Crédits des personnages à JK Rowlings
Termes anglais :
Snape : Rogue
Hogwarts : Poudlard
Slytherin : Serpentard
Musique de fond :
Radiohead - How to disappear completely
Gary Jules – Mad world
C'est sensé se passer au début du tome 7 mais la chronologie de certains événements et la présence / absence de certains personnages ont été altérées.
Histoire en trois chapitres.
[spoiler tome 7] Les Mangemorts sont en effervescence : Greyback a capturé Harry Potter et l'a ramené au manoir Malfoy. Trois portraits d'adolescents captifs, chacun d'une manière.
Baldor… pas top comme nom de chien mais j'ai complètement séché sur le sujet alors Baldor ça a été.
Captifs
- Draco Malfoy -
Cela ne faisait que quelques heures que Harry Potter avait été capturé et pourtant cela semblait être une éternité. Alors ça y est, tout allait se terminer ainsi ? Draco était resté pétrifié quand il l'avait reconnu en dépit du maléfice Cuisant. Pourtant, il n'avait rien dit permettant de l'identifier. Une violente nausée l'avait saisi. Il en avait vu défiler des prisonniers et aucun n'était reparti vivant. Des Sang-de-Bourbe pour la plupart mais aussi des Sang-purs considérés comme des « traitres ». Son père l'avait pressé de le reconnaitre, étranglé par l'espoir d'être réhabilité aux yeux du seigneur des Ténèbres. En une seconde les querelles d'adolescent avec Potter s'étaient évanouies et elles lui apparaissaient tellement futiles : Draco n'avait rien dit. Blaise, si, son hideux sourire cruel aux lèvres.
Draco regarda le monstrueux Greyback descendre Potter aux cachots. Bella était hystérique à cause de l'épée de Godric Gryffindor que le loup-garou avait dérobé à Harry mais malgré tout, cette prise amenait un souffle nouveau sur tous les occupants du Manoir. Les maîtres des lieux entrevoyaient la fin de leur infortune et les autres des parties de plaisir à venir : si Voldemort voulait à tout prix éliminer sa Némésis, il n'empêcherait pas que ses serviteurs s'amusent un peu.
« Tu te rends compte, Draco, on va s'éclater ce soir !, jubila Zabini, autant émoustillé que les autres.
- Potter va mourir ! Potter va mourir ! », chantonnait Bellatrix dans son extravagance habituelle.
Seuls Snape et Draco conservaient leur calme. Quand tout le monde passa enfin à table, les convives avaient conservé leur enthousiasme et le repas fut plus qu'animé. Les deux préparateurs de potions ne tardèrent pas à retourner à leur chaudron, étouffés par l'effervescence malsaine qui les entourait, chacun muré dans son silence.
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L'après-midi n'avait pas eu raison des Mange-morts et ils étaient tous très excités. Cette agitation, Baldor la vivait mal aussi. Habitué au calme de son jeune maître, il était un peu déstabilisé. Obéissant, il attendait Draco dans un coin de la salle de potions. Snape n'était pas pour la présence de l'animal mais sa discipline était parfaite et finalement il ne dérangeait pas. C'était l'ancien professeur qui avait offert l'animal à Draco et il avait été content de voir que les deux êtres s'attachent : tous les deux venaient d'un environnement cruel et solitaire, au moins se tenaient-ils compagnie et se soutenaient, à leur façon. Sous ses airs égocentriques, Draco avait immédiatement adopté le chien qui en retour s'était montré docile et affectueux. Eux trois restèrent donc au calme mais la fébrilité régnait toujours quand ils rejoignirent les autres : visiblement, la première session de torture avait eu lieu. Une fois de plus, Blaise était au centre du petit groupe, pérorant.
Draco sentit un profond dégoût l'envahir : quel plaisir pouvait-on retirer à voir souffrir les autres ? C'était ironique de sa part d'avoir de telles interrogations quand à l'école il était le petit tyran des lieux et jubilait lorsqu'il était leader de l'inquisition menée par Ombrage mais ça n'avait été qu'un jeu – méchant, certes mais sans réelles conséquences.
Il avait su qu'il était incapable de tuer lorsqu'il s'était retrouvé confronté à Dumbledore. Il avait mis toute son ardeur et sa loyauté envers sa famille pour mettre son plan à exécution et avait été fier d'avoir réussi. Pourtant, au moment fatidique, il s'était dégonflé ou plutôt avait-il pris conscience de la valeur d'une vie. Les autres autour de lui parlaient de pouvoir sur la victime lui avait ressenti de la compassion. Il n'avait pas pu achever Dumbledore comme il n'avait pas voulu reconnaître Potter. C'en était trop. La violence, la torture, la mort étaient son quotidien.
Il se frotta l'avant-bras et sortit prendre l'air, suivi de Baldor.
Comme la veille, et les jours d'avant, il s'installa sur le petit banc en pierre devant la roseraie et alluma une cigarette.
Il faisait nuit à présent. Les jours étaient si courts en hiver.
Un an auparavant, il se démenait pour exécuter son plan. Il errait dans Hogwarts comme un fantôme qui avait déjà disparu du décor malgré sa présence. A cette époque déjà, Draco-l'adolescent n'existait plus. Draco-l'adulte pas encore. Il naviguait entre les deux, se sentant plus seul que jamais : désintéressé par les adolescents mais incompris des adultes.
Aujourd'hui… il ne savait pas vraiment où se situer. Il se sentait adulte mais respirait une bouffée d'air pur lorsque Blaise lui narrait les déboires de ses anciens camarades. Blaise était un miroir du passé auquel il aurait aimé encore appartenir.
Pourtant, cette image du passé se troublait peu à peu et Blaise pénétrait son présent.
Lui n'avait eu aucune hésitation à tuer cette femme.
Il regarda songeur sa cigarette et se demanda si son avenir était comme elle : se consumer lentement mais inexorablement. Il vivait au jour le jour, n'attendant rien de particulier, et n'avait aucune idée de ce à quoi ressemblerait son futur.
En attendant, Draco n'était que du bétail marqué au fer rouge sans existence propre.
Maussade, il écrasa sa cigarette et glissa le mégot froid dans sa poche.
Le dîner fut encore animé : Potter par-ci, Potter par-là, aussi Draco se retira sitôt le repas fini.
Il n'arrivait à rien ce soir : ni à lire, ni à écouter de la musique. Seules les caresses qu'il prodiguait à Baldor semblaient le calmer. Il laissa mourir l'âtre près duquel il se réchauffait puis se glissa dans son lit. A peine ferma-t-il les yeux qu'il sombra dans un profond sommeil.
Un poids sur son corps le réveilla. Il entrouvrit les yeux et devina dans la pénombre une silhouette sur lui.
Blaise.
L'autre garçon se coula le long de son corps et remonta sa chemise de nuit au niveau de la taille. Il se cambra en signe d'invitation. Devant le savoir-faire de son ami, il se laissa aller au plaisir qu'il ne retint plus. Quelques minutes plus tard, Blaise le pénétra et prit entièrement possession de lui. Il se mordit la lèvre pour étouffer un cri. C'était si bon de se sentir désiré et unique.
Draco n'était pas dupe. Blaise avait une pléthore de maîtresses mais lui jouissait du statut unique d'amant. Ses maîtresses, il ne les voyait qu'une nuit, ou deux pour les plus chanceuses, alors qu'il revenait toujours dans ses bras et s'y abandonnait en toute confiance.
Ils n'avaient pas règlementé leur relation, ils n'en avaient jamais parlé. De la même façon, ils n'avaient jamais parlé quand cela avait commencé. C'est Blaise qui avait pris les initiatives. Dès que Draco avait eu sa chambre, l'autre Slytherin y passait plus de temps que dans la sienne commune. Si Nott ne le dérangeait pas plus que ça, les deux abrutis Crabbe et Goyle, si. A fréquenter la chambre privée de son ami, leur amitié s'en était trouvée renforcée et un soir, sans trop savoir comment, ils avaient franchi la ligne, naturellement, pour essayer, et les deux avaient aimé l'expérience.
Si Blaise n'avait qu'un amant, Draco découvrit que sa préférence allait aux garçons, aussi eut-il d'autres amants mais lui aussi revenait toujours vers Blaise et depuis qu'il avait quitté l'école, le sexe n'était plus une de ses préoccupations. Encore une partie de lui qui s'étiolait pour être ce bovin obéissant.
Blaise était capable du meilleur comme du pire et sous ses airs précieux et distingués, ça n'était qu'un vulgaire prédateur assoiffé de sang. L'épisode de la veille n'avait pas été surprenant. Ça n'était pas la première fois qu'il faisait montre d'une telle agressivité qui allait en crescendo. Souvent il se retenait mais lorsqu'il se relâchait, il n'avait plus aucune prise sur lui. Son animosité devenait quasi démente. Prisonnier de ces pulsions, il devait alors les assouvir pour recouvrer son calme. Oui, Blaise était un fauve qu'il valait mieux assoupi qu'éveillé.
Pourtant, il était bienveillant envers Draco et ce malgré la disgrâce qui pesait sur les Malfoy.
Blaise était sa flamme, sa lueur dans la nuit et dès qu'il apparaissait, Draco sentait en lui l'étincelle de vie se ranimer. Là non plus il n'envisageait pas de futur. Quand il prévoyait, les choses lui coulaient entre les doigts comme le sable insaisissable. Il profitait donc de chaque moment en compagnie de son amant, se disant intérieurement que c'était la dernière fois.
Ce dernier ne tarda pas à s'endormir, à peine avaient-ils échangé quelques mots après leur étreinte. Il le regarda un moment avant se blottir contre son corps chaud. Il se dit qu'il devrait lui donner le cadeau qu'il lui avait pris des mois auparavant.
Le sommeil aurait dû venir mais Draco resta éveillé de longues heures.
Il se leva alors et s'assit en face de son miroir pour contempler son reflet. Il n'y avait qu'une bougie qui éclairait le visage grave. Lui qui était fier de son teint laiteux, il le trouvait hâve à présent, maladif. De mince, il était passé à maigre. A quand remontait la dernière fois où il avait vraiment pris soin de lui ? Son regard semblait aussi froid que la surface d'un lac gelé. Il aperçut le reflet de Blaise dans un coin du miroir et s'autorisa à laisser flotter un faible sourire et tout de suite, son regard s'adoucit. Il sortit le peigne en jade, offert la veille, d'un tiroir. Bien sûr c'était un objet de collection, il n'était pas question d'en faire usage. La couleur était vraiment très belle et le temps n'avait eu aucune emprise sur elle.
Le fil de ses pensées, et la couleur de l'objet, le mena à Harry Potter et plus il y pensait, plus il sentait le sommeil le quitter.
Son image ne souriait plus.
Le premier souvenir qui lui vint en mémoire fut leur dernier affrontement dans les toilettes. Quand Harry l'avait surpris en train de pleurer, il avait voulu le tuer.
Encore une idée d'adolescent ! Il n'avait pas pesé ses mots à l'époque.
Se montrer vulnérable devant Potter l'avait révulsé. C'était une des pires choses qui puissent lui arriver. Ça avait été comme un viol. Aussi avait-il réagi mais passez vite.
« Sectumsempra ! »
Potter n'avait pas hésité lui et Draco s'était retrouvé la seconde suivante sur le sol, se vidant de son sang dans une douleur incommensurable. Il allait mourir seul, dans d'atroces souffrances, de la main du Gryffindor et sans avoir accompli sa mission. Peut-être était-ce ce qu'il attendait. S'il mourrait, il n'aurait plus à tuer Dumbledore et sa famille n'en serait pas blâmée. Il avait fermé les yeux et avait cessé de se débattre comme un poisson hors de l'eau. Un mince sourire s'était étiré sur son visage exsangue. Il allait peut-être même mourir en martyr pour la cause. Mais alors qu'il s'enfonçait doucement dans l'obscurité et le silence, il rouvrit les yeux et hurla tant il souffrait. Snape le ramenait parmi les vivants.
Au début, il lui en avait voulu. Tout aurait été si simple s'il était mort. Au lieu de ça, il avait dû reprendre le chemin, se relever et continuer sa pénitence.
Peut-être suis-je vraiment mort ce jour-là, se dit-il en effleurant son reflet.
Alors, il prit une étrange décision. Il se vêtit, choisit quelques onguents qu'il conservait dans sa chambre et sa baguette. Après avoir vérifié que les couloirs étaient déserts, il descendit aussi discrètement que possible aux cachots après avoir intimé à son chien de ne pas le suivre.
N'importe qui aurait voulu se venger de celui qu'il détestait depuis d'année et l'avait humilié, pas Draco. Pour la première fois, il allait être charitable. Il devait voir Potter et faire quelque chose pour lui, si c'était possible. Il avait vu trop de gens mourir et l'autre adolescent représentait l'espoir d'une vie meilleure.
Pas un bruit ne régnait dans les geôles. Quelques reniflements mais aucun signe de vie. Si lui-même était retenu, il préférerait rester aussi silencieux que possible. Il s'efforça de ne pas regarder à l'intérieur des cellules, il ne voulait pas voir ce dont il était partiellement responsable. Il avait entendu où Potter était emprisonné aussi s'arrêta-t-il devant l'avant-dernière cellule. Elle semblait être vide. Et s'il n'était plus là ?
C'était ridicule, bien sûr qu'il était là, il apercevait sa silhouette immobile dans un coin. Draco inspira profondément et pétrifia Harry. Ensuite, il désenchanta la serrure et pénétra dans la cage qu'il referma soigneusement.
« Je ne te veux pas de mal, murmura-t-il. Je… je vais t'ausculter, voir si je peux faire quelque chose. »
Il avait murmuré pour masquer sa voix. Le capuchon de sa cape lui recouvrait le visage et il n'y avait que la baguette qui éclairait.
Harry était allongé ce qui lui facilitait la tâche. Son visage était tuméfié mais hormis ça il n'y avait pas de sang. S'il avait été victime d'un charme, Draco n'avait pas le moyen de le savoir, il ne pouvait résoudre que ce qui était visible, ce qui ne l'empêcha pas de prononcer un « Finite ! ». Que lui avaient-ils donc fait ? Draco se maudit et se reprocha de ne pas avoir prêté attention à ce que ses comparses avaient dit. Il palpa les jambes puis les mollets. Quand il arriva aux pieds, il se couvrit la bouche d'effroi. Ils étaient ensanglantés. Il savait ce qu'ils avaient fait, il avait déjà vu ça.
Harry avait été attaché à une chaise, les mains liées dans le dos. Ils lui avaient levé une jambe et avaient administré des petits coups secs de chaque côté de la cheville pendant plusieurs minutes. Pendant qu'un le tapait, un autre marchait sur le pied au sol. Puis ils passaient à l'autre pied. Harry risquait une hémorragie interne, si ça n'était pas déjà le cas.
Avant de devoir assassiner Dumbledore, Draco avait caressé l'espoir de suivre des études de médico-magie. Bien sûr tous ses plans d'avenir avaient été bouleversés mais il s'était renseigné. Ce qu'il savait n'était pas suffisant pour soigner correctement Potter mais assez pour au moins le soulager un peu. De plus, il avait assisté Snape qui soignait les blessures infligées pas les Aurores. Il prononça une formule puis concocta un baume avec les quelques ingrédients qu'il avait emportés avec lui.
« Pour ce soir, je ne peux pas faire plus mais… ça devrait t'apaiser un moment. »
Il sortit quelques aliments et de l'eau de sa sacoche et les déposa aux pieds d'Harry.
« Arrange-toi pour tout manger sinon demain on te posera des questions et tu auras des problèmes. »
Draco quitta la cellule et réenchanta la serrure.
« Oubliettes ! Enervatum ! », murmura-t-il.
Sa conscience était toujours aussi lourde mais pour une fois, il avait le sentiment d'avoir fait le bon choix.
Il retourna rapidement se coucher et se blottit contre son amant. Son désir se raviva et il réveilla Blaise pour d'autres étreintes. Le jour se levait difficilement et dans la pénombre décroissante les yeux verts émeraudes de Harry se superposèrent étrangement à ceux de Blaise. Un léger frisson parcourut Draco qui redoubla ses caresses.
Chapitre suivant : Harry Potter
