de langues. Et nous voici avachis sur notre table à gribouiller sur nos cahiers en attendant que le cours se termine.

A ma droite, un autre étudiant que je ne connaissais pas prenait studieusement ses notes, soupirant de temps à autre en nous voyant affalés ainsi, ce qui faisait pouffer Niikori-chan à ma droite. Ichigo-kun, à côté d'elle, dessinait quelque chose en cachant un bâillement grandissant. Je tendis la main jusqu'à son côté et attrapa le calepin avant qu'il n'eut le temps de protester.

-Je regarde juste et je te le rends, dis-je en ouvrant à la première page.

Il grogna pour la forme et préféra s'occuper à rembarrer Nii-chan qui tentait à présent de lui mettre un élastique dans les cheveux.

Le 1er dessin représentait un jeune couple se tenant la main devant un coucher de soleil. Je me retins de pouffer en constatant que la fille ressemblait étrangement à notre amie et tournai la page. Je reconnu aussitôt l'amphithéâtre n°2, celui des cours de droits. Au fond, juste derrière le grand bureau, un grand homme au regard sérieux et au sourire lumineux. Sakurai-sensei. Au premier plan à droite, un jeune homme le fixait comme si le monde allait s'arrêter à la fin du cours. Je m'empourprais en réalisant que c'était de moi dont il était question. Vite, tourner la page avant qu'il ne s'en rende compte et se fiche de moi … Ah nan c'est vrai, Nino n'était pas là … Ca faisait vraiment bizarre sans lui. Pas de sifflements persiffleurs, pas de piques méchantes que je ne pouvais ignorer, pas de crayon dans ma main qui me force à noter le cours … Je tournais les pages en essayant d'oublier le nœud qui se formait au creux de ma gorge.

Soudain je plaquais bruyamment ma main contre ma bouche, tentant d'étouffer un cri, faisant tiquer mon voisin de gauche. La dernière esquisse représentait une ligne de chemin de fer dans un endroit obscur avec, au loin, un rai de lumière. Mon rêve me revint en pleine tête. Mes mains se posèrent sur mon crâne, tentant de refreiner la boule qui s'installait dans ma gorge. Ce n'était qu'un rêve, un simple rêve …

Ne pouvant plus supporter le bruyant et pesant silence de la salle, je pris discrètement mes affaires et sortis sans répondre au regard inquiet de Niikori-chan et à la question muette d'Ichigo-kun. Une fois dans le couloir vide, ma respiration se coupa brusquement et je me mis à courir dehors. Il me fallait de l'air, maintenant !

Mon corps s'écroula avant je ne puisse atteindre la sortie et je me recroquevillais, cherchant à respirer parmi les sanglots qui sortaient de ma bouche. Je vis quelqu'un s'approcher de moi en courant, mais ma vision brouillée à cause des larmes et du manque d'air ne me permit pas de donner un nom à ce visage. J'entendis mon nom une fois, deux fois, avant de sombrer.

J'ouvris difficilement les yeux. Tout était blanc autour de moi. Un frisson d'angoisse me traversa. Nan, pas encore ? Je me mis à me débattre et me redressai à toute vitesse … Avant de tomber la tête la première du lit dans lequel j'étais installé. Bon ok. J'étais où ? A première vue, un hôpital. Je me relevai parti dans la petite pièce que je supposais justement être la salle de bain, avant de rendre dans les toilettes. Je détestais les hôpitaux … Il fallait que je rentre. Quelle heure était-il ? Nino devait se demander où j'étais … A cette pensée les larmes me vint aux yeux. Nino … J'étais complètement dépendant de sa présence.

-Nino~ …
-Masaki-kun ? Fit une présence derrière moi.

Je me raidis en reconnaissant la voie derrière moi. Que faisais Sakurai-sensei ici ?

-Masaki-kun tu vas bien ?

Il posa ses mains sur mes épaules, me faisant sursauter. Je fis quand même un effort pour me retourner, toujours adossé contre la cuvette des toilettes.

-Sensei je …
-Calmes-toi, tout va bien. Je t'ai amené à l'hôpital quand je t'ai vu t'évanouir et tu as dormi 4 heures.
-Sensei …
-Vas te reposer encore un peu d'accord ? Tu as des cernes affreuses sous les yeux. Et puis …
-Sensei j'ai encore besoin de vomir donc si vous pouviez sortir ça m'arrangerai !

Il rougit, se confondit en excuse et sortit en fermant la porte. Je souris, Sakurai-sensei était un peu empoté sur les bords, mais il était si gentil et prévenant … Je me rappelais brusquement que ce n'était pas le moment quand je sentis quelque chose remonter de mon estomac.

Après quelque minutes à essayer de me calmer et à me rendre à peu près présentable (malade ou pas, Sakurai-sensei restait Sakurai-sensei) je sortis enfin. Il était assis sur une chaise près de la fenêtre, un livre à la main, et regardai dehors. Mes joues chauffèrent un peu et je m'approchais du lit. Il se tourna vers moi et me sourit. Bizarrement ce sourire n'avait pas sa place sur son visage, il avait un regard triste … Souvenirs douloureux ? M'enfin bon, ça ne me regardais pas.

-Tu vas mieux ?
-Oui. Excusez-moi de vous avoir causé du souci Sensei.
-Ne dis pas ça Masaki-kun, ce qui compte c'est ta santé. C'est la première fois que tu fais ce genre de crise non ?
-Eum … A ce point là oui.
-Que veux-tu dire ?
-J'ai des problèmes respiratoires … Ce n'est pas très fréquent et sans gravité habituellement, comme m'essouffler alors que je marchais juste …
-Comment ça se fait que je ne sois pas au courant, hein ?
-Désolé ...
-... Et tu ne pense pas que cela ait un rapport avec … Ton alimentation ?

Je le regardais, étonné. Mon alimentation ? Je me débrouillais pourtant … Et puis Nino cuisinait très bien ! Il avait un air gêné et mes yeux suivirent le même chemin que les siens, se posant sur mon sac sur la table, juste à côté de … Mon bentô ...

-Idiot~ ! Soufflais-je entre mes dents.
-He ?
-Ah, ne vous inquiétez pas Sakurai-sensei, c'est mon colocataire qui a fait mon bentô. Il voulait sûrement me faire une blague pas drôle, comme d'habitude !
-Mais rassure-moi, quand il te prépare des crêpes poivrons-oignons-crevettes-sauce barbecue, même pour rire, tu ne les mange pas hein ?
-Il a fait quoi ?

Je me redressai pour prendre ma boite et l'ouvrir … des crêpes … Dont une entamé.

-Sensei, c'est vous qui …?

Il toussa et détourna le regard, gêné. Je me mis à rire.

-En général il fait des repas comestibles. Je lui avais dis pourtant ce matin … Enfin au moins ça vient pas de la poubelle.

Son regard choqué me fit rougir et paniquer.

-Il me l'a jamais fait encore mais je l'avais accusé ce matin de l'avoir fait sans regarder le contenu ! J'aurai du vérifier …
-Je pense aussi, ajouta-t-il en souriant. Mais ton colocataire là … Il est aussi à l'université ?
-Nan, il préfère flemmarder.
-…J'en déduis qu'il n'a pas de travail …
-Non plus.
- Rassure-moi Masaki-kun, il est digne de confiance au moins ? Je sais que tu travaille aussi à côté et … Il ne profite pas de toi n'est ce pas ?
-He ? Nan nan, il me pique mon porte-monnaie de temps en temps et ça lui arrive de jouer les pervers mais rien de grave …

Je le vis blanchir en un temps record, il se leva brusquement et me prit par les épaules.

-Mon dieu Masaki-kun il t'a obligé à faire des choses ? Tu sais que tu as le droit de porter plainte contre harcèlement ! Et si tu as peur de perdre ton appartement, tu sais très bien que tu peux venir vivre chez moi comme je te l'avais proposé et …
-Sakurai-sensei ! Calmez-vous s'il vous plait !

Il prit un petit temps avant que son visage ne reprenne une teinte décente, et s'assit sur le lit à mes côtés.

-Déjà, ne vous inquiétez pas pour mes droits, je connais vos cours par cœur. Ensuite je vous ai dis non cette année, l'année d'avant et encore l'année d'avant, et je ne changerai pas d'avis, c'est définitivement trop bizarre de vivre avec son professeur !

Il rit doucement et j'en fis de même, avant de me remettre à parler.

-Et pour finir j'aime très bien notre collocation à deux, mon colocataire est plus jeune que moi donc rassurez vous ce n'est pas un vieux pédophile ou je ne sais quoi, et il est bien sûr pas mal pervers mais bon c'est un éternel gamin, personne ne pourrait changer ça …

Je souris en pensant au sous-entendu de ma phrase. Un sale gosse pour toujours … Bah sa me dérangeais pas, du moment qu'il restait avec moi.

-Ah, je suis soulagé~ ! Je n'ai toujours pas rencontré ton ami depuis que vous habitez ensemble, j'avais peur pour toi.

Je me mis à rire.

-Sensei, n'agissez pas comme si vous étiez mon père s'il vous plait, c'est gênant !
-Mais c'est un peu ça nan ? Tu es comme un fils pour moi Masaki-kun … Ou du moins un petit frère.

Ou comment se prendre un râteau sans se déclarer … Bah, c'était pas la première fois. Je ne m'étais toujours pas habitué à la douleur que provoquais ces déclarations soudaines, mais au moins je savais comme les cacher.

-Hé ? Ah nan, je veux pas de vous comme frère moi ! La vie avec vous ça ne serait pas drôle !
-Hein ? Pourquoi ? Je ne serai pas un bon grand frère ? Tu t'ennuierais avec moi ?

Et maintenant il me faisait les yeux de chien battu … Comment un professeur aussi sérieux que lui pouvait avoir recours a cette technique perfide ? Malgré moi je me sentis fondre, et pour cacher ma gêne, je m'emparai de l'oreiller et le lui lançai sur la tête. Il rit et joua le jeu, me le renvoyant.

C'est dans cet état d'esprit de gamins immatures en pleine bataille d'oreiller que nous trouva l'infirmière, qui nous hurla de sortir et que cet endroit n'était ni une salle de jeu ni une cour de récréation.

Je sortis de l'hôpital en gloussant, suivi de près par mon professeur préféré. Nous entrâmes dans sa voiture et restèrent un petit moment à l'intérieur, immobile à essayer de nous calmer, moi en positionnant mes mains sur ma bouche pour me faire taire, et lui en fixant le paysage et tentant de calmer le rictus qui revenait à chaque de poser sur ses lèvres.

Au bout d'une bonne douzaine de minute, nous reprîmes enfin notre calme et il démarra.

-Je te ramène chez toi alors ?
-Quoi ? Tu ne voulais pas me prouver que tu étais un bon grand frère ?

Il me lança un regard de biais, surpris que je le tutoie d'un coup. C'était assez rare, depuis qu'il était devenu officiellement professeur …

-Masaki-kun, si tu veux aller quelque part avec moi, c'est quand tu veux, mais pas aujourd'hui.
-He ? Pourquoi ?
-J'ai déjà quelque chose de prévu … Désolé.
-Je vois … Un rendez-vous avec une fille ?

Il me lança un regard surpris et sourit.

-Avec … quelqu'un de très cher pour moi.

Je le sentais hésitant dans ses propos, comme s'il avait peur de blesser quelqu'un.

- Et … j'ai pas le droit de venir ?
-…Masaki-kun, ça va pas être drôle, tu vas t'ennuyer et …
-Steu plait Shô-chan, tu seras le meilleur des grands frères fictifs au monde !

Ses mains tripotaient le volant nerveusement, il paniquait, et ça se voyait. Dieu que j'aimais ce Shô là. Il me jeta un énième coup d'œil, et capitula.

-Pas de bruits, tu ne cours pas et tu n'en parle surtout pas à tes parents hein ?
-J'ai plus 10 ans Shô-chan ! Je serai sage, promis.
-Je regrette déjà …

Je me mis à rire.

Quand la voiture se gara enfin, je pus remarquer que l'endroit était désert. La rue où nous venions de nous garer était sombre et étroite. Bien que lorsque je regardais des films d'horreur j'étais le premier à rire des morts, je détestais ce genre de sensations qui vous prenait au ventre et qui vous donnait envie de s'enfuir en courant. Sakurai-sensei me lança un regard compatissant et me prit la main avant de nous diriger vers l'entrée d'une station de métro apparemment abandonné.

-C'est plutôt effrayant pas vrai ? Quand nous étions petits nous venions souvent jouer ici.
-Nous ?
-Moi et la personne et nous allons voir.
-Et il habite à côté ?

Il pouffa. Plutôt effrayant, qu'il disait … J'étais mort de trouille oui ! Mais pour rien au monde je n'aurais rebroussé chemin, le simple fait qu'il me tienne la main m'obligeais à rester à ses côtés.

-Je vois pas ce qu'il y a d'amusant à venir ici. Moi, quand j'étais petit, je jouais avec mon chien, c'était amplement suffisant.
-Nous faisions des tests de courages, chaque année nous nous retrouvions ici et celui qui allait le plus loin possible gagnait.
-Ah … Et qui gagnait en général ?
-Personne, nous étions tellement terrifiés qu'au moindre bruit nous partions en courant pour pleurer dans les bras de nos parents.
-Hé ? Sakurai-sensei qui a peur ? Qui pleure ? C'est possible ? Quand les gens de la fac sauront ça …

Il me lança un regard mi-condescendant mi-amusé, me serra la main et nous descendîmes à l'intérieur de la station. Il faisait très sombre, et Sakura-sensei tentait tant bien que mal d'éclairer le chemin avec son portable.

Je le sentais mal cet endroit, mes sens étaient à l'affut, il devait y avoir des fantômes ici … A cette pensée un frisson me prit. J'adorais Nino parce que je le connaissais depuis mon enfance mais les autres esprits avaient généralement tendance à me faire tomber dans les pommes.

Nous nous arrêtâmes à côté du quai de la station. Il lâcha ma main, me faisant glapir, et il sauta du quai pour s'installer sur les rails.

-Sakurai-sensei, c'est dangereux, remontez !
-Tiens, il n'y a plus de Shô-chan ?
-Sakurai-sensei …
-Ne t'inquiètes pas Masaki-kun, cette voie de métro est fermé depuis des lustres. Je viens ici tous les ans pour me recueillir.

Ces derniers mots se bloquèrent brusquement dans mon esprit. Se recueillir ? Son ami était mort ? Je me senti soudain gêné. Et moi qui avais insisté pour venir … Idiot ! J'étais vraiment un idiot. Les larmes me montèrent aux yeux avant et avant que je ne m'en rende compte, ma bouche s'était ouverte toute seule.

-Il … Il s'est passé quoi ?

Il prit son temps avant de me répondre. Dans l'obscurité de l'endroit où nous nous trouvions, je ne le voyais pas très clairement, mais il me semblait qu'il sortait quelque chose de son sac à dos.

-Quelque jour avant ma majorité, nous avions décidé d'aller jusqu'au bout, et de suivre la voie pour voir jusqu'où elle allait. Ce soir là, il avait définitivement gagné, je mourrai d'envie de rentrer chez moi, mais il n'en a fait qu'à sa tête. Il est descendu du quai, et a fait le singe en me narguant. Son pied s'est coincé dans les rails. Un train est arrivé. Avant que je ne puisse faire quoique ce soit … Il était trop tard.

Mon cœur s'arrêta de battre. Cette scène … J'avais vécu la même pas plus tard que la nuit précédente … Le cauchemar ? Mais c'était …

Je vis une lumière rouge, et l'instant d'après les rails s'illuminait à la lueur des bougies. Cet endroit était exactement le même que celui de mon rêve. Un frisson d'horreur me parcourut en apercevant l'endroit d'où était apparu le monstre de fer. Mais comment était-ce possible ? Comment pouvais-je connaître un souvenir de Sakurai-sen …

Le train était désormais trop près pour que je puisse avoir la moindre chance de m'en sortir. J'allais mourir. Je fermai les yeux. Et je l'entendis.

-Kazu !

Mes yeux s'écarquillèrent … Un souvenir … De …

-Il … Il s'appelait comment ?
-Ninomiya Kazunari.

~ Ima koko de utsukushiku kagayaiteiru kimi to ~
~ Itsumademo te wo toriatte … Aruki tsuzukete ikou … ~