Attention, celle fiction est particulièrement fleur-bleue. Bonne lecture !

Sur cet étroit matelas

Il fallait que cela tombe sur eux. Cela tombait toujours sur eux. Même quand Akaashi pensait qu'ils pouvaient y échapper, le destin finissait toujours par les rattraper.

- Vous êtes sûrs d'avoir bien compté ?

- Formels, lui confirma Konoha. Il manque un futon.

- C'est pas vrai...

- Oh aller, je suis sûr que ça t'enchante de passer une nuit avec ton cher sen-pai.

Le passeur lui lança un regard noir. Il détestait qu'ils l'attisent comme ça. C'était vraiment agaçant.

- Je sais que tu as truqué les bâtonnets.

- Je ne truque rien du tout, moi !

- À d'autres.

- De toute façon, soit tu dors sur le sol, soit avec Bokuto. T'as quand même le choix, lui sourit le renard.

Le brun ne répondit rien. C'était peine perdue. Lorsqu'ils s'étaient rendus compte du problème, ils avaient décidé de tirer au sort ceux qui allaient dormir sur le matelas restant. Bien sûr que Konoha aurait pu y aller avec Komi, ils étaient les deux plus petits ! Mais non, il avait fallu que ce soit les numéros 4 et 5 – qui étaient grands tous les deux – qui s'y coltinent !

L'heure fatidique du coucher arriva. Tout le monde regardait les deux concernés avec un petit sourire sur les lèvres. Au grand bonheur d'Akaashi - ou du moins, pour soulager un peu sa peine -, le futon était assez grand. Et qui plus est, ils étaient dans un coin un peu à l'écart du groupe – qui avait anticipé que l'un des deux pourrait se retrouver expulsé du matelas à un moment de la nuit.

Bon, Akaashi avait beau fulminer extérieurement, intérieurement, son cœur battait à cent à l'heure. Bien sûr qu'il était enchanté, même si quelque peu anxieux, de cette nuit passée l'un si proche de l'autre. Il aimait secrètement son aîné depuis quasiment le premier jour. Mais hors de question de lui annoncer de but en blanc. Même s'il était un bon orateur, Akaashi ne savait pas comment s'y prendre pour déclarer sa flamme, et encore moins comment réagir suite à un rejet.

Bokuto était déjà installé dans les draps, il invita Akaashi à le rejoindre. Ce dernier jeta un coup d'œil par-dessus son épaule, sentant les regards de tous les autres sur lui. Il partit d'abord éteindre la lumière avant de s'installer sur l'étroit matelas.

- Ça te gêne qu'on dorme comme ça ? demanda timidement Bokuto au bout d'un moment, pas assez fort pour que les autres l'entendent.

Le brun soupira.

- Non, ça ne me gêne pas. C'est juste l'histoire qu'ils en font qui m'énerve.

- Donc tu es content ?

- Bonne nuit, Bokuto-san.

Ils s'étaient mis face à face. Il est vrai que pour une optimisation de l'espace, il aurait été préférable que le brun se mette dos à l'ace, mais quelque chose dans cette position le dérangeait. Et puis... s'ils devaient parler un peu cette nuit, autant que cela puisse se faire le plus facilement possible.

- Dis, tu es déjà tombé amoureux ? chuchota soudain Bokuto, après un petit moment de silence.

Akaashi sourit pour lui-même, content d'avoir bien anticipé.

- C'est quoi cette question ? lui répondit-il de la même manière.

- Je suis curieux, c'est tout. Et comme on n'est que tous les deux, j'en profite !

- ... ça ressemble aux questions de soirée entre filles...

- Parce que tu as déjà assisté à une soirée entre filles ?!

- J'ai une sœur, je te rappelle.

- Bref ! Ne change pas le sujet ! Alors, ta réponse ?

- Oui.

- Vraiment ?!

- Pas toi ?

- Eh bien euh... si !

- Hm ?

- En fait, je voudrais lui faire une déclaration... mais je ne sais pas comment m'y prendre.

- Et... pourquoi je saurais ?

- Parce que tu sais tout !

*soupire* - Très bien. Tout d'abord, assure-toi de te retrouver seul avec cette personne. De préférence la nuit.

- Un peu comme maintenant ?

- Oui. Ensuite, baisse le volume de ta voix *murmure*. Après, tu viens placer ta main comme ça sous sa joue.

Le brun plaça sa main entre la joue de Bokuto et l'oreiller, et commence à le caresser distraitement avec le pouce. Tout pendant qu'il s'exécutait, il sentait son cœur battre de plus en plus vite. C'était l'occasion rêvée et Bokuto lui servait sur un plateau d'argent. Que pouvait-il espérer de mieux ? Il reprit :

- Avec l'autre main, tu parcours son torse et tu la places dans son cou, tu peux rapprocher ton visage du sien, mais pas trop encore.

Un temps se passe pendant lequel le passeur caresse toujours la joue, essayant de trouver comment il allait bien pouvoir enchaîner.

- Continue de lui parler de tout et de rien, il faut que tout se fasse subtilement.

- D'accord et ensuite ?

- Place-toi au-dessus de lui, comme je fais. Prends en compte sa corpulence pour ne pas l'écraser.

Akaashi se mit tout contre lui, son buste sur le sien. Il sentait le cœur de Bokuto battre plus vite que la normale. Il ne s'en étonna pas : lui aussi avait un pouls rapide. Et puis, il était sûr que Bokuto était aussi amoureux de lui que l'inverse. Il ne faisait qu'accélérer des choses qui duraient depuis trop longtemps.

- Doucement, tu rapproches ton visage du sien.

Il chuchota encore plus bas. Son nez toucha celui de Bokuto. Ses lèvres effleuraient les siennes. Il savoura le moment qui les séparaient de l'instant fatidique tout en laissant ses sens s'éveiller.

- À ce moment-là, tu fermes les yeux, l'autre le fera aussi. Il faut se concentrer sur tous les contacts qui se produisent entre vous deux. Et après...

Un temps se passa pendant lequel leur souffle s'entremêlèrent. Un instant de pure délectation selon le brun.

- ... "Et après"... ?

Akaashi se pencha un peu et donna à l'argenté un doux baiser, court mais passionné.

- Et ça se termine comme ça.

- Et tout est censé se passer comme ça ?

- C'est comme ça que je voudrais que ça se passe.

Bokuto ne dit rien. Akaashi se sentit soudain très mal à l'aise. Si ça se trouve, son capitaine ne partageait pas les mêmes sentiments que lui, il devait le trouver ridicule. Il en était sûr et avait honte, tellement honte de lui. La personne qu'il aimait n'était clairement pas Akaashi comme ce dernier l'avait imaginé.

Sans un mot, il reprit sa place initiale et se retourna, dos à Bokuto. Le matelas était très étroit, donc il n'eut d'autre choix que de se retrouver contre l'argenté, alors que ce dernier devait le vouloir à mille lieues de lui. Il avait envie de devenir tout petit, si petit que Bokuto pourrait ne plus faire attention à lui. Il était content que la pénombre l'enveloppe si bien, tant ses joues étaient enflammées.

- Akaashi ?

Bokuto sentit que la respiration du brun était troublée.

- Qu'est-ce qu'il t'arrive ?

- Oublie-moi.

- J'ai fait quelque chose qui ne fallait pas ?

- Oui... et ça fait mal.

Il se recroquevilla sur lui-même en comprimant sa poitrine.

- Montre-moi.

Le passeur ne répondit rien et ne bougea pas.

Bokuto le fit doucement basculer pour qu'il lui fasse face. Il vit la position de ses mains sur sa poitrine, et son regard brisé.

- Hey, 'kaashi...

- Je prends ton silence pour une réponse négative.

Akaashi ne pleurait pas. Il était juste très triste en ce moment même et bien que ses yeux menaçassent de déverser un flot de larmes, il essayait de conserver une voix la plus neutre possible.

- Il y a une question que je ne t'ai pas posée.

Akaashi ne réagit pas. Il ne voulait pas réagir car il savait que quoiqu'il arrive, cette question était synonyme de malheur. Et puis, c'était assez paradoxal, puisque c'était Akaashi lui-même qui n'avait posé aucune question à l'argenté et qui attendait une réponse de lui. Bokuto continua quand même.

- Comment fait-on pour consoler la personne qu'on aime ?

Akaashi redressa subitement la tête vers son interlocuteur.

- ... hein ? demanda-t-il d'une toute petite voix ?

- Qu'est-ce que je dois faire pour consoler la personne que j'aime ?

Pendant un instant, Akaashi ne dit rien, ne savant pas comment réagir. Puis, il déclara finalement :

- C'est au-delà de mes capacités, ça je ne sais pas.

- Mais ça a déjà dû t'arriver, non ? De réconforter une personne que tu aimes ?

Le brun ne savait pas si Bokuto était réellement naïf au point de penser qu'aimer quelqu'un était synonyme de sortir avec lui, ou s'il le cherchait exprès. Il décida de rentrer dans son jeu et d'annoncer de but en blanc :

- J'ai toujours essayé de te redonner le moral pendant les matchs, Bokuto-san.

Il ne le vit pas, mais Bokuto sourit. Il le sentit à l'aura qu'il dégageait. Ce dernier se rapprocha de lui et prit le corps du brun contre lui. Akaashi frissonna lorsqu'il sentit le nez de l'autre dans ses cheveux et le souffle de sa respiration.

- Après tant d'observation, je pense pouvoir essayer de tenter quelque chose, lâcha-t-il.

Il resserra un peu plus son emprise, sans pour autant prétendre étouffer son partenaire. Une main vint parcourir les boucles de jais du passeur et il commença à se détendre enfin. Il ferma les yeux et se concentra sur les caresses.

- Ça a l'air efficace.

Akaashi acquiesça d'un léger signe de tête. Puis, Bokuto abandonna ses cheveux pour venir relever son visage. Il lui dit :

- Akaashi, des choses comme celles-ci doivent être dites. Tu sais bien que de nous deux, tu es celui qui sait le mieux trouver les bons mots.

- J'ai peur de ne pas te suivre…

- Tu me connais, tu sais que tu peux tout me dire et que je ne te jugerai pas. Alors, très bien, pour cette fois, c'est moi qui vais le dire. La personne que j'aime, bien sûr que c'est toi. Ça a toujours été toi.

D'accord, Akaashi s'attendait à ça, mais le fait de l'entendre de la bouche de Bokuto lui gonfla le cœur de joie. À son tour, il sourit dans la pénombre. Il se blottit un peu plus contre l'argenté.

- Alors je n'étais pas le seul…

C'était plus une remarque pour lui-même qu'une question pour Bokuto. Le brun se redressa un peu pour se mettre au même niveau que lui.

- Tu penses que tu vas pouvoir appliquer ce que je t'ai appris ?

- Je ne sais pas. Dis-moi si je le fais bien.

Et, pour joindre les gestes à ses paroles, Bokuto vint déposer ses lèvres sur celles de son passeur tout en continuant de lui caresser les cheveux.

- Alors, tu penses que ça va ?

- Hm… je ne sais pas. Je crois que tu vas devoir recommencer…

Heureux de tomber dans son piège, Bokuto recommença. Cette fois-ci, le brun répondit à son baiser, et les deux jeunes hommes perdirent la notion de temps. Non pas que leur échange était empreint de fougue, mais aucun n'osait arrêter tant les émotions qui les traversaient étaient enivrantes.

Sans qu'ils puissent s'en rendre compte, ils finirent par s'endormir l'un contre l'autre.

I°I°I°I

Ils réveillèrent le matin, séparés cette fois. À force de bouger pendant la nuit, ils n'étaient plus restés l'un sur l'autre. Tant mieux, pensa Akaashi. Cela allait leur éviter les remarques des autres. Ils avaient été très discrets la nuit précédente, impossible qu'ils les aient entendus.

Quand Bokuto se réveilla, il regarda son beau passeur avec tendresse. C'était bien la première fois qu'Akaashi lui voyait ce regard. Il lui répondit silencieusement par le même regard.

Ils descendirent manger leur petit déjeuner en même temps que le reste de l'équipe. Ils s'assirent à une table, non loin de Konoha et Shirofuku.

- Alors, ils ont conclu ? demanda avidement la jeune fille.

- Avec le coup qu'on leur a fait, c'est obligé. J'entendu des bruits et des brides conversations hier soir. Il s'est passé quelque chose.

- Dis-moi tout !

- Mes infos ne sont pas gratuites, très chère.

- Oh allez, Konoh-

- Qu'est-ce qu'on entend là ? demanda soudain Bokuto.

Les deux concernés sursautèrent. Ils ne les avaient pas vus arriver.

- Q-Quoi ? Entendre quoi ? demanda innocemment Shirofuku.

- Alors c'était un coup monté toute cette histoire ? sourit diaboliquement Akaashi, comme s'il imaginait déjà comment il allait se venger.

- Un coup monté ? Nooon, voyons, tu nous connais !

- Justement Konoha-kun, commença Bokuto. Où as-tu mis cette fameuse lettre de déclaration que tu as passé tant de nuit à écrire et à réécrire. C'était pour qui déjà… ?

- Bokuto… ne fait pas ça…

- Mince, je l'ai sur le bout de la langue pourtant…

- A-Arrête… on peut trouver un arrangement !

- Ah ! Ça me revient ! C'était pour « Yukie-chan » !

Konoha se transforma en pierre et il sembla prendre feu puisqu'il devint rouge de la tête aux pieds. La jeune fille ne dit rien non plus, autant sous le choc que lui. Le capitaine et le passeur se levèrent et Akaashi leur dit :

- Bon, on vous laisse, vous devez avoir plein de choses à vous dire.

Ils sourirent machiavéliquement et partirent s'installer à une autre table.

Pendant qu'ils s'habillaient, le brun croisa Konoha qui avait encore les joues rouges.

- Sans rancune ?

- Haha… vous deux alors… Et bien, je pense qu'on peut dire ça.

- Elle a dit quoi ?

- Qu'elle était prête à me donner une chance et que l'idée ne lui déplaisait pas trop.

- Bien. On sera quatre à avoir trouvé notre bonheur alors, sourit-il.

- J'en déduis que…

- Déduis-en ce que tu veux. D'ailleurs, j'ai une question à ce sujet. Il n'y a jamais eu de futon manquant, n'est-ce pas ?

Ce fut au tour de Konoha de le regarder en souriant.

- Déduis-en ce que tu veux.