Chapitre 2

Booth traversa le hall de l'Institut Jefferson d'un pas rapide, un dossier à la main. Il se dirigeait vers le bureau de Brennan, un sourire aux lèvres. Plusieurs corps venaient d'être découverts dans un champ près d'un village situé dans le comté de Marion, vers Fairmont, soit à près de quatre heures de route de Washington. Les flics locaux avaient réclamé l'aide du FBI car les morts semblaient tous avoir subi les mêmes tortures et ils suspectaient avoir découvert le cimetière privé d'un tueur en série. Booth se sentait un peu coupable de se réjouir de cette situation, mais cela lui permettrait de passer plusieurs heures en voiture avec Bones et pourquoi pas de dormir sur place, compte tenu de l'éloignement de la scène de crime.

Quelques nuits auparavant, ils avaient dû rester au secret dans le laboratoire, pour identifier la cause du décès d'un squelette anonyme. A cette occasion, Boothavait partagé des moments privilégiés avec sa partenaire. Elle avait cherché la vérité avec obstination, comme toujours, mais elle ne s'était pas arrêtée à la première réponse, pourtant cohérente avec les preuves et la logique. Voyant qu'il était extrêmement perturbé par ses conclusions, elle avait continué à chercher. Lorsque Tempérance lui avait fait part de sa découverte, qui excluait définitivement la possibilité que le squelette soit celui de JFK, il avait été si soulagé, et tellement heureux qu'elle ait fait cet effort pour lui, qu'il l'avait serré dans ses bras. Il avait dû, comme souvent, combattre l'envie qu'il avait de l'embrasser passionnément ou de l'allonger sur la table d'examen la plus proche…

Arrivé devant le bureau de Brennan, il passa la tête par la porte grande ouverte. Il s'apprêtait à la héler mais lorsqu'il l'aperçut, son sourire se fana, son cœur se serra dans sa poitrine et il se figea sur le seuil. Tempérance était assiste à son bureau, comme à l'accoutumée, le visage penché sur un document. Mais il vit tout de suite qu'elle avait pleuré. Son beau visage était comme boursouflé et ses yeux rouges et gonflés. Ses épaules étaient affaissées et il vit que sa main droite, qui tenait un stylo comme pour annoter le papier devant elle, tremblait légèrement. Elle regardait dans le vide, l'air totalement perdue dans ses pensées.

« Bones…. ». Elle sursauta si brutalement que le stylo jaillit dans les airs et retomba sur le sol devant le bureau. Elle fixa l'agent du FBI, l'air terrifiée. « Bones, que se passe-t-il ? ». Il vit les grands yeux clairs de sa partenaire se remplir de larmes et il s'approcha. Elle se détourna, fouilla dans son sac à main et attrapa un mouchoir avec lequel elle se tamponna les yeux. Elle ne le regardait pas et ne répondit rien. Il s'approcha encore et prit gentiment la main de Tempérance entre les siennes. « Bones, répondez-moi. Que vous arrive-t-il ? » Elle avala sa salive, carra ses épaules et répondit d'une voix qu'elle tentait de rendre ferme : « Ce n'est rien, Booth. Je suis seulement un peu fatiguée. ». « Vous plaisantez, Bones. Accordez-moi au moins cela, je sais reconnaître lorsque vous avez pleuré ». Elle se crispa et, le regardant dans les yeux, jeta d'un ton froid : « Ce ne sont pas vos affaires. Je vous dis que tout va bien, alors n'insistez pas. »

Surpris et un peu blessé par son éclat, il lâcha sa main et répondit d'un ton rogue : « Très bien, Bones. ». Elle soupira, « Que faites-vous, là ? ». « Nous avons un cas, dans le comté de Marion, en Virginie Occidentale. Je suis venu vous prévenir, mais c'est à 225 miles. Je dois d'abord passer prendre quelques affaires chez moi, puis je vous récupère à votre appartement. Soyez prête dans une heure». Il tourna les talons sans lui laisser le temps de répondre.

Tempérance s'éveilla en sentant la voiture s'arrêter.

Le début du trajet avait été tendu. Booth ne parlait que lorsque c'était nécessaire. Elle le sentait triste et blessé. Elle aurait voulu s'excuser mais ne savait pas comment faire pour ne pas envenimer encore la situation. Alors elle avait fait ce qui lui réussissait le mieux, elle avait pris de la distance par rapport à ses émotions et avait affiché l'air distant qui faisait dire à ceux qui ne la connaissait pas qu'elle était sans cœur et méprisante. Peu après, elle s'était endormie, bercé par le mouvement du 4x4.

« Nous y sommes, Bones ». Elle lui offrit un sourire timide et sortit du véhicule. Elle ouvrit le coffre, attrapa sa combinaison et l'enfila, ainsi que ses bottes lacées. Elle jeta la bandoulière de son sac sur son épaule et rejoignit Booth auprès d'un homme d'une cinquantaine d'années, les cheveux poivre et sel. « Voici le sheriff Lancaster, en charge de l'enquête ». Elle se présenta rapidement, serrant sa main avec un sourire et lui demanda des précisions sur les circonstances de la découverte des corps.

Le sheriff Lancaster les précédait sur le chemin escarpé qui menait à la clairière où les corps reposaient. Tempérance prit une grande inspiration, l'air embaumait. La colline qu'ils gravissaient était couverte de grands arbres qui bruissaient sous la brise. Soudain, elle dérapa, chancela en arrière. Un cri étranglé lui échappa. Elle sentit alors les bras solides de son partenaire la retenir et l'aider à retrouver son équilibre. Elle se tourna vers Booth, lui sourit en le regardant droit dans les yeux et murmura « Merci, Booth ». Il lui rendit son sourire et elle se sentit réconfortée. Comme toujours, il l'avait comprise sans qu'il soit besoin de parler. Son merci était plutôt une excuse pour sa conduite du matin, c'était une manière de demander pardon à son ami pour son agressivité. Et il le savait. Soulagée, elle reprit son chemin, la main de Booth sous son coude, réconfortante et protectrice.