CHAPITRE I : Marionnette

C'était une petite pièce froide, morbide. Une de ces pièces du Manoir qui n'étaient utilisées que pour les réunions en petit comité. De grands draps blancs de coton avaient été retirés du simple mobilier qui la composait. Les Elfes de Maison s'étaient activés pour lui redonner un peu d'attrait à l'arriver du Seigneur des Ténèbres. Mais sous ordres de leur Maitresse, ils avaient dû la laisser la plus sinistre possible pour que « cette parasite prenne conscience de son infériorité ».

Seules quelques personnes triées sur le volet avaient été mises au courant. Et seule une infime partie de ces mêmes personnes était venue assister à la cérémonie : l'enrôlement de la petite Sang-de-Bourbe, amie du Survivant, dans le cercle très fermé des Mangemorts. C'était certainement le show le plus distrayant de l'année, celui qu'il ne fallait pas louper. Les spectateurs avaient sorti leur plus bel apparat et retenaient leur souffle jusqu'au point culminant de la séance : le moment où cette idiote recevrait le poinçon de la honte comme un simple morceau de viande.

On aurait pu penser que la petite aurait courbé l'échine devant cet affront, qu'elle aurait hurlé à l'injustice, prié le soutien de ses amis. Mais elle était restée là, plantée devant le Maître, récitant des paroles inaudibles, les yeux dans le vague. Elle n'était pas fière, ni même stoïque, elle était là, juste là et rien d'autre que ça. Elle tenait son avant-bras gauche comme si ça vie en dépendait. Mais voilà, Bellatrix Lestrange avait refermé la porte, il était temps que son sort soit enfin scellé.

Le Seigneur des Ténèbres, lui attrapa vivement le bras, la sortant de sa torpeur. Hermione, toujours le regard fixé vers le sol n'osa faire transparaître le dégoût qu'elle ressentait à ce moment même. Il fit glisser doucement, presque soigneusement sa longue baguette immaculée le long de son bras avant de prononcer le sort. Le sort qui marquerait sa chair et qui l'humilierait au plus profond d'elle-même.

Seul le petit tressaillement qui la secoua, lorsque le serpent jaillit enfin du crâne immortel, la trahit.

« Agenouille-toi devant ton Maître. » Déclara Voldemort à son égard.

Après que la jeune fille fut au sol, il lui asséna un coup dans les côtes proclamant solennellement :

« Nous te remercions d'avoir prêté allégeance au Seigneur des Ténèbres, pour participer à l'extinction de ta propre espèce et à celle d'Harry Potter. »

Un sourire carnassier illumina chaque visage de la salle, avant que Voldemort ne reprenne la parole :

« Ne vois-tu pas d'objection à ce qu'ils restent auprès de nous quelques temps ? Lui-demanda-t-il en désignant deux corps meurtris affalés dans un sombre coin de la pièce. Nous aurions peur que tu nous fasses faux bond… Bien entendu, dans ce cas, il se pourrait que tes procréateurs, partent eux aussi dans un autre monde, celui que je prédestine prochainement à Potter. »

D'un agile coup de baguette et d'un sort informulé, il lui décocha un effroyable cri, qui se répercuta sur chaque mur du petit cabinet. La jeune fille se recroquevilla un peu plus, roulant en boule sur le côté, essayant par tous les moyens de faire cesser ce mal qui l'emplissait. C'était lâche de lui lancer un Doloris alors qu'elle était à terre et sans défense. Elle pouvait sentir dans ce geste tout le dégoût qu'il nourrissait à l'encontre des Moldus et à tout ce qui s'y rapprochait de près ou de loin.

Enfin, Voldemort leva sa baguette, stoppant de ce fait la douce torture et marquant la fin de la réunion. Il releva le menton et sortit dignement de la pièce sans un seul regard à cette nouvelle marionnette qui venait compléter allégrement sa collection.

Tout le beau monde s'écarta, laissant passer leur Maître, avant eux aussi de quitter cet endroit, laissant Hermione Granger éclater en sanglots sur le sol témoin de sa damnation.

DM/HG

« Bravo Miss Granger vous venez de reporter le premier prix de la marionnette vouée à son maître ! »

Le présentateur, étrangement encapuchonné, souleva de son socle une poupée de chiffe molle. Deux grands trous noirs comblaient l'emplacement des yeux et un filet rouge-grenat s'échappait de ses lèvres de bois entrouvertes.

« Veuillez accepter votre prix ! » S'exclama le présentateur en lui tendant le jouet morbide. Hermione attrapa la poupée par le bout des doigts : un crâne humain vomissant un long serpent brûlé au vif, gravait le bras de la marionnette.

« Nan ! »

Hermione se réveilla en sursaut, le visage dégoulinant de sueur, des gouttes salées perlant au coin de ses yeux. Son ventre lui criait famine, et tout son corps tremblait mais jusqu'ici rien qui ne soit anormal. Cela faisait une semaine, ou même plus, qu'elle était ici. Ici ? Elle n'en avait aucune idée, elle ne voyait jamais beaucoup de pièces et lorsqu'on la sortait de sa petite cellule, on prenait bien soin de lui voiler le regard d'un sort de Magie Noire.

Tout avait commencé le jour des vacances d'été. Les parents d'Hermione étaient venus la chercher à la gare de King's Cross. Certes, ils avaient l'air étrange, mais après une cinquième année chaotique au sein de la célèbre école de sorcellerie Poudlard, Hermione ne s'était pas posée de question, comme personne d'ailleurs.

Elle les avait suivis, docilement, heureuse des retrouvailles. Dans la voiture, ils n'avaient pas ouvert la bouche, mais Hermione trop excitée de pouvoir leur raconter son année, n'y avait décelé rien d'anormal.

Se fut lorsqu'ils arrivèrent devant le petit pavillon de leur maisonnée que le doute envahit la jeune fille. A peine avait-elle posé le pied hors de la voiture que son père l'avait empoignée par le bras. Faisant fi de ses cris, il continua son chemin, la trainant derrière lui.

Pearl Granger, ouvrit le pas en gravissant les quelques marches qui les séparaient de la porte d'entrée. Même porte qui s'ouvrit à la volée sur une grande silhouette fantomatique encapuchonnée et dissimulée d'un masque blafard.

« Bienvenue, Granger. »

Mais cette dernière n'eut point le temps de sortir sa baguette qu'un Stupéfix la frappa de pleins fouets.

Malgré le fait qu'elle ne pouvait user ni de la parole, ni du toucher, deux de ses sens étaient intacts : l'ouïe et la vue. Seulement, elle n'était pas la seule à l'avoir remarqué, et le Mangemort ici présent s'en amusa grandement :

« Alors Granger, tu n'es pas capable de discerner des victimes d'Imperio ? Et bien dommage, tu viens de louper la seule épreuve que j'avais à te faire passer. Comme, malheureusement tu n'as point réussi, je suis contraint de t'emmener avec moi. Il marqua une pause, puis reprit d'un ton qu'il voulait trainant. Toi et tes parents car je suis certain que tu n'y verras aucune objection, à ce qu'il nous accompagne. Sauf si tu préfères qu'ils restent ici… morts ? »

L'homme se planta devant elle, sortit sa baguette prestement et envoya un Doloris à destination de Pearl Granger qui regardait la scène tel un pantin, toujours perdue dans les songes de l'Imperio.

Quelques larmes s'échappèrent des yeux de la jeune fille, qu'elle ne pouvait retenir. Le Mangemort, analysa sa réaction puis énonça pompeusement :

« Je vois que nous sommes d'accords. »

Puis, ils transplanèrent dans cette salle sombre et humide. Salle dans laquelle, elle avait passé toutes ses journées depuis ce jour-ci, salle dans laquelle elle se réveillait à l'instant.

Seulement, aujourd'hui ce n'était plus comme avant : elle était marquée, son bras et sa fierté. De sorte qu'elle ne pourrirait plus dans ce cachot. C'était le prix à payer pour être libre de cette prison et en même temps enfermée dans un nouveau rôle : le meilleur espion que Voldemort pouvait rêver d'avoir.

La culpabilité, ne cessait de tourmenter Hermione Granger. Elle la rongeait de l'intérieur, lui ôtant toute envie de vivre et de se battre. Si seulement, ils pouvaient l'oublier là, la laissant à sa triste fatalité. La laissant crever comme la vermine qu'elle était désormais ! Que dirait Harry, Ron ou même Dumbledore quand ils sauraient ? Ils la haïraient comme elle se haïssait à ce moment précis.

Elle voulait retourner en arrière, comme lorsqu'elle avait son petit Retourneur de Temps, autour du cou. Elle aurait pu prévenir tout le monde. Tout c'était effondré, ses croyances, sa foi en un avenir meilleur.

Mais elle avait oublié qu'elle n'était qu'une jeune fille de seize ans et qu'elle ne faisait pas le poids devant la cruauté humaine. Tout ça était beaucoup trop lourd pour ses frêles épaules. Elle avait dû faire un choix : ses amis, l'Ordre et tout ce en quoi elle croyait ou ses parents, sa famille, sa chair. Mais était-ce vraiment un choix ? Non, elle en était certaine maintenant.

S'endormir et ne plus se réveiller, s'endormir et tout se terminerait là… Mais, une voix retentit dans sa pitoyable geôle, délogeant la jeune fille de ses sombres pensées :

« Je vous aurais imaginé plus téméraire pour une Gryffondor. »

C'était une voix froide, dure, sarcastique.

« Je vous aurais imaginé hurler, crier mais rien de tout cela ne vous a paru alléchant apparemment. Je suis déçu. Levez-vous, maintenant, vous n'êtes plus cette misérable malpropre, mais une servante du Seigneur des Ténèbres. »

Soumise, elle se leva péniblement et suivit le seul rayon de lumière qu'elle pouvait apercevoir. Son rêve avait raison pour elle: elle n'était plus qu'une marionnette gravée, plus qu'un pantin qui obéissait à celui qui tirait les ficelles.

Elle fit quelques pas douloureux et difficiles mais, passant l'embrasure de la porte, la luminosité trop étincelante, lui fit perdre l'équilibre. Le Mangemort, à ses côtés, lui tendit son bras pour qu'elle puisse s'y raccrocher. Il la remit sur pieds doucement, presque soigneusement puis rajouta avant de s'en aller :

« Ils vont s'occuper de vous. »

Ainsi, il la laissa là, seule au milieu d'un interminable corridor.