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(Édité : janvier 2013)

Chap 1 - « Attends-moi. »

- « Avance et ne te retourne pas ! » somma la voix tranchante d'Asami. « Si tu émets le moindre son, je te fais sauter la tête. »

Feilong n'avait d'autre alternative que d'obéir. Étant donné que ses hommes avaient pour ordre de retrouver le japonais, Feilong demeurait seul à l'étage de son paquebot. Et malheureusement pour lui, l'homme qu'il détestait le plus au monde se tenait juste derrière lui, le braquant de son arme. Qui plus est, la voix d'Asami n'était pas des plus rassurantes, elle invitait à obtempérer sans discuter.

Mais que lui voulait-il au juste ? Le fait d'avoir récupéré Akihito tout en gardant ses attestations de droits ne le satisfaisait pas ? Ou bien était-ce la vengeance qui le poussait à prendre autant de risque ?

Les deux hommes longeaient sans bruit le long couloir tapissé d'une moquette moelleuse. Feilong en était venu à maudire celle-ci car elle l'avait empêché d'entendre son ennemi arriver derrière son dos.

- « Qu'est-ce que tu veux à présent ? » demanda-t-il d'un ton sec. « Ça ne te suffit pas d'avoir mes attestations et… »

- « Je t'ai dit de te taire », coupa Asami en pressant le canon de son arme sur la tête du chinois.

Il était inutile d'insister. Feilong connaissait bien Asami, il savait reconnaître les humeurs hostiles du japonais pour les avoir de nombreuses fois expérimentées.

Tandis qu'ils progressaient vers les ascenseurs, des bruits de pas de course résonnèrent dans le couloir. Feilong songea immédiatement à ses hommes qui devaient se douter qu'Asami essayerait de s'introduire dans ses quartiers. Il était curieux de voir comment Asami allait s'en sortir cette fois. Un sourire démoniaque commença à fleurir sur ses lèvres quand la vue des hommes qui firent leur apparition lui ôta ses espoirs.

- « Monsieur… » fit essoufflé l'un des hommes d'Asami. « On pense savoir où est Takaba, des coups de feu ont retenti dans le hall de l'embarcadère. »

Asami n'en écouta pas davantage. Il se précipita en direction du lieu indiqué tout en ordonnant à son homme de main de garder un œil sur le chinois.

- « S'il fait le moindre geste suspect… Abats-le », fit-il d'un ton glacial en jetant un regard aiguisé en direction du chinois.

Feilong se raidit, Asami était sérieux, et nul doute que l'homme de main exécuterait sans sourciller l'ordre de son patron.

« Je ne peux pas en dire autant des miens », constata-t-il avec agacement. « Je ne suis entouré que de traîtres cherchant à me nuire et me voler. » Mais comment Asami faisait-il pour inspirer autant de respect et de droiture à ses hommes ? Il en était de même pour ses relations d'affaires ; mises à part quelques fous et inconscients qui pensaient pouvoir le défier… Face à cette dernière réflexion, Feilong écarquilla légèrement les yeux. N'était-il pas comme eux, comme ces fous… ? Il ne savait s'il devait en rire ou en mourir de dépit et cet éclat de lucidité ne manqua pas de l'irriter un peu plus. Il haïssait cet homme. Il lui faisait perdre toute objectivité rationnelle, et cela, depuis sept ans.

Une fois parvenu sur l'embarcadère, Asami aperçut l'un de ses hommes gisant sur le sol baignant dans son sang. À en juger par le nombre d'impacts de balles sur son corps, il avait dû faire son possible pour arracher Akihito des mains de son ravisseur. Mais Asami savait que cet acte héroïque tenait bien plus de la loyauté que de sauver un gamin.

Asami se mit à la recherche de quelconques traces pouvant être laissées par le jeune photographe lorsque son regard se posa sur l'emplacement déserté par le yacht qu'il avait emprunté pour venir jusqu'au paquebot. Un mauvais pressentiment s'empara alors de lui et ses craintes se confirmèrent lorsqu'un ronronnement de moteur et une plainte s'élevèrent de l'obscurité du large. Il fronça instantanément les sourcils. Akihito était à bord de l'embarcation. Il aurait dû laisser deux de ses hommes monter la garde, se reprocha-t-il à présent.

Asami scruta l'obscurité de ses yeux perçants. Il vit deux silhouettes se découper devant la faible lumière de la cabine de pilotage du yacht : une de taille imposante, et une autre plus petite. Malgré la distance, l'homme d'affaires n'eut aucun mal à discerner les courbes du jeune photographe. Il les avait si souvent arpentées de ses mains qu'il reconnaîtrait ce corps lascif les yeux bandés.

Impuissant, Asami regarda le yacht s'éloigner. Il perdait le contrôle de la situation et il détestait ça. Furieux, il serra se Beretta dans sa main droite jusqu'à en faire blanchir ses phalanges. Qu'il mette la main sur celui qui lui avait de nouveau ravi Takaba, et… Il en était venu à se dire que Feilong n'était pas l'instigateur de cet enlèvement. Il ne voyait pas en quoi cela pouvait lui servir. Si c'était encore dans le but de le provoquer, le chinois ne serait pas resté là, à l'attendre. Il le savait parfois stupide mais pas suicidaire. Toutefois il ne le laisserait pas s'en sortir si facilement, il était allé trop loin avec Takaba.

Alors qu'il s'apprêtait à tourner les talons, la voix de sa propriété, coupée par la distance et les clapotis des vagues sur la coque du navire, s'éleva de nouveau : « Non… Laissez-m… J.. pas… »

Asami sentit sa colère s'intensifier et un orage se dessina sur son front. Il était debout, immobile, face à l'obscurité. Le vent marin faisait tournoyer un pan de la veste de son costume, ainsi que quelques mèches de cheveux qui lui balayaient le visage. De ses yeux acérés, il fixait la source lumineuse qui s'éloignait.

Soudain, il leva lentement le bras qui maintenait son neuf millimètres. Il pointa en direction de l'embarcation, puis, tira un seul coup de feu.

La balle siffla et traversa la vitre de la cabine, faisant voler des éclats de verre dans tous les sens. Elle manqua de peu le crâne du ravisseur qui était aux commandes. Celui-ci tourna brusquement la tête vers du paquebot. Malgré les quelques gouttes de sueur témoignant de sa frayeur précédente, il se mit à rire nerveusement. Il fallait être un sacré bon tireur pour atteindre une cible à cette distance et par cette obscurité. Mais aussi bon tireur soit-il, il l'avait tout de même manqué. Le ravisseur se disait qu'il avait quand même eu de la chance.

Akihito, ligoté à l'extérieur de la cabine, jeta également un œil en direction de la détonation. Il reconnut aussitôt la silhouette élancée d'Asami. Il n'arrivait pas y croire… De bonheur et de détresse mêlés, il laissa s'échapper les larmes qu'il avait réussi à contenir jusque-là. Sans vraiment le contrôler, sa voix étranglée par un sanglot prononça le nom d'Asami. Asami se tenait debout, droit devant lui, il était là… Il le savait déjà puisque de l'ascenseur il l'avait aperçu dans le hall, mais Asami, lui, ne l'avait pas vu. Il aurait pu penser qu'il n'était pas sur le paquebot. Il n'aurait su dire pour quelle raison mais le fait de savoir qu'Asami l'avait enfin vu le rassurait et le bonheur le submergea un bref instant. C'était comme si un fil invisible les reliait… Il donnait l'illusion qu'ils pouvaient se toucher…

Ce n'était qu'une maigre compensation pour toute cette longue attente tant désirée, mais Akihito sentit son cœur se gonfler et une multitude de pensées traversa son esprit. On aurait dit qu'une tempête s'était glissée dans sa tête, faisant tournoyer ses mots comme les feuilles d'un arbre en automne sous l'emprise d'une rafale de vent.

Galvanisé par l'espoir de le retrouver, Akihito se leva d'un bond et tira de toutes ses forces sur les liens qui le maintenaient à un des montants du bateau. Les embruns et le vent lui fouettaient le visage. Il tomba plusieurs fois, se redressa, et essaya encore et encore sous l'emprise de la panique. Mais l'homme l'avait bien attaché. Ce même homme qui l'avait séparé une nouvelle fois d'Asami. Non, il ne devait pas baisser les bras, il devait rejoindre le Japon, ses amis et… et Asami.

C'était une situation plutôt ironique. Alors qu'au début de leur rencontre il regrettait d'avoir croisé le chemin de cet homme, à présent, il n'aspirait qu'à le retrouver. Les larmes aux yeux et le cœur serré, il fit un dernier effort pour s'extirper de cette entrave l'empêchant de rejoindre ce qu'il désirait le plus. Il devait y arriver, lui seul était en situation de se libérer. Bien qu'Asami se tenait devant ses yeux, il ne pouvait plus rien pour lui, il était trop loin. Une mer les séparait.

À l'aide de ses dents, il tenta de défaire le nœud de ses liens sous l'œil sarcastique de son ravisseur qui le surveillait. Celui-ci dans un rire bref reporta son attention sur les commandes du yacht. Son nœud était parfait, il n'y avait pas lieu de s'inquiéter.

En effet, toute tentative était vaine. Akihito s'écroula à genoux, la tête pendante. Mues par des sanglots de désespoirs, ses lèvres se mirent à trembler. Non ! Il ne voulait pas être à nouveau séparé d'Asami. Surtout depuis qu'il l'avait vu dans le hall. Il avait douté que l'homme d'affaires ne veuille l'échanger contre ce contrat valant des millions de dollars. Mais Asami était venu le chercher. Il était venu, pour lui… C'était trop bête. Il était à deux doigts de le retrouver.

Dans un cri de rage, Akihito tira encore sur le lien. Il tira si fort sur la corde qu'il s'en écorcha la peau des poignets. Rien à faire, c'était trop serré. Il hurla, les larmes inondant son visage. Il n'en pouvait plus. La douleur de ses poignets écorchés à vif n'était rien comparée à celle ressentie dans son cœur. Asami et lui étaient si proches, et si loin en même temps.

Les yeux voilés par les larmes, il regarda le paquebot l'éloigner de plus en plus de cette silhouette…

- « Asamiii ! » hurla-t-il subitement à plein poumons. « Asamiii ! »

L'homme d'affaires plissa les yeux et contracta les muscles de sa mâchoire. Les hurlements de désespoir d'Akihito le transperçaient, mais il avait obtenu ce qu'il voulait : qu'Akihito sache qu'il était venu le récupérer, et qu'il recommencerait, même si cela devait lui prendre une éternité. Qu'il n'oublie pas qu'il récupérait toujours ce qui lui appartenait.

Cette balle avait été uniquement tirée pour attirer l'attention du photographe. Certes, tirer sur le ravisseur avait été tentant, mais il n'était pas certain qu'Akihito s'en sorte. Il ne pensait pas, vu ses maigres moyens financiers, que le photographe s'était un jour payé le luxe de passer son permis bateau. Et avec la chance qu'il avait ces derniers temps, la navette aurait fini sa course sur un rocher en mettant par la même occasion fin à sa vie. De plus, il devait certainement être ligoté. Connaissant le caractère fougueux du photographe, le ravisseur en était sûrement venu à l'attacher. Akihito aurait même sauté du bateau. Il l'avait déjà fait du toit d'un immeuble lors de leur première rencontre, alors ce n'était pas un peu d'eau de mer qui lui aurait fait peur.

Asami rengaina son Beretta dans le holster caché sous sa veste. Il fixa de ses yeux la lueur du yacht qui déclinait dans l'obscurité, jusqu'à ce qu'elle ne fut plus qu'un point scintillant.

Il ne restait plus que le mugissement du vent, dernier témoin de leur nouvelle séparation. Il jeta un dernier regard sur le manteau noir de l'horizon, puis murmura :

- « Attends-moi. »

Il pivota ensuite sur lui-même et se posta en face du chinois qui venait d'arriver encadré de ses hommes. Feilong brava son regard en plissant les paupières devant les yeux acérés d'Asami – c'était comme deux pointes chauffées à blanc qui lui brûlaient les yeux.

- « Ramenez-moi çà à Tokyo », fit Asami à l'intention de ses hommes de mains.

- « À Tokyo ? Pour quoi faire ? Si c'est pour me tuer, autant en finir ici », souffla de haine Feilong.

Asami le sonda du regard :

- « Je n'en ai pas encore fini avec toi… Et tu peux dire adieu à ton paquebot. »

Sa voix fut telle que Feilong sentit un fil de sueur naître dans son dos. Il ne comprenait pas non plus le sens de sa phrase. Pourquoi devait-il dire adieu à son paquebot ? Voulait-il dire par là qu'il comptait le tuer ? Ou… voulait-il assouvir sa vendetta en faisant sauter son navire ?

- « Avancez », fit un des hommes d'Asami en poussant le chinois devant lui.

Feilong obtempéra. Qu'allait faire Asami de lui ? se demanda-t-il non sans appréhension.

Comme s'il voulait percer à jour ses pensées, Feilong suivait des yeux le dos de l'homme d'affaires qui s'allumait une cigarette… Et Akihito ? Où était-il passé ? Apparemment, Asami ne l'avait pas trouvé. Ce qui expliquait sa fureur.

xxx

De retour au Japon, Feilong se retrouva séquestré dans l'appartement de l'homme d'affaires sans avoir eu son mot à dire. Celui-ci l'avait obligé à le suivre sous la menace, mais n'avait pas éprouvé le besoin de l'attacher. Était-il si insignifiant pour qu'Asami n'en vienne pas à le maîtriser avec des cordes ? Se croyait-il à ce point intouchable ? À moins que cette assurance ne soit due à la présence de ses ''chiens de garde''. Au bout du compte, pour apaiser son courroux, Feilong préféra opter pour la dernière hypothèse.

Il resta donc assis sur le canapé du salon et observait d'un œil discret l'homme d'affaires. Asami était resté silencieux tout le long du trajet de son jet privé les amenant à destination de Tokyo. Pourtant il n'avait pas cessé de le fixer. Feilong avait bien tenté d'engager la conversation, histoire de clarifier le malentendu de la transaction d'Akihito, mais une paire d'yeux acérés l'avait sommé de se taire.

Si le leader de Baishe n'avait su comment et par qui Akihito s'était fait enlever, il était au moins certain d'une chose : Asami ne l'avait pas doublé, comme il l'avait pensé. Étrangement, ce détail l'ennuyait quelque peu. Lui qui avait imaginé que la disparition d'Akihito avait été le fruit du japonais, il devait s'avouer qu'il avait eu tort et avait en même temps perdu un prétexte de plus pour nourrir sa haine contre le mafieux.

Les deux hommes avaient finalement compris – même s'ils ne s'étaient pas concertés sur le sujet – qu'aucun des deux n'avaient été le commanditaire de l'enlèvement d'Akihito. Ce qui soulevait une question substantielle : qui l'avait kidnappé, et pour quel motif ?

Feilong commençait vraiment à s'impatienter. Même de retour chez lui, au Japon, Asami restait totalement imperméable et semblait même avoir oublié sa présence. Il passait son temps à détailler des documents et répondre aux coups de téléphone qu'il recevait. Feilong n'arrivait pas à savoir en quoi consistait ces coups de fil. Asami ne formulait que des « Oui », « Bien », « Je vois ». Il paraissait attendre quelque chose…

L'atmosphère était étouffante et la chaleur de la fin de l'été n'arrangeait pas les choses. Asami ne connaissait-il pas la climatisation ? Feilong aurait pu avoir la satisfaction que lui aussi en souffrait, mais malheureusement il paraissait frais comme un gardon. Feilong lâcha un soupir tout en s'essuyant le front du revers de sa main. Cela faisait déjà un moment qu'il était installé sur ce fichu sofa ; même s'il était assez confortable.

L'agitation de Feilong attira l'attention de l'homme d'affaires qui leva le nez d'un document qu'il était en train d'étudier. Soudain, il se leva de son fauteuil pour se diriger vers le bar, s'avança vers le canapé avec un verre d'eau à la main, et le posa sans douceur sur la table basse. Puis, sans un regard pour le chinois, il tourna les talons et reprit ses occupations premières. Feilong fixa le verre d'eau, dubitatif. Bien qu'il aurait bu d'un trait le liquide fort attrayant, l'inattendue et suspicieuse attention de son ennemi l'empêcha d'étancher sa soif. Quant à Asami, il avait l'air de s'en moquer royalement.

Un autre coup de téléphone retentit et fit légèrement sursauter le chinois qui avait finalement cédé à sa pépie.

Asami prit son portable et décrocha.

- « Oui. » Son regard se durcit. « Bien… Faites-les débarquer. Pour le reste vous savez ce qu'il faut faire. »

Après avoir éteint le cellulaire, l'homme d'affaires s'adossa contre son siège et glissa une cigarette entre ses lèvres tout en fixant froidement son concurrent chinois. Celui-ci se demandait ce que lui valait ce regard et ressentit soudainement comme un malaise. Il venait de se remémorer une des menaces du japonais faite sur l'embarcadère de son paquebot.

- « Alors… Tu as fait sauter mon paquebot ? » ironisa-t-il amèrement. « Tu es satisfait… Tu te sens soulagé ? »

Asami regarda Feilong par-dessus la flamme de son briquet qu'il venait d'allumer. Après avoir inhalé une première bouffée de sa cigarette, il l'expulsa ensuite d'une lenteur savamment calculée.

- « Pourquoi ferais-je sauter un navire qui m'appartient ? » demanda-t-il le sourire au coin de la lèvre.

Feilong crut s'étouffer. Il préférait savoir son bateau à mille lieux sous la mer que dans les mains de ce sale japonais !

- « Qu'est-ce qui te permets de t'octroyer ce qui m'appartient ? » protesta-t-il hors de lui.

Asami se redressa brusquement en claquant violemment ses paumes sur le bureau qui trembla sous le choc.

- « Tu as touché, là, un point essentiel, Feilong. Tu fais bien de me demander ce qui me permet de m'octroyer ce qui t'appartient. »

Feilong comprit aussitôt où il voulait en venir. Il lui avait lui aussi volé un bien – si tant est qu'un être humain puisse être qualifié d'objet.

- « Je l'admets… » répondit-il d'un ton plus mesuré. « Mais n'espère pas attendre de moi des excuses. Je ne te pardonnerai jamais le fait de m'avoir trahi il y a sept ans. Toutefois, je suis désolé pour Akihito. Mon intention n'était pas de lui nuire directement. »

Un éclair passa dans les yeux d'Asami. Il se dirigea d'un pas rapide vers le chinois et lui envoya un violent coup de poing dans la mâchoire. Feilong fut projeté en arrière et un filet de sang coula de sa lèvre ouverte.

Dans un regard de défi, il leva les yeux sur l'homme d'affaires dont la fureur n'avait rien à envier à la sienne.

- « Ainsi tu ne voulais pas lui nuire directement… » releva Asami tout en empoignant le col de la tunique du chinois. « Et qu'as-tu fait pendant toutes ces semaines en le violant un peu plus chaque jour ? »

Feilong n'avait rien à répondre. C'est vrai, il l'avait violé à plusieurs reprises, sans compter les humiliations qu'il lui avait fait subir. Il n'avait aucune défense à plaider, et de toute façon il n'en avait pas l'intention : il était coupable. Des images lui revinrent en mémoire. Il revit tous les moments où il avait pris Akihito de force et détourna la tête des yeux plissés de son vis-à-vis d'humeur à l'égorger. Il était coupable et s'en voulait. Hélas, il ne pouvait pas revenir en arrière pour réparer ses erreurs.

Tout en scrutant le chinois, Asami, dans un geste de mépris, finit par relâcher le col de sa tunique.

- « Tu ne changeras jamais… » dit-il en lui jetant un mouchoir dans sa direction. « Essuie-toi. Je n'ai pas l'intention d'envoyer tes affaires chez le teinturier, cette fois. »

Feilong baissa les yeux sur sa tunique tachée de sang. Envoyer ses vêtements chez le teinturier ? Oui, c'est ce qu'Asami avait fait il y a sept ans… Mais à cette époque c'était plus parce que ses vêtements sentaient l'alcool. Aujourd'hui ils étaient tâchés de sang par le coup de poing magistral qu'il lui avait assené. Leur relation avait changé depuis et n'était plus que suspicion et haine.

Perdu dans ses pensées, Feilong ne vit pas Asami se diriger à nouveau vers le bar. Il ne le vit pas non plus revenir dans sa direction lui tendant un sachet de glaçons. Seule sa voix rude chargée de pitié le fit réagir.

- « Mets ça sur ta lèvre. Tu es déjà assez pitoyable à regarder. »

Il n'y avait pas que la voix qui était rude, ses yeux aussi.

Feilong, blessé dans son orgueil, mais résigné, prit le sachet et le plaça sur sa lèvre déjà enflée. Mais pourquoi Asami réagissait-il ainsi ? Il lui apportait un verre d'eau et maintenant de la glace après l'avoir frappé. Si Akihito se trouvait à nouveau en danger, c'était en partie à cause de sa négligence. Alors pourquoi se montrait-il prévenant à son égard ? Décidément, il ne comprendrait jamais cet homme et ça le perturbait. Asami était indéchiffrable, imprévisible. Ce qui faisait sa force car personne ne pouvait prévoir ses agissements.

Soudain il sentit les doigts d'Asami lui soulever le menton. Surpris par ce geste, il recula et s'enfonça un peu plus dans le sofa. Sa réaction avait l'air de beaucoup amuser le japonais, il avait ce regard persifleur qu'il lui connaissait si bien.

- « Il faudrait peut-être quelques points de suture à cette jolie lèvre », railla Asami. « Si tu veux, je peux m'en charger… »

Feilong avait l'impression de revivre le moment où Asami lui avait soigné la main lorsqu'il se l'était fait mordre par un chien. Il avait le même regard sadique.

En se rappelant cette scène des plus désagréables, il lui dégagea la main d'un geste brusque. Asami eut un rire bref et s'écarta du cantonais.

- « Ne sois pas si inquiet. De toute façon je n'ai pas le temps de jouer avec toi », fit-il avant de poursuivre sur un ton plus grave. « Je sais qui a enlevé Takaba… C'est un ami à toi. »

- « Un ami à moi ? Et de quel ami s'agit-il ? » demanda Feilong en notant le sourire en coin de l'homme.

- « Mikhaïl Arbatov. »

- « Arbatov ? » s'étonna Feilong. « Mais qu'est-ce que vient faire Arbatov dans cette histoire ? »

- « Tu ne devines pas ? Tu n'es vraiment pas perspicace. Ce n'est pas étonnant que tes hommes en viennent à te trahir aussi facilement. »

Feilong eut un rictus de malveillance aux lèvres quant à la remarque désobligeante de l'homme d'affaires. Ceci dit, Asami n'avait pas totalement tort sur le fait que des traîtres se comptaient parmi ses hommes. Il aurait tout de même bien voulu polémiquer sur ce sujet avec le japonais si Akihito n'était pas l'affaire prioritaire du moment.

- « Le contrat », avisa Asami qui n'avait vraiment pas le temps de jouer aux devinettes avec lui.

- « Le contrat ? » répéta Feilong avant de marquer une pose. « Bien sûr ! Tout s'explique maintenant… »

- « À la bonne heure », lança Asami comme s'il s'agissait d'un miracle.

Le leader de Baishe lui jeta un regard assassin et allait lui dire sa façon de penser lorsque l'homme d'affaires le stoppa dans son élan.

- « Il va certainement chercher à te contacter », déclara-t-il avant de reprendre, une lueur maligne dans les yeux. « Après tout, tu es son jouet favori… »

- « Qu'est-ce qui te permets de… Je ne suis le jouet de personne ! Ne me compare pas à Akihito », répliqua-t-il dans un rictus provocateur.

Tout en fixant le chinois, Asami tira sur sa cigarette et recracha lentement un nuage de fumée qui s'étendit paresseusement dans la pièce avant de disparaître.

- « Donne-moi ton portable », fit-il seulement en tendant la main.

Ce n'était ni une question, ni une requête. Mais tout bonnement un ordre. Feilong n'appréciait pas spécifiquement recevoir ce genre d'injonction, à la base c'était lui qui les dictait. Asami commençait vraiment à lui taper sur les nerfs. Qu'il regagne la Chine une fois cette affaire résolue, et il lui ferait regretter toutes ces humiliations et sa façon arrogante de lui adresser la parole. Qu'Asami ne s'imagine pas pouvoir le traiter comme il le faisait avec Akihito !

- « Et pourquoi devrais-je te donner mon portable ? » demanda-t-il sur un ton froid.

- « Tu n'es pas en mesure de discuter. Fais ce que je te dis. »

Là, c'en était trop pour le chinois. Malgré cela, il décida d'obtempérer. Du moins, il le ferait jusqu'à ce que Akihito revienne sain et sauf.

À suivre…