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Avant-propos :
° Pas moins de 28 personnages en tout dans ce chapitre, dont une vingtaine de personages originaux. Bwouf ! Là, je me dois de vous rassurer : vous n'êtes pas censés les mémoriser tous. Ou en tout cas, pas dès le premier chapitre. C'est donc normal si vous êtes un peu perdus : vous venez d'arriver à la colo, il va falloir du temps pour faire connaissance avec tout le monde ;).
° Je rappelle que la bande originale de cette fic est disponible dans ma bio, jetez-y un œil !
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Jour 1
Let The Sunshine In
Remus rêvait. Il rêvait de la forêt sauvage, de ses pattes puissantes foulant la terre molle, de la nuit aux mille senteurs… Au détour d'un fourré, il repérait un lapin dodu qui s'enfuyait à toute allure devant lui. Il se lança à sa poursuite sans hésiter une seconde. La chasse était ouverte. Dans chaque fibre de son corps de loup, il ressentait le besoin impérieux de l'attraper, de lui croquer la tête de ses grandes dents pointues et d'enfouir son museau dans ses entrailles pour se repaître de son sang chaud. Au bout de quelques foulées, cependant, une petite musique au kitsch déconcertant le fit déboucher dans une grande prairie verdoyante et ensoleillée, au milieu d'une envolée de papillons bleus. Il y avait là des centaines de petits lapins qui remuaient le museau et agitaient leur queue en pompon, si bien qu'il ne savait plus où était le sien, le vrai, celui qu'il allait tuer. Il fit halte, perplexe, et ouvrit les yeux.
Remus n'avait pas l'habitude de voir le sourire éclatant de Sirius au réveil – celui-ci se levait généralement bien après lui, et pas toujours de très bonne humeur. Le loup-garou eut un mouvement de recul et sa tête se heurta au montant du lit.
« Ouch !
– Bonjour Moony, dit Sirius d'une voix d'hôtesse de l'air. C'est le grand jour aujourd'hui ! »
Se redressant péniblement, Remus fronça les sourcils.
« Qu'est-ce que c'est que ce truc ? grogna-t-il.
– Quel truc ?
– Ce truc, là. Cette musique. Pourquoi tu me fais subir ça dès le matin ?
– C'est Hair* ! » répondit Sirius avec enthousiasme, agitant la masse brouillonne de ses cheveux sombres.
Remus le dévisagea d'un œil vitreux.
« Je savais que j'aurais dû faire un tri dans tes disques avant de te les rendre.
– Allons-allons ! Cette chanson est i-dé-ale pour démarrer la journée du bon pied ! Hop ! Debout mon petit loup ! »
Le loup mal luné fit la grimace.
« Qu'est-ce que tu as pris ? Quelle heure est-il ? C'est quoi, ce "petit loup", tu as fait une bêtise ?
– Il est déjà huit heures. Ta valise est prête ?
– Huit heures, répéta Remus.
– Yep.
– Huit heures, comme dans : on part dans trois heures.
– C'est ça. Ta valise, elle est prête ou non ?
– Ce qui veut dire que c'était peut-être la dernière occasion de passer une bonne nuit d'ici trois semaines, et toi, tu me réveilles à huit heures du matin.
– Euh… oui. Mais ta valise… ?
– Bien sûr qu'elle est prête ! Je n'en reviens pas que tu m'aies réveillé à huit heures, toi, le roi de la grasse matinée !
– Mais enfin, Moony, ce n'est pas un jour comme les autres ! »
Avec un certain sens théâtral, Sirius ouvrit tous les rideaux d'un coup de baguette et le soleil entra à flots dans la pièce, juste comme la chanson enchaînait sur « let the sunshine, let the sunshine in ». Remus, aveuglé, poussa un gémissement pathétique.
« Tu te rends compte, dans trois heures on y est ! trépigna Sirius. Je suis complètement surexcité. Pas toi ? »
Assis sur le bord du lit, Remus se frottait le visage.
« Redemande-moi ça quand je serai réveillé.
– Tu sais comment on commence la journée en pleine forme ?
– Avec une nuit de sommeil complète derrière soi ?
– Avec une bonne douche froide. »
Remus écarta les doigts pour regarder Sirius derrière ses mains, l'air de se demander s'il était réellement sérieux. L'enthousiasme de Sirius retomba de quelques crans.
« … Hum. Tu sais, je ne t'empêche pas de te rendormir… Mais c'est une si belle journée, je me suis dit que tu voudrais en profiter. »
Il ouvrit une fenêtre pour respirer l'air tiède de cette matinée d'été.
« Dans trois heures, nous serons quelque part dans tout ce dehors. La terre, le ciel, et rien entre les deux pour nous en séparer ! Je déteste vivre entre quatre murs. D'ailleurs, je me demande si McGonagall me laisserait donner mes cours dans le parc… ha. Sans doute que non, hein ?
– …
– Moony ? »
Sirius se retourna. Emmitouflé dans son drap, Remus s'était rendormi.
°o°o°o°
De retour dans ses quartiers, Sirius ne savait plus quoi faire. Il s'était réveillé de bonne heure et avait été incapable de se rendormir. Il réalisait que n'avoir qu'un seul ami pouvait parfois être assez problématique… Notamment quand on s'ennuie et que l'autre égoïste revendique soudain son droit à une grasse matinée.
Il jeta un œil au petit miroir carré abandonné face cachée sur son bureau. Cela faisait quelque temps qu'il n'avait plus osé l'utiliser. Cet objet était plus dangereux qu'il n'y paraissait. Il faussait sa vision des choses. Il était parfois trop difficile d'admettre que la tête hirsute qui y apparaissait n'était pas celle de James… Mon pauvre Sirius, se dit-il, comme si tu avais besoin de cela pour être complètement timbré.
Il alla pour le ramasser, et s'aperçut alors que s'y trouvait déjà le visage d'un certain Survivant qui, apparemment plongé dans un livre, avait dû garder son propre miroir à portée de main en attendant le retour de son parrain. Le cœur de Sirius fit un léger bond.
« Harry ! »
Dans le miroir, Harry tourna les yeux vers lui et sourit.
« Te voilà enfin ! Je commençais à croire que tu étais déjà parti, sans même me dire au revoir.
– Pour quel genre de parrain me prends-tu ? fit mine de s'offusquer Sirius.
– On se le demande. Le genre qui ne donne pas à son filleul la date de son départ ?
– Ah.
– Je l'ai appris ce matin même par une lettre de Remus, qui semblait penser que je le savais.
– Ah. »
Sirius réalisa que Harry était soucieux derrière son sourire de façade.
« Je pensais t'appeler moi-même, vraiment. C'est ce que j'allais faire quand j'ai pris le miroir, je ne t'avais pas entendu m'appeler.
– Je parie que tu étais encore à rêver que tu coursais un chat ! plaisanta Harry.
– Tu parles. Je craignais tellement de ne pas me réveiller à temps pour le départ que j'étais debout à sept heures. Et je viens de me faire rembarrer par Remus ! Laisse-moi te dire que cet homme ne sait pas ce qu'il veut. Quand je ne me lève pas trop tard, c'est trop tôt… »
Il était heureux d'avoir de nouveau l'occasion de parler à Harry. Heureux et soulagé. Ils avaient eu leurs moments difficiles, mais ils s'en remettaient.
« Ça a l'air d'aller, à part ça, remarqua Harry.
– Bien sûr que ça va. Pourquoi ça n'irait pas ? »
Harry haussa les épaules et remonta ses lunettes. Amusant : James avait ce tic, lui aussi, lorsqu'il était embarrassé.
« Pour rien. Je prends de tes nouvelles, ça fait un moment. » Une pause. « Tu peux m'appeler quand tu veux. Vraiment.
– Eh, ce n'est pas moi qui devrais te dire ça ? fit doucement Sirius.
– Tu me l'as déjà dit, répondit Harry avec un petit rire. Mais je n'ai pas grand-chose à raconter, ici. Je lis beaucoup, ce qui fait terriblement plaisir à Hermione. Je joue au quidditch avec Ron quand il fait beau. Tout cela me paraît encore un peu irréel, tu sais ? Comme si je n'étais pas vraiment… là. Mais au moins, je me repose… Ron et Mione prennent bien soin de moi, tu n'as pas à t'en faire.
– Ça me fait plaisir de l'entendre, dit Sirius, sincère.
– Je te les passerais bien pour qu'ils confirment, mais je crois qu'ils dorment encore… » Harry regarda de côté et remonta une nouvelle fois ses lunettes. « Hum… Je pourrais revenir chez toi, tu sais… après la colo.
– Harry… commença Sirius.
– Mais vraiment, hein ! Ça m'embête de te savoir tout seul… J'étais plus tranquille quand tu vivais avec Remus.
– Je croyais t'avoir interdit de t'en faire pour moi. C'est toi qui dois te remettre.
– J'y travaille », s'énerva Harry. Il n'aimait pas plus que Sirius qu'on le traite comme un impotent. « Ce qui n'est pas le cas de tout le monde.
– Tout va au mieux en ce qui me concerne. Tiens, regarde. » Il prit le miroir dans sa main pour lui donner un aperçu de la pièce, ravi d'avoir trouvé un moyen de changer de sujet. « Tu vois ça ? C'est mon nouveau chez-moi.
– Quoi ?
– Remus et moi avons été engagés comme professeurs à Poudlard.
– Comme… ? Tu…! Vous… ? »
La stupeur sur le visage d'Harry se changea rapidement en joie. Sirius ne l'avait pas vu aussi réjoui depuis des lustres c'était surprenant et réconfortant de voir qu'il pouvait encore sourire ainsi. Et encore amusant : c'était un sourire terriblement différent de celui de James… Sirius sentit une pointe de mélancolie s'insinuer en lui.
« Merci d'avoir appelé, dit-il finalement.
– Il fallait au moins que je te souhaite un bon voyage.
– J'emporte le miroir avec moi à la colo, tu sais.
– Peut-être, mais ce sera beaucoup moins évident de te parler quand tu seras recouvert de la tête aux pieds de marmaille hurlante.
– Pas faux », en convint Sirius.
Puis ils se saluèrent et le miroir magique redevint un simple miroir.
Sirius contempla un moment son propre visage fatigué, les rides apparues d'on ne sait où sur son front, l'ombre lourde dans ses yeux clairs. Il ne fallait pas s'étonner si Harry s'en faisait pour lui. Il tenta un sourire, ce qui produisit une nette amélioration. Certaines choses ne changeaient pas : son sourire avait toujours vingt ans.
°o°o°o°
En prenant son petit-déjeuner dans la Grande Salle à huit heures et demie du matin, Severus était en droit de s'attendre à un peu de tranquillité. La Grande Salle vide, dans la lumière du matin, était le rare privilège de ceux qui restaient à Poudlard pendant les vacances.
Malheureusement, il ne vivait plus seul dans ce château, et alors qu'il s'apprêtait à déguster une tasse de café ridiculement fort, Sirius Black fit son entrée. Il marqua une pause en apercevant Severus, puis se dirigea vers un siège très, très éloigné du sien et, sans un mot, se versa du café avec une quantité ridicule de lait.
Au bout de quelques minutes, la légère tension retomba, et il n'y eut plus que les bruits irréguliers du café siroté sans hâte.
°o°o°o°
Vers neuf heures, Remus, réveillé par la chaleur, se rendait dans la Grande Salle au moment où Severus en repartait.
« Oh. Bonjour.
– Bonjour », répondit distraitement Severus, que Remus avait coupé dans son élan.
Remus chercha ce qu'il pourrait dire de plus.
« Tu n'aurais pas vu Sirius ? »
Oh, brillant, vraiment.
« Si. Il est à l'intérieur, en train de vider une cafetière.
– Ahun.
– J'espère que tu as prévu des calmants pour lui.
– Haha, rit Remus, aussi embarrassé que s'il devait personnellement répondre des actes de Sirius. Il est nerveux ?
– Je n'en sais rien et je m'en moque.
– Bien bien… »
Déjà à court de sujet de conversation, Remus fit un maigre sourire. Severus, très droit comme toujours, pencha légèrement de côté.
« Si tu me pardonnes, j'ai encore à faire avant le départ.
– Oh. Bien sûr. À tout à l'heure.
– Mmh. »
Leurs épaules se frôlèrent au moment où Severus le contourna.
°o°o°o°
À dix heures cinquante-quatre, Sirius, Remus et Severus se tenaient, en compagnie de Minerva McGonagall, dans le bureau de celle-ci, face à un mur entièrement nu – on l'avait débarrassé de sa tapisserie pour l'occasion. Bras croisés, Sirius tapait du pied sur le sol de pierre Severus, agacé par cette marque d'impatience, fixait le pied de Sirius quant à Remus, il observait, avec une certaine inquiétude, l'agacement de Severus. Minerva se tenait devant eux, la main posée sur le mur, attentive.
Soudain, son épaule fit un geste infime et elle murmura :
« Il est l'heure. »
Une porte se dessinait lentement autour de sa main, ses contours ovales s'illuminant de façon éblouissante. Minerva la poussa et une odeur de feuilles et de terre pénétra le bureau.
En regardant par la fenêtre à quelques pas de là, on pouvait voir un vide de plusieurs dizaines de mètres, le terrain de quidditch tout en bas, et en se penchant un peu, on apercevrait un bout du lac, tout scintillant par ce beau temps. Cependant, ce qui se trouvait derrière la porte était entièrement différent. C'était la forêt, la brise, le ciel, le chant des oiseaux c'était le sol au même niveau que le plancher et la lumière, différente de celle qui s'étendait sur Poudlard.
Maintenant fermement la porte ouverte, Minerva s'écarta pour laisser passer les trois sorciers.
°o°o°o°
La porte s'ouvrait dans le flanc d'un gros chêne. En se retournant, on risquait de se laisser troubler une nouvelle fois, à la vue du bureau de Minerva McGonagall qui d'ici semblait tenir dans un tronc d'arbre.
« Je vous attendais ! » s'exclama joyeusement Hagrid, qui s'était installé sur un tabouret bien trop petit pour sa carrure, à moitié enfoncé dans le sol.
Severus garda prudemment ses distances tandis que ses compagnons procédaient aux salutations requises. Il aurait dû se douter que le demi-géant serait complice dans cette sordide affaire …
« Il n'y a pas eu de problème ? demandait Sirius.
– Non. J'ai dormi dehors pour être sûr, mais les bêtes ne s'approchent pas à moins de dix mètres du campement.
– Tant mieux.
– Pour dire vrai, c'est plutôt dommage, parce que j'ai pu apercevoir quelques merveilles en me baladant… Même dans la forêt de Poudlard, on trouve pas des raretés pareilles ! »
Dans le tronc du chêne, Minerva toussota.
« J'espère que je ne dois pas vous demander de retourner vos poches, Hagrid.
– Hein ? Oh, non ! Non non, j'ai rien pris ! Pensez-vous, c'est une forêt protégée ! »
Minerva ne sembla pas entièrement convaincue, mais dit seulement :
« Rentrez à présent, je préfère refermer la porte le plus vite possible, afin d'éviter tout risque qu'elle ne soit détectée. »
Comme il arrivait à la porte, Hagrid se retourna sur Severus.
« Tiens ! Professeur Snape ? Où est Kingsley ?
– Je vous expliquerai », le pressa Minerva.
Hagrid dut se pencher pour passer la porte, qui était juste assez large pour qu'il n'y reste pas coincé.
« Bon séjour, souhaita Minerva aux trois hommes.
– J'aurais quand même bien aimé voir les gamins, soupira le demi-géant, quelque part derrière elle.
– Hagrid… »
La porte se referma sur la voix de Minerva et disparut dans l'écorce de l'arbre.
°o°o°o°
À peu près au même moment, un courant de magie fit frémir l'air et des bruits de voix parvinrent d'une nouvelle porte, dans un arbre aux dimensions plus modestes, sur la gauche. Une première infirmière en sortit, aussitôt suivie d'une ribambelle d'enfants. Ils vinrent s'amasser dans la forêt en petit troupeau serré, comme des animaux apeurés. Les plus jeunes se tenaient par la main tous levaient de grands yeux vers leurs trois moniteurs.
Sirius s'avança spontanément vers eux avec son sourire le plus éblouissant.
« Bienvenue à la colo la plus géniale du monde ! Je m'appelle Sirius, et vous pouvez m'appeler Sirius. »
Quelques sourires timides, et les rires moins timides des infirmières. Remus était perplexe devant sa facilité, encore aujourd'hui, à charmer son monde. Lui-même ne se débrouillait pas trop mal, mais il devait faire l'effort d'être plaisant effort que Sirius ne s'était jamais donné la peine de fournir. Remus jeta un coup d'œil du côté de Severus : celui-ci semblait au bord de la nausée. Il posa brièvement une main sur son épaule pour l'inciter à avancer vers le groupe d'enfants avec lui.
Ils se présentèrent à leur tour, mais au bout d'une seconde tous les yeux étaient de nouveau fixés sur Sirius. Après d'ultimes recommandations, les infirmières se retirèrent et personne ne pleura, mais aux yeux rouges de certains, Remus se dit que les préparer au départ n'avait pas dû être si facile. Il tendit la main vers les plus jeunes.
« Allez, j'en veux au moins trois à chaque bras !
– Où ce qu'on va ? demanda une minuscule fillette aux yeux gris.
– Au campement !
– Pourquoi on va là ?
– Parce que c'est là qu'on va vivre pendant les prochaines semaines.
– Pour quoi faire ?
– Pour… voir ce que c'est que de vivre au contact de la nature.
– Mais pourquoi ? »
Sur les lèvres de Remus naquit un sourire patient. Il n'allait quasiment pas le quitter durant les trois semaines à venir.
°o°o°o°
Le groupe arriva à une grande clairière circulaire et baignée de soleil. Il y eut quelques murmures impressionnés parmi les enfants.
« C'est quoi ? demanda encore la toute petite fille à Remus.
– Ce sont nos maisons.
– On va dormir dedans ? s'enquit un garçon.
– Oui.
– Cool ! »
Le campement était constitué de sept cabanes en rondins, avec des volets peints et de la mousse sur le toit. Elles étaient tout à fait charmantes et ne comportaient finalement qu'un seul détail insolite : chacune d'elles était juchée sur une paire d'immenses pattes de poules.
« Ce sont des maisons de type babayaga, s'étonna Severus. Seuls les sorciers russes savent en fabriquer… » Il se tourna vers les deux autres. « Est-ce que nous sommes en Russie ?
– Vu le temps, j'en doute, répondit Sirius. De toute façon, il est préférable de ne pas le savoir. »
Remus s'adressa aux enfants.
« Nous allons faire l'appel avant de vous répartir dans vos cabanes respectives. Ensuite, vous aurez du temps pour vous installer et vous reposer jusqu'au déjeuner.
– McGonagall m'a donné la liste définitive, dit Severus en sortant un parchemin des plis de sa robe.
– Donne », fit Sirius.
Severus regarda sa main tendue sans faire un geste. Il eut un vilain sourire.
« Tu crois que je ne peux pas faire l'appel moi-même ? »
Sirius se crispa, mais rangea sa main dans sa poche sans un mot. Severus déplia son parchemin d'un air satisfait.
« Cassiopeia Aubrey. »
°o°o°o°
Cassiopeia se laissa tomber sur le lit situé à gauche de la porte. Les lits, au moins, semblaient normaux. Pas de pattes de poule. Merlin, mais qu'était-elle venue faire ici ?
À presque douze ans, Cassiopeia faisait partie des quatre seuls membres de la colo qui auraient déjà dû entamer leurs études à Poudlard – et les trois autres étaient des garçons, la poisse. Le collège où elle avait été inscrite n'arrivait certainement pas à la cheville de Poudlard, et avec la guerre les jours fériés s'étaient faits nombreux. À présent, elle était angoissée à l'idée de poursuivre sa scolarité à Poudlard dans de telles conditions : tout, sauf passer pour une débile à l'école.
Aussi, dès qu'elle avait su qu'une colo de magie était mise en œuvre par des professeurs de Poudlard, elle avait demandé à en faire partie… mais il n'y avait que des bébés ici, il était peu probable qu'elle apprenne quoi que ce soit d'utile.
Elle hissa sa valise sur le lit en soupirant. Sa valise était ronde, rose, avec des pois blancs, ce qui était terriblement cool. Elle lui rappelait sa sœur. Ce n'était pas un plaisant souvenir, loin de là : son insupportable petite sœur, Ursula, toujours jalouse, s'en était fait offrir une en forme de cœur juste pour pouvoir la narguer. Elle l'avait bien regretté par la suite, bien sûr, vu que ce n'était absolument pas pratique. De toute façon, depuis, Ursula était morte avec leurs parents au cours d'une attaque, alors elle ne risquait plus de crâner au sujet de quoi que ce soit. Merlin soit loué.
°o°o°o°
Les narines de Severus se dilatèrent légèrement lorsqu'il vit la toute jeune fille vêtue de rose s'avancer. Elle avait une de ces robes que portaient les jeunes maintenant, très ajustées et avec, mmh, des trous à certains endroits stratégiques. Et ça n'a pas douze ans, songea-t-il avec un frisson, avant de revenir à la liste.
« Philip Bode. »
Severus tiqua. Il connaissait ce nom. C'était celui de cet homme du Département des Mystères, celui que le Seigneur des Ténèbres avait utilisé, deux ans et demi plus tôt, pour essayer de voler la Prophétie. Il s'était retrouvé à Sainte Mangouste, où il avait été tué par un Filet du Diable en pot que l'on avait fait passer pour une plante inoffensive. Bien sûr, personne n'avait jamais su qui l'avait envoyé…
Severus croisa le regard du jeune garçon et, inexplicablement, il se sentit incapable de le soutenir.
°o°o°o°
Philip se glissa subrepticement dans la maison, un sourire sournois retroussant ses lèvres. À peine installé, il était parti vagabonder autour du campement, brisant l'interdiction de ne pas sortir du périmètre. Ces moniteurs étaient nuls, il avait pu se glisser sous leur garde avec une incroyable facilité. Oh, ils l'avaient ramené assez vite, mais pas avant qu'il n'ait eu le temps d'attraper une couleuvre et de la cacher dans son pantalon.
Il s'approcha d'un lit, attrapa fermement la couleuvre qui commençait à se glisser le long de sa jambe, et souleva les draps.
« Qu'est-ce que tu fais ici ? » dit une voix au-dessus de sa tête.
Par réflexe, il cacha la couleuvre derrière son dos.
La voix appartenait à une ravissante blondinette qui s'était installée dans le lit du dessus.
« Si tu crois que je vois pas que t'as un serpent dans ta main ! fit-elle avec hauteur – littéralement.
– Je pensais que tout le monde était sorti, grommela-t-il piteusement.
– Eh ben non, dit-elle de son ton de princesse. Et de toute façon, t'as rien à faire ici. Surtout si c'est pour mettre un serpent dans le lit de Bettina !
– Bettina c'est ma cousine.
– OH ! Alors t'es un vilain cousin !
– Et qu'est-ce que ça peut te faire ? Je suis pas ton cousin. »
La fillette eut une moue outrée. Elle s'empressa de descendre du lit et fit les gros yeux à la façon de sa maman : main sur les hanches, légèrement penchée en avant et le menton haut. Du fait qu'elle était plus jeune et plus petite que Philip, l'effet obtenu était cependant plus comique qu'effrayant.
« Tu es méchant. Si tu sors pas d'ici tout de suite, je vais le dire à Sirius.
– T'es rien qu'une rapporteuse. »
Profondément choquée par cette accusation, elle lui asséna un grand coup de pied dans le tibia. Étouffant un gémissement comme il le put, Philip sentit qu'il risquait de se mettre à pleurer. Ce n'était pas envisageable : un garçon de huit ans ne pleurait pas devant une fille de sept ans. Afin de faire diversion, il lança la couleuvre au visage de la fillette, qui poussa un cri perçant.
« J'ai pas peur des serpents ! lança-t-elle alors que Philip prenait la fuite.
– Trouillarde trouillarde trouillarde !
– Je ne m'appelle pas Trouillarde ! Je m'appelle MINERVA ! »
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« Minerva Cuffe. »
Une petite fille blonde aux grands yeux vert amande s'avança. Elle avait un sourire qui semblait pouvoir éclater en rire à tout instant pas trop l'idée que l'on se faisait de l'orpheline typique.
Remus dévisagea la fillette, qui lui semblait étrangement familière.
« Un lien avec Barnabas Cuffe, le directeur de La Gazette du Sorcier ?
– C'est mon oncle ! s'exclama la charmante enfant d'un air ravi.
– Oh ! Je vois…
– Moi c'est le prénom qui m'interpelle plus, fit Sirius avec un clin d'œil.
– C'est un très joli prénom, dit Minerva sur le ton d'une récitation. On me l'a donné parce que je ressemble beaucoup à ma mamie quand elle était petite.
– Ta mamie ?
– Ma mamie elle s'appelle Minerva. Quand elle était jeune elle était très belle, c'est ma maman qui me l'a dit. »
Les trois hommes ouvrirent la bouche et se lancèrent des regards.
« C'est un très joli prénom, répéta Minerva en tapant du pied.
– Oui, oui, très joli, balbutia Remus.
– William Greenwood », s'empressa d'appeler Severus.
°o°o°o°
William fit tout le tour de sa cabane, regarda en dessous, mais n'osa pas passer entre les pattes de poule, craignant qu'elles ne se mettent subitement à bouger, ou bien qu'elles ne disparaissent d'un coup et ne laissent la maison l'écraser, après quoi seuls ses pieds dépasseraient, comme pour la méchante sorcière de l'est dans Le magicien d'Oz. Lorsqu'il se décida enfin à rentrer, un escalier de bois se matérialisa aussitôt devant la porte. Il y avait une bonne hauteur, mais la maison, au top de la modernité, faisait rouler les marches et il était possible de se laisser entraîner jusqu'à la porte sans rien faire.
Il examina l'intérieur, ses yeux bleus grand ouverts. Les autres garçons s'installaient déjà. Il repéra le dernier lit de libre : c'était un lit du dessus.
« Excuse-moi », fit-il poliment au garçon du dessous, caché derrière ses rideaux.
Une main les entrouvrit et William aperçut un œil méfiant dans la pénombre.
« Quoi ? dit le garçon d'une voix qu'il essayait manifestement d'avoir grave.
– Est-ce que tu voudrais bien qu'on échange nos lits ? J'ai un peu le vertige. »
L'œil le toisa. William en eut un frisson.
« Nan. »
Le rideau se referma.
°o°o°o°
William rejoignit docilement le groupe des enfants appelés. Il fit un sourire à Cassiopeia, qui avait à peu près son âge, mais celle-ci ne lui prêta pas la moindre attention.
« Lee Headlock. »
Lee s'avança en tenant par la main une fillette aux cheveux sombres noués en longue natte.
« C'est ma sœur », fit-il.
Il n'avait pas besoin de le préciser : la ressemblance était frappante.
« Elle ne parle pas donc il faut que je reste avec elle.
– Ah, oui, se rappela Remus. Lilian, c'est ça ? »
La petite fille le regarda de ses grands yeux bleu nuit. Elle n'était pas sourde, mais elle ne fit aucun signe pour acquiescer. Remus ressentit un léger malaise.
« Oui, c'est ça, dit Lee en pressant la main de sa sœur.
– Tu sais que vous ne pourrez pas être ensemble pour dormir », lui fit Remus.
Lilian tourna la tête vers son frère.
« Pour dormir ça ira. »
Elle regarda de nouveau Remus, comme pour approuver les paroles de son frère. Severus soupira et cocha le nom de Lilian Headlock.
°o°o°o°
Philip se pencha par-dessus le bord du lit pour regarder le garçon assis sur celui du dessous.
« Comment tu t'appelles ?
– Lee, répondit Lee.
– T'as quel âge ?
– Huit ans.
– Comme moi et Louis. Rick, là, il a neuf ans, donc c'est lui le chef.
– Ah bon.
– Tu viens avec nous ? On va embêter les filles.
– Non, merci. Je dois aller m'occuper de ma sœur.
– Pour quoi faire ? Y'a les monos pour ça.
– Oui, mais elle a peur sans moi.
– Ah. D'accord. »
Philip fit une périlleuse acrobatie pour atterrir debout devant Lee.
« Tu ressembles à ta sœur, fit-il comme une accusation.
– Je sais.
– Tu ressembles à une fille. »
Lee rougit.
« C'est pas vrai !
– Si c'est vrai. Tu ressembles à une fille, et si tu traînes avec les filles, on va t'embêter aussi ! »
Lee avait un peu peur, mais il était habitué à paraître fort pour sa sœur. Il aurait pu se lever et partir, il était plus grand que Philip, mais il préféra attendre que l'autre s'en aille. Il s'était fait traiter de fille avant, il avait déclenché des bagarres avant. Maintenant, il devait s'occuper de sa petite sœur, et rien d'autre.
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« Ulysses Javed. »
Il n'y eut pas de réponse. "Cinq ans", lut Severus avant de promener son regard perçant sur le petit groupe. Il n'y avait qu'un seul garçon aussi jeune. Sans doute d'origine pakistanaise, le petit garçon jetait des regards de côté en triturant son pull. Sous le regard sévère de Severus, il devint encore plus nerveux.
« C'est toi, Ulysses ? » demanda Remus en s'agenouillant près de lui.
Le garçonnet secoua vivement la tête, les yeux écarquillés. Sirius jeta un regard accusateur à Severus.
« Ne prête pas attention à Severus, il a toujours l'air méchant avant l'heure du repas. »
Severus pinça les lèvres. Le garçonnet hésita encore, puis courut vers les autres et se cacha derrière William.
« Bettina Jorkins », appela sèchement Severus.
°o°o°o°
Bettina monta sur la première marche de l'escalier, se laissa descendre d'un air ravi, puis se laissa remonter, et ainsi de suite. Elle jouait de cette façon depuis près d'un quart d'heure et ne s'en lassait pas.
« Eh, Bettina ! » appela Philip.
Elle se retourna. Son cousin était accompagné de Louis et d'un autre garçon.
« T'es moche », lâcha Philip, avant de se mettre à rire.
Bettina se tortilla un peu sans rien dire. Elle regarda Louis qui, légèrement en retrait, semblait assez mal à l'aise.
« T'es grosse comme un nippopotame », finit-il par lancer, avant de suivre ses copains qui s'éloignaient déjà.
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Sirius fronça les sourcils en voyant le petit Philip Bode pouffer à l'approche de Bettina. Si jeune, et déjà si cruel. La pauvre Bettina, qui cumulait un léger surpoids et de grosses lunettes, se mit à sucer son pouce.
« Louis Jorkins », appela Severus.
Le grand frère était plutôt du genre excessivement normal, si discret que l'on en oubliait qu'il était là. Il n'adressa pas un regard à sa sœur lorsqu'il passa près d'elle, ce qui tranchait étrangement avec l'attitude du jeune Headlock avant lui.
« Judy Kegg. »
Sirius regarda Remus, qui hocha la tête discrètement.
°o°o°o°
Judy remonta ses lunettes sur son nez.
« Bonjour, je m'appelle Judy. »
Sa voix était si fluette que Cassiopeia ne l'entendit pas. Ou, plus probablement, elle l'ignora délibérément.
Vexée, Judy se tourna vers les lits de l'autre côté de la pièce. L'autre fille s'était déjà installée dans le lit du haut et faisait des exercices étranges, les jambes en l'air.
Judy alla déposer sa valise au pied du lit du bas, s'installa avec un livre, et tira le rideau. Elle lisait bien pour ses huit ans, et elle adorait les contes. Elle connaissait ce recueil presque par cœur, son papa le lui avait lu des dizaines de fois… À présent, elle devait lire les histoires toute seule.
Plus tard, la fille d'au-dessus descendit, faisant légèrement trembler le lit. Judy retint sa respiration. Par le mince espace qu'elle avait laissé entre le rideau et le montant du lit, elle aperçut une grande silhouette longiligne s'éloigner vers la porte. Avant de sortir, la silhouette se retourna de son côté, l'aperçut et lui fit un signe de la main. Surprise, Judy ferma le rideau avec un couinement.
La porte claqua.
°o°o°o°
Severus fronça les sourcils.
« Achenar… Lestrange ? »
À côté, Sirius ne laissa passer aucune émotion sur son visage, et Severus en déduisit qu'il était déjà au courant. En revanche, si l'on en jugeait par la tension que l'on pouvait deviner dans les muscles de sa mâchoire, il ne s'était pas encore complètement fait à l'idée.
°o°o°o°
« Excuse-moi », dit une voix.
Achenar entrouvrit le rideau de son lit. La voix était celle de l'un de ses compagnons de chambrée, une espèce de gueule d'ange à l'air niais au possible.
« Quoi ?
– Est-ce que ça te dérangerait de prendre le lit du dessus ? J'ai un peu le vertige. »
Et puis quoi encore ? songea Achenar. Il détestait déjà ce mec.
« Nan. »
Tafiole, ajouta-t-il mentalement.
°o°o°o°
Le garçon qui s'avança paraissait davantage que ses douze ans. Ce devait être le fils de Rabastan Lestrange pour ce qu'en savait Severus, Rodolphus et Bellatrix n'avaient jamais eu d'enfant. Il posait tout autour de lui un regard de défi, comme persuadé de se trouver dans un environnement hostile. Ce qui pouvait bien être le cas : certains enfants parmi les plus âgés s'étaient agités en entendant son nom.
Un ange passa, puis Severus se ressaisit :
« Pasiphae Monagan. »
Décidément, les noms grecs étaient à la mode.
°o°o°o°
Pasiphae regarda ses compagnons de chambrée avec timidité. La fille qui ne parlait pas lui faisait peur, et l'autre, plus jeune, semblait déjà vouloir faire la conversation à la première à grand renfort de « pourquoi tu parles pas ? » Aussi s'approcha-t-elle du garçon.
« Tu veux mon doudou ? » proposa-t-elle gentiment en guise de signe de paix.
Ulysses considéra la chose sans forme ni couleur définissable dans les bras de la fillette et répondit :
« Non merci. »
Pour lui ce n'était pas de la politesse, c'était un seul mot : "nonmerci". Cela faisait plaisir aux parents quand on l'utilisait plutôt que juste "non".
« Tu t'appelles Ulys ?
– Ulysses, corrigea-t-il.
– Mon doudou s'appelle "Doudou". Doudou, dis bonjour à Ulys. »
Ulysses n'en avait rien à faire de Doudou. Il avait le même âge que Pasiphae, mais il était totalement au-dessus de ces trucs de bébés.
« T'es bête, c'est ton nom à toi que tu dois me dire.
– Zif ! »
Pasiphae avait toujours eu du mal à prononcer son prénom.
« Zif ?
– Oui.
– Tu mens.
– Non, je mens pas !
– T'es une menteuse, c'est pas ça ton nom ! s'emporta Ulysses.
– Pourquoi tu cries ? » fit alors la petite fille qui, jusque ici, inondait de ses babillements la fille qui ne parlait pas.
Elle se mit à parler à Ulysses, à grand renfort de « pourquoi t'es un garçon ? » et Pasiphae alla s'asseoir sur son lit, au-dessus de celui de la fille qui ne parlait pas en serrant don doudou.
Elle avait hâte que le gentil moniteur revienne.
°o°o°o°
« Rose Nettles. »
Severus crut une seconde qu'il voyait double. Il rebaissa les yeux vers sa liste et lut la ligne du dessous :
« Violet Nettles… »
Ah, pensa Severus. Forcément. Il fallait qu'il y ait des jumelles.
°o°o°o°
Rose s'était installée dans le lit du dessus, Violet dans le lit du dessous. C'était normal : Rose était l'aînée d'une demi-heure.
Bien que plus jeune de deux ans, Minerva vint aussitôt leur parler.
« Vous vous ressemblez beaucoup didonc, fit-elle comme si c'était la chose la plus fantastique au monde. Comment est-ce qu'on peut savoir qui est Rose et qui est Violet ?
– C'est facile, répondit Rose.
– Nous sommes Rose et Violet », dit Violet.
Minerva cligna des yeux.
« Mais comment je fais pour faire la différence ?
– N'y'a pas de différence, répondirent-elles en cœur.
– Violet est une petite fille noire avec des couettes, dit Violet.
– Et Rose est une petite fille noire avec des couettes », dit Rose.
Minerva sembla très déstabilisée.
« Alors si je veux vous appeler, je fais comment ?
– Tu dis "Rose et Violet"…
– Ou bien "Rose"…
– Ou bien "Violet"…
– C'est la même chose !
– Ah bon », fit Minerva. Elle réfléchit et ajouta : « C'est bien en fait, comme système : ça évite aux gens de se tromper tout le temps. »
Rose et Violet sourirent, de façon parfaitement identique. Minerva trouva ce double sourire un petit peu inquiétant.
°o°o°o°
« Barney Skively. »
Il y eut un nouveau blanc. "Onze ans", disait la liste. L'âge que Severus haïssait le plus.
Il avisa un garçon qui, le regard perdu dans le vague, reniflait bruyamment toutes les deux minutes.
« Barney Skively, répéta Severus, plus fort.
– Hein ? Ah », réagit le garçon.
Les bras ballants, il s'avança mollement jusqu'au groupe des enfants appelés, et repartit aussitôt dans sa rêverie en reniflant. Merveilleux, un mollusque, pensa Severus, avant de revenir à la liste.
« Eleanor Smethley. »
°o°o°o°
Alerte, Eleanor descendit de son lit pour se rendre au-dehors. C'était une belle journée, et elle tenait à en profiter.
Alors qu'elle allait sortir, elle remarqua qu'une fille l'observait derrière le rideau de son lit. Elle sourit et fit coucou de la main, mais la fillette, sans doute timide, referma le rideau. Eleanor haussa les épaules et sortit.
Le soleil se faisait haut, une tiédeur verte baignait la clairière. Quelques filles s'étaient assises à l'ombre de leur cabane les garçons couraient déjà dans tous les sens les moniteurs les surveillaient tout en discutant.
« Je m'appelle Barney », dit une voix enrouée derrière elle.
Elle sursauta. Le garçon avait un an de plus qu'elle, mais elle le dépassait de près d'une tête. Il renifla sans entrain.
« Tu veux jouer à cache-cache ?
– Euh… je crois qu'on va bientôt devoir aller manger.
– On fait un jeu de cartes ?
– Non merci, Barney.
– T'arrives à lécher ton coude ?
– Je crois pas. Désolée.
– Moi j'arrive, regarde.
– Tu sais quoi, j'ai un… truc à dire aux monos.
– Ah, bon.
– À plus tard, Barney. »
Elle s'efforça de ne pas courir.
°o°o°o°
Il y eut un murmure de perplexité générale quand Eleanor s'avança. Grande pour son âge, elle portait les cheveux courts et des vêtements de garçon qui rendaient son physique pour le moins ambigu. Pour la plupart, ce n'était pas le premier "garçon manqué" qu'ils voyaient, pourtant tous étaient surpris par Eleanor.
Seul Severus sembla s'en moquer comme de son dernier shampooing.
« Richard Tremlett.
– C'est moi ! » bondit illico un garçon.
Hyperactif, le classa Severus.
°o°o°o°
« Je m'appelle Rick, fit Richard à Philip et Louis.
– Moi c'est Phili… Phil. Et lui c'est mon cousin Louis.
– Salut les gars. »
Il leur serra la main comme s'ils étaient de grandes personnes, ce qui plut énormément à Philip.
« Louis ça craint comme nom, on t'appellera Lou, décréta Rick. Z'avez quel âge ?
– Huit ans.
– J'en ai neuf, donc c'est moi qui commande. Si ça vous plaît pas vous verrez avec mon père, ses gardes du corps vous casseront la gueule.
– Il a des gardes du corps ton père ? fit Louis, impressionné tant par cette information que par le vocabulaire étendu de Richard.
– Un peu ouais : mon père c'est le bassiste des Bizarr' Sisters.
– Ouah, trop cool ! s'exclama Philip.
– Je connais pas les Bizarr'Sisters, dit Louis. C'est quoi ?
– C'est un groupe de musique, débile ! fit Philip.
– Et c'est quoi un bassiste ?
– Oh, la ferme, Louis, dit Philip qui n'en savait rien non plus.
– C'est comme un guitariste mais en plus classe, expliqua Richard. Ça vous dit d'aller emmerder les filles après ?
– Ouais ! »
°o°o°o°
Severus n'était pas fâché de voir arriver le bout de la liste. À chaque nouvel enfant, il sentait sa dépression nerveuse franchir un nouveau seuil.
« Jonathan Wilde ? »
Un garçon extrêmement bien peigné s'avança sans hâte, et rejoignit silencieusement les autres, marchant le dos bien droit. C'était le premier enfant qui plaisait vaguement à Severus. Un enfant qui ressemblait à un adulte.
°o°o°o°
« Je peux t'appeler Jon ? demanda William.
– Non.
– Ah bon. Mais tu peux m'appeler Will, si tu veux.
– Je ne le ferai pas.
– Ah bon. Mais si on devient amis, plus tard…
– Je m'appelle Jonathan. Pas Jon. C'est tout.
– Ah… ah ouais… Pardon. »
Penaud, William sortit de la cabane. Ayant fini d'empiler ses affaires dans son armoire, Jonathan arrangea son col et sa cravate, et se redonna un coup de peigne derrière les oreilles.
°o°o°o°
« Et enfin, Wendy Wood. »
Tout le monde baissa les yeux vers la minuscule petite fille restée toute seule. À peine quatre ans et demi. Severus craignait de lui marcher dessus s'il ne faisait pas attention.
Remus s'occupa de la répartition dans les maisons, qui ne ressemblait pas beaucoup à la cérémonie d'entrée à Poudlard.
« La grande maison dans le fond, c'est la maison commune, avec les salles de bains, les cuisines, la bibliothèque et les salles d'activités. C'est là que vous devrez vous rendre d'ici une petite heure. La maison aux volets rouges sera pour, hum… Louis, Philip, Lee et Richard. Dans celle aux volets verts iront Minerva, Bettina, Rose et Violet dans celle aux volets jaunes Jonathan, Barney, William et Achenar. Judy, Eleanor et Cassiopeia, vous ne serez que trois, dans la maison aux volets orange…
– Je hais le orange, objecta Cassiopeia.
– Ah ? Eh bien, ne regarde pas tes volets, dit Remus. Pour finir, dans la maison aux volets bleus, il y aura Wendy, Ulysses, Pasiphae et Lilian. »
Ulysses parut horrifié. Il s'approcha de Sirius et tira sur sa robe.
« Mais… dit-il d'une petite voix. Pourquoi moi chuis avec des filles ?
– Comme vous êtes plus petits, vous ne pourrez pas faire exactement les mêmes choses que les autres, expliqua Sirius. Donc il faut que vous soyez ensemble. »
Ulysses eut l'air très malheureux.
« J'veux pas être avec les filles moi ! souffla-t-il à Sirius, trop fort pour ne pas être entendu de tous.
– Ce sera juste pour dormir, lui confia Sirius sur le même ton de confidence. Le reste du temps, tu pourras être avec les garçons. D'accord ? »
Ulysses était toujours effondré, mais il hocha néanmoins la tête.
« Avec Remus et Severus, on dormira dans la maison qui reste, celle du milieu, avec les volets mauves, finit Sirius pour tout le monde. Vous pourrez nous y trouver en cas de besoin, même en pleine nuit. Même si pour ma part, je camperai sûrement à l'extérieur la plupart du temps.
– Pourquoi ? fit Wendy.
– Parce que c'est plus drôle !
– Euh, Sirius… grimaça Remus.
– On pourra dormir dehors nous aussi ? s'exclama Richard.
– Peut-être, fit Remus évasivement. Allez vous installer dans vos maisons, maintenant ! Wendy, Ulysses, Pasiphae et Lilian ? Venez, je vous emmène. »
Tout le monde s'éloigna en petits groupes et il ne resta bientôt plus que Sirius et Severus.
« Et qu'est-ce qu'on fait en maintenant ? demanda Severus.
– On va déposer nos valises et celles de Remus dans la maison.
– Pendant une heure ?
– Non. »
Sirius fit claquer ses mains.
« Ensuite, on va faire la cuisine !
– C'est ça », ricana Severus.
Mais Sirius semblait très inspiré par cette idée.
« Tu n'es pas sérieux ? Black ? »
Sirius s'amusait de sa réaction.
« Tu dois m'appeler Sirius ici, Severus. »
Severus fulmina. Pourquoi n'écoutait-il jamais son for intérieur ? Depuis le début, il lui hurlait que cette colo serait l'une des pires expériences de toute son existence, peut-être même pire que le moment où il avait rejoint les Mangemorts.
Quoi ? Au moins, il y avait des moments où l'on s'amusait, chez les Mangemorts.
°o°o°o°
Remus rangea les affaires des petits et s'assura qu'ils n'aient pas de mal à s'installer sur les lits en hauteur. Si Wendy sautait déjà sur son matelas, qu'Ulysses faisait le cochon pendu sur la barre du lit et que Lilian allait attendre son grand frère à la porte, Pasiphae semblait assez préoccupée par la façon dont ils allaient dormir.
« Oui mais si je crie, tu entendras ?
– Bien sûr, ne t'en fais pas, on a tout prévu. »
Elle remit son pouce en bouche et frotta son doudou contre sa joue pour réfléchir. Puis elle reprit :
« Oui mais si je crie pas ?
– Tu fais des cauchemars la nuit ? s'enquit Remus.
– Des fois. Mais des fois aussi, il y a des choses qui bougent dans le noir.
– Pas ici, lui assura Remus. Il y a des protections magiques tout autour du campement, nous sommes les seuls à pouvoir entrer dans la clairière. En plus, tu vois l'escalier pour monter à la maison ? Il n'y a que pour des humains qu'il apparaît. Donc même si un monstre arrivait jusque là, il ne pourrait pas rentrer ! »
Pasiphae continuait à sucer anxieusement son pouce en frottant son doudou.
« Oui mais s'il vole ?
– Il ne pourra pas rentrer non plus, les fenêtres sont protégées.
– Et si y'a du l'orage ?
– Je viendrai moi-même m'assurer que tout va bien.
– Tu promets Remus ?
– Oui Pasiphae. »
Elle sourit de toutes ses dents de lait manquantes.
« Zif.
– Zif ?
– Oui, c'est ma maman qu'elle m'appelle comme ça. » Elle se rembrunit. « Avant. »
Remus lui caressa les cheveux.
« D'accord, Zif. »
°o°o°o°
De sa vie, Severus n'avait jamais été aussi soulagé de voir des elfes de maison.
En effet, par "faire la cuisine", Sirius avait apparemment voulu dire qu'ils allaient prévenir les trois elfes de Poudlard qui se cachaient dans les cuisines depuis leur arrivée qu'il était temps de préparer le repas. Bien que le désormais célèbre Dobby, qui avait aidé le non moins célèbre Harry Potter à vaincre Nous-Savons-Qui, eût remis en question la place des elfes de maison dans la société, la plupart des elfes, eux, tenaient encore à leurs corvées comme à la prunelle de leurs yeux. Et pour Sirius, qui n'avait jamais eu une vision très positive de ces petites créatures, c'était tout à fait normal.
« C'est donc ainsi qu'on apprend à cuisiner dans la famille Black, se moqua Severus.
– Je t'emmerde. »
L'un des elfes de maison, du nom de Chinky, émit un petit son désapprobateur.
« Brillante répartie, comme toujours, grinça Severus.
– Je sais cuisiner, d'accord ? J'ai vécu seul dès l'âge de dix-sept ans.
– Mais tu es toujours plus doué pour commander aux autres.
– Ce n'est pas un connard mégalomane dans ton genre qui va me faire la leçon ! »
Gardant le nez sur son fourneau, Chinky fit « tt, tt » à nouveau.
« Mes ambitions en tant que professeur ont leurs limites, rétorqua Severus. Je n'imagine pas qu'il vaille encore la peine de te faire la moindre leçon, ton cas est désespéré.
– Dans ce cas, fous-moi la paix, Snape !
– Tu dois m'appeler Severus ici, Sirius.
– Tt, tt, faisait Chinky.
– Toi, l'elfe, tu la boucles ! aboya Sirius.
– Chinky n'a rien dit », couina Chinky avec de grands yeux mouillés.
Horripilé, Sirius quitta la pièce.
« Monsieur Sirius n'a pas de respect pour les elfes de maison, soupira Chinky dès qu'il fut parti. Monsieur Severus défend les elfes, c'est un homme bon. »
Severus dévisagea l'elfe de maison avec une sorte d'effroi, puis, comme si on lui avait fait le pire des affronts, s'en alla des cuisines à son tour, le nez très haut.
°o°o°o°
Après le déjeuner et la courte sieste des plus jeunes, il fut lancé quelques jeux destinés à ce que les enfants commencent à faire connaissance. À cause des grandes différences d'âge, il était difficile de les intéresser tous à la même chose, mais il y eut une sorte d'engouement général pour une boule magique que l'on se lançait et qui, lorsqu'elle tombait par terre, hurlait une question à laquelle l'enfant fautif devait aussitôt répondre, sous peine de se voir imposer une autre question encore. Au bout d'une demi-heure, certains la jetaient par terre délibérément, et la balle hurlait dans tous les sens.
« QUELLE EST TA COULEUR PRÉFÉRÉE ?!
– Bleu. Non, jaune !
– RATÉ ! QUEL EST TON PRÉNOM ?!
– Louis ! C'est Louis ! »
Comme Lilian ne parlait pas, son frère répondait à sa place à chaque fois, et jusque là, il connaissait toutes les réponses. Lorsqu'elle fut fatiguée de jouer, Pasiphae alla voir Remus et demanda :
« Dis Remus, pourquoi Severus il se tape la tête sur le mur ? »
Remus s'aperçut alors que Severus se tenait contre un mur, front collé au bois, l'air pas vraiment comblé par la vie.
« Ça ne va pas, Severus ?
– Mal à la tête, grogna-t-il.
– Tu veux que j'aille te chercher une po…
– Nan. »
Il tourna un œil du côté de Remus.
« Je ne sais pas ce que je fais ici.
– On pense tous ça au début, mais le contact avec les enfants est vraiment…
– Nan. »
Il ferma les yeux.
« Je ne sers à rien ici. Kingsley vous aurait été cent fois plus utile.
– Ce n'est pas vrai, Severus.
– Oh, Lupin, ne contredis pas aussi platement une évidence, ça t'ôte toute crédibilité. »
Remus posa une main sur son épaule.
« Je le pense, Severus. Kingsley n'était pas très doué avec les enfants, il se laissait facilement déborder. Et moi… Disons qu'assez égoïstement, je suis content que les circonstances t'aient forcé à nous accompagner. »
Severus lui jeta un nouveau regard, intrigué.
°o°o°o°
« Qu'est-ce qu'ils se disent, Severus et Remus ? » demanda Minerva à Sirius.
Apparemment, la plupart des enfants parmi les plus jeunes se posaient la question et avaient cessé de jouer pour entendre la réponse. Sirius fit approcher les curieux et ouvrit les bras autour d'eux pour les mettre dans la confidence.
« Des mots d'amour.
– QUOI ?! laissèrent échapper Rose et Violet, avant de se couvrir la bouche mutuellement.
– Chut, c'est un secret ! prévint Sirius.
– Ça se peut pas ! protesta Richard. C'est des garçons.
– Comment, ça ne se peut pas. Va raconter ça à Severus, il risque de mal le prendre ! C'est l'amoureux de Remus.
– Il est bête alors, fit remarquer Philip. Les garçons vont avec les filles, c'est comme ça dans les histoires.
– Comment ? Et quand la princesse tombe amoureuse d'une grenouille, ça vous paraît plus normal ?
– Non, mais c'est un prince en vrai, dit Ulysses, qui était décidément très pertinent.
– Moi j'ai lu un conte où il y a deux princes qui se marient », fit Judy timidement.
Sirius s'en trouva quelque peu décontenancé, mais rebondit néanmoins rapidement :
« Vous voyez ? Judy connaît bien les contes, elle nous l'a dit dans le jeu.
– Alors ça se peut ? fit Louis, les yeux écarquillés
– Bien sûr. Et une princesse peut aussi être amoureuse d'une princesse, mais c'est une autre histoire qui vous sera contée une autre fois. Remus revient, on se disperse ! N'oubliez pas que c'est un secret ! Motus et…
– … bouche cousue ! » s'écria un petit chœur.
Très content de lui, Sirius se redressa et envoya un sourire à Remus.
« Maintenant, ça va être plus difficile, dit-il aux enfants en tapant dans ses mains. Quand la balle tombera, elle posera une question sur quelqu'un d'autre dans la pièce, et vous devrez trouver la bonne réponse ! »
Il lança la balle et les regarda tous se jeter dessus avec satisfaction. Une petite main tira sur sa robe et il s'aperçut que Minerva était restée à ses côtés.
« Dis, Sirius ?
– Oui ma grande ?
– T'as un amoureux ou une amoureuse, toi ? »
En une fraction de seconde, Sirius vit défiler le pitoyable historique de sa vie sentimentale.
« Euh, non. Pas vraiment.
– Chouette alors. »
Et elle s'en alla rejoindre les autres en trottinant.
°o°o°o°
Le dîner fut bien plus animé que le déjeuner. La plupart des enfants discutaient maintenant avec les autres et, assis au milieu d'eux, Sirius rayonnait.
« C'est effrayant ce qu'il a sa place parmi les enfants en bas âge », remarqua Severus.
Remus ne put s'empêcher de sourire. D'une façon ou d'une autre, ce qu'il avait dit à Severus dans l'après-midi l'avait rendu un peu moins méfiant à son égard, et il s'en réjouissait.
« Tu sais, je pense vraiment que Sirius et toi…
– Stop.
– …pourriez vous entendre. Vous n'êtes pas si…
– Ça suffit.
– …différents, vraiment ! Vous êtes juste…
– Lupin.
– …partis du mauvais pied, et vous êtes tous les deux trop fiers pour…
– Remus !
– Oui.
– C'est inutile. Tu vas nuire à ma digestion si tu continues. »
Remus touilla sa purée sans conviction. Depuis cet après-midi, il échafaudait des plans pour séduire – séduire ? Pardon ? Qu'est-ce que qu'est-ce ? Il échafaudait des plans pour établir une amitié stable et durable entre Severus et lui. Puis, dans un hypothétique avenir très improbable, entre Severus et Sirius. À un certain point, il en était conscient, il faudrait qu'il arrête de coucher avec Sirius, même si ce n'était pas souvent c'était le genre de choses qui ne facilitaient pas sa recherche du bonheur. Non que la chose soit déplaisante en elle-même, non, c'était seulement…
Il ne se rendait absolument pas compte que, tandis qu'il se laissait absorber par ses pensées, de nombreux yeux dans la salle lui jetaient de temps à autre des regards plus ou moins discrets, ainsi qu'à Severus assis à ses côtés.
« Pourquoi tu ne t'es pas assis avec Severus et Remus, Sirius ? demandait Minerva.
– Les amoureux aiment se retrouver rien que tous les deux de temps en temps », répondit Sirius avec un clin d'œil.
°o°o°o°
Dans la maison aux volets mauves, ce soir-là, les trois sorciers se couchèrent exténués. L'aménagement de leur maison était un peu différent des autres : ils avaient des lits à baldaquin simples au lieu de lits superposés, et ils avaient tous l'impression déstabilisante d'être revenus dans les dortoirs de Poudlard – dans le mauvais corps et avec les mauvais compagnons de chambrée.
Ils se couchèrent sans un mot. Remus, qui subissait encore le contrecoup de la pleine lune, s'endormit à l'instant où il ferma les yeux. Severus s'enfonça dans un sommeil pénible, emporté par la fatigue du corps, qui engourdissait l'esprit contre sa volonté. Sirius, lui, garda longtemps les yeux ouverts dans le noir, écoutant les respirations derrière les rideaux du lit, incapable de comprendre pourquoi la sienne était si faible.
Severus se réveilla sur le coup d'une heure du matin, dans une sensation de chute brutale. Il se leva dans l'idée de prendre l'air, et découvrit que quelqu'un avait allumé le feu magique situé au centre du campement, juste devant leur maison. Roulé en boule sous une couverture, Sirius dormait là, parcouru de tics nerveux, comme les chiens lorsqu'ils rêvent. Severus resta un moment ainsi, près du feu, à regarder Sirius dormir.
* Hair est une comédie musicale hippie des années 60 (culte mais totalement datée). Ce morceau est en réalité une reprise du groupe Fifth Dimension, mêlant deux chansons de Hair.
