Chapitre 1 : Poigne de fer

L'adolescent, la quinzaine, se tient ramassé sous la semelle du Caporal-chef qui le dévisage d'en haut, d'un air blasé.

"Tu ne changes vraiment pas, cousin !..." déclarais-je, m'avançant.

Je m'arrête en face de lui, mains sur les hanches.

Ce dernier lève des yeux las sur moi. "Retour de compliment."

Un murmure dans les rangs. "Quoi ? Ils sont cousins ?... Mais..."

Livaï adresse un bref regard à la troupe, ce qui les fige tous.

"Qu'est-ce que tu fiches ici ?"

"Ça ne se voit pas ?" écartant les bras pour présenter l'uniforme du bataillon.

"J'espère que t'as fait grimper ton niveau en treize ans."

"Tu souhaites en juger ?..."

"Tu ne vois pas que je suis occupé, là ?"


Je laisse mes camarades à leurs exercices d'équilibre pour rejoindre Livaï en train d'examiner et de nettoyer ses lames - le garçon est aussi maniaque que moi !...

Je me pose, fesses contre la table, observant l'agitation de loin.

La chaleur est étouffante, ce qui fait que les hommes sont, pour la plupart, torses nus et les femmes portent une simple brassière.

"Elle est prometteuse." dis-je, parlant d'une recrue.

"J'ai tout de suite noté son potentiel."

"Je m'en doute."

"Paraît que vous avez copiné."

Livaï jauge une lame, la plaçant devant son œil, l'autre clos, détectant chaque entaille.

"Tu lui as dit pour nous ?"

Je fronce avant de lui faire face. "Tu veux que je lui raconte quoi, sérieusement ? Qu'on a paniqué ? Que c'était un instant de faiblesse ou une connerie de ce genre ?"

"Je te conseille simplement de lui dire avant que l'information ne lui éclate à la tronche."

"Si tu sais te la boucler, rien ne transpercera."

Livaï esquisse un sourire dangereux. "Tu sous-estimes la capacité d'observation."

"Tu me fais chier, Ackermann."

"J'en ai autant à ton service, Von Kreutzberg."

"Bien. On solde l'affaire par un duel dans les bois ?"

"Tu veux vraiment que je t'en mette plein la tronche, ma charmante cousine ?..." avec son ironie habituelle.

"Ne vends pas la peau de la garce avant de l'avoir tuée, Ackermann."

La lame glisse à l'intérieur de la réserve à fourreaux.

"Je vais me faire un plaisir de botter ton p'tit cul." sec.

"Nous allons être rapidement fixés." m'armant de mon équipement. "Ne quittez pas vos places." lance Livaï à ses hommes. "Sauf en cas d'attaque."


Nous quittons nos montures et retirons nos capes à l'insigne du bataillon.

Puis nous nous faisons face.

"Tu te rends bien compte que nous en sommes là parce qu'il te manque les couilles d'expliquer ce qu'il s'est passé voilà... combien d'années, déjà ?..."

"Ne fais pas semblant de l'ignorer, cousin !... Tu connais parfaitement les circonstances dans lesquelles ça s'est fait ; nous pensions crever, merde !" agitant ma lame d'un coup sec.

Je le fais sourire. "Dis donc... tu cries plutôt fort pour quelqu'un qui a la trouille." toujours aussi cynique.

"LA FERME ! Je ne veux plus entendre parler de cet épisode."

"A ta guise." écartant les jambes pour se préparer à l'assaut. "Montre moi donc tes années de maîtrise, chère cousine."

Je me mets en position.

Nos styles diffèrent mais la vitesse demeure notre dénominateur commun.

Les lames se croisent et se heurtent, dans des tintements caractéristiques.

Livaï est effectivement le prodige du bataillon d'exploration. Malgré sa taille similaire à la mienne, il est agile et puissant à la fois.

Il se raconte que lorsqu'il trucide du titan, le sang n'a pas même le temps de le souiller lorsqu'il le fait gicler. Et cela se vérifie une nouvelle fois.

Nos lames croisées, visages proches, déformés par l'effort du combat.

"Te rends-tu comptes de l'absurdité de ce combat ?" fixant ses yeux perçants et étroits.

"Oh, allez, cousine, tu ne vas pas cracher sur une petite leçon privée ?..."

Je m'écarte, libérant mes lames. "Okay. Temps mort."

Il suspend son attaque.

Je m'installe au pied d'un vaste tronc.

Il s'approche.

"Je ne veux pas que ça se sache, Livaï. Alors tu vas tenir ta langue, okay ?"

Il me fixe. "Ça remonte à quoi ?... Onze ans ?..." inspectant sa lame avant de la ranger. "On peut dire qu'il y a prescription."

"Nous étions acculés. Nous pensions n'en avoir plus que pour quelques heures à vivre..."

Il se laisse tomber à côté de moi, dos contre le tronc.

"T'es vraiment la seule nana avec laquelle je me sois toujours entendu. Nous en avons chié très jeunes. Je ne voudrai pas tout foutre en l'air pour... un instant de faiblesse mais... putain, ouais, j'en garde une trace indélébile."


Les faits remontent à plus d'une dizaine d'années.

"Nous nous sommes faits stupidement piégés par un groupe de titans... que nous ne pensions pas si nombreux. Nous sommes parvenus à nous cacher à l'intérieur d'une masure. Nos lames étaient brisées, les recharges épuisées et nous étions à court de gaz."

"Des titans, ouais. De toute sorte. Ça allait des aberrants aux bestiaux. Un véritable collector. Je ne sais d'ailleurs pas pourquoi ils ne nous ont pas tués tout de suite. Nous les entendions pourtant rôder à l'extérieur... c'est en quittant notre planque que nous avons compris ; le village était habité et ils étaient en train de massacrer chaque habitant."

"Les monstres..."

"Ouais. Surtout quand tu sais que ce n'est même pas par nécessité ou survie, moi ça me file la gerbe !..." vomit presque Livaï.

"Bref... nous pensions notre dernière heure arrivée et... j'ai eu très peur... je l'ai dit à Livaï."

"Tu tremblais de tous tes membres, c'était effrayant." admet le jeune prodige.

"Au final..."

"Au final, le bataillon est arrivé. Fin de l'histoire." conclut Livaï, me fixant.

Mais nous savons l'un comme l'autre que nous omettons une partie de l'histoire. Cette partie précisément qui nous chagrine tant l'un, l'autre. Ce moment qui nous a échappé. Qui s'est glissé, avec une sournoiserie évidente, hors de tout contrôle...

J'avais peur. Je tremblais comme une feuille. J'ai demandé à Livaï s'il connaissait une solution pour que cette peur cesse de nous paralyser. La réponse a été positive.

Sans un mot, nous nous sommes rapprochés. Et nous avons commencé à nous déshabiller avec frénésie, bouches liées par un baiser aussi offensant qu'audacieux, affamés l'un de l'autre. Sa main a tôt fait de passer entre les boutons de ma chemise pour caresser mes seins à pleine paume, sur la brassière, finissant par se couler à l'intérieur, me faisant gémir contre sa bouche.

J'avais les bras accrochés à sa nuque, me frottant à lui, l'éveillant inévitablement.

Nos bouches n'avaient de cesse de s'offrir des gâteries mutuelles, faisant bourdonner nos sens.

Le danger frappait nos tempes en même temps que le désir que nous nous inspirions.

Il m'a retournée, dos contre son torse, mordillant le lobe de mon oreille, main occupée à se donner du leste tandis que l'autre allait devant, se glissant agilement à l'intérieur du pantalon, après avoir ouvert la ceinture et m'avoir débarrassée, en un tour de main, de la jupette cuir qui garnissait notre taille.

Un soupir défaillant vint accueillir l'intruse tant la moiteur qu'il trouva là était à la fois abondante et délicieuse.

Je venais de me saisir du sexe superbement dressé qui se débattait entre mes fesses et nous nous sommes caressés ainsi, laissant nos sons monter jusqu'à l'orgasme.

Mais nous n'en avions pas assez...

"J'ai envie de te baiser." est tombé, dans un rauque enflammé. "J'ai furieusement envie de te baiser."

Il s'est alors installé sur un vestige de pierre de cheminée, m'invitant à le rejoindre.

Sitôt nos bassins en contact, le feu nous a repris jusqu'à en gémir lourdement, nous gâtant à nouveau des mains et des bouches. Je n'étais plus qu'un jouet soumis à un désir aussi inédit qu'interdit, sens dopés par la situation désespérée. Il n'en menait guère large, nous sachant condamnés à coup sûr sans intervention extérieure.

Je l'ai repris en moi tant sa consistance m'y invitait et là, j'ai bougé sans plus de raison, nous entraînant vers un nouvel orgasme d'autant plus percutant.

Alors que nous récupérions à peine, des cris nous parvinrent aux oreilles ; celui du bataillon tout proche.

Dans la hâte, et sans nous adresser le moindre regard, nous avons réenfilé nos harnais et nos vêtements, nous rendant présentables à l'arrivée du bataillon.


Depuis cet épisode, nous osons à peine nous regarder. Les conséquences frappent à la porte de nos consciences et nous ne savons de quelle manière gérer la suite.

Nous en devenons fuyants, chacun de notre côté. Nous ne nous adressons plus la parole durant un bon moment, nous ignorant par nécessité au lieu de dealer avec les conséquences inexorables de nos actes.

Puis je me décide à faire un pas vers lui et vais le trouver aux écuries, l'attrapant directement par la main pour l'inviter à un baiser chaud, à l'abri des regards.

Je retrouve le contact avec le brasier qui m'a fait perdre la tête cette après-midi là, alors que tout semblait perdu.

"Je... veux continuer, Livaï."

Il en sourit de manière fugace, caressant ma joue d'un revers des doigts pour seul accord.


Le lendemain, nous avons tout juste le temps d'échanger un baiser - je deviens quasi-folle lorsqu'il laisse courir la pulpe de ses pouces le long de mes lèvres avant de nous offrir un autre baiser, tout aussi chaud que le premier - que le voici appelé en mission de garnison.

Fort heureusement ce type de mission ne dure qu'une nuit. Car Livaï a toujours le geste ou l'attention qui feront que l'on en veuille toujours plus...


Ce qui vient me rejoindre, la nuit suivante, se glissant dans mon lit aux alentours de minuit, est plus brûlant encore que la veille du départ !...

Seigneur, qu'il est bon de le retrouver !...

En quelques baisers, le tour est joué et nos corps se réclament sans que rien ne puisse s'y opposer. Nos bouches se flattent, nous adressant des mots chauds, murmurés.

Nos corps s'épousent dans une perfection désobligeante, nous surprenant nous-mêmes, repoussant toute idée de bienséance pour nous livrer en pâture au désir qui nous lie dans ce compromis "familial".

Je me tords, au bord du cri, tandis que les mouvements ne faiblissent pas, bien au contraire.

La jouissance nous frappe fort, ne laissant absolument rien d'autre que des braises sur lesquelles il suffira d'un souffle pour les faire gagner le ciel, en grandes flammes.


"Kiiiiiia ! le Caporal chef va nous gratifier d'une démonstration magistrale !..." s'extasie Hange, sautant littéralement sur place.

Je ris. "Populaire malgré son caractère taciturne, il faut le faire."

"Bien. Ouvrez grands vos yeux. Je vous demanderai de reproduire les mouvements par la suite."

Le Commandant Smith se joint à nous. C'est lui qui a détecté le potentiel de Livaï et il ne s'est pas trompé en lui accordant les Ailes de la Liberté !...

Il observe les mouvements vifs et gracieux du jeune prodige, bras croisés, fier de son choix.

"Stone cold, savage Livaï." murmurais-je, admirant la fluidité de ses mouvements acrobatiques.

"Aïe aïe... je ne suis déjà plus..." déplore une recrue.

"Je t'aiderai." déclare Smith, posant une main paternelle sur l'épaule du concerné. "Ackermann, en piste."

La jeune prodige, Misaka, s'avance, déterminée. Elle reproduit les gestes à la perfection.

"Von Kreutzberg." appelle Smith.

Je m'avance, procédant de la même façon sauf que ma lame se brise sans raison apparente, ce qui me fait chuter.

J'inspecte ma lame, circonspecte.

"Sans doute une micro-entaille que tu n'as pu détecter à l'œil nu." déclare Livaï.


Nous nous déplaçons au galop. Toujours. Au trot, les titans pourraient facilement nous rattraper. Mais les plus vifs d'entre eux sont capables d'atteindre la vitesse de nos chevaux. Les déviants sont de ceux-là. Ils courent dans tous les sens, imprévisibles et complètement timbrés, s'en prenant de préférence à des regroupements d'humains plutôt qu'à des humains isolés !...

Les déviants me filent des frissons !... Et je suis sûre que Livaï, sous ses allures glaciales, les déteste tout autant que moi et s'en méfie comme de la peste.


Nous voici dans les ruines d'un fort pour y passer la nuit.

Nous dormons, tête sur les sacs, dans des couvertures de fortune.

Il y a toujours trois soldats de garde. Et Livaï est du nombre.

Au cours de sa garde, Livaï s'est penché sur nos corps alanguis, s'attardant, dans un regard chaud, sur le mien, sans toutefois oser l'affirmer par un geste.

Une boule lui grimpe à la gorge. Il déglutit presque bruyamment, refermant le poing sur les ravages que lui causent ces sentiments, déchirant son cœur de trop aimer.

Sa main tremble un instant lorsque le velouté de ma peau lui revient, intact, à l'esprit. Il se lèche rapidement les lèvres comme si nous venions d'échanger un baiser.

"Hmm... ça te fait kiffer de me voir en crever d'envie, hein ?" soliloqué à voix basse.


Livaï s'octroie enfin les deux à trois heures de repos habituelles, se laissant glisser contre le pan de mur jusqu'au sol, cape rabattue sur le devant, paupières papillonnant de sommeil.

Ses rêves le ramènent onze ans en arrière. Lorsqu'il est revenu, sain et sauf, d'une expédition extra-muros.

Depuis mon lit, j'ai entendu le bataillon rentrer et suis descendue jusqu'aux écuries, cape sur ma chemise de nuit, l'appelant discrètement alors qu'il est le dernier à rejoindre le bâtiment.

Sur un sourire fugace, il me rejoint, me prenant par la main pour nous camoufler dans un angle. Sa main se fixe dans ma nuque.

"Je peux t'embrasser ?..."

"Depuis quand te faut-il une autorisation ?"

"J'ai voulu être galant." haussant les épaules, dans un sourire, avant de fondre sur mes lèvres, les scellant dans un baiser chaud et prometteur.

L'amour dès que nous regagnons ses quartiers.

Je note qu'il me laisse quasiment toujours être au-dessus et lui en fait la remarque.

"Je ne laisserai pas cette place à n'importe qui. Mais avec toi, je sais que c'est dix fois meilleur."

"J'adore, tu sais..."

"Hmm, quoi ?"

"Ta taille. Le fait que tu n'en fasses aucun complexe. Et que de toi sorte une telle puissance... doublée d'une agilité hors normes." parcourant les abdominaux et les pectoraux des mains.

Il laisse passer un sifflement, venant appliquer une bise sur ma joue, main remontée sur ma joue opposée.

"Je ne supporterai pas de te voir grand. Tu es parfait."

Livaï ouvre les yeux d'un coup, souffle court, corps en émoi. Il serre les dents, tentant de faire baisser la pression qui règne dans son corps entier, regard glissant sur moi, yeux plissés. "Tu veux vraiment... que j'en crève, pas vrai ?"