Note : Voici le deuxième chapitre, rédigé par Tàri ! ^^ J'espère que vous aimerez ! Bonne lecture !
Chapitre 2
Le temps s'écoulait paisiblement dans la vie des étudiants et de leurs majordomes, bien rythmée par les cours et leur vie personnelle, que ne troublaient guère des parents presque toujours absents. La routine s'était installée dans la vie des trois adolescents, parfaitement réglée grâce aux compétences de leurs serviteurs.
Comme à son habitude, malgré les remontrances diverses, Tegoshi Yuya continuait à courir en tout sens, s'enthousiasmant à la moindre chose sortant un tant soit peu de l'ordinaire et, Masuda, à tenter, bien souvent en vain, de l'amener à davantage de modération. Yamashita Tomohisa continuait à battre froid la totalité des personnes qui l'entouraient, son majordome inclus. Attitude qui rebutait tout le monde et surtout Tegoshi qui aurait bien voulu s'en faire un ami. Or, c'était précisément envers lui, que le jeune homme se montrait le plus insensible, repoussant sans remord toute tentative de rapprochement initiée par son camarade. Quant à Kato Shigeaki, il était plus que jamais plongé dans ses livres et toute personne s'avisant de le déranger ne serait-ce que quelques secondes, se voyait gratifiée d'un coup d'œil glacial qui n'aurait pas démérité chez Yamashita.
Après quelques semaines, pourtant, un évènement que pas un n'avait prévu, vint singulièrement perturber leur existence tranquille.
Alors que Masuda s'occupait à ranger la table du petit-déjeuner et à nettoyer les miettes qui parsemaient la table, l'exclamation poussée par son maître le fit sursauter et, inquiet, le serviteur s'approcha lui aussi de l'affichette placardée au mur. Un simple coup d'œil à son contenu, lui fit comprendre la raison de la déconvenue de Yuya.
- Oh non... souffla-t-il, comprenant ce que signifiaient ces mots.
Voyant le duo figé devant le panonceau, Kato s'approcha à son tour afin de voir ce dont il s'agissait et il déchanta.
- Non... Pas ça...
- C'est qui "Koyama Keiichiro" ? demanda à voix haute Yamashita, qui avait encore du mal avec les noms, pour la bonne raison qu'il s'en moquait éperdument.
Voyant le rassemblement, l'intéressé fit son apparition, juste derrière lui.
- C'est moi, se contenta-t-il de dire d'un ton morne.
Le jaugeant du regard, son nouveau maître acquiesça d'un signe de tête, puis retourna s'asseoir sans un mot de plus. A croire que peu lui importait l'identité de celui qui le servait, du moment que ses volontés étaient respectées.
Tandis qu'il revenait à sa place, une petite voix s'éleva, presque fantomatique tellement la crainte y était audible.
- Mais c'est à partir de quand ça ? demanda Masuda.
Une voix lui répondit, sèche et cassante. Celle de Ryo.
- A partir d'aujourd'hui, c'est écrit sur la feuille.
Alors que l'infortuné majordome se mettait presque à trembler, la voix hésitante de son maitre légitime se fit entendre à son tour.
- Heuuuu… "Nishikido Ryo" ?
- C'est moi, répondit encore la voix désagréable.
La réponse terrifia le plus jeune du groupe. Non, surtout pas lui ! N'importe qui mais pas lui ! Pourquoi ? Pourquoi ?
- Nyon pas lui... murmura-t-il, déjà au bord des larmes à la seule idée de se séparer de son ami Massu.
Comprenant qu'il n'avait pas le choix, ce dernier prit place près de son nouveau maître, non sans avoir jeté un coup d'oeil désespéré à Yuya, que lui non plus ne voulait pas quitter.
- Alors tu es Masuda Takahisa ? questionna Shigeaki d'un ton très dur.
Très habitué à l'extrême gentillesse et au caractère aussi joyeux qu'avenant de Tegoshi, l'interpelé, qui n'avait pas coutume de s'entendre parler sur ce ton presque méchant, lui jeta un regard très peu, voire pas du tout assuré et se mit à se tortiller les mains, très mal à l'aise devant cet adolescent qu'il ne connaissait pas.
- Heu… Oui…
- Vous n'avez pas intérêt à me déranger, menaça le garçon, le regard minéral.
- Mais je... balbutia le pauvre Massu. Oui monsieur...
A ces mots, Yuya, qui essayait de prendre son courage à deux mains pour parler à Ryo, sursauta. Choqué et peiné d'entendre son ami dire "monsieur" à un autre que lui, même s'il savait qu'il n'avait pas le choix, il lui jeta un regard malheureux et murmura simplement son nom, tandis que la conversation, reprenait entre les deux moitiés du nouveau duo, se changeant en monologue tant le petit majordome restait silencieux.
- Tout d'abord, il est formellement interdit de me déranger pendant que j'étudie. Deuxièmement, le repas doit être servi à 19h30 précises, pour que je ne prenne aucun retard. Ensuite, poursuivit-il sans s'occuper du manque de réaction de son serviteur, mes habits devront toujours être propres, pliés, et préparés pour le lendemain pour que je ne perde pas de temps le matin et le petit déjeuner doit être prêt pour 7h précises.
Un léger soupir échappa audit serviteur, qui trouvait que son maître n'était ni si compliqué ni si rigide. Au point de se demander si les deux garçons avaient bien le même âge.
- Pour mon repas du midi, ce sera toujours le même, déclara encore Kato. Vous vous renseignerez auprès des cuisiniers du manoir.
- Heu... autre... chose ? demanda Masuda, tout intimidé de recevoir autant d'ordres.
Son cadet sembla réfléchir un instant, puis ajouta :
- Ah, et vous devrez me sortir pour le lendemain tous les livres dont j'ai besoin, pas seulement ceux des cours, mais aussi ceux des préparations au concours pour Todai, les sujets d'examen, etc…
La mention de la prestigieuse université, fit cligner des yeux au majordome.
- Todai…
Pendant que le pauvre garçon recevait des surprises en cascade, Yuya, presque paniqué d'échanger son gentil Massu contre l'irascible Ryo, était retourné s'asseoir et son nouveau domestique lui avait emboîté le pas sans un mot. Le plus jeune s'était assis dans son fauteuil, très raide et tremblant alors qu'il était d'ordinaire la spontanéité incarnée et, après quelques minutes d'un silence absolu, il s'était décidé à demander d'une petite voix, en regardant fixement le sol à ses pieds :
- Mais ça se passe comment ? Même à la maison on change de majordome ?
- Oui, répondit Nishikido, et jusqu'à décision contraire de la direction apparemment.
Constatant la peur manifeste de son cadet, ce dernier le réprimanda sèchement.
- Pour l'amour du ciel, cessez de trembler. Vous avez 17 ans, pas 12.
- Tu... tu me fais peur, rétorqua alors le pauvre Yuya, dans un murmure inaudible.
- Et parlez plus fort, bon sang, ajouta Ryo, qui ne mâchait jamais ses mots lorsque quelque chose le contrariait.
- J'ai peur, fit alors la voix du plus jeune.
- De quoi ?
- De... de... heu... de toi… avoua craintivement l'adolescent.
Aveu qui fit arquer les sourcils de son aîné.
- Pardon ?
Comme son nouveau serviteur ne semblait manifestement pas décidé à le laisser en paix avec ce sujet, Tegoshi prit une grande inspiration et reprit :
- Tu me fais peur, voilà.
- Et ben il vous faut pas grand chose... remarqua Ryo en levant les yeux au ciel. En même temps, quand on a un majordome si mou...
La critique à propos de son ami, indigna le plus jeune qui, cette fois, se retourna vers lui.
- T'as pas le droit de dire une chose pareille ! lui dit-il, en colère.
S'il y avait bien une chose qui énervait Yuya, c'était qu'on critique Massu devant lui, surtout sans le connaître.
- Pourquoi donc, puisque c'est la vérité ?
- Massu n'est seulement pas que mon majordome ! Et il est pas mou, il est juste... juste... compréhensif !
- Et qu'est-il donc ?
- C'est aussi mon meilleur ami. Maintenant, si tu as un problème avec ça, ben... garde le pour toi !
La diatribe défenderesse, qui aurait pu émouvoir n'importe qui, fit simplement ricaner celui à qui elle était destinée. On aurait dit que rien ne pouvait le toucher.
- Meilleurs amis hein ? releva Ryo, qui avait parfaitement remarqué les regards échangés entre les deux « amis ». Bizarrement, j'ai un doute là. Ça y est, vous avez terminé de larmoyer ? Ça va être l'heure du cours d'anglais.
- Oui... murmura à nouveau Tegoshi, désespéré par une telle sècheresse de cœur, tandis que Nishikido jetait un regard agacé à celui qui avait pris place au côté de son maitre légitime.
Refermé sur lui-même, Yamashita, qui n'avait pas tardé à regagner sa place, ignorait déjà tout le monde, à commencer par Koyama, son nouveau domestique. Celui-ci, qui était très observateur, remarqua immédiatement que son nouveau maître était plutôt du genre taciturne, aussi hésita-t-il quelques instants, avant de déclarer :
- Vous n'aurez pas à vous plaindre de mes services, monsieur.
- J'espère bien, rétorqua son cadet d'une voix lointaine.
- Avez-vous des instructions ?
- Aucune, laisse moi tranquille, répliqua encore le plus jeune d'un ton dénué de la moindre expression.
Habitué à obéir sans poser de questions, Keiichiro se plaça derrière lui et redevint silencieux.
Le blanc dura de nombreuses minutes, avant que l'adolescent ne se tourne vers lui.
- Toi là... euh... Koyama !
- Monsieur ? fit respectueusement l'interpelé.
- Il me faut absolument un plus grand classeur pour le cours de maths. Va en acheter un maintenant, ordonna le garçon, qui souhaitait tester son nouveau serviteur.
La demande, plus que soudaine, surprit l'aîné, mais il acquiesça immédiatement.
- Bien Monsieur. Je ne serais pas long, dit-il avant de s'esquiver, tandis que Yamashita affichait un petit sourire satisfait.
Voyant son remplaçant s'éloigner, puis quitter la pièce, Ryo le suivit du regard et murmura :
- Qu'est ce qu'il fiche celui-là ?
Mais il n'eut pas le temps de se poser davantage de questions, car la voix fluette de Yuya s'élevait.
- Heuuu… Ryo ?
L'interpelé, peu habitué à s'entendre apostropher aussi familièrement, retint à grand peine un grognement.
- Oui ?
- Heu... Comment dire...
- Et bien ? le pressa Nishikido, qui tentait de conserver un calme tout relatif, face aux agaçantes hésitations du jeune homme.
- Tu dois... obéir aux ordres de ton maître, non ? atermoya encore Tegoshi.
- En effet, répondit l'aîné, qui commençait à se dire qu'il était stupide à poser des questions pareilles.
- Alors... heu... est-ce que tu pourrais... être... gentil ? finit par demander l'adolescent, tout en redoutant la réponse.
- C'est une plaisanterie ?
- Pardon ?
- Je ne peux pas changer ce que je suis, "Monsieur".
Les guillemets qu'il plaça autour du dernier mot, furent parfaitement audible, mais Ryo s'en moquait bien. Il n'avait pas le moindre respect pour ce garçon pleurnicheur, peureux et sensible comme une femme, qui semblait incapable d'être ferme ou de prendre la moindre décision sérieuse, préférant manifestement s'amuser et s'occuper de choses futiles. Soit il le servait, mais c'était aussi contraint que forcé et il était hors de question qu'il change son comportement pour son bon plaisir.
- Mais au moins être moins froid, demanda encore le cadet, qui paraissait tenir à son idée.
Un claquement de langue agacé lui répondant, il ajouta, boudeur :
- Je ne vois pas en quoi c'est si idiot ce que je demande...
- Tout le monde ne peut pas être Masuda, rétorqua son interlocuteur. Vous devriez vous en rendre compte tout seul à votre âge.
- Je sais, mais je veux simplement pouvoir recréer l'environnement dans lequel je vis. L'autre là, l'intello, il le fait bien avec Massu.
- Je ne sais pas faire ce que vous demandez, répondit finalement Ryo. Je peux faire une infinité de choses mais pas ça.
- Alors tu vas me dire que tu peux danser la gigue maintenant sur la table de ton ancien maître ?
- Si vous me l'ordonnez... répliqua Nishikido sans un sourire.
- Heu... (le voyant commencer à se rapprocher de la table de Yamashita, il s'élança vers lui et le retint par le bras) Non non, c'est bon, ne le fais pas !
- Il faut savoir ce que vous voulez, "Monsieur".
- Je... Je te testais, voilà, t'es content ?
- Je suppose que c'est de bonne guerre…
Soupirant de soulagement, Yuya relâcha le bras de son aîné.
- Désolé, s'excusa-t-il dans une adorable moue boudeuse.
Cette lippe vraiment mignonne sur son visage angélique avait en général le pouvoir de faire craquer n'importe qui. Mais c'était sans compter sur l'impassibilité statuaire de son majordome.
- Hum... Le cours va commencer, déclara Ryo, pas touché le moins du monde. Vous avez encore d'autres tests du même genre ou...
- Nan c'est bon, répliqua Tegoshi qui, décidément, ne l'aimait pas du tout.
Quelques minutes plus tard, alors que Yamashita avait replongé dans ses pensées, Koyama refit son apparition dans la pièce, porteur du classeur demandé, qu'il tendit à son maitre temporaire après s'être incliné.
- Ah, merci, fit l'adolescent en accordant à peine un regard à l'objet.
Plusieurs heures plus tard, aux alentours de 17h, les cours s'achevèrent et, prévenant, Koyama et Ryo, qui connaissaient bien leur métier, se hâtèrent d'apporter le thé.
- Merci... fit Yamashita, avant de regarder la tasse, puis Koyama. Pour demain, j'aimerais du thé indien, penses-y. Et apporte moi deux sucres maintenant, le thé chinois est moins sucré. J'attends de toi que tu prennes l'initiative tout seul.
- Très bien monsieur, acquiesça Keiichiro, avant de s'écarter vers la petite desserte qu'il avait amenée, pour y chercher deux sucres, qu'il déposa délicatement dans la tasse avec une petite pince en argent, sans remarquer l'imperceptible sourire satisfait qui avait étiré les lèvres du garçon.
- Pour ce soir, par contre, tu t'occuperas de préparer un repas italien, commanda l'adolescent, qui semblait décidé à ne pas laisser son domestique en paix. Choisis les plats, mais assure-toi que ce soit à la hauteur du meilleur restaurant de Tokyo. Si tu as besoin de fournitures, vas-y maintenant.
- Vous n'avez pas de souhait particulier pour ce repas monsieur ?
- Si, pour la mozzarella, procures-en-toi au lait de bufflonne.
- Il en sera fait selon vos désirs, répliqua Koyama avec son exquise politesse. Veuillez m'excuser.
Sur ces mots, l'aîné s'inclina et s'en fut, tandis que, resté seul, le jeune homme arborait un nouveau sourire satisfait, se faisant la réflexion que son aîné était vraiment un imbécile.
Constatant la rapidité avec laquelle les deux autres serviteurs s'étaient exécutés, Kato se tourna vers son majordome temporaire, le regard sévère de celui qui est habitué à ce que ses moindres désirs soient exaucés sans qu'il ait besoin de parler.
- J'attends toujours, fit-il durement, avant de retourner au livre dans lequel il était plongé depuis la fin des cours.
- Hein ?
Soupirant devant la stupidité et l'incompétence de son aîné, l'adolescent ôta ses lunettes et les posa sur la table couverte d'ustensiles dédiés aux études, puis laissa tomber avec dédain :
- Thé écossais à 17 heures précises avec deux sucres. C'est pourtant pas compliqué.
La panique la plus totale apparu alors sur les traits poupins de Masuda.
- Du thé ? Heuuuuuu...
- Un problème ? s'informa Shigeaki, sarcastique. Ça ne devrait pourtant pas être difficile pour un majordome. Les autres le font bien, ajouta-t-il en désignant du menton Nishikido.
Son maître ne buvant que du chocolat, l'aîné ne sut pas comment avouer à son intransigeant cadet, qu'il ignorait tout à fait comment préparer cette boisson, que Yuya trouvait si insipide et avait par conséquent en horreur. Il craignait, s'il disait la vérité, que l'adolescent ne se moque encore de lui, aussi battit-il en retraite vers la cuisine, sans avoir la moindre idée de la façon dont il allait se sortir de cette situation épineuse.
Soupirant à nouveau, le garçon reprit son livre et recommença à lire, tout en lançant à Yuya :
- Ton "majordome" n'est vraiment pas compétent. Normal que tu sois devenu comme ça en ayant une personne comme lui près de toi, ajouta-t-il tandis que Masuda tournait dans la cuisine en cherchant comment préparer ce maudit thé.
La réaction à la critique ne se fit pas attendre : aussitôt, Tegoshi monta au créneau.
- Ne parle de pas de Massu comme ça !
- "Massu" ? releva Shigeaki, moqueur, tout en tournant la tête dans la direction de son condisciple, avant d'abaisser ses lunettes pour le regarder par dessus. Un petit surnom affectueux en plus ? Laisse-moi rire, il est la honte des majordomes s'il se laisse avoir par ton comportement honteux !
Entendre parler en ses termes de son ami le plus cher mit presque les larmes aux yeux du plus jeune et il se mordit la lèvre inférieure, malheureux comme les pierres de ne pas réussir à défendre mieux que ça son compagnon de tous les instants.
Ce-dernier réapparut d'ailleurs quelques minutes plus tard, portant une tasse de délicate porcelaine, qu'il posa sur la table, devant son jeune maître.
Constatant la couleur, beaucoup trop ambrée pour être buvable, du liquide qui emplissait le récipient, Kato fronça les sourcils, puis leva les yeux vers lui.
- C'est censé être... du thé ?
- Heu… Oui, répondit Masuda, en jetant à Yuya un regard interrogatif pouvant signifier "qu'est ce que j'ai fais de mal ?".
- Tu te moques de moi ? questionna l'adolescent dans un rire moqueur.
- Mais... pourquoi vous dites ça ? demanda l'aîné qui, au bord des larmes, ne comprenait pas ce qu'il avait mal fait.
- N'as-tu donc jamais préparé un thé pour savoir qu'il ne doit jamais être aussi infusé ? cingla alors Shigeaki, le tutoyant soudainement pour marquer son mépris. Va donc apprendre auprès de Koyama. Il t'enseignera les bases quand il sera disponible... si son présent maître l'accepte.
- Ca ne me dérange pas, répartit Yamashita, content d'avoir trouvé un nouveau test pour Koyama.
- Monsieur Yuya ne boit que du chocolat... tenta de se défendre le malheureux accusé d'une petite voix.
- Et il l'appelle par son prénom... constata Kato avec découragement, en levant les yeux au ciel. Bon, que se soit bien clair : avec moi, ce ne sera que du thé, et il a intérêt à être bon !
- Oui Monsieur... murmura le majordome, malheureux comme les pierres.
- Débarrassez moi de ça, ordonna encore Shigeaki, cela m'empêche d'étudier correctement.
Masuda, qui ne se sentait pas bien loin de Yuya, avait depuis un bon moment perdu son joli sourire. Il se contenta de reprendre le fragile récipient et repartit en cuisine.
- Heu... Il est bientôt l'heure… risqua Tegoshi à l'intention de son serviteur temporaire.
- Qu'est ce que vous voulez comme thé ?
- J'aimerais un chocolat chaud, le contredit son cadet.
Un court silence suivit cette demande.
- ... Un chocolat ? Comme les enfants ? fit Ryo, incrédule.
- Mais... J'ai toujours prit que du chocolat… expliqua Yuya d'un ton boudeur.
Un soupir accueillit cette déclaration.
-Bon, d'accord, j'y vais, capitula Nishikido, avant de se diriger vers la cuisine.
Une fois dans les lieux, il y vit Masuda, qui nettoyait les vestiges de sa catastrophique préparation de thé.
- C'est quoi cette histoire de chocolat ? le questionna-t-il abruptement.
- Oh, Monsieur Yuya ne boit que ça à 17h. Il n'aime pas le thé, expliqua le cadet, son sourire revenu à présent qu'ils parlaient de son meilleur ami.
- J'avais cru comprendre, railla Nishikido. Et tu le fais comment ?
- Bah tu fais fondre du chocolat et t'ajoute de la crème liquide. Le secret c'est qu'il doit être bien crémeux. Et puis une fois dans la tasse, tu termine avec de la crème fouettée et un peu de cacao en poudre.
- Que de simagrées... grimaça l'aîné.
- C'est trop chou quand il boit son chocolat, s'extasia Masuda en souriant de plus belle.
- "Chou" ? releva Ryo.
L'utilisation du mot, venant d'un majordome pour qualifier son maître, intrigua ce dernier au plus haut point, tout autant que la rougeur qui avait soudainement envahi les joues de son interlocuteur.
- Heuuuuu…
- Comment ça "chou" ? reprit le plus âgé.
Préférant éviter de répondre à une question embarrassante, Masuda décida de prendre courageusement la fuite et quitta la cuisine à toute vitesse, pour regagner sa place auprès de Shigeaki qui, somme toute, était moins dangereux que Ryo et ses questions.
S'interrogeant sur le cas de son collègue, Nishikido, se mit à préparer le chocolat demandé par Tegoshi, en appliquant la recette se son collègue, puis apporta la tasse à son nouveau maître.
Voyant arriver le récipient et humant avec délices le succulent parfum qui s'en dégageait, les yeux de Yuya brillèrent et un sourire enfantin éclaira ses traits. Il prit la petite cuillère que Ryo avait pris soin de placer dans la soucoupe, pour manger un peu de la crème fouettée.
- Miam ! s'exclama-t-il, tout content.
- Vous êtes vraiment bien assortis tous les deux hein... remarqua le plus âgé. Entre vous qui avez l'air d'un gosse avec votre chocolat et lui qui dit que vous êtes chou...
La fin de la phrase ne tomba pas dans l'oreille d'un sourd. Posant sa tasse sur la petite table qui lui faisait face, il leva la tête vers son aîné.
- Il a dit que j'étais chou ? s'exclama-t-il, de petites étoiles s'allumant dans ses prunelles.
Un regard inquisiteur accueillit cette question.
- Vous êtes vraiment louches tous les deux... VRAIMENT louches...
- Mais non, mais non… C'est juste qu'on est devenu assez complices avec le temps, se défendit Tegoshi, un peu trop rapidement.
Étrangement, Ryo n'en crut pas le moindre mot. Trop de choses concordaient à lui faire penser que…
- Mouais...
- Mais c'est la vérité ! se défendit à nouveau le cadet, avant de goûter un peu du chocolat, malheureusement trop chaud. Itaii ! J'me suis brûlé la langue...
- C'est malin...
- Qu'est-ce que tu as dire pour ta défense ? demanda Yuya d'un ton à la fois accusateur et boudeur.
La stupeur fit écarquiller les yeux de Nishikido.
- Ah parce que ça va être de ma faute en plus ? Non mais je rêve...
- C'est bien toi qui as fait le chocolat, non ? demanda encore Tegoshi sur le même ton, tandis que Masuda, l'ayant entendu pousser cette légère plainte, se précipitait vers lui en demandant s'il allait bien. Oui, ça va aller, ne t'inquiète pas, le rassura-t-il aussitôt en souriant.
- Vraiment ? s'enquit son ami.
- Ça va passer, je t'assure. Je vais juste être moins sensible de la langue pendant quelques heures.
- Mais oui c'est bon, oh la la, il est pas en sucre non plus, s'agaça finalement Ryo, qui trouvait cette scène écœurante de sensiblerie. Allez va-t-en.
Hochant la tête, le cadet des majordomes fit un petit sourire à son ami, qui lui sourit en retour et lui fit un petit signe pour lui dire qu'il pouvait repartir. Se détournant donc, Masuda, rassuré, retourna près de son irascible maitre temporaire, en soupirant comme un perdu.
-On dirait un couple... remarqua Ryo, suspicieux.
La phrase fit l'effet d'une bombe, sur son cadet, dont le rythme cardiaque accéléra brusquement, tandis qu'il niait de façon un peu trop vive pour ne pas sembler suspecte.
- Hein ? Mais non !
- Pourtant...
- Mais... Mais... Mais... balbutia Yuya, très gêné. Qu'est-ce qui te fais dire ça ?
- Il est trop aux petits soins et trop inquiet pour vous tout le temps, il se précipite au moindre signe que quelque chose ne va pas, il jette des regards malheureux dans votre direction toutes les deux minutes et vous aussi quand vous croyez que je ne vous vois pas… énuméra Nishikido, avant de demander : Je continue ou ça suffit ?
- Ah euh non c'est bon…
- Alors vous vous en tenez toujours à la version du meilleur ami ?
- Oui !
Levant les yeux au ciel devant une telle mauvaise foi, l'aîné se replaça derrière lui sans rien ajouter, bien qu'il n'en pense pas moins. Après tout, peut-être que son cadet ne mentait pas en affirmant ça, mais c'était peut-être tout simplement qu'il n'avait encore pris conscience de rien. Il était tellement naïf et innocent, comment savoir…
- Il est quand même très bon ton chocolat, déclara finalement l'adolescent, qui continuait à boire, en faisant attention à ne pas se brûler.
- J'ai demandé la recette à Masuda.
- Ah, c'est pour ça alors ! Il est toujours aussi doué pour ça… dit encore le plus jeune avec un petit regard rêveur.
Ryo était occupé à noter l'attitude et les paroles, de plus en plus étranges à son avis, de son maître temporaire, lorsque la voix de Kato, s'adressant à lui, le fit brusquement sursauter.
- Pourriez-vous enseigner à Masuda comment faire un thé buvable, je vous prie ? demanda Shigeaki.
- Quoi, il n'est même pas capable de ça ? interrogea malgré lui l'aîné, interloqué, tandis que le concerné virait au cramoisi, ne sachant plus où se mettre.
- Apparemment non, vu ce qu'il m'a ramené tout à l'heure, répondit le jeune homme, sans se préoccuper le moins du monde de l'embarras de son pauvre serviteur.
- Bon, viens Masuda, l'interpela Nishikido dans un soupir lassé, avant de se diriger à nouveau vers la cuisine.
Cette attitude désinvolte envers lui, alors qu'il avait tellement l'habitude du respect de son ami, blessa un peu le cadet du groupe, qui fit la moue.
- Hé, il me demande même pas mon avis... dit-il d'un ton boudeur.
- Même pas la peine, rétorqua sans le regarder Kato, qui venait de replonger le nez dans ses livres.
- Et pourquoi ? fit Yuya, piqué.
- Tu n'as de toute façon pas besoin de lui pour continuer tes gamineries, n'est-ce pas ?
- Mais non mais... quand même... par politesse…
- As-tu seulement eu la politesse de te présenter à moi ? questionna Kato en tournant une page du volume qu'il tenait.
La remarque sèche toucha au but et, ravalant ses mots, Tegoshi baissa la tête. En effet, s'il s'était présenté auprès de Yamashita, il avait totalement oublié de faire de même avec son autre camarade. De ce point de vue, il était donc logique que celui-ci l'ait mal prit et lui en fasse la réflexion. Mais son abattement ne dura pas longtemps, car il était d'un naturel trop joyeux pour que les mauvaises choses aient vraiment prise sur lui. Se redressant, il parcourut la courte distance qui le séparait de son condisciple et se planta devant lui en souriant.
- Faisons les présentations alors ! Je m'appelle Tegoshi Yuya !
- Kato Shigeaki... répondit le plus grand des deux sans le regarder. Je ne te demande même pas si ton père est bien le PDG de la grande firme de jouets du même nom...
- Non c'est bien lui... et toi...
- Mes parents sont tous les deux avocats.
- Oh, je vois... Et... il parait que tu veux aller à Todai. C'est vrai ?
- En effet. Je vise même la première section.
La stupeur figea le plus jeune sur place. Il n'aurait jamais pensé entendre une telle ambition dans la bouche d'un garçon de son âge.
- L'élite de l'élite ?
- Elle-même. Maintenant, j'aimerais que tu me laisses travailler, je prends du retard.
- Désolé… s'excusa le garçon, encore sous le coup de la surprise, tout en retournant à sa place.
Quelques minutes plus tard, Ryo refaisait son apparition dans la pièce, l'air las et Masuda lui emboitait le pas d'un air peu assuré, porteur d'une tasse emplie d'un liquide parfumé.
Interrompu une fois encore dans son travail, Shigeaki posa ses lunettes, repoussa ses livres afin que son serviteur puisse déposer le récipient devant lui, puis inspecta le contenu de la porcelaine. S'emparant de la cuillère fournie afin de décider si le goût était à l'aune de la couleur, il hocha brièvement la tête en guise d'approbation, puis réclama à son majordome temporaire un morceau de sucre. Qui lui fut apporté dans les trente secondes suivantes, tant Masuda le craignait. L'adolescent vida tranquillement sa tasse de thé, puis fit signe à son aîné qu'il pouvait la remporter et se remit à étudier.
Intimidé par Ryo, Yuya gardait le silence depuis le retour de celui-ci dans la pièce. Il se sentait vraiment mal à l'aise avec lui et comme obligé de se contenir sans cesse pour s'éviter les remarques cassantes du remplaçant de son ami Massu. Mais soudain, alors qu'il soupirait son ennui comme un perdu, une idée lui traversa l'esprit et il bondit littéralement de son fauteuil.
- J'ai oubliééééé ! s'exclama-t-il, faisant sursauter Kato, qui lui jeta un regard noir.
Ne s'attendant pas à ça étant donné l'apparente tranquillité de son maitre temporaire, Nishikido tressaillit également.
- Quoi donc ? interrogea-t-il.
- J'ai toujours pas visité le paaaaaaarc ! brailla son cadet comme s'il s'agissait au moins d'une catastrophe internationale.
- Et c'est pour ça que vous beuglez comme ça ? s'effara l'aîné, peu habitué à ce genre de comportement.
- Mais c'est supra important, tu te rends pas cooooompte ! rétorqua le plus jeune, sans se rendre compte que Shigeaki, au contraire de Yamashita qui ne disait rien, commençait à s'énerver.
- Ne criez pas en classe, le réprimanda Ryo.
- Il faut absolument connaître tout le lycée par cœur si on veut faire un cache-cache !
Entendant cette remarque, si typique de son ami, Masuda tourna la tête vers lui et sourit tendrement, tandis que Kato se retenait fortement de hurler.
- C... Cache-cache ? bafouilla Ryo, plus qu'interloqué. C'est une plaisanterie ?
- Nan ! C'est ni une question existentielle ni une plaisanterie ! Allez viens ! insista Yuya en attrapant son majordome par la manche, pour le tirer vers la sortie, alors que son camarade serrait les poings de rage.
- Ce sont les enfants de 10 ans qui jouent à... commença Ryo, avant de sentir Tegoshi l'entraîner, avec plus de force qu'il ne le pensait. Certainement pas ! refusa-t-il en résistant de toutes ses forces à la poigne de son cadet.
- Mais alleeeeez ! Sinon je prends Massu.
- Vous ne pouvez pas. C'est le majordome de Kato-san maintenant.
- Méchant… bouda un instant Tegoshi, avant de le tirer de nouveau. Mais vieeeens !
Réellement lassé, Shigeaki finit par se lever d'un bond, en abattant brusquement les mains sur sa table, déclenchant ainsi un bruit qui fit sursauter tous les occupants de la pièce et taire Yuya.
- Arrête de te plaindre ! tonna-t-il. Il y en a ici qui travaillent ! Respecte-les un peu au lieu de n'en faire qu'à ta tête ! Essaye de grandir un peu, tu n'es plus un enfant, bon sang !
Sur ces mots rageurs, le pourtant ordinairement calme adolescent reprit place sur son siège et tenta de reprendre le cours interrompu de ses révisions.
- M... Monsieur... Evitez de crier sur Monsieur Yuya, s'il vous plait... osa implorer Masuda, qui ne supportait pas qu'on parle à son ami sur ce ton.
- Je ne vous ai rien demandé, à vous, rétorqua sèchement Kato, faisant baisser la tête du pauvre réprimandé.
- Mais... Mais... balbutia Yuya, si choqué de l'éclat de voix inattendu, qu'il était presque sur le point de fondre en larmes.
En ayant marre d'entendre les cris de tout le monde, Yamashita, réagissant enfin à quelque chose, se leva, prit son sac et, jetant un coup d'œil à son majordome temporaire qui était revenu des commissions, lança en se dirigeant vers la porte :
- Koyama, on rentre.
Etonné d'entendre enfin la voix de l'adolescent, surtout pour lui dire ça, l'interpelé jeta un bref coup d'œil à Shigeaki, car, le connaissant, il savait qu'il craquerait rapidement, puis acquiesça.
- Heu... oui très bien, Monsieur, dit-il en lui emboitant le pas.
- Au fait, tu as bien fais tout ce que je t'avais demandé pour ce soir ? questionna Tomohisa avant de passer la porte.
- Oui, Monsieur, répondit Keiichiro en récupérant les sacs de courses qu'il avait déposés à l'entrée de la salle. Je n'aurais plus qu'à tout préparer lorsque nous serons arrivés.
- Bien.
Et sur ce mot unique, le garçon sortit de la classe et se dirigea vers la sortie du lycée, son serviteur muet, sur les talons. Car, en effet, Koyama, très observateur, avait parfaitement compris que si Nishikido n'était pas du genre bavard, son maître ne l'était pas davantage.
Quittant le domaine de l'école, l'adolescent prit la direction de celui de sa famille, s'attendant à tout instant à entendre celui qui le suivait demander où se trouvait la voiture. De fait, après avoir passé quelques instants à regarder autour de lui sans trouver trace du véhicule, le majordome finit par briser le silence pour demander malgré tout :
- Veuillez m'excuser, Monsieur, mais où la voiture est-elle garée ?
- Je suis venu à pieds, répondit Yamashita avec un petit sourire satisfait.
- Ah oui ? s'étonna Koyama malgré lui. C'est... inhabituel.
- D'ailleurs, reprit Tomohisa nous ferons comme ça tous les jours jusqu'à nouvel ordre. Mais prépare quand même la voiture tous les matins, on ne sait jamais si un jour je ne me sens pas très bien.
- Bien, Monsieur, se contenta d'acquiescer Keiichiro, qui trouvait son nouveau maitre passablement étrange.
Après plus d'une demie heure de marche, le duo arriva enfin à la propriété de la famille Yamashita et en traversa le parc. Une dizaine de minutes plus tard, ils parvinrent devant un manoir, que Keiichiro, surprit, observa avec attention tant la demeure différait de celle des Kato.
- Tadaima ! annonça l'adolescent en passant la porte, avant d'ôter ses chaussures et de commencer à gravir le très grand escalier principal, pour rejoindre son immense chambre.
Il fut arrêté dans son ascension, par la voix de son majordome.
- Veuillez m'excuser, Monsieur... Pourriez-vous m'indiquer où se trouve la cuisine ?
- Rez-de-chaussée, aile sud, répondit le garçon, avant de tendre le bras dans la direction, en ajoutant : En gros, par là.
Sur ces mots, il continua à monter vers sa chambre, laissant Koyama s'occuper du repas.
Un soupir échappa à Shigeaki en constatant que sa soudaine colère, avait fait voler sa concentration en éclats. Comprenant qu'il n'arriverait plus à étudier pour le moment, il referma tous ses livres et cahiers, puis les tendit à Masuda, afin que celui-ci les range dans son sac.
- On rentre, déclara-t-il à son tour en se levant.
A ces mots, comprenant que son meilleur ami allait disparaitre de sa vue jusqu'au lendemain, Yuya jeta à ce dernier un coup d'œil chargé de tristesse.
Prenant les livres sans rien dire, Takahisa les rangea et croisa alors le regard de son cadet, pour lequel il articula silencieusement "Je suis désolé Monsieur".
Celui-ci lui fit un petit signe de tête pour annoncer à son ami qu'il avait comprit et le regarda quitter la salle derrière Shigeaki.
- La voiture est garée sur le parking ouest, annonça l'adolescent à son serviteur temporaire lorsqu'ils furent dans le hall avant de lui confier la clé de la voiture, qu'il avait récupérée auprès de Koyama. Préparez-la tout de suite
N'osant pas avouer au jeune homme qu'il n'était pas très bon conducteur, l'aîné s'en fut dans la direction indiquée et, après plusieurs minutes, amena le véhicule devant l'entrée à une allure d'escargot.
- Vous avez prit un temps fou pour parcourir deux cent mètres ! reprocha Kato lorsque son aîné quittait l'habitacle pour lui ouvrir la portière.
- Excusez-moi... dit seulement Takahisa, penaud.
- Vous avez intérêt à me ramener plus vite que ça à la maison… menaça le garçon.
- C'est que je... commença le majordome, avant de s'interrompre en comprenant qu'il aurait droit à d'autres réflexions cinglantes s'il s'expliquait. Oui, Monsieur...
Le plus jeune jeta à son aîné un regard chargé d'agacement, puis se mura dans le silence. Durant plusieurs minutes, seul le ronronnement du moteur troubla la paix de l'habitacle, puis, en regardant son maitre par l'intermédiaire du rétroviseur se força à dire :
- Heu... il va falloir que vous m'indiquiez le chemin, Monsieur.
- Une fois à l'avenue Sakura, tournez à droite et suivez la rue Hikari jusqu'au domaine de mes parents.
- Très bien, Monsieur.
- Et accélérez un peu, que diable ! Des vélos pourraient nous dépasser à cette allure !
Sachant que s'il allait plus vite, l'adolescent comprendrait qu'il n'était guère doué derrière un volant, le majordome hésita. Mais comme il s'agissait d'un ordre, il n'avait pas le choix et appuya sur l'accélérateur, ce qui fit faire une embardée à la voiture.
- Mouais... c'est mieux, consentit à dire Shigeaki bien qu'il sente le véhicule vibrer, signe flagrant du manque d'expérience de son chauffeur en la matière. Vous ne conduisiez jamais, avant, ou vous veniez en patins à roulettes ?
- Heu... En fait je conduis lentement d'habitude parce que Monsieur Yuya aime bien regarder le paysage, inventa Masuda.
Mensonge qui pouvait paraitre crédible, dans la mesure où son ami s'enthousiasmait sans cesse pour tout, y compris de beaux paysages, mais dont Kato ne crut pas un mot.
Un "Et ben c'est pas trop tôt…", accompagna l'entrée de la voiture dans la propriété et le pauvre Masuda, sans cesse rabroué, aurait, à ce moment, donné n'importe quoi pour son ami Yuya, sa bonne humeur et sa joie de vivre. En soupirant, il dirigea le véhicule vers ce qu'il supposait être le garage, mais fut stoppé dans son élan, par la voix agacée de son maitre.
- Imbécile ! On ne vous a jamais apprit à reconnaître une écurie d'un garage ? C'est de l'autre côté ! le tança vertement Shigeaki.
L'insulte fit sursauter l'infortuné serviteur, qui n'avait pas non plus l'habitude d'être injurié.
- Écurie ? Oh…
Comprenant son erreur, l'aîné emmena la voiture à l'endroit adéquat, essuyant discrètement une petite larme. La gentillesse et l'amabilité sans faille de son maitre légitime lui manquaient déjà.
Ayant parfaitement vu la larme dans le reflet du rétroviseur, Kato soupira en levant les yeux au ciel. Et voilà qu'il se met à pleurer maintenant... Et ça se dit majordome ?
Ledit majordome ne répondit rien, mais il était vraiment blessé d'une attitude agressive dont il ne comprenait pas la raison. Garant le véhicule, il en descendit et ouvrit de nouveau la portière à son cadet.
- Merci quand même, consentit à lâcher ce dernier, en entrant dans la maison, avant de se diriger directement vers sa chambre. Pour ce soir, préparez ce que vous savez faire de mieux, vous remonterez peut-être dans mon estime comme ça... ordonna-t-il avant de disparaitre dans la demeure.
- Oui, Monsieur... murmura l'aîné, peiné.
- Bon... commença Yuya qui, désormais seul dans la salle de classe avec Ryo, s'ennuyait un peu. On rentre ou pas ?
- J'attendais que vous vous décidiez, répliqua seulement le majordome.
- Ben, on rentre alors, décréta l'adolescent en se levant, avant de s'étirer dans tous les sens comme un petit chat. De toute façon, ils sont tous partis.
Sans un mot, Nishikido ramassa les livres de son maitre et les mit dans son sac, puis, raide et guindé, emboita le pas à son cadet qui se dirigea vers la porte en baissant la tête, de peur de se faire réprimander s'il exprimait trop son enthousiasme.
- La voiture est sur le parking sud, lui expliqua Tegoshi en se tournant à moitié vers lui, avant de lui donner la clé.
- Très bien, "Monsieur", répondit Ryo avec, une fois encore, des guillemets audibles, avant de prendre les clés et de quitter le bâtiment.
Songeant à son Massu qui lui manquait tant en cet instant, Yuya le regarda partir avec tristesse puis, lorsqu'il fut certain que son nouveau majordome était assez loin, se redressa vivement, bondit vers la première fenêtre et, émerveillé, regarda le grand parc.
- Waaaaa ! s'exclama-t-il, des étoiles plein les yeux, avant de passer sans relâche d'une fenêtre à l'autre, jusqu'au hall, dans lequel il se met à courir partout. Mais c'est pas possible d'être aussi froid que çaaaaaaaaa ! désespéra-t-il à voix haute, profitant de l'absence momentanée du principal intéressé de cette critique. Et il est méchaaaant ! Je t'aime pas, Ryo !
Lorsqu'il eu assez crié, couru et râlé pour ne plus risquer de se faire gronder par son effrayant serviteur, l'adolescent quitta le bâtiment principal et se dirigea vers l'entrée, devant laquelle Ryo, au volant de la voiture, l'attendait déjà.
- Il va falloir que vous m'indiquiez la route, dit l'aîné lorsque son passager fut installé.
- Tout droit, et après tu fera dix tours autour du rond-point.
La demande, hautement fantaisiste et aussi parfaitement enfantine que ridicule, effara le majordome, qui ne put s'empêcher d'écarquiller les yeux.
- Pardon ? fit-il, espérant avoir mal entendu même s'il avait peu d'espoir que ce soit le cas.
- Et après ça, tu iras vers Ikebukuro. Le manoir est à l'extérieur du quartier.
- Il est hors de question que je tourne sans fin autour de ce rond-point, "Monsieur", décréta fermement Nishikido.
- C'est un ordre, dit alors Yuya, qui n'avait pas coutume de donner des ordres à Massu, qui exauçait toutes ses demandes avec joie.
La simple requête soudainement transformée en ordre, Ryo ne put s'y soustraire et n'ajouta rien, serrant les lèvres jusqu'à les transformer en une fine ligne blanchâtre. Il exécuta donc exactement dix tours du maudit rond-point, ce qui satisfit moyennement l'adolescent, car son chauffeur était plus froid que jamais, puis prit la direction précédemment indiquée.
- Voilà, maintenant tu suis la grande avenue jusqu'à la sortie de la ville et c'est une petite ruelle à gauche.
- Une ruelle... marmonna Nishikido, à présent de mauvaise humeur.
- Oui, une jolie petite ruelle, précisa le garçon en feignant de ne pas remarquer le ton désagréable qu'avait prit son aîné.
Un petit quart d'heure plus tard, la voiture passait les grilles et s'immobilisait dans l'allée. A peine arrivés, Yuya descendait déjà seul et courait vers le manoir.
- Yaaaaaay ! On est arrivééés ! s'exclama-t-il.
- Pour l'amour du ciel... vous ne pouvez pas cesser de crier ne serait-ce que deux minutes ? demanda Ryo, en proie à un sérieux mal de tête causé par les exclamations incessantes de son cadet. C'est pénible.
Agacé de son attitude, Tegoshi se tourna alors vers lui et hurla volontairement un « NAAAAAAAAN ! » très sonore qui fit grimacer le majordome.
- T'es méchant et je suis chez moi.
- Méchant... Ce qu'il ne faut pas entendre... Yamashita-san n'a jamais eu à se plaindre de moi, "Monsieur". Vous seul.
- Ouais, ben ton Yamashita, je le trouve trop coincé.
- Je vous interdis de dire du mal de lui, réagit immédiatement Nishikido, glacial.
- Mais c'est la vérité ! Il ne parle jamais, il donne des ordres trop bizarres au majordome de Shigeaki, il aime pas les bisous et il est violent ! énuméra Yuya, avant de conclure : C'est un méchant comme toi.
- Kami-sama... Dire des choses pareilles à 17 ans... marmonna Ryo d'un air désespéré.
- Ben c'est ton problème ! lança encore l'adolescent, qui commençait à s'énerver, avant de repartir vers la maison, puis de se tourner de nouveau, avec un grand sourire cette fois. Pour ce soir, okonomiyaki et soupe miso !
La demande laissa Nishikido sans voix. Jamais, au grand jamais, Yamashita-san ne lui demandait de cuisiner des plats aussi communs, car il savait que c'était faire insulte à ses talents culinaires. Mais manifestement, le jeune garçon qui lui faisait face, s'en moquait comme d'une guigne.
- J'ai pas entendu, insista d'ailleurs ce dernier, trouvant que la réponse tardait à venir.
- Bien, "Monsieur", acquiesça-t-il à contrecœur.
- Bon, si tu as une question à me poser, je serais dans ma chambre et la cuisine est dans l'aile ouest, après le hall.
Sur ces mots, il disparut dans les profondeurs de la maison, laissant un Ryo déjà très agacé de ce maudit échange, alors que ce n'était que la première journée.
Ayant rassemblé tout son courage, Masuda gravit la longue volée de marches menant à l'étage et se dirigea vers la porte de la chambre de son maitre temporaire, devant laquelle il hésita quelques minutes, en se tordant les doigts d'appréhension, avant de se décider à frapper.
- Entrez, fit la voix lasse de l'occupant des lieux.
Obéissant, le majordome ouvrit le battant de bois, puis pénétra timidement dans la pièce surchargée de livres de toutes sortes et de toutes tailles.
- Qu'est-ce que vous voulez ? aboya presque son cadet en constatant l'identité de son visiteur importun. Ne vous avais-je pas dit de ne pas me déranger pendant que je travaillais ?
- Je... Je suis désolé, Monsieur, balbutia le pauvre Takahisa, décidément pas à l'aise en sa présence, mais j'aurais une... une faveur à vous demander... Quelque chose de très important pour moi...
Un soupir accueillit cette entrée en matière et l'adolescent ôta ses lunettes, se préparant à une demande ridicule.
- Et qu'est-ce que c'est ?
- Demain c'est... l'anniversaire de Monsieur Yuya... et je lui prépare toujours son gâteau préféré... Je voudrais que vous me laissiez le faire et lui amener... s'il vous plait...
La requête, totalement inattendue, surprit tellement Shigeaki que, pendant quelques instants, il ne trouva rien à dire. Son caractère ne tarda cependant pas à reprendre le dessus et c'est d'un ton moqueur, qu'il lança :
- Un gâteau d'anniversaire ? Mais qu'est-ce que vous avez tous les deux ? On est plus au bac à sable, là !
La raillerie fit de la peine à l'aîné, mais il était décidé à aller jusqu'au bout, car c'était pour faire plaisir à son ami et que, pour lui, il ne reculait jamais devant rien.
- Je vous en prie, Monsieur... reprit-il en baissant la tête sans plus oser le regarder. C'est... très important pour nous deux...
- Et vous lui amèneriez quand ?
- Demain soir...
Un court silence suivit la réponse, prouvant que Kato réfléchissait.
- Bon, au moins je ne vous aurais plus dans les pattes... dit-il en guise d'assentiment, avant de lui fait signe de sortir.
- M... Merci, Monsieur, dit encore Takahisa bien que la phrase lui ait fait mal, avant de s'empresser de sortir.
- Mais quel casse-pieds celui là aussi... soupira Shigeaki, avant de se replonger dans ses livres.
Une fois hors de la pièce oppressante, Masuda, soulagé d'en avoir fini avec cette épreuve et d'avoir obtenu l'accord redouté, se mit à sourire en pensant au visage réjouit de son ami Yuya lorsqu'il verrait le gâteau et sautilla presque jusqu'à la cuisine, tout content.
A suivre...
Merci d'avoir lu et j'espère que vous avez aimé ^^ N'hésitez pas à commenter et à bientôt !
Et promis j'essaie d'avancer mes fics ! é_è
