Qui sème le vent...
(partie II)
Avertissement : Les personnages de la série CSI sont la propriété des chaînes CBS et Alliance Atlantique, et je n'en tire toujours aucun profit lucratif.
Lorsque Catherine ouvrit les yeux le lendemain, le soleil semblait déjà haut dans le ciel. Après un bref regard autour d'elle, elle constata avec une certaine déception qu'elle était seule dans son lit. Elle se demanda pendant une fraction de seconde si tout celà n'avait pas été qu'un simple rêve, mais cette hypothèse fut largement invalidée lorsqu'elle posa le pied au sol et qu'elle tenta de se lever : Entièrement nue, les jambes en coton et la bouche sèche, l'impression de heurter un mur à chaque pas et un léger suçon au creux de son cou... pas de doute, elle avait bu la veille et n'avait pas passé la nuit seule.
Elle enfila un peignoir et prit la direction de la cuisine, où elle découvrit sur la table une boite d'ibuprofène ainsi qu'un petit mot écrit de la main de Sara.
« Je suis partie au labo, Griss m'a bipée ce matin. Tu peux m'appeler si besoin.
Merci pour la soirée,
Sara.
PS : J'ai pensé que tu aurais besoin d'un peu d'ibuprofène... »
Catherine lut le message plusieurs fois.
'Merci pour la soirée'... sobre, concis, et absolument aucun détail pour savoir ce qu'elle en avait pensé. Aucune référence à la nuit en elle-même non plus. Sara était-elle timide à ce point, ou avait-elle peur des conséquences ?
Son état ne lui permettant pas de trancher clairement, la blonde préféra se préoccuper seulement de l'ibuprofène et d'un bon bol de café, avant de se préparer pour affronter cette journée qui allait être -elle le savait déjà- des plus difficiles.
Comme Catherine l'avait imaginé, le reste de la journée fut éprouvant.
Il y avait longtemps qu'elle ne s'était pas retrouvée avec une gueule de bois aussi magistrale, avec un corps qui ne répondait que trop tardivement aux demandes de son cerveau. De mémoire, la dernière fois où elle avait autant bu devait être le jour de son mariage avec Eddie, et elle se rappelait maintenant pourquoi cet état fébril ne lui avait pas manqué durant toutes ces années...
Toute sa journée n'avait été faite que d'efforts. S'habiller, se laver, conduire, marcher, parler...
Et si aller rechercher Lindsay et devoir formuler des phrases claires et cohérentes face à la mère de Hannah avait été particulièrement difficile, les interrogations incessantes de sa fille sur son état et son travail de la matinée avaient carrément manqué de la rendre folle.
Sa seule consolation résidait dans le souvenir de la nuit passée avec Sara, non seulement parce qu'elle signifiait que le challenge était réussi, mais aussi à sa grande surprise parce qu'elle avait réellement passé une nuit très agréable dont les images qui lui revenaient en mémoire la faisaient encore rougir. Ca n'avait finalement absolument rien de comparable avec les amants qu'elle avait eu par le passé.
La pendule affichait maintenant près de vingt-deux-heures, mais sa journée était loin d'être terminée. Catherine venait de se garer devant le labo. Doucement mais surement, elle monta mécaniquement à son bureau, se hâta d'ouvrir sa malette et de saisir le dossier d'une affaire en cours. Elle avait repéré Grissom au coin du couloir, et elle espérait bien qu'il pourrait lui laisser la paix s'il voyait qu'elle était occupée. Mais c'était sans compter sur son estomac, qui se retourna dès que ses yeux se posèrent sur les photos monstrueuses de l'affaire, si bien qu'elle fut obligée d'abdiquer et de refermer le dossier aussi rapidement qu'elle l'avait ouvert.
- Fantastique... grommela-t-elle en se levant.
D'un pas mal assuré, elle se dirigea vers la salle de repos. Du café et un ibuprofène de plus, la solution n'était pas miraculeuse mais c'était ses seuls atouts pour espérer terminer son service sans finir à genoux.
- Hey Catherine !
Catherine ne se retourna même pas. Elle avait reconnu la voix de Nick, et elle savait qu'il ne venait que pour la harceler de questions sur sa soirée. Warrick et Greg le suivaient de près, tout aussi curieux.
- Alors ?
Catherine hésita un moment à leur répondre. Une partie d'elle-même voulait préserver jalousement le souvenir de cette nuit. Une partie d'elle-même était effrayée en imaginant ce qui pourrait se produire si Sara venait à l'apprendre. Mais une dernière partie d'elle-même lui hurlait de cracher le morceau pour qu'on la laisse tranquille avec tout ça. Et vu l'état dans lequel elle se trouvait, il n'était pas bien difficile de savoir quelle partie d'elle-même avait le dessus à cet instant.
- Mission accomplie, lâcha-t-elle finalement sans plus de détails, espérant que cette simple réponse lui permettrait d'avoir la paix.
- Quoi ?
Nick avait presque hurlé. Catherine jeta un coup d'oeil à la porte de la salle en faisant signe à son collègue de baisser le ton, persuadée que tout l'étage avait entendu.
- Mon Dieu, repris-t-il à mi-voix, tu as... vous avez... vraiment... ?
- Non ? Hésita Greg.
- Tu peux aller vérifier auprès d'elle mais je doute qu'elle le prenne bien...
- Wow, tu es ... bluffante... siffla Warrick plein d'admiration.
- Et c'était comment ?
- Le marché ne prévoyait pas les détails, Greg... rappela-t-elle, ne pouvant cependant réprimer un sourire alors qu'elle se revoyait dans les bras de Sara.
- J'arrive pas à imaginer... continua le jeune blond.
- N'essaye même pas en rêve ! Répliqua aussitôt Catherine, le fusillant du regard.
- En tout cas félicitations... Je ne pensais pas que Sara se ferait avoir aussi rapidement...
Catherine grimaça en entendant l'expression. Elle n'avait jamais espéré non plus faire tomber Sara en une soirée. Elle savait très bien, et d'autant plus maintenant qu'elle la connaissait un peu mieux, que Sara n'était pas du genre à céder à ses pulsions aussi facilement. Hormis peut-être la colère...
Mais la blonde avait soigneusement évité de se pencher sur les sentiments probables de Sara envers elle. Inconsciemment, une partie d'elle-même se doutait qu'elle avait été encore plus malhonnête et abjecte que prévu.
Trois jours s'étaient maintenant écoulés depuis cette fameuse nuit.
Trois jours durant lesquels Catherine avait écouté en vain son répondeur téléphonique, espérant y trouver un message de Sara. Trois jours durant lesquels elle avait fait son possible pour se retrouver en présence de la grande brune afin de lui parler, mais sans succès.
Un pressentiment étrange s'empara alors d'elle, lorsqu'elle ne put faire autrement que de remarquer que Sara l'évitait consciencieusement, changeant de couloir du plus loin qu'elle l'apercevait, quittant les pièces où Catherine pénétrait.
A vrai dire, la blonde ne savait pas réellement quoi penser de ce comportement. Peut-être que Sara était simplement gênée et qu'elle avait peur de renouer le dialogue après ce qu'il s'était passé. Ou peut-être... Catherine eut un léger pincement au coeur en pensant que peut-être Sara regrettait ce qu'elles avaient fait.
Mais, en y réfléchissant, elle n'était apparemment pas la seule que Sara tentait d'éviter, puisqu'il semblait en être de même avec tout les collègues du labo. Oui, depuis deux jours Sara passait le plus clair de son temps avec Robbins à la morgue, ou était recluse dans l'une des salles les plus isolées du labo.
Toutes ces réflexions commençaient à ronger la blonde. Est-ce que Sara savait ? Est-ce qu'elle regrettait ? Ou avait-elle d'autres problèmes qui n'avaient rien à voir avec tout ça ?...
Catherine avait maintenant besoin de réponses. Décidant de prendre le taureau par les cornes, elle arpenta le labo un bon moment avant d'enfin trouver la minuscule salle où la brune était en train de travailler, seule.
Elle en poussa lentement la porte et la referma aussitôt derrière elle.
- Hey ! Fit-elle en s'approchant de sa collègue.
- Hey... lui répondit cette dernière d'une voix monocorde.
- Ca ne va pas ? J'ai l'impression que depuis quelques jours tu es distante avec tout le labo...
A ces mots, Catherine avait posé une main sur l'épaule de Sara, mais cette dernière s'en dégagea rapidement. Elle ne répondit même pas à sa question, mais la profonde colère qui se lisait dans ses yeux jusqu'à en altérer leur couleur servit de réponse à la blonde : Sara savait.
Le sang de Catherine se glaça. Pendant une seconde, elle chercha à savoir comment sa collègue avait pu être au courant. Mais il y avait tellement de possibilités, et de toute façon aucune explication valable pour son attitude. Oui Sara savait, et finalement peu lui importait de savoir comment ou quand elle l'avait appris, l'essentiel -et le plus douloureux- étant qu'elle pouvait apparemment tirer un trait sur toute forme de relation avec Sara Sidle.
- Va t'en Catherine.
- Je ... Je suis désolée Sara, ce n'est pas...
- Ce n'est pas ce que je crois, non je sais... C'est pire que ce que j'avais cru.
Son ton était dénué de toute expression. Pas de colère, pas de reproche, c'était juste si froid et si distant que Catherine se sentit à cet instant plus insignifiante et méprisable que jamais.
- Je ne voulais pas te blesser...
Sara soupira, brusquement agacée.
- Ecoute, soyons honnêtes pour une fois, je me fous de ce que tu ressens comme tu te fous de ce que je peux ressentir. Si tu essaies de te racheter une conscience alors d'accord, ne t'en fais pas tu n'es pas la première à me blesser et m'humilier de la sorte, et tu ne seras surement pas la dernière. Je sais que je ne peux m'en prendre qu'à moi-même. Mais maintenant que tu as réussi ton stupide pari et que tu n'as plus besoin de moi, que ce soit clair : je ne veux plus avoir affaire à toi.
Ces mots durs résonnèrent longuement dans les oreilles de Catherine et la laissèrent sans voix. Non, contrairement à ce qu'elle avait espéré, elle ne se foutait pas de ce que Sara ressentait, et c'est justement ce qui la rendait malade. Elle se sentait lamentable d'avoir tout gâché pour un peu de fierté mal placée, et elle aurait donné n'importe quoi à cet instant pour que le défi n'ait jamais eu lieu.
A regrets, elle quitta lentement la pièce et se noya dans son travail pour le reste de la soirée.
Gil Grissom avait toujours fait confiance à chacun des membres de son équipe, et ce depuis leur arrivée. Lorsqu'on essayait d'avancer ensemble pour résoudre des crimes tels qu'ils en avaient chaque jour, c'était selon lui plus que nécessaire. Gil n'avait jamais été au fait de tous les potins du service, et il devait bien admettre qu'il s'en fichait. La vie de ses collègues ne l'intéressait pas -dans la mesure où elle n'influait pas sur leur travail- et il préférait ignorer les rumeurs qu'il entendait ici et là sur les petites habitudes de chacun. Il se savait assez perspicace et observateur pour repérer quand quelque chose d'assez sérieux se tramait dans son équipe, et réagissait toujours à temps avant que l'ambiance ne devienne trop insupportable, et surtout avant qu'Ecklie ne vienne s'en mêler.
C'est pourquoi il se trouvait ce soir là assis dans son bureau face à Catherine et Sara, avec l'impression de faire vivre une torture aux deux femmes rien qu'à les faire asseoir l'une à côté de l'autre.
- Bien, commença-t-il, je ne vais même pas prendre la peine de vous demander ce qu'il se passe entre vous, ça ne me regarde pas et ça ne m'intéresse pas. Ce qui m'intéresse, c'est vous, et l'équipe. Et actuellement je crois que vos tensions sont en train de miner le moral de chaque membre de l'équipe... à commencer par vous deux...
Catherine fixait assidûment ses chaussures tandis que le regard de Sara semblait s'être perdu sur un mur de la pièce. Gil soupira. Non, ça n'allait pas être simple.
- Je ne sais pas d'où vient votre problème, mais vous m'aviez semblé avoir fait des efforts toutes les deux ces derniers temps, de vous être rapprochées... Et brusquement, c'est l'ignorance...
Il jeta un rapide coup d'oeil vers Sara dont les yeux qui étaient toujours dans le vide s'étaient maintenant embués de larmes.
- Ignorance qui vous pèse, autant qu'elle pèse à l'équipe... statua-t-il
Catherine se mordait nerveusement la lèvre inférieure. Gil aurait pu jurer qu'elle était également au bord des larmes. C'est seulement à cet instant qu'il réalisa que le trouble entre les deux femmes était bien plus profond qu'une simple querelle de travail.
- Je peux jouer le rôle du réconciliateur, du médiateur, celui du confident si vous en avez besoin, mais au vu de la situation et de... des sentiments qu'elle engendre en chacune de vous, je pense qu'il serait préférable que vous soyiez assez raisonnables pour régler ça toutes les deux... Vous êtes adultes, vous travaillez ensemble, il n'y a rien qui ne doive vous éloigner à ce point l'une de l'autre, ni de l'équipe.
Les yeux de Catherine et Sara se croisèrent brièvement, avant de reprendre leur point d'origine.
- Si la situation ne s'améliore pas d'ici quelques jours, je serais obligé de prévenir Ecklie, s'il ne s'en est pas déjà rendu compte, et ça ne m'enchante pas plus que vous...
La pièce devint silencieuse un long moment. Gil observait les deux femmes dans l'espoir de voir émerger un début de réconciliation sous ses yeux, mais il n'obtint rien de plus que le mutisme dans lequel elles semblaient toutes deux plongées.
Au bout de quelques instants, Sara se racla la gorge et demanda :
- Est-ce que je peux retourner travailler ?
Il soupira avant d'acquiescer d'un signe de tête. Sara se leva et quitta la pièce rapidement. Catherine se leva alors à son tour, mais la main de Grissom se posa sur son bras pour la retenir un instant.
- Catherine... Je ne sais pas ce qu'il y a eu entre vous, mais j'ai comme l'impression que cette fois tu es plus coupable qu'elle... Je vous apprécie toutes les deux, je m'inquiète pour toi, mais également pour elle. Le boulot à l'air d'être la seule chose qui lui reste... Tu la détestes peut-être et tu as surement de bonnes raisons de le faire, mais c'est une très bonne CSI et tu sais comme moi que si Ecklie apprend qu'elle refuse de s'intégrer à l'équipe il n'hésitera pas une seconde à la virer... ce qui serait humainement dramatique, pour nous comme pour elle...
Catherine hocha gravement la tête, avant de quitter la pièce sans adresser un mot de plus à Gil.
Lui parler ou la laisser se faire virer...
Catherine reposa la cafetière sur son socle et attrapa la tasse brûlante entre ses mains. Elle vint s'asseoir sur le sofa, et soupira longuement. Grissom en avait de bonnes, comment était-elle censée lui parler alors que Sara avait été très claire sur le fait qu'elle ne voulait plus jamais avoir affaire à elle.
- Salut Catherine !
- Salut Rick, articula-t-elle avec un faible sourire.
- Alors ? Cette confrontation avec Grissom ?
Elle haussa les épaules, et il soupira.
- C'est pas prêt de s'arranger, hein ? Demanda-t-il en s'asseyant à ses côtés.
Elle hocha négativement la tête.
- Tu devrais essayer de lui expliquer... Ou je m'en charge si tu veux, je lui dirais que nous t'avons forcée à accepter...
- Et tu penses qu'elle va gober le fait que je me sois pliée à vos désirs ? C'est de Sara dont on parle, je te rappelle...
- Alors fais le.
- Elle préfèrerai se pendre que d'avoir à me parler...
- Je n'en suis pas sûr.
Catherine ne put réprimer un léger rire sarcastique.
- Excuse moi, j'oubliais que depuis que tu étais marié tu étais un pro de la gente féminine et que même sans l'avoir entendue me dire froidement qu'elle ne voulait plus jamais me parler tu savais exactement ce qu'elle pensait...
- Catherine... soupira-t-il doucement
- J'ai tout foutu en l'air, Rick. Je commençais à l'apprécier...
- Pourquoi crois-tu qu'elle t'en veut à ce point ?
- Parce que j'ai été malhonnête, horrible, et que je l'ai blessée...
- Oui, parce qu'elle y a cru.
Catherine haussa un sourcil et plongea son regard dans celui de Warrick. Elle y avait cru ?
- Ne sois pas stupide !
Warrick se leva et haussa les épaules. Apparemment sa supérieure n'était pas prête à entendre que Sara semblait bien plus attachée à elle qu'elle ne voulait le laisser croire.
- Parle lui... répéta-t-il simplement avant de quitter la salle de repos.
Catherine descendit de sa voiture et ajusta son manteau, avant de prendre la direction des blocs résidentiels. L'air était froid et sec, la nuit venait de tomber.
Elle avait déposé Lindsay chez Nancy quelques minutes plus tôt, puis avait appelé le labo pour demander une journée de repos. Elle savait que Sara avait quitté le labo tôt ce matin, Grissom lui ayant imposé vingt-quatre heures de repos au vu de ses nombreuses heures sup' effectuées ces derniers jours. Catherine avait alors pris son courage à deux main et s'était décidée à aller lui parler. Même si Sara ne voulait pas l'écouter, elle devait lui dire. Lui dire qu'elle regrettait, qu'elle aurait voulu revenir en arrière...
Elle s'arrêta sur le pas de la porte de Sara et frappa d'une main mal assurée. Il lui sembla entendre des bruits de pas, puis plus rien. Elle frappa une nouvelle fois, persuadée que Sara était derrière la porte mais qu'elle refusait de lui ouvrir.
- Sara, murmura-t-elle, je sais que tu es là.
- Et tu sais que je ne veux pas te parler... lui parvint faiblement la voix de derrière la porte.
- S'il te plaît... Je voudrais juste t'expliquer...
- Il n'y a rien à expliquer Catherine. Tu m'a utilisée, tu t'es foutue de moi, et j'ai été assez stupide pour...
La voix de Sara s'éteint soudainement sans qu'elle ne finisse sa phrase.
- J'ai été la plus stupide, j'en suis désolée, et je voudrais vraiment te le dire autrement qu'au travers de cette putain de porte avec tes voisins qui écoutent... soupira-t-elle bruyamment, agacée.
Contre toute attente, un bruit de cliquetis parvint à ses oreilles et la seconde d'après, la porte s'ouvrit. Catherine observa un instant la grande brune. Ses traits étaient tirés, bien plus qu'à l'ordinaire, et son regard sombre posé sur elle semblait vide de toute émotion. Catherine ferma un instant les yeux alors qu'elle sentait déjà les larmes monter en elle, prenant cette fois pleinement conscience du mal qu'elle avait pu lui faire.
Lentement Sara s'écarta de l'entrée pour laisser passer Catherine, avant de refermer la porte. Les bras croisés, ses yeux scrutaient maintenant sa moquette beige en attendant que Catherine se décide à parler. Elle avait accepté de la faire entrer pour l'écouter à l'abri des oreilles indiscrètes, mais elle n'avait absolument pas envie d'une conversation. Tout ce dont elle avait envie c'était que la blonde finisse son monologue le plus rapidement possible, qu'elle soulage sa conscience, puis qu'elle reparte comme elle était venue.
De son côté, Catherine ne savait pas par où commencer. Beaucoup de choses se bousculaient dans sa tête, beaucoup d'interrogations, de sentiments divers, mais elle ne voulait ni effrayer Sara, ni la mettre mal à l'aise. Et formuler clairement ce qu'elle avait à dire sans que cela ne puisse être mal interprêté par la grande brune semblait au-dessus de ses forces.
- Je t'écoute... lança finalement Sara qui s'impatientait face au silence de sa collègue.
- Je suis désolée... commença fébrilement Catherine
- Change de disque... soupira Sara d'un air las, refusant toujours de poser les yeux sur la blonde.
- Sara... Je ne sais pas ce que tu as entendu ou comment tu l'as appris, alors je vais reprendre du début... Oui, effectivement, un soir pas fait comme un autre j'ai accepté un défi outrageant que les garçons m'avaient proposé à ton sujet. Je... je sais que c'est stupide, puéril et immonde, ils m'avaient demandé quelque chose de totalement malsain dans l'espoir que je refuse, et sur le moment je n'ai même pas réalisé ce que ça impliquait réellement... Quand j'ai accepté, je voulais juste leur prouver qu'ils avaient tort, que je pouvais relever l'impossible, mon ego a pris le dessus sur ma raison.
- Mais tu n'as pas annulé lorsque tu es revenue à la raison, ajouta froidement Sara.
Catherine soupira longuement.
- Non. Annuler, c'était un échec, c'était admettre que j'étais faible, et je ne voulais pas me l'entendre dire à ce moment.
Elle marqua ue courte pause, ses yeux rivés sur la brune.
- Nous ne sous sommes jamais entendues Sara, je pensais que tu me détestais, que je te détestais, que... que même si j'allais au bout du défi, ça n'aurait aucune espèce d'importance pour aucune d'entre nous puisque nous n'avions aucun sentiment l'une envers l'autre. Et de toute façon, tu me détestais tellement que je ne pensais pas que nos relations puissent être pire après ça...
- Je ne t'ai jamais détestée...
- Je sais, mais je ne l'ai compris que plus tard. Lorsque nous avons commencé à nous rapprocher, qu'une amitié a commencé à naître entre nous, quand j'ai commencé à entrevoir celle que tu es vraiment. Mais je n'ai pas pu annuler. Je ne sais pas pourquoi, et je m'en veux encore... Je voulais juste voir jusqu'où je pouvais aller, je suppose... Savoir si j'étais encore capable de séduire quelqu'un... si j'étais capable de te séduire, toi... Mais je t'assure qu'à aucun moment je n'ai voulu te faire mal, Sara.
- Pourtant ça surpasse largement tout ce que tu as pu me dire de blessant en cinq ans...
La colère avait fait surface dans les yeux de Sara, maintenant posés sur Catherine. L'agressivité de son ton ne lui servait qu'à contenir le flot de larmes qu'elle se refusait à verser face à celle qui l'avait blessée.
- Je le sais, et je n'attends pas que tu me pardonnes comme ça. Mais je tiens à toi Sara, quoi que tu puisses en penser je t'apprécie et je te respecte...
- Je ne peux pas le croire, comment peux tu me parler de respect ? Coupa finalement la brunette. Tu as couché avec moi par jeu, Catherine ! Pour prouver au labo que tu valais quelque chose tu as décidé que je ne valais rien, que je n'étais qu'un jouet sans importance...
- Non, ce n'est pas vrai... murmura Catherine alors que des larmes commençaient à rouler le long de ses joues.
- Si tu m'avais respectée, tu aurais eu un peu plus de considération pour mes sentiments, tu aurais réfléchi au mal que ça allait pouvoir me faire de me sentir ainsi humiliée, et surtout tu aurais eu le bon goût de ne pas te vanter de tes prouesses à mes dépends devant tout le labo...
- Ce n'est pas... ce n'est pas ce que je voulais... j'ai été bête, mais quoi que tu en penses je t'assure que je ne voulais pas te blesser... lâcha Catherine.
Il y eut un silence pesant, avant que Sara ne hoche lentement la tête en soupirant.
- Je ne suis même pas sure de t'en vouloir réellement... reprit-elle finalement.
Son ton était plus calme, sa voix légèrement tremblante, et il ne fallut qu'un regard à Catherine pour s'apercevoir qu'une larme avait commencé à perler sur son visage. La brune semblait faire des efforts surhumains pour retenir ses sanglots.
- Tu t'es donné les moyens de parvenir à tes fins, ça n'avait rien de stupide, tu as même bien choisi ta cible puisque je me suis laissée embobiner sans rien voir... C'est moi qui ai été la plus idiote des deux, en me laissant abuser de la sorte, en te faisant confiance, en pensant tout naïvement que tu pouvais réellement avoir envie de devenir mon amie, que tu pouvais réellement avoir envie de moi... C'est à moi que j'en veux, plus qu'à toi...
- Je le voulais Sara... J'en avais envie... Cette nuit là, je...
- Arrête ! supplia Sara, les yeux fermés.
- Non... Cette nuit là, à ce moment là... ce n'est pas le défi que j'avais en tête, je n'avais pas l'intention de prouver quoi que ce soit à quiconque, je voulais juste... je... j'ai entièrement voulu ce qu'il s'est passé...
Sara tentait par tous les moyens de contrôler sa respiration, ses émotions, ses larmes qui ne demandaient qu'à jaillir librement. Mais cette lutte avec elle-même était épuisante, et elle n'était pas certaine de pouvoir tout contenir encore bien longtemps. La colère, la haine, la peur, l'humiliation, la douleur, l'amour... tout était trop intense.
- J'aurais pu comprendre beaucoup de choses, Catherine. J'aurais pu comprendre que tu regrettes le lendemain, que l'alcool t'aie fait faire quelque chose dont tu n'avais pas réellement envie, j'aurais été prête à faire comme si rien ne s'était passé entre nous cette nuit là pour préserver cette foutue amitié. J'aurais été prête à faire taire mes sentiments... Mais là, je ne peux pas. C'est au dessus de mes forces. Tu auras beau me dire ce que tu veux, et même si me faire souffrir n'était peut-être pas ce que tu recherchais, je persiste à croire que ça t'importe peu de savoir ce que j'ai ressenti à quelque moment que ce soit... Et si je ne peux pas t'en vouloir pour cela, je préfère dorénavant me tenir loin de toi pour éviter d'avoir mal...
Catherine réfléchit un instant alors que les dernières paroles de sa collègue faisaient écho à ce que lui avait dit Warrick un peu plus tôt. Etait-il possible que la brune ait de réels sentiments envers elle ? Qu'elle ait réellement espéré que la nuit passée ensemble ait été le début d'une relation plus sérieuse, plus intime entre elles ?
- Alors... Il ne s'agissait pas d'une simple aventure pour toi ? hasarda-t-elle au bout de quelques secondes.
A nouveau, Sara ferma les yeux et prit une profonde inspiration. A quoi bon tenter encore de cacher ce que Catherine avait enfin fini par comprendre ?
- Non, ce n'était pas une simple aventure pour moi... Mais peu importe. J'aurai eu mal même si ça avait été le cas...
- Je ne savais pas... murmura Catherine.
- Ca ne change rien aujourd'hui. Le résultat est le même... Maintenant, si tu veux bien m'excuser, je commence à être épuisée...
Sentant qu'elle était sur le point de craquer, et se refusant à le faire face à la blonde, Sara s'était levée et avait rouvert la porte d'entrée, incitant Catherine à quitter son appartement. Cette dernière, toujours perdue dans le flot de pensées qui l'avait envahi suite à l'aveu de Sara, émit un faible au revoir avant de quitter la pièce sans même oser poser les yeux sur sa collègue.
Lorsqu'enfin la porte se fut refermée, Sara se laissa glisser le dos au mur. Lentement elle ramena ses genoux contre sa poitrine et y enfouis sa tête. Alors, ses ongles plantés dans ses paumes de mains qu'elle serrait aussi fort que son état le lui permettait, elle laissa sortir toute la colère qui bouillait en elle depuis si longtemps, et ses larmes se mirent enfin à couler librement sur son visage.
Un profond malaise avait agité les pensées de Catherine toute la soirée. Ne se sentant pas la force de passer la nuit seule après l'échange douloureux qu'elle avait eu avec Sara, elle avait préféré retourner chez sa soeur. Il n'était pas encore trop tard et Lindsay n'était pas au lit. Elle avait passé quelques minutes à discuter avec Nancy face à une tasse de café le temps que l'adolescente rassemble ses affaires, en évitant soigneusement de parler de ce qui la préoccupait.
Sa soeur n'était pas dupe, et avait partiellement compris ce qui se tramait entre Catherine et Sara, cette collègue « insupportable » aux dires de Catherine qui d'après Lindsay était adorable et passait de plus en plus de temps avec elles. Mais Nancy n'était pas du genre à faire un quelconque reproche à sa soeur, pas plus qu'elle n'avait envie de la forcer à se confier à elle, et ce soir plus qu'un autre, Catherine lui en était reconnaissante.
Lorsque Lindsay fut enfin prête, mère et fille reprirent la voiture pour rentrer chez elles. Mais, si Nancy avait soigneusement respecté la volonté de Catherine de ne pas parler de ce qui la chagrinait, Lindsay n'avait pas l'air de l'entendre de la même oreille.
Que sa mère prenne un jour de repos à la dernière minute, qu'elle vienne la rechercher alors qu'elle aurait pu profiter de sa nuit seule à la maison, tout cela ajouté à l'air absent et contrarié de Catherine nourrissait les craintes de la jeune fille qui ne put s'empêcher d'engager la conversation dès qu'elles franchirent la porte de la maison.
- Est-ce que tu va me dire ce qu'il se passe, m'man ?
- Rien chérie, je ne suis juste pas en forme ce soir...
- J'avais remarqué... Mais la dernière fois que je t'ai vu faire cette tête, c'était à la mort de papa, alors j'estime avoir des raisons de m'inquiéter... continua doucement la jeune fille en posant son sac à dos.
- Rassure toi, je n'ai aucune mauvaise nouvelle à t'annoncer...
- Tu veux garder ça pour toi alors ?
- Je préfèrerai, si ça ne t'ennuie pas.
Lindsay haussa les épaules. Bien sûr que ça l'ennuyait. Mais elle n'était pas une Willows pour rien...
- Je parie que ça a à voir avec Sara...
Catherine se raidit involontairement en entendant son prénom, et Lindsay sut qu'elle avait visé juste.
- Vous vous êtes redisputées ? hasarda-t-elle
- Non... je...
Catherine soupira. Lindsay était très forte.
- Je lui ai fait très mal, sans le vouloir.
- Et alors quoi, tu lui as tiré dessus avec ton arme de service ?
- Ne dis pas de bêtise, Linds... Je lui ai fait mal avec des mots, avec des gestes.
Lindsay réfléchit un instant.
- Ma prof d'histoire dit toujours qu'en matière d'être humain, rien n'est irréparable...
- Dans ce cas il va falloir que j'aille lui exposer mon cas pour qu'elle me donne des conseils, lança Catherine avec un léger sourire à l'attention de sa fille.
Lindsay lui rendit son sourire, puis se hâta de regagner sa chambre.
- Linds ? Murmura Catherine avant que sa fille ne referme la porte de son sanctuaire, ça t'ennuie de dormir avec moi cette nuit ? J'ai besoin d'un peu de compagnie...
La jeune fille réapparut sur le seuil de sa porte, un oreiller dans une main et son pyjama dans l'autre.
- Tu ne crois pas que j'allais te laisser toute seule alors que tu ne m'as pas tout dit ! Plaisanta-t-elle en prenant cette fois la direction de la chambre de sa mère.
- Je ne t'en dirais pas plus Lindsay, ne rêve pas...
- Je te ferais parler dans ton sommeil ! Gloussa la jeune fille avant de s'introduire dans la salle de bains.
- Tu n'as pas relevé les empreintes dans la voiture ?
Il s'était déjà écoulé plus de deux jours depuis que Gil avait convoqué les deux jeunes femmes dans son bureau. Sentant que la tension entre les deux ne s'était pas dissipée, il avait pris le parti de ne pas les affecter sur les mêmes affaires. Ainsi, cette nuit là, pendant que Catherine et Warrick enquêtaient loin de Vegas, Greg et Sara avaient été chargés d'enquêter sur une fusillade entre deux voitures qui avait éclatée dans le quartier Ouest de la ville.
Maintenant de retour au laboratoire, ils s'affairaient tous les deux à analyser les indices collectés sur la scène de crime. Sauf que, étrangement, les indices manquaient...
- Tu n'as pas relevé les empreintes ? Mais c'est pas possible ! Répéta Greg, les yeux écarquillés.
- Non, j'ai cru que je l'avais fait, mais j'ai oublié... fit-elle en retournant à son microscope.
Greg n'en croyait pas ses oreilles. Une erreur de débutante de ce genre ne correspondait tellement pas à Sara, le ton détaché qu'elle prenait face à un événement aussi grave ne correspondait tellement pas à Sara, qu'il finissait par se demander si la femme qui se tenait assise devant lui était réellement Sara Sidle.
- Mais enfin, commença-t-il avec un rire nerveux, comment penses tu boucler l'enquête s'il nous manque la moitié des indices ?
Sara haussa les épaules.
- On aura qu'à y retourner... lâcha-t-elle platement avant de retourner à son microscope.
Greg nageait en plein délire et attendait le moment fatidique du réveil. Il ne savait pas s'il devait se montrer furieux, ou tenter de comprendre Sara, lui parler franchement ou s'en référer à Grissom... Il n'était sûr que d'une chose, c'était que la brune traversait une mauvaise période et qu'elle avait probablement plus besoin de soutien que de sermons. Il s'approcha d'elle et posa une main sur son épaule, en espérant qu'elle détache ses yeux du microscope et qu'elle accepte de parler avec lui. Mais ce bref contact la fit sursauter, et elle perdit l'équilibre en tentant de se lever.
- Tu as bu ? Lui demanda-t-il en fronçant les sourcils.
- Comme si ça ne t'arrivais jamais...
- Jamais quand je suis de garde... Combien de verres ? Demanda-t-il plus fermement.
- Quatre ou cinq, j'en sais rien... Ca va, c'est pas la mort, je suis encore capable de...
- Non Sara, tu as vu ton état ! Tu n'es pas capable de bosser correctement, tu as oublié les empreintes, et je finis par me demander si tu portais tes gants quand nous sommes arrivés sur les lieux... L'enquête est foutue, nous venons de perdre quatre heures, on a plus qu'à tout recommencer et comme si ça suffisait pas on risque de se retrouver avec une enquête interne au cul !
Cette fois son ton était furieux. Jamais Sara n'avait vu Greg s'énerver contre l'un des membres de l'équipe. D'ordinaire, elle aimait beaucoup travailler avec lui. Son tempérament plutôt calme et joueur avait tendance à l'apaiser, elle qui s'emportait souvent pour des broutilles. A y réfléchir, c'était peut-être pour cela qu'ils s'entendaient si bien...
Enfin, ce soir là, tout n'allait pas pour le mieux dans le meilleur des mondes entre eux. D'accord, Sara reconnaissait qu'elle n'aurait pas du boire avant de venir bosser, mais ce n'était pas une raison pour s'énerver comme ça contre elle.
- Ok, dit elle froidement en prenant son trousseau de clés, j'y retournes et toi tu continues ici...
Il la saisit brusquement par le bras avant qu'elle ne quitte la salle, et récupéra ses clefs au vol.
- Il est hors de question que je te laisse aller où que ce soit dans cet état, et surtout pas en voiture !
Son ton se radoucit aussitôt qu'il vit la colère s'immiscer dans les yeux de la brune.
- Je n'ai pas envie qu'il t'arrive quelque chose... continua-t-il. Je sais que tu n'es pas bien en ce moment, je sais que c'est aussi de ma faute et j'aimerai t'aider Sara, mais je ne peux pas supporter de te voir te...
- Epargne moi tes salades, Sanders ! Le coupa-t-elle brusquement. Blabla c'est ma faute, blabla non c'est de la mienne, j'entends ça à longueur de journée, ça vous amuse de vous sentir tous un peu coupable mais pas responsable ? Est-ce que ça change le regard que vous avez sur moi depuis qu'elle vous a dit que je m'étais faite baiser comme une bleue à la première occasion ?
Sara dégagea son bras de l'emprise de Greg d'un mouvement brusque et plongea son regard noir de colère dans celui de son équipier, semblant attendre une réponse. Face au mutisme de Greg, elle ne put réprimer un petit rire amer.
- Apparemment non...
La dessus, elle arracha littéralement ses clés des mains de son collègue, quitta la pièce et prit rapidement le chemin des vestiaires, sous les yeux effarés de l'analyste qui avait encore du mal à réaliser ce qu'il venait de se produire.
- J'ai terminé ! S'écria Catherine en terminant la série de photos d'une balle d'un gros calibre retrouvée à moins de trois mètres du corps sur lequel elle enquêtait.
- Ok, je finis de poser tout ça dans la voiture et on repart ! Lui dit Warrick alors qu'il ouvrait l'immense coffre de leur voiture de fonction.
Quelques minutes plus tard, ils s'installèrent tout deux à bord de la voiture, poussant de grands soupirs de soulagement, et Warrick mit enfin le contact. Ce soir là, Gil leur avait confié une enquête dans une petite ville perdue à la frontière du désert, située à plus d'une heure de route du labo. Un corps mutilé, dont David avait estimé la mort à plus de 48 heures, avait été découvert à l'arrière d'un magasin à l'abandon.
Catherine et Warrick avaient relevé au moins sept empreintes de pas différentes, de multiples balles au calibre divers, et une bonne vingtaine de petits indices qui leur laissaient présager que leur nuit allait être longue.
Alors que Warrick mettait en route le lecteur cd de la voiture, se calant plus confortablement dans le siège du conducteur, Catherine passa machinalement une main sur son visage en soupirant profondément, tentant vainement de chasser la fatigue accumulée ces derniers jours.
- Mal dormi ? Lui demanda Warrick essayant d'engager la conversation.
Pour toute réponse, Catherine hocha la tête. Warrick savait très bien qu'elle dormait mal depuis que Sara lui en voulait à mort, mais il avait également remarqué que depuis que les deux femmes s'étaient parlées les traits de Catherine semblaient encore plus tendus et fatigués.
- J'imagine que votre discussion n'a rien arrangé... commença-t-il d'un ton qui se voulait le plus léger et rassurant possible.
- Non, en effet...
Catherine ne savait pas si elle avait envie de parler de tout cela ce soir. Elle était épuisée, et avait déjà assez de mal à se concentrer sur l'enquête, elle n'était pas sure que parler de Sara l'aide beaucoup à focaliser son attention sur le crime dont ils étaient chargé. D'un autre côté, ce n'est pas comme si elle avait énormément de monde à qui parler de ce qui la chagrinait tant, et elle savait que Warrick était un précieux soutient moral.
Comme s'il avait lu dans ses pensées, Warrick n'ajouta rien de plus. Il avait balisé le terrain, était prêt à écouter Catherine si elle voulait lui parler, la balle était maintenant dans le camp de la blonde.
Il y eut encore de longues minutes de silence, avant qu'elle ne se décide à parler.
- Tu avais raison.
- A propos de quoi ?
- Elle y a cru, soupira Catherine. Je ne savais pas... Je ne pensais pas...
- Sara peut se montrer très douée pour cacher ce qu'elle pense ou ce qu'elle ressent.
- Oui... Mais si je l'avais su, j'aurais arrêté avant, je n'aurais pas joué avec ses sentiments de cette manière... Je suis certainement une conne égoïste, mais je ne suis pas monstrueuse à ce point... Je... Je pensais vraiment que ça ne nous ferait rien... Et naïvement, j'avais oublié qu'elle était enquêtrice et qu'elle découvrirait sans peine qu'il ne s'agissait que d'un jeu...
Warrick la regarda. Leurs voix se turent un instant.
- Il ne s'agissait que d'un jeu ? Demanda-t-il finalement.
L'un des côtés de Warrick qui pouvait agacer Catherine au plus au point, c'est qu'il avait le don de mettre le doigt sur les détails qui faisaient mal.
Catherine laissa alors sa tête basculer sur l'appuie-tête du siège, réfléchissant à la question.
- Je ne sais pas exactement...
Non, Catherine ne savait pas exactement quand le jeu s'était arrêté, ni même ce à quoi il avait laissé place. Mais elle était certaine que, malgré l'alcool, lorsqu'elle avait supplié Sara de s'abandonner à elle ce soir là, il n'était plus question de jeu ou de défi, mais d'un réel désir de sa part.
- Il serait peut-être temps de mettre au clair tes sentiments pour elle... laissa-t-il échapper doucement.
Mettre ses sentiments au clair. Comment pouvait-elle espérer un peu de clarté dans ce qui semblait être le plus grand bordel auquel elle n'ait jamais eu affaire ?
En réalité, Catherine ne savait pas comment définir cette sensation étrange qu'elle avait lorsqu'elle était en compagnie de la brune. Certes quelque part il y avait une attirance, mais le charme de Sara agissait sur les trois-quarts du labo, elle ne pouvait pas vraiment conclure que cette attirance signifie réellement quelque chose. Mais il lui était en revanche beaucoup plus difficile de déterminer si son attachement à Sara n'était que purement amical, où si quelque chose de plus profond avait commencé à prendre place dans son coeur...
Sara marchait maintenant depuis plusieurs minutes, longeant les trottoirs de la ville au gré de ses envies. Après son altercation avec Greg, elle avait roulé de longues minutes à la périphérie de Vegas. Elle avait longuement hésité à rentrer chez elle, mais elle savait que seule dans son appartement, la colère l'aurait encore emporté sur le reste de ses sentiments et elle était épuisée de se battre sans cesse contre elle-même.
Non, ce soir, elle préférait un peu de compagnie.
Ainsi au bout d'une demi-heure, lorsqu'elle en avait eu marre de rouler sans but, elle avait laissé sa voiture dans une rue surpeuplée et s'était frayée un chemin vers des rues moins passagères, moins éclairées, où elle savait qu'elle pourrait trouver sans problème un bar glauque et bondé pour s'adonner à la boisson sans sentir un regard désapprobateur derrière son dos.
Elle venait d'ailleurs de trouver ce qu'elle cherchait. Devant elle se dressait l'enseigne du 'Drew'z choppy cheap stuff', un bar miteux pourtant plein à craquer, éclairé par un néon pourri prêt à tomber. Sara prit une grande inspiration et poussa la porte de l'établissement. Une fumée épaisse vint aussitôt lui chatouiller les bronches alors que les grognements de clients bourrus au milieu d'un brouhaha général commençaient à résonner à ses oreilles. Elle s'avança prudemment jusqu'au bar, prit un siège et passa commande auprès du jeune serveur.
Elle laissa ensuite son regard se promener dans la pièce aux murs jaunis par la nicotine. Cinq vieilles tables rectangulaires en bois clair accueillaient les clients du bar et étaient réparties de façon plus ou moins régulières de façon à occuper tout l'espace de la salle. Un jukebox crasseux collé au mur du fond crachait difficilement quelques notes de jazz que personne n'écoutait réellement. Non loin du bar, un vieil escalier en bois d'ébène où montaient régulièrement quelques couples semblait mener vers un étage à la fonction toute particulière. Mais ce soir, la principale attraction de l'établissement provenait de la table centrale, où quatre hommes d'une cinquantaine d'années disputaient une partie de poker endiablée. Sara ne put s'empêcher de remarquer qu'à leur côtés était assise une jeune femme légèrement vêtue, la vingtaine à peine dépassée, un sourire crispé collé au visage. Le trophée, songea amèrement la brune.
Le serveur interrompit ses pensées en déposant un verre ébréché empli d'un liquide brun face à elle. Aussitôt elle le porta à ses lèvres. Elle ferma les yeux lorsqu'elle sentit le liquide brûler légèrement le fond de sa gorge, et finit son verre d'une traite avant de renouveler sa commande.
- Hey ! L'accosta soudainement une jeune femme en s'asseyant sur un siège à ses côtés.
- Salut, répondit-elle tout juste poliment, jouant nerveusement avec le bord du verre ébreché.
- Tu es seule ? Fit-elle en adressant un signe de tête au serveur, qui lui apporta aussitôt un verre.
- Ouais...
- Les femmes qui boivent seules, c'est rare à Vegas.
Sara haussa les épaules, et avala rapidement le second verre que le serveur venait de lui apporter.
- Je m'apelle Mindy. Et toi ?
- Sara.
- Et qu'est-ce qui ne va pas, Sara, pour que tu viennes te perdre ici ?
Pour toute réponse, Sara lui adressa un second haussement d'épaules. Elle ne voulait pas se montrer désagréable car la jeune fille avait l'air plutôt sympathique, mais discuter n'était vraiment pas sa principale préoccupation.
- Tu cherches quelqu'un pour égayer ta soirée peut-être ?
La jeune CSI ne répondit rien et se contenta de la dévisager un instant. Mindy était jeune et plutôt jolie. La coute robe rouge qu'elle portait, ornée d'une ceinture noire en strass, mettait simplement en valeur les courbes avantageuses de son corps. Ses longs cheveux ondulés, d'un noir de jais, retombaient négligemment sur ses épaules nues et donnaient à cette jeune femme son air si singulier et si envoûtant.
La jeune fille sembla lire le trouble dans les yeux de Sara, et un large sourire se dessina sur son visage alors qu'elle adressa un clin d'oeil légèrement provocateur à la grande brune.
- Alors... tu veux monter un peu ?
Sara soutint son regard quelques secondes, puis acquiesça doucement et, posant deux billets sur le comptoir, suivit la jeune femme qui avait pris la direction de l'étage supérieur.
La chambre était redevenue silencieuse. Mindy était étendue aux côtés de Sara, sa tête reposant sur sa poitrine, ses doigts caressant légèrement l'estomac de son amante dont l'esprit semblait ailleurs.
- Tu es douée...
Sara ne répondit rien. Etre douée, c'était tellement facile avec cette fille à peine sortie de l'adolescence dont la principale expérience sexuelle devait se borner à la simulation.
La jeune CSI n'était pas sure de savoir ce qui l'avait conduit dans cette chambre. L'alcool, la tristesse, la solitude, ou l'envie de savoir si elle pouvait réellement passer à autre chose après l'ouragan Catherine. Toujours est-il qu'elle avait au moins eu la réponse à cette question : non, elle ne pouvait pas. Toute séduisante et attirante qu'elle était, Mindy n'avait pas réussi à faire naître le désir dans les yeux de son amante. Rien de tout ce qu'elle avait entrepris n'avait réussi à faire basculer Sara. Ou plutôt, cette dernière n'avait pas pu se résoudre à s'abandonner. Ce qui ne l'avait pas empêchée de prendre les devants et de décharger toutes les tensions de son corps en faisant vibrer celui de sa partenaire. Mindy avait rapidement atteint l'extase sous ses caresses, et la colère de Sara semblait s'être apaisée, même si, elle le savait, ce n'était que partie remise...
Les yeux dans le vide, Sara ne pouvait maintenant s'empêcher de s'en vouloir pour l'attitude déplorable qu'elle avait. Du plus loin qu'elle se souvienne, elle avait toujours fui les problèmes de cette manière : la colère, l'isolement, l'alcool, le sexe...
Elle frissona et tenta de focaliser le peu d'attention qui lui restait sur Mindy. Elle se maudissait intérieurement d'être comme ça, d'être incapable de prendre un coup sans encaisser simplement et passer à autre chose, comme les gens normaux. Avec elle il fallait toujours que ça prenne des proportions démesurées...
Sentant la colère revenir insidieusement en elle, elle s'arracha des bras de Mindy et se rhabilla rapidement. Il fallait qu'elle parte maintenant. Elle jeta machinalement un coup d'oeil à son portable et ne fut même pas surprise d'y voir le numéro de Greg s'afficher. Il avait appelé douze fois cette nuit, et avait apparemment laissé trois messages. Sara les effaça sans même les écouter. « Va te faire foutre Sanders, je suis assez grande pour faire ce que je veux », maugréa-t-elle à voix basse. Après avoir finalement remis son téléphone dans la poche de sa veste, elle remercia son amante d'un léger baiser sur le front, puis se hâta de quitter la pièce.
- Où est Sidle !
La porte du bureau de Grissom s'était ouverte à toute volée, laissant apparaître sur le seuil un Conrad Ecklie les traits déformés par la colère, plus furieux que jamais. Gil et Catherine, occupés à plancher sur une nouvelle affaire, furent surpris par cette soudaine interruption.
- Conrad ! On ne vous a jamais appris à frapper avant d'entrer ?
- Cessez ce petit jeu avec moi Grissom, et dites-moi où elle est maintenant !
Grissom scruta la pièce comme s'il la découvrait pour la première fois, puis posa les yeux sur son supérieur.
- De toute évidence, elle n'est pas là.
- Deux jours ! Ca fait deux jours qu'elle n'est pas venue au laboratoire sans prévenir aucun de ses supérieurs, et...
- Oh, oui, elle m'avait demandé ! Mentit Gil en l'interrompant. J'ai simplement oublié de vous prévenir. S'il y a une personne à blâmer dans cette histoire, c'est bien moi !
- Arrêtez de la couvrir Grissom, je vous préviens qu'avec ce que j'ai entendu sur son compte depuis 48heures, elle a plutôt être intérêt d'avoir un cas de force majeur comme alibi à ses absences si elle espère rester dans l'équipe de Vegas.
Gil et Catherine se regardèrent un moment sans comprendre. Qu'avait il entendu sur son compte pour être dans cet état ? Comme s'il avait lu leurs pensées, Ecklie continua :
- Elle a foutu en l'air l'enquête sur la fusillade d'il y a trois jours en 'oubliant' de relever les empreintes sur les lieux du crime et en sabotant d'autres indices à cause de l'utilisation de produits inappropriés aux analyses... tout cela, je vous le donne en mille, à cause d'un état d'ébriété avancé... Mais ce n'est pas fini, car pour couronner le tout c'est une certaine Mindy Herr qui a rapporté son arme de service et sa plaque à Brass. D'après la jeune femme il semblerait que Miss Sidle l'ait oubliée à la fin de leurs ébats dans un bar pourri du quartier Sud ! On croit rêver...
Grissom et Catherine échangèrent un long regard inquiet. Ecklie s'approcha d'eux et son regard se durcit.
- Alors je vous préviens que personne ici n'est irremplaçable, et si l'un d'entre vous essaye de protéger les arrières de Sidle, je m'occuperai personnellement de sa fin de carrière ! menaça-t-il en quittant le bureau, toujours aussi furieux.
Gil se gratta un instant le menton en poussant un profond soupir. L'état de Sara devenait préoccupant. Son regard se posa ensuite sur Catherine, semblant attendre une explication. Pour toute réponse, cette dernière haussa tristement les épaules.
- Je t'assure Gil, je n'ai rien à voir dans tout ça...
C'est en tout cas ce qu'elle espérait, mais au fond d'elle même, Catherine savait bien que les actes de Sara avaient tout à voir avec elle. Elle savait pertinamment que Sara allait mal, très mal depuis quelques jours, et que la douleur qu'elle avait infligé à la jeune brune était probablement la raison de ce déraillement.
Une vague de culpabilité assaillit soudainement Catherine. Oui, tout cela était sans doute sa faute. Si elle n'avait pas relevé ce défi, si elle ne s'en était pas vanté auprès de ses collègues, si elle avait tout annulé, rien de tout ce chaos ne serait arrivé, et Sara n'en serait pas là, à risquer sa place au labo parce qu'elle souffrait trop.
- Je vais aller lui parler, lança-t-elle finalement d'une voix peu sure.
- Je ne préfère pas, répondit Grissom. Je n'ai pas envie que tout cela prenne une tournure plus dramatique encore que ça ne l'est déjà... Ecoute, la soirée est calme, je vais rester avec Warrick et Greg. Rentre chez toi et repose-toi un peu, tu en as également besoin... J'appelerai Sara tout à l'heure, ou je passerai chez elle demain, ne t'en fais pas...
Catherine soupira mais n'insista pas. Elle observa Gil prendre sa malette et quitter la pièce puis elle se rendit lentement dans son bureau. Elle rassembla ses propres affaires puis regagna sa voiture.
Elle se cala aussitôt sur le siège et ferma les yeux un instant, tentant de faire le vide dans sa tête afin de calmer un peu ses esprits. Tout ce qu'elle espérait aujourd'hui, c'est que Sara aille bien et qu'elle parvienne à calmer cette rage qui semblait bouillir en elle avant de commettre quelque chose de plus grave. Etrangement, alors qu'elle tentait de chasser toute pensée ennuyeuse de sa tête avant de prendre la route, des bribes de la tirade d'Ecklie lui revinrent en mémoire avec un goût amer : « ... il semblerait que miss Sidle l'ait oubliée à la fin de leurs ébats... ».
Catherine grimaça. Oui, cette partie là était douloureuse. D'accord, Sara était adulte et responsable, elle avait parfaitement le droit de s'envoyer en l'air avec n'importe qui, mais la blonde ne pouvait empêcher une pointe de jalousie surgir lorsqu'elle imaginait les mains d'une inconnue parcourir le corps de Sara. Aussitôt elle secoua vivement la tête et démarra.
- Sara est dans le dernier des états et toi tout ce que qui te tracasse c'est qu'elle ait couché avec une autre femme... Willows, tu es vraiment pitoyable...
Pourtant, elle ne pouvait nier que les sentiments confus qu'elle ressentait à l'égard de Sara donnaient une nouvelle fois raison à Warrick... Elle n'était pas simplement attaché à sa jeune collègue comme à une amie ou à une soeur. Non, il semblait bien qu'elle se soit finalement attachée à elle comme à une amante...
- Sara ?
Grissom se tenait devant la porte de Sara. Son poing frappait à la porte depuis trois bonnes minutes, mais Sara ne lui avait pas ouvert. Pourtant, la vue de la voiture garée sur le parking et des bruits étouffés provenant de l'intérieur de l'appartement lui donnaient la quasi-certitude qu'elle était bien chez elle.
- Sara ouvre moi ou j'enfonce la porte, je sais que tu es là...
Un bruit de verre brisé retentit à ses oreilles avant que la porte ne finisse par s'ouvrir, laissant apparaître la brune dans l'embrasure de la porte.
- Comment vas-tu ?
- A ton avis ?
Son ton était froid et agressif. Elle laissa entrer Gil et referma derrière lui. Il observa un instant la pièce désordonnée. Le bureau semblait dévasté, et quelques livres étaient éparpillés par terre. Il lui suffit d'un regard en direction de la bibliothèque pour comprendre qu'une étagère à portée de main avait dû être balayée dans un accès de colère. Sur la table trônaient quelques débris de verres, et de nombreuses bouteilles d'alcool vides. Apparemment, la brune devait refuser de dessaouler depuis trois jours et recommencer à s'enivrer chaque fois qu'elle se sentait revenir à un état normal. L'état normal, supposa-t-il, étant trop difficile à gérer.
- Pourquoi tu es là ?
La brutalité de la question le ramena à lui.
- Je m'inquiète pour toi Sara.
- Je ne suis pas une enfant, Gris.
- Si tu ne veux pas être considérée comme une enfant, alors ne te comportes pas comme telle...
- Va te faire foutre !
- Sara, bon sang, je voudrais juste t'aider... Tu n'es pas bien et nous, l'équipe et moi, nous voudrions t'aider à reprendre pied avec la réalité.
- Pour quoi faire ? Je ne suis même plus des vôtres ! lâcha-t-elle amèrement.
Il fronça les sourcils et plongea son regard dans celui de sa jeune collègue, la priant implicitement d'expliquer ce qu'elle venait de dire. Sara haussa les épaules en indiquant son répondeur d'un vague signe de la main.
- J'ai eu le message en rentrant...
Gil s'approcha doucement de la machine, et appuya sur la touche d'écoute.
« Miss Sidle, ici Conrad Ecklie, directeur du laboratoire d'analyses criminelles de Las Vegas. Puisque vous ne daignez plus passer au laboratoire ces temps-ci je me dois de vous informer via cette messagerie que j'ai rompu votre contrat d'embauche cette nuit, vos expertises en état d'ébriété et vos absences injustifiées constituant deux motifs de faute grave selon notre contrat. Je vous remercierai donc de passer rapidement pour signer les papiers reconnaissants vos torts sans quoi votre collègue Sanders pourrait avoir des soucis par votre faute. Il faudra également que vous vidiez votre casier rapidement, sinon je serai dans l'obligation de le faire faire à vos frais. Merci de me contacter si vous avez besoin de plus amples informations... »
Gil soupira profondément alors que le bip de fin de message retentit et passa une main sur son visage. La situation devenait vraiment dramatique.
- J'imagine qu'il ne me reste plus qu'à faire mes valises et partir...
Cette fois les larmes roulaient sans retenue sur ses joues. Grissom s'approcha d'elle et l'enserra dans ses bras.
- Je vais lui parler. Je vais arranger ça... lui murmura-t-il à l'oreille. Mais n'abandonnes pas, Sara...
- Que j'abandonne quoi ? J'ai perdu Gris, j'ai tout perdu, il ne me reste plus que la douleur...
Il demeura silencieux un instant, avant qu'un timide sourire ne naisse au coin de ses lèvres.
- Et l'espoir, n'est-ce pas ?
La question n'appelait pas de réponse. Elle savait qu'il avait raison. Mais l'espoir était si mince et sa peine si douloureuse qu'elle n'était pas sure de vouloir ni même de pouvoir donner du temps à l'espoir... Ses pleurs redoublèrent d'intensité, et Gil resserra son étreinte.
La visite de Grissom n'avait pas réellement réconforté Sara, mais elle avait eu le mérite de la faire redescendre sur terre rapidement. Elle devait avouer qu'il avait raison au moins sur un point, depuis quelques jours son comportement ressemblait en effet à celui d'une adolescente perdue plutôt qu'à celui de l'adulte qu'elle était. C'est pourquoi après quelques heures de sommeil, étant enfin redevenue à peu près sobre et lucide, elle avait décidé de reprendre un peu sa vie en main, à commencer par son appartement. Virée ou pas, elle devait bien se rendre à l'évidence : vivre dans un bouge ne facilitait pas les envies de bien-être.
Elle était donc affairée à remettre de l'ordre chez elle lorsque trois coups frappés à la porte la remenèrent à la réalité. Décidémment, elle n'avait jamais été aussi populaire que depuis qu'elle était devenue dingue. Lentement elle se dirigea vers sa porte, et jeta un coup d'oeil par le judas. Son coeur fit un bond lorsqu'elle reconnut la silhouette de Catherine. Sara hésita un instant avant d'ouvrir. Depuis quelques jours elle avait beau faire tout ce qu'elle pouvait pour éviter la blonde, celle ci revenait toujours à la charge. Elle n'avait aucune idée de ce qui avait pu pousser Catherine à venir cette fois-ci. Voulait-elle encore s'excuser, ou était-elle là pour lui donner le coup de grâce avant qu'elle ne parte ? Decidant de laisser une chance à sa collègue d'expliquer elle-même sa venue, elle finit par ouvrir la porte.
- Salut, fit Catherine avec un signe de tête.
Sara la salua à son tour, et la laissa entrer dans son appartement. Elle n'eut pas le temps de lui demander la raison de sa visite que Catherine lui avait déjà donnée :
- Ecklie est revenu sur sa décision.
Le visage de la brune se figea de surprise. Ecklie était revenu sur sa décision ? Ce qui voulait dire que...
- Tu n'es plus virée. Tu retrouves ton poste dans l'équipe, ajouta-t-elle rapidement.
La surprise dans les yeux de Sara était telle qu'elle avait du mal à trouver ses mots.
- Comment as tu réussi... ? Parvint-elle à murmurer au bout d'un instant.
Sa supérieure se contenta de lui répondre d'un large sourire aussi chaleureux qu'énigmatique. Sara haussa un sourcil, puis son expression redevint légèrement sombre.
- Ca ne te fais pas plaisir ? Je pensais... Je pensais arranger les choses...
- Je te remercie, mais je crois qu'il vaut mieux que je parte malgré tout.
La surprise et la déception avaient brusquement fait surface dans les yeux perdus de Catherine.
- Mais pourquoi ?
- Parce que je ne peux plus supporter cette situation...
- A... A cause de ce stupide défi ?
- Et de tout ce qui en a découlé, marmonna Sara.
Catherine avait beau être forte, elle luttait contre une furieuse envie de pleurer en entendant les paroles de Sara. Lorsqu'elle avait appris la veille de la bouche de Grissom que la jeune CSI était virée et qu'elle comptait partir, elle avait vu l'espace d'un instant tout son monde s'écrouler. Toutes les fragiles pierres à l'édifice de sa relation avec Sara semblaient sur le point de voler en éclat alors même qu'elle réalisait à peine leur existence. Elle avait alors pris son courage à deux mains pour aller faire ce qui lui semblait être la seule chose encore capable de retenir Sara : Supplier Conrad de la réintégrer.
- S'il te plaît, ne pars pas... murmura-t-elle timidement.
Sara haussa les épaules.
- Qu'est-ce que ça peut bien te faire, que je m'en aille ?
Catherine prit une profonde inspiration. Non, elle n'avait à aucun moment imaginé que Sara puisse refuser d'être réintégrée. Ainsi elle se trouvait maintenant désarmée, à court d'idée pour retenir la brune, et il ne lui restait plus qu'une seule carte à jouer : la sincérité.
- Ecoute, tu n'es pas la seule dans cette histoire... commença-t-elle. Je sais que j'ai eu tort, je le sais, admit-elle sincèrement. Je t'ai fait mal et j'en crève déjà. Je sais que tu ne me crois pas, mais lorsque Ecklie nous a annoncé que tu avais pété les plombs et que Gil m'a appris que tu étais virée, tout cela à cause de moi... J'ai cru que j'allais étouffer... Je ne supporterai pas de te perdre Sara, peu importe le mal que je t'ai fait, je n'avais pas conscience de mes sentiments pour toi.
- De tes... ?
Sara hocha lentement la tête, puis soupira.
- Le problème avec toi Catherine, c'est que je ne sais jamais si tu continues à jouer pour te payer ma tête ou si tu es finalement sérieuse. Et puisque je n'ai vraiment pas envie de me faire avoir une seconde fois, je n'essaye même plus de chercher.
- Je suis sérieuse. Je ne sais pas réellement comment je pourrais te le faire comprendre étant donné que ta colère ne me laisse plus aucune chance de t'approcher ou de te parler, mais c'est vrai...
Sara ferma les yeux un instant pour tenter de contrôler ses émotions avant que celles ci ne la submergent.
- Alors vas y, continua Catherine, gifle moi, blesse moi, fais moi autant de mal que j'aie pu t'en faire ! Si ça peut réparer ce que j'ai fait, si ça peut alléger ta haine contre moi, si ça peut te faire rester, alors défoule toi ! Ca ne changera rien de ce que j'éprouve... Comme j'imagine que rien de ce que j'ai pu faire n'a changé tes sentiments pour moi...
Sara était sur le point d'exploser. Entendre Catherine lui rappeler combien elle était vulnérable était en train de raviver sa plaie béante. Son poing s'écrasa violemment sur le comptoir de la cuisine.
- Tu ne peux pas me dire ça, lâcha-t-elle avec colère, tu ne peux pas !
- Tu ne veux pas que je sois un peu honnête ?
- Tu n'as pas le droit de me briser une deuxième fois.
- Ce n'est pas ce que je veux...
- Tu n'en as pas eu assez ? Ca ne t'as pas suffit de me détruire comme tu l'as fait ?
- Sara, calme toi...
- Non, tu n'imagines même pas ce que j'ai pu ressentir quand j'ai appris n'avoir été qu'un jeu, que je ne valais pas plus qu'un coup d'un soir pour toi.
- Tu ne l'as jamais été... Tu vaux beaucoup plus pour moi...
- Ca, j'en doute !
Catherine prit une profonde inspiration, et hésita un instant. Même si c'est ce qu'elle espérait, elle n'était pas sure que ce qu'elle s'apprêtait à dire puisse apaiser la colère de la jeune CSI.
- Je t'aime, Sara... murmura-t-elle
La brune ne répondit rien, le souffle coupé par cette déclaration inespérée. Etait-il possible que... ? Non, il ne fallait pas qu'elle cède, il ne fallait pas qu'elle y croit, ce n'était pas possible... Pour qui se prenait-elle ? Cette femme qui lui avait brisé le coeur quinze jours auparavant revenait lui dire que finalement elle avait changé d'avis et qu'elle l'aimait ? Tout cela était si incohérent, si abrupt, si angoissant pour Sara qu'elle ne put répliquer que par ce qu'elle savait faire le mieux.
- Oui, tu m'aimes tellement que tu t'es tapé Ecklie pour me faire réintégrer...
Une seconde. Il y eut une seconde où les regards des deux femmes se croisèrent et où chacune put lire clairement le malaise dans les yeux de l'autre. La peur de Sara, la détresse de Catherine, cet entrelacement de sentiments aussi profonds que différents.
La seconde d'après, la main de Catherine fendit l'air et vint s'écraser douloureusement sur la joue de Sara.
Puis Catherine tourna rapidement les talons et se dirigea vers la porte, tandis que les larmes commençaient à brouiller sa vue et qu'une puissante nausée s'emparait d'elle. Mais alors qu'elle allait atteindre la poignée de la porte, la main de Sara vint doucement agripper son bras, la forçant à se retourner.
- Je suis désolée, murmura la brune. Je ne voulais pas... Excuse moi...
Catherine s'effondra alors en larmes et Sara la pris dans ses bras, caressant ses cheveux blonds d'une main maladroite, la berçant légèrement.
- Je suis désolée, répéta Sara.
C'est peut-être à cet instant que Sara cessa d'avoir mal. Lorsqu'elle réussit à se placer du point de vue de Catherine. Lorsqu'elle se rendit compte que les choses n'avaient pas non plus été faciles à gérer pour la blonde. Lorsqu'elle se rendit compte que se faire mal mutuellement ne pouvait mener qu'à leur perte. Lorsqu'elle réussit enfin à pardonner, et à accorder une seconde chance à Catherine, en espérant que cette dernière soit d'accord pour faire de même avec elle.
Alors, lentement, sa main effleura la joue de sa collègue, et ses lèvres se posèrent timidement sur celles de la blonde, dont les sanglots cessèrent immédiatement. Le baiser hésitant s'intensifia peu à peu, à mesure que leurs craintes respectives s'estompaient, jusqu'à ce que Catherine ne rompe le contact.
- Je n'ai pas couché avec Ecklie... articula-t-elle fébrilement.
- Je sais...
- Et je ne veux pas que tu partes...
Sara lui adressa un grand sourire.
- Je crois que je n'ai plus de raison de partir.
Catherine lui rendit son sourire, séchant les dernières larmes de son visage.
- Alors est-ce qu'on pourrait... tout recommencer ?
- Non...
Un frisson parcourut le corps de Catherine, alors que Sara venait de la prendre tendrement dans ses bras.
- Nous avons assez perdu de temps. Je crois qu'on devrait reprendre juste là où nous nous étions arrêtées, ajouta-t-elle en capturant les levres de la blonde dans un profond baiser.
Catherine répondit à l'étreinte avec passion, se laissant aller à la magie de ce précieux moment. Elle ne savait pas plus que Sara où tout cela allait les mener, mais les deux femmes devaient bien admettre qu'elles devaient finalement une fière chandelle à leurs collègues car ce défi, aussi stupide eut-il pu être, avait au moins eu le mérite de leur faire prendre conscience des profonds sentiments qu'elles éprouvaient l'une envers l'autre. Et après cinq ans de tensions et de sentiments réfeinés, elles avaient bien l'intention de se mettre enfin à écouter leurs coeurs et leurs désirs, plus que leurs raisons ou leurs egos...
FIN
