Voilà mon chapitre deux, j'adore ce chapitre : profond et douloureux, tout ce que j'aime !!!! J'espère que vous l'aimerez autant que moi j'ai pris du plaisir à l'écrire ! N'hésitez pas à commenter ça fait toujours plaisir !
biz
Il est parti.
Curieuse, déroutante sensation et pourtant si familière. Je n'ouvre pas les yeux parce que je sais. Je veux le garder encore un peu dans la chaleur des draps qu'il a quittés, je veux le garder au creux de mon corps que si parfaitement il épousait, juste comme ça, juste un peu, souvenir d'une âme brisée que je n'ai tenue qu'un trop court instant, merveille à laquelle on ne songe qu'avec regret. Mes draps transpirent son odeur alors que mon corps pleure son cœur.
Et je me maudis pour avoir abandonné ces défenses qui me barraient l'accès à mon interdit, et j'abhorre ce corps qui s'est laissé corrompre et ce cœur traître qui n'a de cesse de m'avilir.
Je ne me souviens que trop bien à quel point j'ai lutté, ce combat pour la vie qu'il menait alors que tout en moi invoquait son contraire. A trop vouloir comprendre je me suis perdu, à trop vouloir apprendre j'ai été vaincu parce que je ne suis pas de ceux qu'on aime et qu'il n'est pas de ceux qui renoncent. Pourtant aujourd'hui, nos draps le pleurent et ma couche gémit, mon corps le réclame et la pièce vide se languit.
Et aujourd'hui alors que je sais qu'il est parti, je me souviens de ces jours heureux où il était honni.
i FLASHBACK
De quel droit ? DE QUEL DROIT OSENT-ILS ? Toutes ces années de dévotion, tous ces sacrifices, ils ne représentent donc rien ? Les dix huit années de ma vie où je me suis épuisé de corps et d'esprit, me rachetant un semblant de conduite, une once de dignité, cette dignité qu'Il m'a volé, qu'Il a détruit, écrasé, piétiné.
Cette dignité que je perdais un peu plus chaque jour courbant le dos et baissant les yeux devant l'Abjecte personnification de l'Abomination dont je baisais les robes.
Dix huit années de douloureux silence pour en arriver à ce jour maudit, cette heure damnée, cette minute fatale où tout mon être a flanché, et mon corps s'est soumis, mon faible esprit s'est courbé, assujetti, captif et résigné. La colère m'a embrasé, capturé dans son fourreau de feu, enfermé dans cette salle du péché et pauvre de moi j'ai capitulé.
Je me suis affaissé, j'ai plié, j'ai fléchi devant le poids lourd de ce monde, j'ai prié en vain que ma langue se délie mais le silence m'attira loin dans ces brumes obscures et le faible murmure du secret s'avéra mon seul recourt.
Avais-je un jour pu choisir ma destinée ? Avais-je un jour eu des rêves de grandeur ? Avais-je un jour vécu ?
Je me souviens d'un rêve où ce genou que je méprise ne touchait plus le sol poussiéreux d'un manoir sombre et humide, et ne s'avilissait pas aux pieds d'un reptile aux exhalaisons putrides appelant la Mort à travers chacun de ses pores.
Je me rappelle de ce même rêve où ce vieillard à la longue barbe blanche n'avait pas ce pouvoir sur ma conscience affaiblie et probablement déficiente, ce pouvoir de me faire agir malgré moi et par delà son trépas conformément à sa volonté tout en continuant de le respecter.
Enfin dans ce rêve, ce doux rêve qui ne cesse de me hanter, ce même rêve pour lequel je me réveille chaque nuit , la sueur enveloppant mon corps fragile pour le protéger d'un bien être auquel il ne peut prétendre, dans ce rêve là, ce vert n'est que la couleur du blason d'une maison que je revendique, ce vert n'est que le parterre d'un parc que je ne peux apprécier, ce vert n'est que le poison de la servitude se répandant dans mes veines et que je régurgite appelant le sevrage de tout mon être, ce vert n'est que la couleur des racines que je broie conférant à mes savants breuvages leurs douces folies curatives ou meurtrières.
Dans cette chimère je suis mon propre instrument, esclave de mes propres désirs, adepte de ma seule conscience.
Dans cette chimère j'existe, je suis moi et je m'appartiens.
En ce jour maudit, je suis convoqué dans cette salle du péché. Je m'y rend à contre cœur comme à chaque fois, quel sorte de stratagème fourbe ont-ils encore déniché pour abuser de moi ?
Quelle ignominie emportera finalement avec elle ma raison ? Quelle folie m'apportera le repos après lequel je me languis ?
Les escaliers semblent se dérober sous mes pieds alors que je gravis les dernières marches qui me séparent de mon châtiment. Car il ne peut s'agir que de la plus cruelle expiation ! J'ai subi des tortures et des humiliations en grand nombre mais cette résipiscence que je me refuse à nommer a outrepassé largement les droits dont je l'ai gratifié.
Me voici devant la gargouille du bonheur, le sarcasme reste ma seule arme. Elle me nargue la félonne, il me semble même la voir sourire. Elle sait, elle sait quelque chose que j'ignore et elle se moque, elle s'esclaffe, elle me punit pour ce dont je n'ai pas encore conscience ! Cet immonde résidu de gravier me dévisage, elle aussi, elle me veut, tous conspirent, tous exigent et une fois encore je me soumets et donne à cette esquisse de démon mon billet vers l'enfer.
- Sherbet Lemon.
Les battements de mon cœur auraient du s'accélérer s'il n'avait pas été déjà vide. Des voix et murmures me parviennent et me transpercent de toute part, les voix me rassurent, les cris valent tous les murmures mais ces sifflements, ces chuchotements et ces rumeurs de protestations me font pâlir imperceptiblement et comme toujours je serre les dents et crispe les poings, attendant calmement la sentence.
Minerva Mac Gonagall me scrutait, assise derrière le bureau qui fut jadis celui du vieillard. A sa droite, le loup garou, infâme hybride et meurtrier avorté que j'exècre, lui aussi me dévisage de ses yeux doux et presque larmoyant, si je n'étais pas Severus Snape, je porterai la main à la bouche dans un ultime effort pour conserver le peu d'aliment que je me rappelle avoir ingéré aujourd'hui.
L'auror est là aussi, son œil magique me transperce de part en part, je sais ce qu'il cherche et il l'a trouvé car il reste braqué sur la marque de ma honteuse infamie.
Weasley est là aussi, probablement le seul qui calmerait ma folie meurtrière si je venais à dégainer ma baguette par mégarde. Sa progéniture est une calamité mais j'imagine que lorsqu'on en a autant il y a nécessairement des lacunes, je crois que les deux derniers ont tout pris !
- Severus, vous voilà.
Nous y sommes. J'incline la tête en signe de salut et le couperet de leur guillotine se loge entre mes cervicales, finissons-en.
- J'espère que nous ne vous avons pas dérangé…
Bien sûr que si mais ce n'est pas comme si vous y prêtiez quelque attention.
- Cette réunion concerne l'entraînement de Potter. Me signale la directrice.
Comme si cela pouvait m'intéresser. Le loup garou prend la parole.
- Oui Severus, il semble que Harry soit vraiment très puissant en tous cas c'est ce que je constate chaque jour. L'entraînement est très rude et il s'effondre…
- Pourrions-nous, coupai-je glacial et impatient, en venir en fait ?
Le loup garou commençait à gigoter nerveusement et je sus que cela ne s'annonçait pas bien pour moi.
- Eh bien comme je te le disais, il est très puissant et les entraînements sont éreintants j'avoue que je ne lui fais pas de cadeau…
- Aux faits Lupin ! Assénai-je une fois de plus, coupant soigneusement chaque mot à la hache de ma langue.
- Potter ne développera pas tout son potentiel à moins qu'il n'apprenne à contrôler ses émotions ! Reprit la directrice fermement.
- Et alors ? Vous désirez que je lui administre une potion ? Demandai-je le cœur gonflé d'espoir, me berçant, comme si j'en avais encore l'âge, de douces illusions.
- Non Severus, vous savez parfaitement qu'une potion ne lui serait d'aucune utilité ! Réprimanda presque la directrice.
Bien sûr que je le savais mais quel Slytherin aurais-je été si je n'avais pas tenté ma chance ?
- Ce qu'il faudrait, poursuivit Weasley ouvrant la bouche pour la première fois, c'est que vous puissiez reprendre les cours d'occlumency…
Le silence claqua dans l'air comme un fouet sur mes reins alors que ces quelques mots peinaient à s'imprimer dans mon esprit. Cette fois, ils ne me torturaient pas, ils avaient décidé d'en finir, une mort lente et douloureuse que j'avais probablement méritée.
Les seuls mots qui purent franchir mes lèvres furent :
- Hors de question !
- Severus, commença la directrice…
J'étais certain qu'elle avait répété son plaidoyer toute la journée.
- … Croyez bien que si ce n'était pas important nous ne vous le demanderions pas ! Assura la directrice.
- Potter est un incapable doublé d'un paresseux ! Me défendis-je virulemment.
- Je vous assure qu'il est très motivé ! Reprit-elle avec détermination.
Voilà qu'il me prenait pour un demeuré à présent ! J'aurais parié tout mon attirail de deatheater qu'il n'était pas au courant.
- Potter a-t-il été avisé de votre « arrangement » ? Demandai-je sournoisement connaissant déjà la réponse.
Je vis la directrice se pincer les lèvres mais elle ne perdit pas contenance :
- Eh bien non mais je vous assure que…
- J'ai dit hors de question ! Coupai-je d'une voix sans appel.
Je parcourais la pièce des yeux cherchant un quelconque soutien que je savais que je n'obtiendrais pas quand mon regard se posa sur le tableau du précédent maître de la gargouille.
Il me souriait et son regard bienveillant me soulevait le cœur. Le vieux sénile, je ne savais pas encore comment mais c'était forcément sa faute ! Je l'implorai alors du regard, dans la mesure où un regard de Severus Snape puisse être suppliant, mais ce drogué du citron ne daigna pas répondre.
- Au moindre faux pas, je l'achèverai en personne ! Menaçai-je.
- Très bien. Conclue la directrice presque joyeusement comme si l'affaire était close.
Et elle l'était en fait. J'avais capitulé.
Je rentrais à mes appartements ruminant les heures sombres qui seraient les miennes.
De quel droit ? DE QUEL DROIT OSENT-ILS ? Les lâches, les fourbes, les traîtres ! Ce mot glisse avec délectation sur ma langue et je m'enivre de sa saveur, il roule, coule et se fond entre mes papilles comme un nectar rare et sucré jusqu'à ce qu'il chemine lentement vers ma conscience qui me rappelle que le traître c'est moi.
Et mon ennui se fait colère et ma colère se fait rage ravageant chaque centimètre carré de ces appartements que j'exècre, qui gravent dans ma chair cette allégeance forcée.
Je les maudis, je les saccage. J'envoie s'écraser sur les murs et le sol tout ce que je trouve, tout ce que je peux briser, écraser, aplatir, éclater, exploser, et je m'écroule à bout de souffle entre les morceaux de verre me déchirant ce genou qui me répugne.
Ce ne sera donc jamais assez !
J'enfouis la tête entre mes mains et je ne pleure pas, parce que je suis Severus Snape mais j'appelle la Mort comme souvent depuis celle d'Albus Dumbledore, elle aussi m'a trahi, quelle ironie ! Elle me nargue alors que je vois notre camp faiblir et décroître, elle me sourit lorsque mes profondes blessures ne me laissent que la force de l'appeler mais toujours elle me fuit.
Le Maître exige et l'Ordre souhaite et moi pauvre idiot j'exécute et je réalise.
Je l'aperçois dans la grande salle et fond droit sur lui priant une dernière fois la faucheuse de me foudroyer dans ma course.
Je lui crache ces mots au visage :
- Potter ! Ce soir vingt heures, salle sur demande !
L'insolent est affalé sur la table, une véritable loque, pas une once de respect chez ce stupide morveux. Il me toise de tout son mépris et je suis à deux doigts de rebrousser chemin lorsque je croise le regard de Minerva et je soupire profondément, un soupir à fendre l'âme si seulement on voulait bien me la prendre !
Et parce que j'ai pitié du peu de neurones qui n'ait pas grillé sous les feux de la célébrité qu'il a usurpé, je réitère mes paroles. Et cet échange tourne comme il se devait en joute verbale. Je le hais. Il me répond et je le hais. Il ne daigne pas même baisser les yeux bien au contraire, il encastre son mépris dans le mien.
Et cette vengeance perverse germe dans mon esprit : Moi Severus Snape, Maître des Potions, Maître en Occlumency, Maître des Sarcasmes, reprendrais mes droits. Ce soir les sarcasmes seront ma cuirasse, l'humiliation mon glaive et la cruauté mon étendard.
L'heure dite arrive bien trop vite et il entre. Sa bouche m'insulte, ses yeux m'insultent, sa seule présence m'insulte et je le menace, menace que je suis prêt à mettre à exécution au premier geste brusque.
Je sens qu'il me craint, il recule d'un pas, et je savoure les délices de la victoire, si douce lorsque soudain il explose et je ne sais si je dois jubiler ou reculer, un court, infime instant, je pense à reculer mais le voir s'acharner sur la porte que je viens de verrouiller est tout simplement jouissif et je dois me faire violence pour retenir le sourire sadique qui menace mes lèvres pourtant je n'y tiens plus et un ricanement moqueur m'échappe.
Ce qu'il se passe ensuite, je ne l'ai pas compris, j'ai juste senti le feu de la rage se décupler alors que mon prénom franchit ses lèvres, ce feu de rage se propageant dans mes reins, sur ma peau, sous mes mains, ce feu de rage… n'est-ce pas ?
Et tout mon corps se crispe alors que je m'approche de lui. Je le tiens en respect de mon propre corps et ma main tente d'échapper à mon contrôle pour rencontrer sa joue, une bonne paire de gifle pour calmer un gamin capricieux !
Mais au diable les caprices, il est le sauveur de ce monde, alors qui me sauvera moi ?
J'ai senti qu'il ne respirait plus, je ne lui ai rien fait je le jure ! Je vois d'ici ses démons protecteurs me reprocher la mort du héros par asphyxie ! Je ne perd pas contenance et lui crache mon venin comme le serpent que je suis avant de lui porter le coup de grâce :
- Vous pouvez respirer maintenant Potter !
Et quelque chose s'agite en moi, je sens le danger, je sens que ce que j'avais planifié ne se déroule pas comme prévu, une faille… je sens une faille dans mon plan brillant ! Et la tempête que j'ai déclanché me terrifie. Je reste stoïque, je l'ai voulu, je l'ai espéré, je l'ai provoqué, je me dois de la savourer… n'est-ce pas ? Et les fioles se brisent autour de moi alors qu'il hurle son impuissance et j'ai le désagréable sentiment que cette scène ne m'est pas inconnue.
Je l'observe massacrer ce qu'il croit être mien, je l'observe croyant qu'il me brise à travers mes fioles, je l'observe déverser cette haine qui le ronge, la culpabilité qui l'étreint, cette détresse qui le consume et j'étouffe, il faut que je sorte, il faut qu' i il /i sorte, je ne peux plus, je ne veux plus regarder, qu'il s'en aille !
Il s'affaisse à même le sol et je saisis ma chance.
- C'est bon Potter vous pouvez sortir à présent, la leçon est terminée !
Il semble perdu, il me regarde et je sais qu'il ne comprend rien parce que je lis en lui comme sur un parchemin rédigé par mes soins.
Je le chasse, je veux qu'il disparaisse, je ne supporte plus sa présence mais il s'accroche, c'est ma punition pour avoir voulu humilier le héros, c'est ma pénitence pour profiter du malheur de cette âme damnée. Alors je brandis mes dernières armes : je tire mon glaive de son fourreau acide et lève haut mon étendard.
Il quitte enfin la pièce et je m'effondre.
Voilà comment s'est passé ma première séance avec lui…
Je ne voulais pas, je ne voulais plus. J'ai supplié Albus sans honte de faire entendre raison à mes tortionnaires, j'ai promis d'être gentil comme un enfant, d'être bon comme je ne l'ai jamais été, un bon professeur, un bon slytherin, un bon espion, le meilleur, je lui ai promis les plus précieuses informations s'il me délivrait de ce fardeau, puis j'ai supplié sans honte, à genou, pour que tout cela cesse. Mais il m'a souri, m'a appelé « mon enfant » et m'a renvoyé vers ma ruine.
Cinq séances et mon calvaire était toujours intact. Etrangement, il n'explosait plus, non pas que je ne sollicitai pas les occasions bien au contraire, son calme me déconcertait, m'intriguait, où était sa fougue ? Où cachait-il ce feu ? Où dissimulait-il cette lueur de défi dans ces yeux ? Quelle était cette ombre là-bas tout au fond de cet océan d'émotions et pourquoi me dévisageait-elle ?
Plusieurs fois je le tirai de sa rêverie de mes remarques cinglantes et mes yeux percutaient la glace dans les siens.
Lorsque j'étais cruel, il était incisif, lorsqu'il était déterminé, je le rabaissais, lorsqu'il pliait, je l'achevais. Mais pourquoi revenait-il ?
Je sentais qu'il travaillait et modelait son esprit, je le sentais grâce à cette chaleur tranquille qu'il dégageait.
Faire le vide dans son esprit le soir, avant de s'endormir pour repousser toutes attaques ou visions, toute intrusion mentale. Il était détendu et cette chaleur devenait le témoin attestant qu'il pratiquait avant de se rendre à mes cours… pour éviter toute intrusion ?
Je pénétrais chaque fois son esprit mais je me demandais si… Je ne veux plus y penser.
Il me repoussait… je crois. Et je m'acharnais sur son pauvre esprit fragile me repaissant de chacune de ses blessures comme le charognard que je suis. Je refusais bien entendu d'admettre qu'il n'était pas ce morveux capricieux que j'imaginais parce qu'il était tellement plus simple de le nier. Jamais il n'a franchi les barrières que je dressais. J'étais l'agresseur et m'acquittais de mon rôle consciencieusement.
Pourtant la fin de cette cinquième séance me glaça le sang.
J'étais repu de ce souvenir de mort, j'avais assisté à l'impuissance du morveux face à la résurrection du Seigneur des Ténèbres, lui rappelant ses faiblesses avec force. Et alors que je fouillais méticuleusement son esprit, ses yeux se voilèrent et ma concentration en pâtit. Je tentais tant bien que mal d'achever ma torture quand ces yeux expulsèrent ses gouttes d'eau répugnantes. J'ai resserré ma prise sur ma baguette et intensifié le sort, je voulais lui faire mal ! Il n'avait pas le droit ! Je voulais lui faire mal de s'exposer, le punir de se montrer faible devant moi.
Ses larmes je les ignorais, il était tellement plus facile de ne pas les voir et je décuplais sa rage pour masquer mon malaise.
Il ne sanglotait pas. Il ne hoquetait pas. Les larmes roulaient simplement et dignement sur ses joues.
A la fin de la séance je n'ai qu'une envie, qu'il sorte, je veux qu'il parte, qu'il s'efface de mon champs de vision, parce qu'à chaque fois que je clignais des yeux, je voyais ses larmes immondes inonder son visage.
Il s'est avancé presque timidement vers mon bureau alors que je commençais à corriger les parchemins des idiots à qui enseigner me soulevait le cœur.
Il est passé derrière mon bureau, se plaçant à côté de moi et a posé la main sur le coin de mon bureau, je l'exècre cette main !
Il tremble. Non, ne tremble pas.
La trace que laissait sur mon bureau la moiteur de cette main, je hais ce bureau !
Et il m'a fixé. Je ne relevais pas la tête.
- Le cours est terminé Potter. Je crachai brusquement.
Il a posé une main sur mon épaule et ma tête s'est tournée violemment comme s'il avait trouvé l'interrupteur, une moue de dégoût déformant mon visage.
- Est-ce que je vais mourir Professeur ? Me demande-t-il d'une voix blanche.
- Bien sur Potter et plus vite que vous ne pensez si vous ne franchissez pas cette porte dans la seconde ! Rétorquais-je hargneux.
- Est-ce que quelqu'un me regrettera quand je serai mort Professeur ? Insista-t-il encore.
- La moitié du monde adulera son héros, Potter n'est-ce pas suffisant pour vos pauvres chevilles ? Rallai-je encore.
- Mais Harry, simplement Harry, demanda-t-il d'une petite voix, est-ce que quelqu'un le regrettera lui ?
J'ai senti sa gorge se serrer sur les derniers mots, la sienne ou la mienne, allez savoir pourquoi !
Je ne suis pas Dumbledore, je crache et je raille, j'ironise aussi bien que je terrorise mais pitié ne me demandez pas ça !
Je me lève aussi droit et méprisant que je peux l'être et le foudroie du regard alors que ses yeux brillent tellement.
Je cligne des yeux chassant cette vision écoeurante de mon esprit.
Il lève la tête vers moi dans l'expectative mais rien ne sort, je reste muet. J'avais une réplique cinglante, attend encore, j'en ai une je le jure !
Mais il se retourne brusquement et s'enfuie vers la porte.
Mes pieds ne m'obéissent plus parce que je regarde mon corps rattraper ce maudit survivant et ma main perd le contrôle aussi alors que je la sens agripper son poignet. Il se retourne et le choc est visible sur son visage enfin peut-être pas autant que sur le mien. Qui que vous soyez sortez de mon corps !
- Dehors Potter !
Et une brève notion d'incohérence inonde mon esprit, ne viens-je pas de le rattraper pour le mettre à la porte ?
Il me dévisage étrangement et je regarde une nouvelle fois ma main qui n'en fait qu'à sa tête se soulever à hauteur de son visage. Le gifler, elle veut le gifler, ça ne peut être que la seule explication mais alors pourquoi elle ne bouge pas ? Elle reste suspendue dans l'air et il me fixe toujours. Puis je le vois secouer la tête et quitter la pièce. Ma main est toujours suspendue à hauteur de son visage mais lui, il n'est plus là.
Ce matin j'ai froid. Je n'ai pas besoin d'ouvrir l'œil je sais qu'il se passe quelque chose. Je le sens, mon corps le sent, mes draps aussi.
Je me lève d'un bond et balaie la pièce des yeux. Un frisson me parcoure l'échine mais je l'ignore. Mon esprit reste fixé sur lui.
A mesure que mon esprit quitte la brume ensommeillée qui le bridait, une évidence percute mes sens : Il est parti. Je le sais, je le sens ! Petit crétin ! Enfant gâté ! Lâche ! Morveux ! Egoïste ! Traître !
Ca ne devait pas se passer comme ça ! Tu avais promis ! Je l'avais lu dans tes yeux ! Tu l'avais écrit dans les miens ! Menteur !
Tu avais dit que tu nous sauverais ! Tu avais dit que tu me sauverais !
Et je déchire ses draps du péché et je vomis ces deux émeraudes incrustées dans ma chair, cette seconde marque d'asservissement indélébile mais pourtant invisible et ineffable.
Et j'hésite, j'hésite entre la panique et la terreur alors que l'inquiétude se fraye un chemin vers mes entrailles. Je sais de quoi sont capables ces stupides gryffindor, oui, je sais de quoi est capable cet imbécile de Gryffindor.
Je le vois d'ici défier le Maître et je sais qu'il n'a aucune chance, le désir de liberté obstrue le peu de lucidité qu'il lui reste. Et il mourra parce qu'il n'est pas prêt, parce qu'il est stupide, parce que je le hais. J'ai souhaité sa mort autant de fois que je lui ai sauvé la vie.
Il a toujours eu ce don d'attirer le pire et le meilleur à lui, il est un paradoxe vivant, autant de défauts que de qualités, autant de lumière que de noirceur, autant de haine qu'il a d'amour.
Mais Dumbledore était lui aussi ce paradoxe ! Et Dumbledore est mort.
Ne fais pas ça, pas tout de suite, pas maintenant…
Et pour la première fois, je ne comprends rien, avais-je déjà compris quelque chose à ce gamin de toute façon ?
Et comme le Severus Snape que je suis, je reste de marbre alors que mon corps s'emballe. Je ne sais plus ce que je dois dire, ce que je dois faire alors pire que tout, je ne fais rien, je reste figé tentant péniblement d'absorber la cruelle information.
Mon cerveau embrumé se ressaisit je crois. Il faut prévenir quelqu'un mais pour dire quoi ?
Je cours vers cette gargouille de l'enfer et crache violemment le mot de passe, le regard glacial de la directrice me percute et je lâche cette bombe qui explose ma gorge :
- Potter est parti.
Je vois les yeux de la directrice s'arrondir et se poser sur cet infâme hybride, le loup garou.
- Parti Severus mais comment… ? Bafouilla-t-elle.
J'avais espéré secrètement qu'il en ait parlé à quelqu'un, n'importe qui !
- Severus, me demande le loup garou, comment le sais-tu ?
Je m'apprête à répondre que je le sens, que je le sais, que j'en suis sûr et qu'il n'a pas le droit de m'ennuyer avec ses questions stupides puis je me rappelle que Severus Snape ne se justifie pas !
- Peu importe ! J'aboie devant son air suspicieux.
Je croise les bras sur ma poitrine, en signe de défi pense-t-il, ou peut-être parce que je sens lentement que j'en perd le contrôle. Et ma rage est plus forte, une colère sourde et silencieuse m'envahit alors que je siffle entre mes dents serrées :
- Comment ose-t-il l'avorton ! L'ingrat ! Nous avons dressé des murs autour de lui et il se jette droit dans la gueule du loup !
- Severus, le regard de Minerva est maintenant paniqué, vous pensez qu'il est allé là-bas ?
- NON ! Crie l'hybride, il est impétueux mais il n'est pas fou…
Une lueur de sarcasme passe dans mes yeux : bien sûr qu'il l'est !
- … Il sait qu'il n'est pas prêt et il n'irait pas seul !
- Vraiment Remus ? Appuis-je sur son nom d'une voix glaciale, il n'irait pas seul parce qu'il se délecte de voir souffrir et pleurer ses amis sur les morts que la guerre dont il est seul responsable a causé ? En bon Gryffindor qu'il est, il préférera sans doute regarder ce qu'il lui reste d'amis rendre leur dernier souffle, n'est-ce pas ?
Je suis cruel je sais, mais il me fait perdre mon temps et le sien… Et la lueur de panique se propage jusqu'à atteindre les yeux de l'hybride.
- Miss Granger et Mr Weasley ! S'écrie aussitôt Minerva. Ils savent forcément !
Et pour la première fois je me dis que peut-être Minerva a quelques knuts de bon sens.
- Je vais les chercher ! S'écrie aussitôt le loup garou.
Et l'attente se fait insupportable lorsque Minerva rompt le silence angoissant :
- S'ils ne savent rien Severus…
- Alors j'irai me renseigner auprès de la source ! Coupai-je glacial.
Mais une légère lueur d'espoir m'étreint tout de même, si le Maître tenait le Survivant, n'aurait-il pas solliciter la présence de tous ses fidèles pour qu'ils acclament ce jour béni où Lord Voldemort, le Seigneur des Ténèbres, revêtirait le manteau de la toute puissance en anéantissant définitivement son épée de Damoclès ?
Mes réflexions sont interrompues par l'hybride à bout de souffle suivi des deux toutous du kamikaze.
Je reste stoïque, enfin jusqu'à ce que j'aperçoive le rouquin et lui empoigne violemment le col de sa chemise. Il peine à comprendre ce que je dis alors malgré moi, je desserre les dents :
- Où est-il ? Ma bouche s'était à peine ouverte.
- Qui donc ? Me lance-t-il.
Il échappe de peu à l'éclair vert lorsque l'hybride me pose une main sur l'épaule que je repousse d'un mouvement violent avant de laisser Weasley numéro six choir à même me sol.
Et j'entends le loup garou :
- Il semblerait que Harry ait disparu, nous pensions que peut-être, il vous aurait avertis…
J'entends, cette insupportable Miss-Je-Sais-Tout se plaquer la main devant la bouche. Ils ne savent rien ! Et je déserte ce maudit bureau pour me rendre directement aux portes du château d'où je pourrais transplaner vers le manoir Malfoy où se trouve le Maître.
Je pénètre la salle sombre et poussiéreuse. Le sang a coulé, une vague odeur de mort règne dans la pièce et je sens cet immonde invertébré se mouvoir autour de moi avant d'être rappelé par le méprisable vertébré qui le possède.
- Nagini !
Il se détache de moi et je l'entends susurrer à l'oreille de son maître, je hais ce son, il est obscène, dégoûtant, effrayant parfois.
- Severus…
Traîtresse ! Le serpent m'a vendu !
Je me déplace jusqu'à lui et maudis ce genou qui s'affaisse une fois de plus.
- Relève-toi. M'intime-t-il.
Et là, ma tête se vide. Je suis parti précipitamment sans aucune excuse et qui côtoie le Maître sait qu'il n'aime pas être dérangé sans raison valable, et je n'en ai aucune à ses yeux.
Mon esprit y travaille furieusement lorsque j'entends ce rire amoral et vicieux pénétrer mes tympans et je reconnais Bellatrix Lestrange.
- Severus… Severus… s'adresse-t-elle à moi d'une voix enfantine et pourtant tellement obscène, le Maître ne t'a pas appelé, n'est-ce pas ? Et sa bouche fait une moue désespérément démente alors qu'elle tortille ses doigts se balançant de gauche à droite me donnant le mal de mer.
- Un serviteur dévoué a-t-il besoin d'une quelconque occasion pour prouver sa loyauté Bellatrix ?
Bonne réponse Severus mais suffira-t-elle ?
- Mais le Maître est très occupé… continua Bellatrix d'une voix suraiguë me déchirant l'oreille interne et s'asseyant aux pied du dit Maître.
La chienne ! Elle m'enfonce, elle veut ma place et elle ne recule devant rien !
Le Maître lève sa main et j'incline la tête.
- Il suffit. Ordonne-t-il simplement.
Je regarde ce rebus d'humanité dont la consanguinité a clairement atteint les neurones valides qu'elle aurait pu avoir alors qu'il s'en faudrait de peu pour qu'elle lèche les écailles des pieds de ce serpent visqueux.
- Severus, appela-t-il encore de sa voix mielleuse, où en est la mission que je t'ai confié ?
- En très bonne voix Maître, le jeune Malfoy sera l'un des nôtres prochainement et les autres le suivront ! J'en ai la certitude. Draco est un meneur, ils ne le renieront pas !
- Bien, très bien Severus. Les choses se précisent enfin. Du nouveau du côté de Potter ?
Enfin le sujet qui nous intéresse.
- Non Maître, il poursuit l'entraînement avec l'hybride. Fis-je aussi sûr de moi que possible.
- Parfait ! S'exclama-t-il.
Parfait ? S'il n'avait pas été un sang mêlé je me serais interrogé aussi sur ses capacités neuronales mais malheureusement, le Maître ne laissait rien au hasard et s'il estimait que le fait que Potter poursuive l'entraînement était parfait…
- Va Severus à présent, et tiens-moi informé du moindre changement.
- Bien sur Maître, et je m'inclinais une dernière fois avant de désaparaître.
J'étais aux portes du château, et je me dirigeai vers les bureau de Minerva pour lui faire part de la nouvelle, c'est-à-dire que ce petit vaurien reste introuvable, je ne peux toutefois m'empêcher de soupirer de soulagement, l'avenir du monde est sain et sauf pour le moment à moins que je ne parvienne à le retrouver… auquel cas, il sera nettement compromis !
Alors que je franchis la porte, je suis assailli de toute part.
- Il n'était pas là-bas !
Et la Miss-Je-Sais-Tout qui aurait pour une fois pu servir à quelque chose si effectivement elle avait honoré son titre, plaqua de nouveau la main sur sa bouche.
- Mais où est-il ? S'inquiéta le rouquin.
J'ai affronté la colère du Maître pour l'arrogance exacerbée de leur crétin de protégé. La vérité étant bien sur qu'il avait déjà gagné.
Ce soir là, je l'ai retrouvé adossé à un arbre du parc, le Gryffindor n'avait pas eu le courage de fuir son destin. L'imbécile n'avait pas été assez téméraire pour fuir le spectre de sa propre déchéance.
Les jambes étendues et son sac de cuir marron posé à côté de lui, il a plongé ses yeux dans les miens et pour la première fois j'ai lu en lui. Je l'avais déjà fait à travers toutes nos séances, j'avais regardé dans ses yeux, j'avais décodé son esprit, exploré ses souvenirs. Je savais presque tout, j'avais déjà regardé mais c'était la première fois que je voyais vraiment.
Après de copieuses insultes soigneusement travaillées et choisies avec soins, je l'ai forcé à rentrer et j'ai damné un saint.
Fin de FLASH BACK /i
Ce soir je retournerai dans ce parc mais je sais que je ne le trouverai pas, je ne suis pas résigné mais j'ai souvent pensé à combien il serait heureux sans moi. Il est étrange de penser au bonheur, et tellement plus de penser à i son /i bonheur que j'ai toujours compromis : Je l'ai sauvé quand il voulait mourir, je l'ai haï quand il disait m'aimer, je l'ai détruit parce qu'il voulait me sauver. Son vivant et si parfait contraire, la délicieuse épine dans sa chair, le cauchemar de tous ses désirs. J'ai toujours su au fond je crois qu'il ne pourrait pas rester et que je ne pourrais le retenir. Car aussi valeureux que soit ce maudit gamin, il a vaincu le Maître pour en devenir le mien.
Il avait dit qu'il me sauverait mais c'est bien pire, je crois, il m'a aimé.
