Chapitre 2
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— Mais enfin, Général !
— Insubordination, vous savez ce que cela veut dire ? aboya Mustang en bondissant de son fauteuil. Vous me rebattez les oreilles avec ce chien de Scar depuis des années, Hawkeye ! Taisez-vous donc un peu ou je vous fais dégrader !
— Général ! s'exclama Hawkeye, bien décidée à ne pas se laisser faire par un homme. Loin de moi l'idée de vous désobéir, cependant, je trouve totalement stupide de votre part ce que vous faites endurer à cet homme depuis quatre ans ! Il ne méritait pas cela !
— Ah ? Vraiment ? Et que méritait-il à votre avis ? dit Mustang en contournant le bureau. Il a tué des centaines de militaires par simple vengeance !
— Et alors ? répliqua Hawkeye.
Mustang recula d'un pas. En temps normaux, quand Hawkeye était en colère, il ne valait mieux pas la fâcher plus, mais là, sa colère semblait sans fin.
— Je vous ai admiré pendant des années, Général, mais là, je dois bien avouer que vous me décevez au plus haut point ! siffla la jeune femme.
Voyant que le jeune homme lève le poing, elle ajouta :
— Allez-y, frappez-moi si vous le voulez, mais je ne vous laisserai pas continuer...
Elle n'eu pas le temps de finir sa phrase qu'une vive brûlure se propagea dans sa joue droite. Y portant sa main, elle regarda Mustang, les larmes aux yeux.
— Puisque que vous refusez de comprendre, « Général de Brigade Roy Mustang », prenez ceci !
Et elle jeta une enveloppe sur le bureau avant de faire volte-face en s'emparant de son manteau et de quelques dossiers.
La main gauche douloureuse, Mustang resta de marbre quand la porte du bureau claqua, puis il soupira et baissa les yeux sur la lettre. Le mot « Démission » était écrit dessus en lettres capitales.
— Ça ne va pas se passer ainsi, crois-moi, dit Mustang en prenant la lettre.
Il la posa dans un cendrier puis claqua des doigts. Aussitôt, le papier prit feu et, en quelques secondes, il ne resta plus rien de la démission de Riza Hawkeye.
Furieuse , celle-ci parcourait les couloirs du QG en pestant contre Mustang. Elle le traita de tous les noms d'oiseaux qui lui venaient à l'esprit, et, quand elle se retrouva dans la cour de la caserne, elle la traversa sans même s'arrêter devant Havoc qui la héla pourtant.
— Hey ! Hawkeye ! dit-il en agitant le bras pour attirer son attention. Hey !
Mais la jeune femme disparut derrière le mur qui entourait le QG et Havoc resta plante au milieu de la cour, une cigarette au bec et le bras levé.
— Mais ? dit-il en baissant le bras.
Il fit tomber la cendre de sa cigarette puis rentra dans la caserne et se dirigea aussitôt vers le bureau de Mustang où il entra sans frapper.
— Dites, mon Général... heu... Bah ? Où qu'il est ?
Il regarde tout autour de lui mais le bureau était vide. Seule une mouche volait près de la lampe éteinte, et Havoc ressortit du bureau en refermant la porte derrière.
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Mustang était sorti par la porte arrière de la caserne et, c'est d'un pas plus que décidé qu'il se rendait chez Riza Hawkeye afin d'avoir une sérieuse discussion.
La jeune femme, elle, était arrivée chez elle depuis quelques minutes et, alors qu'elle se changeait, revêtant un jean et un T-shirt blanc, la sonnette de la porte d'entrée retentit.
— Je viens ! cria-t-elle depuis la salle de bain située à l'étage.
Fermant son jean rapidement, elle chaussa des mules et descendit l'escalier pour aller ouvrir au visiteur. Regardant par la petite fenêtre qui borda it la porte, elle reconnut aussitôt Mustang, visiblement en colère, qui piétinait sur le palier, et pensant une seconde, elle hésita à lui ouvrir. Finalement, c'est avec un visage fermé qu'elle consentir à ouvrir la porte, bien que l'envie de le laisser sur le palier la démangeait énormément.
— Mon Général, dit-elle froidement. Quel bon vent vous amène ?
— Riza ! attaqua aussitôt Mustang. Je peux savoir ce que tu me fais, là ? Tu es jalouse ou quoi ?
— Et toi ! renchérit Hawkeye alors que Mustang la bousculant pour entrer. J'en ai marre de tes conneries, Roy ! Scar n'a pas mérité de passer le reste de sa vie enfermé dans le noir !
— Ce n'est pas de ça que je te parle, répliqua Mustang en pénétrant dans la salle à manger puis le salon de la maison. Qu'est-ce qui te prend de me parler ainsi alors qu'on est au QG ? Tu sais parfaitement que les murs ne sont pas épais et que dès qu'on hausse un peu la voix, on entend tout !
— Et alors ? Je m'en contre fiche ! répliqua Hawkeye en se dirigeant vers la petite cuisine américaine ouverte sur la salle à manger. J'en ai assez de toi et de tes principes à la manque ! ajouta-t-elle en ouvrant un placard.
— Mes principes à la manque ? s'étrangla Mustang. Pourtant, il y a quatre ans, ce n'était pas toi qui étais d'accord avec tout ce que je disais ?
— Peut-être bien, dit Hawkeye en refermant le placard. Oui, il y a quatre ans, j'étais contente que tu arrêtes Scar, même si tu as dû y laisser une partie de la mobilité de ton bras droit. Oui, j'adhérais à tous tes principes, mais maintenant, tout cela est révolu. J'en ai assez de l'armée, je suis une jeune femme de trente ans et je suis encore célibataire ! Ma propre sœur qui a cinq ans de plus que moi à déjà trois enfants et un mari adorable alors que moi je passe mon temps à obéir comme un bon toutou à un Général de pacotille !
En entendant le mot toutou, Black Hayate ouvrit un œil et regarda sa maîtresse depuis le canapé où il était installé. Voyant qu'elle ne venait pas vers lui, il referma son œil et se rendormir en soupirant.
— C'est de ta faute si tu es encore célibataire ! répliqua Mustang. Il ne faut t'en prendre qu'à toi parce que c'est toi et personne d'autre qui m'a envoyé sur les roses l'année dernière !
— Quoi ? Attend, Roy, tu te fiches de moi là où quoi ? Tu m'as demandé en mariage juste après que celui avec qui je sortais à l'époque ait été tué ! Ça ne faisait pas trois mois qu'on l'avait enterré et toi tu me faisais déjà des avances. Non, je suis désolée, mais je n'ai rien à me reprocher là-dessus.
Mustang la regarda en soupirant, puis il croise les bras et se renfrogna.
— Quoi qu'il en soit, je refuse ta démission, dit-il alors. Il est hors de question que tu quittes l'armée maintenant. Dans un an ça fera dix ans que tu es militaire, il n'est pas question que je te laisse filer comme ça, Riza Hawkeye.
— Ça t'arrange bien, dit Hawkeye, la voix soudain incertaine. Franchement, Roy, est-tu vraiment bête ? Ne vois-tu pas que j'en ai ma claque de l'armée ? Je n'en peux plus, Roy ! Tous ces morts, ces sans-abris et ces orphelins... C'est à cause de nous tout ça et moi je ne peux plus le supporter...
Elle s'appuya sur le bar, la tête basse et eut un hoquet avant de reprendre la parole.
— Accepte ma démission, je t'en prie... supplia alors Riza. Ou alors vire-moi, mais fait quelque chose. Je ne supporte plus l'armée...
— Riza...
Mustang s'approcha de la jeune femme et posa une main sur son épaule. Riza se crispa alors légèrement puis elle se retourna et se blottit dans les bras de son supérieur. Elle ne chercha plus à retenir ses larmes et Mustang la serra contre lui.
— Si tu démissionnes, Riza, qui va veiller sur moi ? demanda-t-il. Qui va me tenir compagnie dans mon grand bureau ?
Riza réussit à sourire malgré les larmes puis elle se redressa et s'excusa en s'essuyant les joues du plat des mains.
— Riza, reste encore un an, rien qu'une année, dit Mustang en posant ses mains sur les épaules de la jeune femme. Reste encore un à mes côtés. Après je te promets que tu pourras quitter l'armée...
La jeune femme le regarda un instant puis elle baissa les yeux et s'éloigna vers la fenêtre. Elle s'appuya sur le rebord de l'évier et regarda distraitement par la fenêtre qui donnait sur un petit jardin clos.
Après un moment de silence, elle se tourna vers Mustang et se mordit la lèvre.
— Un an ? Tu me le jurés ? demanda-t-elle.
Mustang la regarda fixement puis il hocha la tête, et Hawkeye soupira profondément.
— Très bien. Attention, un an, pas un jour de plus, OK ? dit-elle.
— Je te le promets, Riza, dit Mustang.
— J'imagine que ce n'est pas sans condition, si ?
— Que va-tu imaginer là ?
— Tu vas peut-être me demander d'oublier Scar, ou je ne sais quoi, non ? dit Hawkeye en fronçant les sourcils.
— J'avais l'intention de le faire, répondit Mustang. Il est vrai. Cependant, puisque tu reviens de toi-même et que je t'ai fait une promesse, je ne vais pas t'en demander trop. Mis à part que tu t'occupes de Scar à ma place.
Riza sursauta, surprise.
— Hein ? Que je m'occupe de Scar ?
— Le mois prochain, cela fera quatre ans tout rond qu'il est là-bas dessous, dit Mustang. Je pense qu'il a dû comprendre et j'ai décidé de le changer de cellule. Tu le mettras dans le bâtiment cinq dès demain.
— Dans le bâtiment cinq ? Mais...
— Ne discutez pas, Lieutenant-Colonel, dit Mustang sèchement en se redressant.
— À vos ordres, mon Général, répondit Hawkeye en se redressant à son tour. Tu veux dîner avec moi ce soir ? demanda-t-elle ensuite à brûle-pourpoint.
— Ma foi, dit Mustang.
— Très bien, alors donne-moi donc ton manteau, dit la jeune femme en retrouvant le sourire.
Mustang lui sourit alors faiblement puis il ôta son long manteau bleu et le lui donna. La jeune femme le rangea dans la penderie près de la porte puis elle invita le jeune homme à prendre place dans le salon.
— Roy ? dit-elle en passant derrière le bar.
— Mhm ?
— Tu étais sérieux l'année dernière quand tu m'as demandée en mariage ? demanda-t-elle.
Mustang lève les yeux de Black Hayate et esquissa un sourire.
— Tu vois Riza, t'es tout à fait le genre de femme que les hommes préfèrent éviter, dit-il.
— Ce qui sous-entend ? demanda Hawkeye en fronçant les sourcils.
— Tu vois ? Tu réagis au quart de tour, et je suis certaine que si tu avais eu ton arme à portée de main, j'aurais un beau trou au milieu du front.
Il lui sourit et la jeune femme rougit en baissant les yeux.
— Cependant, pour ce qui est de ma demande en mariage, j'étais sérieux. Je t'admire, Riza, tu sais.
— Est-ce que... Roy, est-ce que tu es amoureux de moi ?
Mustang pinca les lèvres et fit mine de s'intéresser au chien qui ronflait comme un sonneur à ses côtés, affalé sur le dos sur le sofa.
Soudain, il se leva et s'approcha du bar. Hawkeye le regarda venir puis il s'assit en face d'elle, sur un des hauts tabourets.
— Je t'ai aimée, il est vrai et je le reconnais, dit-il. Mais depuis que tu m'as envoyé balader, l'année dernière, j'avoue que cela m'a quelque peu refroidi. J'ai toujours su que tu n'étais pas une fille facile et qu'il fallait plus qu'un grade élevé dans l'armée ou une belle gueule pour t'avoir.
Hawkeye sourit et Mustang ajouta.
— Cependant, j'ignorais que tu étais difficile.
— Difficile ? Moi ?
Mustang hocha la tête et Hawkeye lui sourit doucement.
— Il est vrai que j'aime choisir mes compagnons. Cependant, et contrairement à ce que tu penses, une belle gueule me suffit, tout du moins dans un premier temps.
Mustang sourit légèrement puis il tourna la tête vers Black Hayate qui agitant ses pattes dans un rêve. Tout à coup, il sentit une main sur sa joue gauche et il tourna la tête vers Hawkeye.
— Si tu veux, je peux réchauffer tes sentiments, Roy Mustang, dit-elle doucement.
Mustang la regarda, d'abord étonné, puis il lui sourit et se pencha au-dessus du bar. Hawkeye s'avança alors d'un pas et ils s'embrassèrent doucement, comme un premier baiser. Quand ils se séparèrent, Mustang soupira.
— Je suppose que pour le mariage, je vais devoir attendre, non ? dit-il en baissant le nez.
— Et oui, dit Hawkeye en souriant. Tu m'as dit un an, non ?
Comprenant, Mustang laissa tomber ses épaules et soupira.
— Si j'avais su, j'aurais accepté ta démission... dit-il.
— Trop tard, mon Général, dit Hawkeye en se détournant.
Elle se retourna ensuite à demi et lui tire la langue avec un petit air espiègle. Mustang lui fait une grimace puis ils se mettent à rire et Hawkeye se mit à la préparation du dîner.
