Nous sommes vendredi et c'est donc le jour que j'ai choisi pour poster sur L'éclat du carmin.
Merci à toutes pour vos nombreuses reviews dès le premier chapitre de cette nouvelle aventure ! Promis, je vais faire mon possible pour vous pondre quelque chose de bien !
Bonne lecture !
Maison du verseau - 7 Février 1985
Avec une grande application, la brosse passe et lisse les longues mèches sanguines de l'enfant, sagement assis devant son maître. Elouan esquisse un sourire en poursuivant le brossage. Voilà un an qu'Athéna lui a offert la possibilité de ramener son disciple auprès de lui. Une année durant laquelle, pas une seule fois, l'enfant n'a parlé de sa mère. Pas une seule larme en espérant son retour. Pas un seul mot sur son passé, sa vie d'avant semblant définitivement enterrée. Plusieurs mois déjà qu'il n'a plus à intervenir pour aider Camus lorsque ses émotions sont encore trop fortes pour qu'il parvienne à maîtriser ce jeune et fougueux cosmos doré. Car le garçon désormais âgé de sept ans, derrière son apparence encore assez frêle et calme, a très vite trouvé la façon de contraindre ses petits camarades, apprentis de tous niveaux, au silence, lorsqu'il fait l'objet de brimades liées à cette différence que son maître l'encourage à cultiver. Car, rares sont ceux d'entre eux auxquels le jeune verseau consent à adresser la parole. Et lorsque la majorité des petits rêvent d'activités plus seyantes à leur âge, Camus décline et préfère écouter Saga leur lire l'histoire d'un héros grec, ou rejoindre son maître pour poursuivre ses propres apprentissages.
Camus n'est pas, le commun des mortels, et il le fait déjà savoir. Et paradoxalement, l'enfant recherche avec assiduité la présence de ses pairs et exprime un réel besoin de leur présence, tout en faisant preuve d'autant de distance fictive et de silence que d'attention pour eux. « Étrangement attirant » comme aime à le qualifier Elouan que rien n'a jamais rendu plus heureux que l'entrée de Camus dans sa vie.
Avec l'un d'entre eux pourtant, les choses sont bien différentes. Et pourtant, le jeune scorpion développe une personnalité presque totalement opposée. Milo, au cosmos désormais parfaitement éveillé, n'a en commun avec son camarade du onzième temple, qu'une fierté exacerbée. Le futur huitième gardien est un exemple d'enthousiasme et de sociabilité. Un compétiteur pour le titre « d'apprenti le plus précoce du sanctuaire » qu'il a inventé lui même. Mais aussi, probablement, l'esprit le plus inventif en matière de « bêtises à faire rugir le Pope », comme il aime à le dire. Et l'enfant vit à bride abattue, Elios lui permettant absolument tout, tant qu'il réussit à atteindre son but. Comme ce jour où le Pope lui même avait convoqué son maître et Milo au sujet d'un morceau d'armure dérobé dans l'atelier du premier temple. Morceau servant d'entraînement à son propre disciple, Mu. La seule question qu'Elios s'était empressé de poser avait fait pâlir le Pope derrière son masque.
« Il a voulu dérober un morceau d'armure ? Il a réussi au moins ? »
Milo s'était efforcé de rester sérieux, aidé par l'expression métallique extrêmement effrayante du Pope. Mais bien sûr qu'il y était parvenu, à voler cette armure...
L'arrivée dans le onzième temple des deux scorpions sort Elouan de ses rêveries, bien qu'il poursuive, avec application, le lissage de cette chevelure enfantine devenue en un an d'une longueur déjà conséquente. Agacé par la scène, Elios s'installe dans un fauteuil, laissant Milo courir pour rejoindre son ami.
- Franchement Elouan... N'as tu pas mieux à faire ?
- Je ne vois pas ce qui peut être, aujourd'hui, plus important que Camus.
Le scorpion plisse les yeux.
- Tu as changé...
- Absolument pas... J'ai simplement obtenu la plus belle chose que notre fonction nous autorise à avoir la chance d'assurer l'avenir en élevant un disciple.
- Mais je te l'ai déjà dit, c'est un « disciple », comme tu le dis toi aussi, pas un fils.
- Et quelle différence y vois tu, mon ami, puisque le but reste le même, les préparer au mieux, pour le futur qui les attend ?
- C'est une façon très originale de le préparer à son épreuve finale...
Même si Elouan est passé maître dans l'art de conserver son calme en toute circonstance, il ne peut cacher une certaine colère à cette réflexion, son geste s'étant interrompu, la brosse serrée entre ses doigts.
- Laisse le tranquille avec ça.
Milo se penche alors à l'oreille de Camus, refermant ses mains autour de ses lèvres comme pour lui chuchoter un secret qu'il craindrait de savoir entendu.
- Ils vont encore se disputer.
Camus hoche la tête et les deux enfants échangent un sourire, totalement habitués à ce genre de scène. A son tour le petit verseau se penche à son oreille et imite les airs de son maître en chuchotant.
- Ne me dis pas comment je dois élever Camus, tu délaisses tellement Milo qu'il deviendra totalement ingérable !
Et au petit scorpion de répondre en mimant l'air exaspéré de son maître
- Et tu dorlotes tellement Camus que tu en feras un pleurnichard associable !
Et les deux enfants s'efforcent de rire le plus discrètement du monde. Le plus bénéfique dans tout cela, c'est que leur petite discussion à voix basse, a tué dans l'œuf la querelle qui menaçait d'éclater entre leurs maîtres qui se sont occupés à les regarder, avec un attendrissement certain pour Elouan et un faux désintérêt pour Elios.
S'apercevant qu'ils sont observés, les deux enfants reprennent une attitude parfaitement angélique.
- Maître, qu'est-ce que « l'épreuve finale » ?
Après un bref air de reproche à l'attention d'Elios, Elouan repose la brosse et contourne Camus pour faire enfin face aux deux enfants.
- Et bien... C'est une épreuve ultime, qui permet de tester votre mérite et votre capacité à porter les armures d'or. Dans la forme, elles sont différentes pour chacun de vous. Dans le fond, elles sont totalement identiques. En effet, seul un cœur pur et une volonté animée par l'amour d'Athéna, peut vous permettre d'atteindre le niveau de cosmos nécessaire à obtenir l'armure. Je n'ai aucun doute sur votre rapide réussite à tous les deux. Néanmoins, vous avez encore du travail à fournir avant d'y prétendre. En attendant, il est temps de vous déposer chez Saga. N'avez-vous pas prévu une soirée anniversaire avec tous les apprentis or dans la troisième maison ?
- Si ! s'écrit avec fierté le petit scorpion déjà fier de pouvoir passer enfin toute une nuit « entre apprentis » sans la surveillance des adultes. Quelques heures où les bêtises seront de mise et durant lesquelles Aioros et Saga ont promis de leur raconter tout un tas d'histoires plus effrayantes les unes que les autres, avec « des spectres et des monstres horribles » comme il l'a réclamé, juste parce qu'il s'est lancé le défi de faire frémir son ami français, persuadé de n'être « effrayé par aucune histoire de bébé ».
Dans l'intimité du huitième temple, ce soir là, Elouan et Elios dînent en silence. Du moins jusqu'à ce que le scorpion ne se décide à prendre la conversation en main.
- Te rends tu compte que cela fait des lustres que nous ne sous sommes pas retrouvés seuls ?
- Un an, quatre mois et vingt-sept jours.
Elouan observe la précision de sa réponse renvoyer le scorpion dans son mutisme. Évidement qu'il se rend compte que la présence des deux apprentis a considérablement bousculé leur amitié. Surtout depuis l'arrivée de son diamant de glace, puisqu' auparavant, Elios faisait assez peu de cas de son disciple.
- Elios ?
- Quoi ?
Sa voix est sèche mais peu importe. Elouan y est habitué et ne se formalise plus tellement des sautes d'humeur de son ami.
- Tu sais que bientôt, Camus et moi devrons partir. Est-ce que vous viendrez nous voir ?
- Évidemment ! Crois tu que je vais pouvoir tenir le gamin plus d'un an si je ne l'emmène pas voir son ami ?
Les deux yeux vert pâles semblent se satisfaire de la réponse, puisqu' Elouan reprend calmement son repas. Même si Milo lui sert de prétexte, il n'est certainement pas le seul scorpion à ne pas être capable de se priver d'un ami pendant une longue année.
« Un ami ». Qualificatif chargé de valeur et pourtant tellement amer dans son esprit, lui qui depuis les premiers émois de l'adolescence, ne s'est autorisé pour seul sentiment que celui qui consiste à l'aimer. Depuis plus de vingt ans, Elios le contraint à étouffer son désir sous peine de repousser définitivement celui qu'il considère comme l'être vivant le plus important au monde, sans pour autant être capable d'envisager en faire son amant.
- Bien. J'en suis ravi. Et puis ça fera du bien à Milo de découvrir le monde.
- Moui... A part le patin à glace, je ne vois pas ce qu'il pourrait apprendre là bas...
Elouan esquisse un sourire, loin de se fâcher d'une telle provocation.
- Apprendre à comprendre Camus peut-être ?
- Inutile. Milo a un esprit aussi cartésien que le mien. Nous ne consacrons pas notre existence à comprendre l'inexplicable.
Durant quelques instant, le regard vert glacial se pose sur le sien. Le plus compliqué avec Elios, c'est de ne pas s'arrêter à l'apparence rustre qu'il s'acharne à donner à chacun de ses mots. Car rares sont ceux qui ne possèdent pas un double sens. C'est pourquoi parmi la chevalerie, Elouan reste le seul capable de réellement comprendre le bouillant scorpion. Et contrairement à son élève, le maître n'est pas un élément doté d'une grande sociabilité. Seul Elouan reçoit son intérêt. Leur confiance est sans limite. Leur dévouement l'un envers l'autre ne souffre pour seul rival que celui qu'ils vouent à Athéna.
Et désormais, à leurs élèves. Car même si Elios s'en défend, le téméraire osant toucher à un seul cheveux blond de son petit protégé, signe son arrêt de mort.
Et la nuit s'écoule chastement au sein du huitième temple, les deux chevaliers faisant comme l'impose Elios, systématiquement chambre à part. En songeant à cela, Elouan esquisse un sourire, durant le petit déjeuner, en observant sans discrétion son ami, assis en face de lui, buvant un café en lisant un devoir de Milo qu'il tient dans l'autre main. Elios lève peu les yeux sur lui, ses tenues matinales s'agençant d'une façon faussement négligée, sa chemise de soie n'étant qu'à peine fermée. Elouan le sait, il l'a toujours su. Il lui plaît. Mais ça jamais, Elios ne consentira à l'accepter. C'est leur cruelle réalité. Et comme si la simple raison de son sexe n'était pas suffisante, Elios étant un inconditionnel séducteur de jupons, le scorpion se couvre par de nombreuses justifications liées à leur statut de saint d'or.
Elouan n'est pas dupe, mais après toutes ces années et l'imminence de leur déclin, il est plus que temps de leur donner une dernière chance.
Alors lentement le verseau se lève et contourne la table, observant avec délice le regard d'Elios s'accrocher péniblement aux lignes tracées par l'enfant dans son cahier. Une fois derrière lui, Elouan referme avec dextérité, ses doigts sur ses épaules, massant avec talent les muscles tendus d'un scorpion luttant de toutes ses forces pour refuser d'admettre que cette attention lui procure un bien fou. Imperturbable – du moins croit-il en donner l'apparence – Elios poursuit sa lecture.
Jusqu'à ce que quelques mèche d'un blond si pâle ne viennent glisser devant lui, accompagnant le mouvement d'Elouan désormais penché au dessus de son épaule, tandis que ses mains glissent sur son torse dans un geste plus sensuel qu'amical.
A cet instant, ses mains frissonnent sur le cahier et son regard se redresse pour se poser sur un objet qu'il ne voit même pas.
Des deux chevaliers, difficile d'estimer lequel fait le plus d'efforts pour s'interdire l'expression du moindre sentiment.
- Elouan... Les enfants ne vont pas tarder à remonter.
Soit... Le concerné ne s'attendait pas vraiment à cela comme premiers mots prononcés, mais après tout, ils sous-entendent qu'ils pourraient surprendre davantage que ce que leur âge n'autorise. Alors Elouan s'en contente, ravi et approche les lèvres de son oreille pour lui chuchoter sa réponse.
- Il n'est pas très difficile de fermer une porte. Ils iront jouer plus loin.
Pragmatique, le scorpion tourne le visage vers lui, refermant malgré tout une main autour de la sienne dans un geste étrangement consolateur.
- Il n'y a aucune raison de fermer cette porte.
Silencieux, les yeux pâles d'Elouan se sont figés sur lui. Après tout, que faut-il comprendre ? Qu'une fois de plus la réponse est non ? Autant refuser d'admettre la pérennité de ce refus chaque fois plus douloureux à mesure que le temps s'écoule.
Alors Elios se croit en devoir d'insister.
- Elouan, je ne veux pas que les enfants, et plus particulièrement Milo, ne voient, ne serait-ce que... ça.
Cette fois, le frisson qui parcourt Elouan de part en part, Elios l'a parfaitement senti et s'en inquiète légèrement, la chose étant réputée, il le sait, tout à fait impossible.
- Elouan ?
Lentement le verseau se redresse, laissant glisser ses mains désormais vides de toute sensualité, contre lui, jusqu'à s'éloigner vers la porte.
- Tu as raison. Il est plus que temps que moi et Camus nous partions pour la Sibérie Orientale.
- Elouan, mais attends !
Déjà le scorpion part à sa suite, le verseau reprenant avec assurance le chemin de son temple, sous le regard médusé des deux enfants venant de remonter du temple gémellaire.
- Bordel Elouan, je te dis d'attendre !
Mais sans un mot, le concerné poursuit sa route, sans même se retourner.
Camus et Milo échangent un regard inquiet. Qu'ils se disputent, c'est fréquent, mais qu'ils se séparent, c'est bien la première fois.
- Je ne sais pas ce qu'a ton maître Camus, mais je connais Elios. Il ne l'appellera pas deux fois...
- Il est amoureux. Voilà tout.
A cette réponse, le blond reste dubitatif durant quelques secondes avant d'éclater d'un rire moqueur rapidement contraint au silence par le regard sérieux et froid de son ami.
- Attends... Tu veux dire que ton maître... est amoureux... du mien ? Mais Camus...
- Et toi tu veux dire que tu n'as pas encore remarqué ? Parfois tu es un bébé Milo...
Et comme son maître vient de le faire quelques minutes plus tôt, Camus prend le chemin de son temple, s'arrêtant juste un instant au coté d'Elios, juste le temps de poser sur lui un regard froid comme la glace et de reprendre sa route.
Milo près de lui, Elios passe un bras autour de son épaule.
- Peste soit des verseaux ! Viens... Rentrons t'entraîner. Et qu'ils aillent au diable !
Maison du Verseau - Quelques minutes plus tard
Devant le regard inquiet de son disciple posté derrière lui, Elouan s'efforce de se calmer et s'accroupit face à lui avant de le serrer dans ses bras. Camus s'inquiète, parce que jamais, même lors de ses échecs, son maître n'a montré la moindre colère. Or depuis qu'ils ont quitté la maison du scorpion, son cosmos n'exprime que la tempête.
- Camus, tout va très bien rassure toi. Je vais aller voir le Pope dans la journée. Il est temps pour nous de commencer la seconde phase de ton entraînement. Ce que tu dois savoir, c'est qu'elle va nous emmener loin d'ici, en Sibérie Orientale. Tu verras, c'est magnifique. Ce sera probablement la plus belle chose que tu verras de toute ta vie, après le sourire d'Athéna.
Elouan se mord la lèvre, ennuyé de voir le regard troublé de son élève à l'évocation d'un départ qui s'annonce imminent.
- De toute façon nous devions partir. Tu as acquis ici tout ce que le sanctuaire me permet de t'apprendre. Désormais, il faut aller chez nous. Tu verras, ça te plaira.
- Vous ne voulez plus le revoir ?
Après avoir posé sur lui un bref regard sévère, le verseau se relève.
- Bien sûr que si. Et tu verras qu'ils viendront nous voir. Je sais, je comprends parfaitement que ton ami va te manquer, mais c'est un passage obligé, pour lui comme pour toi. Vous avez beau en avoir l'âge, votre enfance se termine. Il faut vous concentrer sur le travail.
L'enfant acquiesce, pour enfin voir le sourire revenir sur les lèvres de cet homme qu'il admire et aime comme un père.
- Quelque chose me dit que tu n'exprimes pas tout ce que tu penses Camus. Tu sais qu'auprès de moi tu as le droit de le faire. Alors je t'écoute.
- Je me demandais simplement... pourquoi il se comporte de cette façon avec vous.
Stoïque son maître l'observe sans laisser s'exprimer cet étonnement et cet étrange satisfaction de voir que malgré son âge, l'enfant a une sensibilité particulièrement développée.
- Ce ne sont pas des choses dont tu devrais te soucier. Tu n'as que sept ans Camus.
L'enfant reste tristement silencieux, si bien qu'Elouan s'accroupit à nouveau à sa hauteur.
- Je me surprends parfois à regretter que tu grandisses aussi vite. Mais après tout... N'est-ce pas ce que j'attends de toi, pour te préparer au service d'Athéna ? Tu apprends et comprends si vite...
Camus l'observe en silence, inquiet de déceler tant de nostalgie dans la voix si douce de son maître.
- Vois tu Camus... Elios ne se comporte pas mal avec moi. Il... fait ce qu'il doit faire, se dévouer corps et âme, à sa déesse.
- Mais vous aussi, et pourtant, vous l'aimez.
A ce terme, le verseau cille et se redresse sans le quitter des yeux. Fascinant de clairvoyance. Oui. Sans nul doute, Camus sera un verseau remarquable.
- Tu n'as pas encore idée du panel de sentiments que notre statut d'humain nous permet d'éprouver. L'Amour, si son nom paraît simple, revêt bien des formes Camus. Néanmoins, nous ne sommes pas seulement de simples humains. Nous sommes des chevaliers. Certains de ces sentiments ont la fâcheuse tendance à nous éloigner de nos buts. Ou bien, les rendent plus difficiles à atteindre. L'Amour peut-être envahissant, lorsqu'il est trop puissant. Au point de rivaliser avec celui que nous devons avoir pour Athéna. Ce n'est pas envisageable. Elios a simplement... la gentillesse de me le rappeler.
- Mais tous les deux, vous aimez bien trop Athéna pour en oublier votre devoir.
- Nul ne peut supputer de la façon dont un sentiment est capable d'évoluer. Nous avons donc fait le choix de nous en passer.
- Vous n'aviez pas vraiment l'air de partager son opinion tout à l'heure.
A cette phrase prononcée de sa voix la plus hésitante, Elouan a souri. L'enfant est perspicace et souhaite aller au fond des choses. Obstiné et sûr de lui.
- Et alors ? Crois tu que je puisse le forcer ? Si je l'aime, je dois respecter ses choix. N'oublie pas ça. Et surtout, Camus, n'aies pas l'idée d'aller dire une telle chose à Elios.
- Je l'ai dite à Milo.
- Oh... Tiens donc... Et qu'a t-il répondu ?
A cette question, l'enfant semble se refermer et détourne les yeux sur le coté.
- C'est un bébé...
Elouan écarquille lentement les yeux, avant de se permettre un éclat de rire provoquant immédiatement une expression boudeuse et vexée sur le visage de l'enfant. Et pourtant, ce rire découle moins d'une volonté de se moquer que d'un grand attendrissement.
- Camus, sais tu que nos signes sont en théorie loin d'être compatibles ? Tout semble nous opposer... Nous sommes des êtres sensitifs. Pour ce que je sais d'Elios, lui faire comprendre quelque chose qui a trait aux sentiments, s'est toujours fait dans la lutte. Je pense que c'est une seconde nature chez eux. Alors non Milo n'est pas un bébé. Mais je pense que pour lui, un sentiment n'a le droit d'exister que s'il est mérité et il ne voit clairement pas en quoi celui-ci le serait.
- C'est compliqué.
- Heureusement qu'à sept ans tu trouves cela compliqué. A trente-trois ans, je n'ai pas encore trouvé la clef.
Temple du scorpion
Furieux, Elios a regagné ses appartements de suite après le départ d'Elouan. Furieux, certes, mais également inquiet. Si leurs disputes sont fréquentes, que le verseau l'abandonne sans se retourner n'est pas habituel. Et paradoxalement, son propre temple semble glacial depuis son départ. Glacial, vide, sombre, terne... Rhaaaaaa ! Le huitième gardien envoie voler un livre posé sur le canapé avant de s'y laisser tomber.
Milo qui n'a rien perdu du spectacle, n'en semble pas pour autant gêné. Les accès de colère de son maître sont fréquents et jamais dangereux. Du moins depuis que son cosmos s'est éveillé. Si Elios est violent, il ne l'est plus jamais physiquement. Enfin sauf à l'entraînement, mais pas plus que ne peuvent l'être les autres maîtres.
Le seul problème pour lui, à l'heure actuelle, c'est que Camus est aussi parti en lui tournant le dos et à fortiori, après l'avoir traité de bébé. Un mensonge éhonté. Une accusation fallacieuse. Oh et puis zut... L'enfant se mordille la lèvre en venant s'installer près de son maître. Après tout, c'est vrai que l'idée « d'Elouan amoureux » ne lui était pas venue à l'esprit. Son ami français à de drôles d'observations parfois. Mais s'il avait raison ? Après tout, les autres chevaliers du sanctuaire ne semblent pas particulièrement proches les uns des autres. Elouan et Elios ne se séparent que lorsqu'une mission l'impose. Mais alors à quoi peuvent servir toutes ces disputes, ces désaccords ? C'est compliqué... C'est « un truc d'adultes ». Camus a raison, il est sûrement trop jeune pour comprendre. Mais son ami n'est pourtant pas bien plus âgé que lui...
Milo soupire, las, et le souffle de l'enfant contre son bras ramène Elios à une réalité plus terre à terre.
- Et bien qu'est-ce qui t'arrive petite flamme ?
- Est-ce qu'ils vont revenir ?
- Ils ont plutôt intérêt, parce que je n'irai pas les chercher.
- Qu'a t-il fait pour vous mettre en colère ? Vous êtes quelqu'un de loyal et de juste. Je suis certain qu'il vous a offensé.
Elios plisse les yeux. Loyal et juste, oui, c'est ce que chacun ici s'accorde à dire de lui. Pourtant... L'a t-il seulement été, ce matin, avec son ami ? L'est-il depuis toutes ces années ? Loyal et juste... Le chevalier s'esclaffe de mépris sur son propre comportement. Comment pourrait-il être honnête en refusant d'admettre que s'il l'a repoussé ce matin, c'est pour ne pas succomber à sa propre faiblesse ? Alors est-ce vraiment juste de l'avoir blessé pour s'assurer de l'éloigner suffisamment ?
- En vérité, petite flamme... Je crois que nous allons avoir du mal à les faire redescendre du onzième temple.
