Salut tout le monde !

Je ne vous embête pas longtemps aujourd'hui. Je me permets juste de vous dire : Merci. Dans les quelques jours qui ont suivi la publication de cette fanfic, j'ai eu des reviews, des follow et des fav'. Je suis vraiment touchée par ces intentions. J'espère que la suite est à la hauteur de vos espérances ;)

KH

PS : J'ai ajouté une nouvelle image en couverture de fanfic. C'est elle qui m'a inspirée cet écrit.


« Mrs Hudson. »

John passe un autre carton devant les yeux de son ami, afin d'en identifier le propriétaire.

« Moi. » La voix du détective est traînante, monotone et monocorde.

« Je t'en prie, tu pourrais y mettre un peu plus d'entrain ! » S'agace le médecin en rangeant l'objet sur l'étagère dédiée aux effets personnels du détective. Le contenu tinte. Probablement la verrerie de laboratoire.

« Non. C'est ennuyeux. »

Le blond lève les yeux au ciel mais ne peut empêcher l'ébauche d'un sourire apparaître sur son visage – la fossette gauche autour de sa bouche s'accentue et son œil frise légèrement –. Sherlock l'amuse, alors que d'autres le trouveraient exaspérant. Et Sherlock trouve cela fascinant. Une chaleur devenue familière s'empare de sa cage thoracique. Plus que fascinant. Gratifiant.

Sherlock prend une inspiration et s'apprête à appliquer son plan d'évasion. Mais John tend les bras en direction d'un nouveau carton, sur l'étagère la plus haute. Trop petit. Le détective se ravise et l'observe se mettre sur la pointe de pieds et s'escrimer à l'atteindre, étirant bras et mains au maximum. La pointe rosée de sa langue s'échappe de sa bouche sous l'effort. La petite taille du médecin occasionne un spectacle plutôt drôle.

« Surtout, ne m'aide pas ! »

« Ah, mais je n'en n'avais pas l'intention. » Rétorque le brun, les bras croisés.

Le blond se fige, se relâche. Puis se retourne, les mains sur les hanches. Sourcils froncés. Lèvres pincées. Oups.

« Fous toi de moi, Sherlock ! Un pari est un pari. Tu dois m'aider. Allez, bouge-toi avec ton maudit mètre quatre-vingt-trois et attrape-moi ce fichu carton ! »

Dans son effort pour déloger le carton, de la poussière est tombée en pluie fine sur ses cheveux blonds. Les petites mèches sur son front sont devenues grisonnantes. Sa pose. Son attitude. On dirait un petit vieux. Sherlock se retient de rire. L'air renfrogné qu'affiche son colocataire n'autorise pas la moindre boutade.

Il râle pour la forme. Il n'a qu'à tendre les bras pour atteindre le carton, sans aucun effort. Il le fait délibérément lentement, s'amusant du soupir exaspéré de son ami.

« Merci. » Fait-il, irrité avant d'éternuer pour la onzième fois. « Satanée poussière ! » grommelle-t-il.

La voix grave du brun s'élève, constatant l'évidence avec calme : « Au vu du nombre excessif d'éternuements depuis les vingt dernières minutes, je pense ne pas me tromper sur le diagnostic : tu es allergique à la poussière. »

John se retourne, un air faussement ingénu plaqué sur le visage. « Incroyable ! Mais comment as-tu deviné ça ? » S'exclame-t-il en se parodiant lui-même.

Ils échangent un regard et pouffent de rire. La situation a des airs de Buckingham Palace.

« Allez viens, au lieu de te ficher de moi », lâche le blond, radouci. « Sortons cinq minutes avant que je ne meurs d'une crise d'asthme. »

Sherlock le suit volontiers, le carton toujours dans les mains. Ils progressent vers la chambre de John et s'assoient au pied du lit.

John éternue. Douzième fois. Décidément, il faudrait aller chercher des anti-histaminiques. Il examine l'état de sa chemise, le violet profond n'est plus ce qu'il était sous la fine pellicule de poussière. John avait raison, il aurait du mettre un vieux T-shirt. En fait, John a généralement raison lorsqu'il ne s'agit pas de déductions. Ses déductions sont souvent – toujours ? – erronées. Mais elles ont le mérite de le mettre sur la bonne route.

Il jette un œil à son ami. Le voilà qu'il se met à tousser maintenant. Il a presque pitié de lui. Repoussant le carton du pied, il se lève et lui lance :

« Je vais me changer. Tu devrais faire de même, ça calmerait ton allergie. »

Et il s'efface vers l'étage inférieur.

Lorsqu'il revient dans la chambre de John, celui-ci a enfilé un vieux T-shirt beige. Afghanistan, au vu de l'usure et de la couleur, défraîchie par le soleil. Il est assis en tailleur sur le sol, et a sorti et trié le contenu du carton. Il est penché sur un petit coffret de bois que Sherlock identifie aussitôt comme... Oh, John.

« Sherlock, qu'est-ce-que c'est que ça ? » Demande-t-il en brandissant des petits papiers cartonnés de couleur rose.

« Oh ça. Rien. » Répond-il le plus nonchalamment possible en tendant la main vers les papiers. Mais John esquive le geste.

« Oh non ! » S'exclame le médecin, un petit sourire au coin des lèvres, « Tu ne vas pas t'en sortir comme ça ! ». Et Sherlock sait en scannant ses yeux bleus, qu'effectivement il ne va pas s'en sortir comme ça.

John commence la lecture des petites cartes avec un sourire non feint. « Mycroft Holmes, Year 9*. A dit à son camarade de classe qu'il était un 'dégénéré' qui 'gaspillait de l'oxygène précieux aux autres' » Il éclate de rire. Son agréable. « Mon Dieu Sherlock, ce sont des bons de mauvaise conduite ! » Fait John, visiblement fier de sa trouvaille.

« Oui merci, je suis au courant »

Sherlock est renfrogné. Il s'assoie de nouveau contre le lit de John, tandis que celui-ci fouille dans la boîte à 'mauvais points'. Il aurait mieux fait de le laisser galérer avec ce fichu carton finalement.

« Mais comment se fait-il que tu aies conservé ça ici ? » Se demande John à voix haute.

Enfin une remarque pertinente. Mais la réponse était évidente.

« Petit moyen de pression sur mon frère. Faible, j'en conviens. » Très faible même, s'il s'en réfère à tous les documents que possède son frère sur sa propre personne. Sans parler de toutes ses maudites sessions de surveillance. Pouvait-il un jour espérer avoir la paix ? Aspirer à une vie privée ? Il en doute franchement.

John acquiesce, les lèvres pincées vers l'avant. Moue appréciative. Puis il tourne son regard vers lui. Inattendu. « Faible moyen de pression, certes. Mais un sacré moyen de passer un bon moment à se ficher de lui tu ne crois pas ? » Énonça-t-il l'air de rien.

John Watson, votre fourberie m'étonne.

Sherlock plissa les yeux, scannant son ami. Sourcils levés dans l'attente d'une réponse. Ridules d'expressions accentuées. Sourire sous-jacent. Regard... comment dit-on déjà ? Malicieux.

Mais elle me plaît.

« Mycroft avait quatorze ans. Et déjà, il se voyait au-dessus de tout le monde... »

John se rassit correctement contre le lit et sourit. Il était tout ouïe.


Vingt-neuf ans plus tôt...

« A l'abordage Barberousse ! » s'écria le capitaine Sherlock en brandissant son épée – qui objectivement, ressemblait plus à un glaive en carton – en direction du vaisseau ennemi – Le lit de Mycroft -.

Barberousse aboya légèrement puis se hissa à bord du bateau ennemi. La bataille fut épique. Le fidèle second se battait comme un dieu. Le capitaine jouait de l'épée, frappant de taille et d'estoc les impertinents moussaillons qui se mettaient en travers de son chemin, en quête du Trésor.

Soudain, une touffe de poils couleur de feu entra dans son champ de vision. Barberousse, ce brave, se débattait, aux mains de l'ennemi. Le capitaine lui lança un regard. « Tiens bon mon ami, je viens à ton aide ! »

Aussitôt dit, aussitôt fait. Le capitaine était un homme de parole après tout. Prenant de l'élan, il sauta depuis le pont supérieur – la tête du lit – pour transpercer l'ennemi de sa puissante épée. Mais l'ennemi – un coussin affreusement résistant – était coriace. Un véritable pirate, comme on en faisait plus dans ces eaux troubles des Caraïbes. Le capitaine envisagea son avenir un instant. Méritait-il sa clémence ?

Le capitaine n'eut pas le temps de réfléchir que déjà, son fidèle compagnon décidait de son sort, abrégeant ses souffrances en un sinistre déchirement – et un nuage de plumes.

« Barberousse ! » Gronda le capitaine, indigné. « Tu aurais pu attendre mon approbation ! »

Le fidèle moussaillon tressaillit sous la voix de son supérieur. Il prit une pose toute penaude, lui faisant des yeux de chien battu, – ce qu'il n'était certainement pas – l'air désolé.

Sherlock ne résista pas bien longtemps à l'expression triste de son ami et lui caressa affectueusement le dessus du crâne, alors que quelques plumes duveteuses redescendaient sur eux comme des flocons de neiges. Barberousse émit un petit grognement d'appréciation en fermant les yeux. Les mouvements de sa queue balayait les centaines de plumes au sol.

« Va ! Tu es pardonné ! Cela fera faire un peu de rangement à ce traitre de Mycroft, après tout ! »

Tiens, quand on parlait du loup (de mer) d'ailleurs. Sherlock tendit l'oreille. Les voix de son frère et de Maman se rapprochaient inextricablement. La situation devenait de plus en plus critique. Il fallait envisager un repli stratégique.

« Abandonnez le navire ! » Cria-t-il à son équipage « Nous nous replions ! »

Barberousse sauta du vaisseau et suivi aveuglément son capitaine. Ce-dernier connaissait l'océan comme sa poche. Après avoir évité le terrible esquif du couloir, il s'engouffra dans la grotte de l'île de Sureté – sa propre chambre – en prenant soin d'éviter de croiser le chemin de ce traitre de corsaire, nouvellement à la solde de sa Majesté.

Sherlock referma la porte et s'y adossa tout contre, reprenant son souffle. Une belle expédition que celle d'aujourd'hui. Il ouvrit les yeux. Barberousse était assit sur son séant, la tête penchée sur le côté, semblant attendre quelque chose. Il reprit soudain ses esprits :

« Mais OUI, nous l'avons eu ! Nous avons volé le Trésor ! » S'exclama-t-il en brandissant un gigantesque cookie qu'il avait subtilisé à son frère – le tiroir de la table de chevet était une bien piètre cachette -.

Le setter irlandais suivit le cookie du regard. Une telle aventure méritait bien récompense, non ?

Ses pensées avaient du atteindre l'esprit de son maître car celui-ci partagea l'appétissant cookie en deux et lui en céda la moitié.

« Tiens, mon fidèle second, tu t'es bien battu ! » Fit-il en lui fourrant la moitié du biscuit dans la gueule. Le chien ne demanda pas son reste et dévora littéralement le cookie, agitant frénétiquement son fouet. Une myriade de petites miettes brunes vint décorer la moquette bleue marine de sa chambre dans le processus. Maman n'allait pas aimer.

Sherlock rit affectueusement de l'appétit gargantuesque de Barberousse. Il était complètement dingue de ce chien. Le meilleur pirate qu'il ait jamais formé – Il fallait dire que les peluches étaient beaucoup moins réceptives à son enseignement. Il releva son cache-œil, se débarrassa de son tricorne et commença à grignoter l'autre moitié du délicieux biscuit – Maman était la reine des cuisinières – tout en écoutant ce qui se passait dans le couloir.

« Myke, tu me déçois beaucoup. » La voix de Maman n'était en effet pas très joyeuse.

Sherlock releva la tête et tendit l'oreille. Qu'avait donc encore fait Mycroft ?

« Pourquoi as-tu dit cela ? Tu te rends compte à quel point cela à du être blessant pour ton camarade ? »

Il avala une bouchée de cookie et entendit son frère renifler de dédain – sa nouvelle expression favorite –.

« Je n'ai fait qu'énoncer une vérité générale, Maman. Cet individu – si on peut encore le qualifier d'être humain, vu son manque évident de matière grise – est complètement dégénéré. »

Sherlock ne pu retenir un petit gloussement. Mycroft était passé du côté des corsaires, mais sa répartie était toujours aussi aiguisée que celle d'un vieux pirate.

« Mycroft Holmes ! » S'offusqua Maman. Sa voix était atrocement montée dans les aigus.

« Oui, c'est mon nom. » Rétorqua l'intéressé avec flegme.

Maman gronda. Visiblement, elle n'avait pas aimé la petite boutade de son frère. « Mycroft, cesse ton impertinence. » Sherlock l'entendit respirer bruyamment par le nez, essayant de se calmer. Il croqua une nouvelle fois dans le cookie. Oh ! Une noix de Macadamia. La noix de Macadamia était absolument fameuse. Surtout quand la personne qui aurait du la manger se faisait sermonner derrière la porte...

« Ecoute Mycroft, tu es un garçon intelligent. Et je sais qu'il t'est difficile de supporter les camarades qui n'ont... comment dire... pas les mêmes facilités que toi ? »

« Ah ça, c'est le moins qu'on puisse dire ! » S'exclama le Corsaire avec insolence.

« Mycroft. » Gronda de nouveau la voix de Maman. Et pour la première fois depuis longtemps, Sherlock sentit l'égo de son frère se rapprocher du plancher des vaches. « Pardon, Maman. »

« Donc, je disais... » Reprit-elle, « ...que c'est quelque chose que je peux comprendre. Néanmoins mon fils, rabaisser quelqu'un au point de lui signifier que 'sa respiration implique pour ceux qui l'entoure, un gâchis de précieux oxygène' ne t'apportera rien, si ce n'est de la haine. »

« Mais Maman... Il l'avait vraiment mérité... »

Maman soupira, mais reprit avec sagesse : « Myke, mon chéri. Tu as probablement raison. Pourtant, ce n'est pas parce que quelqu'un mérite d'être insulté que tu dois t'abaisser à le faire. En l'insultant devant tout le monde, tu ne t'es pas montré plus intelligent que lui. Tu as montré qu'il t'avait blessé et tu as cherché à le blesser en retour. C'est une attitude très basse tu sais. Je ne suis pas fière de ça. Je ne t'ai pas élevé comme ça, Mycroft. »

Sherlock se releva sur les genoux et observa la scène depuis la serrure de sa porte. Barberousse vint lui lécher affectueusement le cou. Il rit sous la chatouille mais repoussa gentiment son ami. Voir Maman remettre le Corsaire à sa place était quelque chose de bien trop rare pour qu'il se permette de le louper.

Son frère avait perdu de sa superbe. Il n'était plus le Mycroft de l'école secondaire** qui se pavanait devant les autres dans la cours de récréation. Les yeux baissés, il scrutait obstinément ses pieds. Son pied droit balayait maladroitement le sol devant lui.

Maman se baissa à sa hauteur et releva son menton du bout des doigts. Le geste de Maman était doux, comme toujours. Maman était la seule personne qui savait comment leur parler.

« Mycroft, faire cela n'était non seulement pas très intelligent, mais en plus tu as donné aux autres un nouveau bâton pour te faire battre, en leur montrant une de tes faiblesses... » Son frère baissa de nouveau la tête, l'air...honteux. Mais Maman rehaussa de nouveau son menton.

« Mon chéri, retiens ceci aujourd'hui : Être affecté n'est pas un avantage. »

Mycroft la regarda dans les yeux. Saphirs contre Émeraudes. La lumière qui diffusait tranquillement par l'œil de bœuf donnait à la scène des airs irréels. Le moment aurait pu être immortalisé par un peintre. A cette pensée, une petite douleur vint picoter Sherlock, au niveau du cœur. Enfin le Corsaire hocha la tête. Maman sourit et son attitude changea visiblement. Se relevant, elle demanda au rouquin :

« Et que t'avait dit ton camarade, pour te mettre dans un état pareil ? »

La nuque de Mycroft pris soudain une couleur qui ressemblait fortement à la nuance de sa chevelure. Sherlock su immédiatement que ce qui allait suivre devrait rester gravé dans sa mémoire. A vie.

« Que je devrais faire un régime... » Marmonna-t-il, les sourcils froncés.

Sherlock ne pu s'empêcher de pouffer de rire alors qu'il observait Maman retenir difficilement un petit gloussement. La petite douleur s'envola aussi vite qu'elle était venue. Maman se reconcentra et l'esquisse de sourire qui apparaissait à la commissure de ses lèvres s'effaça aussitôt.

« Bon, Mycroft. Maintenant que tu as compris pourquoi ce que tu as fait était mal, j'aimerais que tu t'excuses auprès de ton camarade demain. Et ce soir, tu rangeras ta chambre aussi. Tu ne descendras que lorsque ce sera fait. »

Oups.

« Mais Mamaaaaan... »

« Il n'y a pas de 'mais' Myke... »

Maman fit volte-face dans un bruissement de tissu. Elle redescendit les escaliers avec toute la grâce qui la caractérisait, emportant avec elle sa délicieuse odeur de gardénia.

Mycroft poussa la porte de sa chambre, les épaules basses. Sherlock se retourna et fit face à Barberousse. Il remuait la queue, prêt pour une nouvelle aventure. Il était temps de battre en retraite.

Le capitaine réajusta rapidement son cache-œil et son tricorne. Ouvrant la porte, il laissa son fidèle compagnon se faufiler devant lui avant de le talonner silencieusement. La porte de la chambre du Corsaire grinça de façon caractéristique.

« SHERLOCK ! »

Ah. Visiblement, il n'appréciait pas les plumes.


*correspond à la 4e

**correspond au collège