Même s'il y a des tensions, ça ne veut pas dire qu'on ne compte pas...


Comment dire. Comment expliquer. Non, comment s'expliquer ce qu'il voyait. C'était inenvisageable. Inimaginable. Il se trouvait devant ce qui était censé être la maison – si on peut appeler ça comme ça – de Theo. Pourtant, et il avait beau le savoir pauvre, il ne pouvait pas croire qu'il puisse vivre là. Il faudrait être fou ou... d'autres éventualités ne lui venaient pas tout de suite en tête, en tout cas c'était inadmissible qu'un être humain puisse vivre là. Il vérifia sur le papier où il avait noté l'adresse, puis sur son téléphone qui lui avait indiqué la route grâce à son GPS et tout indiquait que l'enfoiré vivait bien là.

Il soupira, sa visite promettait d'être encore pire que prévu. Enfin, avec un peu de chance il n'y aurait personne, il n'aurait plus qu'à laisser les polycopiés devant la porte et partir le plus vite possible de cet endroit cauchemardesque. Jackson toqua à la porte et fut surpris qu'elle ne s'écroule pas rien que par cette action, par contre, elle s'ouvrit. Ce n'était visiblement pas un endroit où la sécurité excellait, en même temps, à la place d'un voleur il comprendrait qu'il n'y avait rien à voler ici. Par contre, il avait toute la liberté de passer à l'action pour tuer l'énergumène dans son sommeil.

Sans plus attendre, et sachant pertinemment ce qu'il risquait à faire ça, il commença à pénétrer dans la bicoque qui semblait ne contenir rien d'autre que de la poussière.

- Y'a quelqu'un ?

Personne n'avait l'air de vivre là à vrai dire, est-ce que la fouinasse aurait donné de fausses coordonnées ? Ça expliquerait pourquoi personne n'arrive à le joindre, ni lui ni ses parents, quel décérébré, vraiment. Il allait faire demi-tour lorsqu'il aperçut des traces de sang sur le parquet, et même pire que ça, elles semblaient être toute fraîche. Il mentirait en disant qu'il n'avait pas ressenti un un violent frisson de stupeur. Il n'avait pas la moindre idée de ce qu'il allait trouver au bout de ces tâches, qui continuaient visiblement, il ne voulait pas le savoir, tout ce qu'il voulait c'est faire demi-tour et ne jamais revenir dans ce taudis. Pourtant, une partie de lui était prise d'une inquiétude sans borne qui le poussa à continuer.

Arrivant finalement à une autre porte, il la poussa doucement, prêt à décamper si un tueur se trouvait derrière, son cœur battait à tout rompre. Il eut l'impression de mourir en voyant un corps gisant sur ce qu'il restait d'un vieux matelas.

Son cri résonna dans la baraque vide mais personne ne l'entendit. Il reprit ensuite difficilement son souffle et ne bougea pas durant plusieurs secondes voir quelques minutes. Il reconnaissait cette tignasse, oh il l'aurait reconnu entre mille et la peur lui tordait les tripes. La peur de soulever sa boite pour savoir si oui ou non le chat était mort.

Il finit par avancer un peu timidement, doucement, comme s'il avait peur de le réveiller, et c'est une fois prés de lui qu'il souffla de soulagement en se rendant compte que ce con était tout ce qu'il y avait de plus vivant. Là, il y avait des baffes qui se perdaient. En même temps, il n'allait pas le réveiller en le frappant pour lui avouer qu'il venait de lui faire la peur de sa vie, ça n'aurait absolument aucun sens.

Quoique...

Sans plus se soucier de quoique ce soit, le blondinet commença à mettre des petites tapes sur la joue de Theo.

- Allez ! Theo ! On se réveille !

- Hmm... murmura l'autre, complètement dans le coaltar.

- Je ne sais pas ce que t'as foutu, mais tu saignes espèce de guignol, si tu restes comme ça tu vas te vider de ton sang !

- Laisse-moi tranquille le bourges, t'as rien à faire ici. Grommela Raeken.

La tentation était grande pour le blondinet, oh oui. Mais s'il partait maintenant, il aurait la mort d'un camarade de classe – enfin camarade de classe un jour sur deux – pour le reste de ses jours et il ne pouvait pas se permettre une telle culpabilité. Il le fixa encore un instant et posa sa main sur son front.

- Et t'as de la fièvre en plus !

Autant parler à un mur, son ennemi s'était déjà rendormi, comme s'il se laissait mourir. Est-ce que tout ça découlait d'une tentative de suicide ? Impossible, Theo n'était pas du genre à se suicider. Bien qu'il ne sache pas exactement de quoi il était capable ou non, et puis à voir ce trou à rat, il pouvait tout à fais comprendre qu'on puisse vouloir mettre un terme à une vie aussi miséreuse.

Bien embêté, il regarda le jeune homme endormi qui paraissait tout à fais inoffensif à cet instant, il lui suffirait de le laisser là, il mourrait seul et lui foutrait enfin la paix. Sur le papier c'était bien, c'était même l'idéal. Seulement, il ne pouvait pas, il n'était pas aussi cruel. Il finit par prendre son portable et appela l'hôpital le plus proche, à peine eut-il commencé à parler que son portable vola à travers la pièce.

- Mais t'es malade ?!

- N'appelles pas l'hôpital !

- Faut te faire soigner !

- Je t'ai dis de partir alors fous le camps !

- C'est pas possible d'être aussi buté !

- Fais ce que tu veux, mais n'appelle pas l'hôpital... s'il te plaît.

Ajouta le miséreux avant de sombrer dans l'inconscience. Jackson le fixa perplexe, c'était la première fois qu'il utilisait le mot « s'il te plaît » en sa présence, jusque-là il pensait même qu'il ne le connaissait pas. C'est que le bougre tenait vraiment à ce qu'il n'appelle pas l'hôpital, il se demandait bien pourquoi seulement ce n'était pas Theo qui allait lui répondre pour le moment. Il ramassa son portable qu'il remit dans sa poche et attrapa le corps inanimé du blessé pour le traîner jusqu'à sa voiture où il l'allongea.

- Je te préviens, si tu dégueulasses mes sièges en cuir, je... je te ferais travailler pour moi le temps de les rembourser.

Jackson avait au moins compris une chose c'est que Theo n'avait pas beaucoup de moyen, peut-être même pas du tout. Où était ses parents ? Pourquoi vivait-il seul dans une maison aussi délabrée ? Tant de questions qu'il aurait préféré ne pas se poser, pour lui Theo était comme un point de repère dans sa petite routine et maintenant, il savait qu'il ne le verrait plus jamais de la même façon à son plus grand désarroi.

Il roula jusqu'à chez lui avec une seule peur au ventre. Plusieurs, en fait. S'il se faisait arrêter par les flics, qu'est-ce qu'ils diraient en voyant un mec à moitié mort dans sa voiture ? Qu'est-ce qu'il dirait si Theo mourrait dans sa voiture ? Au fond de lui, il y avait pire que tout ça réunis. Qu'est-ce qu'il deviendrait si Theo venait à disparaître de sa vie ? C'est vrai, il le détestait plus que quiconque, et se prendre la tête avec lui était une habitude, qu'il pensait déplorer. À y réfléchir maintenant, il se sentirait vide. Il n'aurait plus personne avec qui s'engueuler, à chaque instant il s'attendrait à le voir débarquer et monter sur ses grands chevaux, cependant personne ne viendrait.

Il n'irait peut-être pas jusqu'à penser qu'il aimait bien Theo mais sans se mentir, il avait une importance dans sa vie, plus d'importance que la plupart des gens. Ces gens qui lui ciraient les pompes à longueur de temps mais qui en réalité n'en avait rien à faire de lui. Au moins, Raeken était honnête avec lui, il pouvait lui accorder ça.

Une fois arrivé chez lui, il bénit Dieu que ses parents ne soient jamais à la maison et qu'il puisse ainsi monter le blessé jusque dans la chambre d'ami sans qu'aucune question ne soit posé. Il n'y avait que la femme de ménage qui lui avait adressé un regard avant de les lever aux ciels en secouant la tête, se disant certainement qu'il s'agissait là d'une nouvelle lubie. Jackson n'en fit pas grand cas, se contentant de la saluer avec un sourire, après tout c'est elle qui préparait aussi à manger, et il n'y avait qu'elle qui savait vraiment ce qu'elle mettait dedans. Du moment qu'elle faisait bien son boulot, il n'avait pas de raison de chercher les ennuis.

Le blondinet l'installa sur le lit qu'il n'utilisait habituellement jamais mais qui était toujours prêt pour un invité éventuel, avant d'appeler un médecin qu'il connaissait. Il le fit venir pour prendre soin de Theo qui n'avait pas repris conscience, le médecin lui assura que tout allait bien, il n'avait pas tant perdu de sang que ça, il lui donna des médicament approprié ainsi que des instructions précises pour que la guérison se passe pour le mieux. Bien sûr, Jackson n'hésita pas à lui graisser la patte pour que tout ceci reste entre eux. Le docteur saurait rester discret.

Une fois les soins donné au malade, le médecin repartit et Jackson prit place auprès de son camarade pour le surveiller tout en faisant ses devoirs. Il n'avait aucune envie qu'il se réveille seul et fasse de sottises pendant qu'il aurait le dos tourné. D'un autre côté, pas question qu'il néglige ses études pour un petit trou-du-cul qui n'aurait certainement même pas la décence de le remercier.

Les heures passèrent et franchement, ce n'est pas qu'il s'inquiétait mais il commençait à douter que Theo rouvre les yeux. Est-ce qu'il pouvait garder un comateux ici, ça c'était la question. En plus, ses parents finiraient par rentrer un jour, il ne voulait même pas imaginer leur réaction en trouvant un inconnu chez eux, et qui pourrait le surveiller demain ? C'est en se posant ces questions qu'il remarqua que le jeune homme commençait à bouger, puis s'éveiller doucement, le regard brumeux et l'air perdu.

- Qu'est-ce que...

- Tu es chez moi. Lui répondit sagement Jackson.

Raeken se redressa tout à coup, grimaçant sous la douleur qu'il ressentait et regardant Whittemore tout affolé, comme s'il venait de lui annoncer une mort imminente.

- Pourquoi je suis chez toi ? Pourquoi... t'as pris soin de moi ?

- Parce que dans le cas contraire, tu serais probablement mort à l'heure qu'il est.

- Tu n'avais pas à t'en mêler !

- Je crois que le mot que tu cherches c'est « merci », suivi d'un « Jackson je ne sais pas comment tu peux te montrer aussi généreux envers le connard que je suis. »

- Alors ça, tu peux toujours courir ! Le blondinet le regarda, accompagné d'un sourire en coin.

- Eh bien, tu peux dire tout ce qu'il te plaira, tu ne pourras nier que tu as une dette de vie envers moi.

Pour la première fois depuis que Jackson le connaissait, Theo resta sans voix, comme s'il hésitait entre lui sauter à la gorge ou lui accorder qu'il avait plus que raison à ce sujet. Mais il ne pouvait pas, c'était Jackson, s'il ne lui accordait ne serait-ce qu'un peu de terrain, il finirait par le bouffer tout cru !

- En plus de ça, maintenant je peux montrer à tout le monde combien tu es pitoyable, j'ai vu ta maison je te rappelle.

Fronçant les sourcils, Theo serra les poings à s'en faire blanchir les jointures avant de finalement se lever sous le regard curieux du blondinet, puis enleva son haut, se retrouvant à présent torse nu devant celui qu'il détestait, mis à part son pansement.

- Qu'est-ce que tu fiches ? Demanda le capitaine de lacrosse, pris au dépourvu.

- Je vais te rembourser ma dette. Affirma l'autre sur un ton qui ne laissait pas de place au doute quant à comment il allait faire ça.


- Est-ce que Jackson va se jeter sur lui comme une chatte en chaleur ?

- Non, je ne crois pas...

- Est-ce qu'il va se foutre de lui à s'en péter les côtes par terre ?

- C'est déjà plus crédible.

- Est-ce que Jackson va sauter sur l'occasion et se prendre une grande baffe dans la gueule ?

- T'es sérieuse là ?

- Vous le saurez dans le prochain épisode !

- ... *soupire blasé*

- *met le générique de les feux de l'amour*

- Je vais la tuer...