Nous revoici, à peine un jour après la publication du premier chapitre, pour le second ! Comme promis auparavant, cette histoire ne comportera que trois chapitres donc nous sommes déjà à la moitié :D
Moi : Merci beaucoup ! Nous avons fait de notre mieux pour rendre la lecture facile :D
Aussi non, bonne lecture :D
Alouette, gentille alouette~
Deux ans après, la jeune Maria s'éveilla de la même façon qu'elle l'avait fait lors de son bref emprisonnement dans le commissariat du réputé policier Alaude.
À savoir sur une paillasse inconfortable qui se trouvait elle dans une cellule glaciale.
Elle s'étira tout en poussant un grognement lorsque ses muscles craquèrent et se remirent en place pour ensuite se diriger vers la sortie de sa cellule et appuyer sur différents barreaux dans un ordre précis. Comme elle l'avait prévu, la porte de la cellule s'entrouvrit dans un grincement familier et elle s'étira une nouvelle fois tout en se rendant vers la minuscule salle de bains afin de se refaire une beauté. Une fois qu'elle eut fait ses ablutions matinales et coiffé ses longs cheveux sous leur habituel bonnet en dentelle blanche, la jeune espagnole se rendit dans le bureau du commissariat pour préparer le café après avoir moulu difficilement les grains avec le moulin à café qu'elle avait demandé lors du dernier Noël.
Laissant l'eau chauffer dans la bouilloire, la jeune femme se dirigea ensuite vers la chambre où dormait généralement son supérieur et constata avec contrariété qu'aujourd'hui encore, il avait fait une nuit blanche en patrouillant les rues de la capitale française.
- Double dose aujourd'hui aussi, affirma-t-elle en se dépêchant de ranger la chambre de son supérieur.
Le sifflement familier de la bouilloire lui rappela que son café allait bientôt être prêt et elle se dépêcha de prendre le linge sale dans la chambre pour le mettre dans le sac qu'elle emmènerait plus tard aux laveries de Paris.
Ensuite, elle prépara le café et déposa une tasse sur le bureau de son supérieur tout en déposant une feuille volante sur le sommet afin d'éviter qu'il ne refroidisse trop vite. Puis, avec l'efficacité qui la caractérisait, Maria balaya le commissariat et s'empressa de quitter les lieux avec le linge sale.
Quelques heures après (et son ventre rassasié après être passé dans une auberge pour prendre le petit-déjeuner qu'elle méritait), la jeune espagnole (autrefois fille au pair) se rendit au commissariat avec son linge désormais propre et constata avec ennui que son supérieur était présent. Et occupé à interroger une tête familière.
- Hola, Ramón, salua Maria en hochant sa tête vers l'homme qui était menotté à sa chaise.
- Hola, amor mio, répondit plaisamment ce dernier en lui faisait un large sourire malgré ses nombreuses dents manquantes. Te voir aussi tôt illumine ma journée~
- Suffit, le coupa aussitôt le policier en rappelant à Ramón ce qui était important. D'où proviennent les armes que tu vends ?
- Toujours la même discussion, commenta le contrebandier en haussant ses épaules. Tu ne t'en lasses jamais, Alaude ? Moi oui...
- Ne changeons pas de sujet, déclara le blond en fronçant ses sourcils. D'où sors-tu ces armes ?
Ramón haussa une nouvelle fois ses épaules et Maria, qui avait été occupée à nettoyer les comptoirs du commissariat étouffa discrètement un rire moqueur.
- Este bastardo nunca cambia (Ce bâtard ne change jamais), sifflota l'espagnol en croisant le regard amusé de la jeune femme.
- Estara frustrado... (Pourrait-il être frustré...), hasarda-t-elle en faisant un clin d'œil à ce dernier.
Alaude soupira bruyamment en maudissant pour la millième fois les cieux pour avoir accepté sous son toit la jeune espagnole et prit la parole pour rappeler à cette dernière qui était le chef.
- Mademoiselle Del Prado, fit-il avec une voix glaciale.
- O-oui, Monsieur Alaude ? couina celle-ci en se mettant aussitôt au garde-à-vue sous le regard moqueur de son compatriote.
- Je tiens à vous rappeler que l'arrière-cour ne va pas se nettoyer toute seule, rappela-t-il avec son intonation menaçante.
Maria piailla une affirmation et s'empressa de partir dans l'arrière-cour une fois qu'elle eut retrouvé son balais, laissant les deux hommes seuls dans le commissariat.
- À ta place, je me la serais faite, commenta Ramón avec un large sourire goguenard. Ce derrière n'est qu'une promesse d'une nuit inoubliable, tu ne penses pas ?
Alaude grogna une nouvelle malédiction et saisit une nouvelle paire de menottes pour les faire tourner autour de son index.
- N'essaie pas de changer de question et réponds à la mienne, siffla-t-il avec un air si menaçant qui fit enfin garder le silence au contrebandier.
Pendant cinq secondes.
- Ne me dis pas que tu refuses de parler d'elle parce que tu es amoureux d'elle ?
- Ramón, grogna Alaude en cessant d'utiliser ses menottes pour se calmer. Réponds à ma question !
- Fais-le toi !
- Assez, s'exclama le français en abattant sèchement sa main sur son bureau. Mademoiselle Del Prado ?
- Oui ? fit Maria en passant sa tête par l'entrebâillement de la porte qui menait à l'arrière-cour.
- Je vais utiliser l'arrière-cour durant les prochaines heures, veuillez faire les courses pour la semaine, déclara le policier en forçant le contrebandier à se lever à son tour pendant que la jeune espagnole hochait sa tête et quittait le commissariat avec son panier.
- Ou alors, essaya Ramón pendant que le blond le dirigeait vers son endroit désigné pour les tortures. Serais-tu vierge et ce genre de discussions te gêneraient ?
Le visage impassible, Alaude sortit ses menottes et matraques pour ensuite prendre une bonne position afin de s'assurer que la torture durerait longtemps.
- Hey, Maria ! appela alors le contrebandier en creusant profondément sa tombe. ¡Alaude es virgen ! (Alaude est vierge!)
Les yeux pâles du policier s'étrécirent dangereusement et il frappa l'homme menotté.
Trois heures après, lorsque Maria revint avec ses bras chargés et qu'Alaude eut jeté le corps inconscient du contrebandier dans une ruelle sordide, le blond fut salué par un large sourire entendu.
- ¿Asi que virgen, eh ? (Vierge, hein?), s'enquit la jeune femme en continuant à sourire au nez du diable. Ça explique votre sale caractère...
- Mademoiselle Del Prado, évitez de me parler ainsi alors que je vous ai donné un toit sous lequel vivre... déclara l'homme avec un air menaçant.
- Je m'inquiétais juste pour votre bien-être, monsieur Alaude, commenta Maria en essayant de réduire son sourire. Ce n'est pas bon d'être ainsi à votre âge, vous savez ?
- Plaît-il ? demanda le policier en arquant un sourcil.
- Vous savez, balbutia la jeune en rougissant nerveusement. Ne pas l'avoir fait à votre âge...
- Avoir fait quoi ? interrogea Alaude en se penchant lentement vers l'espagnole.
- Ne faites pas votre ignorant, monsieur Alaude, hoqueta Maria en continuant à rougir. Vous le savez bien...
- Et si je ne le savais pas... Pourriez-vous me l'enseigner ? fit l'homme avec son habituel visage impassible.
Le rougissement de la jeune femme atteignit un seuil critique et elle fit la première chose qui lui passa par la tête pour sortir de cette conversation dangereuse pour sa santé mentale.
- Tenez, déclara-t-elle en fourrant un sac rempli de légumes dans les bras de l'adulte. Aidez-moi à ranger ça...
- Pourquoi devrais-je le faire ? s'enquit Alaude en regardant avec un fin sourire la jeune espagnole s'éloigner. Et pourquoi n'avez-vous pas répondu à ma question ?
Un cri étouffé lui répondit et le policier hocha sa tête avec approbation. Ce n'était pas aujourd'hui qu'elle arriverait à se moquer de lui.
Peu de jours après, Maria eut la grande surprise de voir son supérieur sortir de sa chambre vêtu, une fois n'est pas coutume, d'un costume de soirée à la place de son uniforme de policier.
- Vous sortez ? demanda-t-elle avec curiosité en regardant Alaude s'échiner à fermer ses boutons de manchette.
- Une sortie à l'opéra, lâcha-t-il distraitement en essayant tant bien que mal de fermer ceux de son bras droit.
La jeune femme sortit de sa cellule et s'arrêta devant l'homme pour ensuite saisir le bras de ce dernier et fermer rapidement les boutons de manchette.
- Voilà, fit-elle avec un large sourire. Avec qui irez-vous ?
Le policier vérifia si les boutons avaient été correctement fermés et regarda après la jeune espagnole avec un air impassible.
- On ne va pas à l'opéra seul, Monsieur Alaude, déclara celle-ci en haussant ses épaules sous son regard scrutateur.
- Avec Mademoiselle d'Aligre, répondit-il en approuvant intérieurement son apparence.
- La marquise ? interrogea Maria avec curiosité.
- C'est cela, affirma Alaude. La connaissez-vous ?
- Je l'ai rencontrée une fois, admit la jeune femme en fronçant ses sourcils. Lors d'une réception des Dupré... Elle est très belle, vous avez bon goût, Monsieur Alaude.
Le blond arqua un sourcil et s'appuya contre le mur le plus proche, ne se souciant pas de se salir car il savait que Maria avait nettoyé consciencieusement son commissariat.
- Mais, continua celle-ci à voix basse. Es una verdadera perra... (C'est une vraie chienne).
- Mademoiselle Del Prado, combien de fois dois-je vous répéter de parler en français...
La jeune femme rougit sous la remarque du policier et se gratta nerveusement le coude tout en regardant le sol qu'elle avait lustré durant la journée.
- Mademoiselle la marquise a une réputation parmi ses servantes, marmonna-t-elle en continuant à scruter les dalles immaculées.
- Quel genre de réputation ? demanda Alaude en se dirigeant vers l'entrée du commissariat.
Son véhicule était sans doute arrivé et il ne pouvait se permettre d'arriver tard à son rendez-vous.
- Elle fréquenterait beaucoup d'hommes, continua Maria en rougissant un peu plus. Et d'après ses servantes (qui étaient des italiennes tout à fait charmantes...), on entendrait fréquemment des pleurs d'enfants provenant de ses appartements le soir...
- Mademoiselle Del Prado, la coupa sèchement l'homme en ouvrant la porte. J'attendais plus que de vulgaires ragots de votre part...
Piquée au vif, Maria poussa un grognement ulcéré et s'enferma dans sa cellule sans regarder le policier quitter les lieux. Néanmoins, une fois qu'elle fut seule dans le commissariat, la jeune femme sortit une nouvelle fois de sa chambre et se revêtit rapidement de vêtements sobres.
- J'attendais plus que de vulgaires ragots de votre part, singea-t-elle en ouvrant violemment la porte du commissariat. Crétin de vierge qui ne veut pas admettre que j'ai raison...
Maria rabattit rapidement son capuchon pour cacher son visage et s'empressa de quitter le bâtiment. Elle marcha rapidement dans les rues peu éclairées de Paris et finit par s'arrêter devant une taverne dont la porte pendait misérablement sur ses derniers gonds.
- Ça lui apprendra, marmonna-t-elle en entrant d'un pas décidé dans l'établissement. Crétin d'Alaude...
La jeune espagnole scruta la salle sombre et animée pour ensuite sourire gaiement en apercevant une tête familière.
- Ramón ! appela-t-elle en se dirigeant vers l'interpellé.
Ce dernier était occupé à jouer aux cartes avec une bande d'hommes que Maria avait déjà croisés auparavant au commissariat et salua joyeusement celle-ci en forçant l'un des individus à se lever et offrit le siège récemment libéré à la jeune femme.
- Maria, amor mio, sourit-il en rabattant ses cartes sur la table ronde. Ta présence me porte chance~
- Flatteur, le rabroua-t-elle avec un sourire amusé tout en s'installant sur la chaise et en s'excusant à mi-voix auprès de l'homme qui avait du quitter les lieux. Comment vont tes blessures ?
Ramón grogna et massa son avant-bras qui était encore recouvert de bandages, souvenirs de sa petite séance de tortures avec Alaude.
- Je suis en vie, no me voy a quejar... (Je ne vais pas m'en plaindre...), déclara-t-il en haussant ses épaules.
- Tu m'en vois ravie, ajouta Maria en examinant les cartes ainsi que les gains qui avait été mis sur la table. ¿Qué jugais ? (Vous jouez quoi?)
- Poker, répondit simplement le contrebandier. ¿Une partidita ? (Une petite partie?)
- No, gracias. Al señor Alaude no le gusta que juega con su dinero... (Non, merci. Monsieur Alaude n'aime pas que je joue avec son argent...), hésita la jeune femme en enlevant sa capuche et en prenant une chope de bière.
- Tant mieux pour nous, s'exclama Ramón en éclatant de rire. Tu nous aurais massacrés sans pitié !
Les autres en firent de même et Maria leur servit avec un sourire des verres. La nuit passant, la jeune femme se retrouva bientôt avec un contrebandier complètement ivre dans les bras et elle soupira tout en passant une main sur son visage.
- Qu'as-tu de beau à me dire, Ramón ? demanda-t-elle en constatant que les autres s'étaient endormis sur la table et le sol.
- Pour toi, tout ce que tu veux, glissa l'espagnol en essayant gauchement d'enlacer Maria.
Elle frappa doucement les mains du contrebandier et attendit patiemment que ce dernier comprenne. Ensuite, elle prit la parole.
- Comment as-tu su faire entrer des armes sous le nez de monsieur Alaude ? s'enquit-elle avec une voix douce comme le miel.
L'homme saoul ouvrit sa bouche et Maria sourit avec contentement. Quelques minutes après, elle quitta la taverne tout en saluant les serveuses et rentra au commissariat avec un pas guilleret. Le policier allait enfin comprendre son utilité !
Cependant, Maria eut la surprise de constater qu'il y avait un attroupement devant le commissariat et elle se mêla dans la foule pour ensuite adresser la parole à un jeune homme qui discutait avec animation avec un autre garçon.
- Que se passe-t-il ? demanda-t-elle en montrant la foule.
- L'inspecteur Alaude aurait découvert un réseau d'enlèvements d'enfants, répondit l'inconnu en haussant sa voix d'excitation. Et le responsable de cela serait une marquise !
Oh ? Maria fendit les flots de la foule et parvint tant bien que mal à arriver aux portes du commissariat où se trouvaient deux policiers qu'elle salua d'un bref hochement de tête.
- Monsieur Alaude est à l'intérieur, expliqua l'un d'eux en ouvrant la porte pour la laisser passer.
La jeune femme le remercia d'un sourire et rentra dans le commissariat pour se rendre compte qu'il y avait bel et bien un policier blond assis face à une femme aux longs cheveux roux.
- Ah, s'exclama cette dernière sans lui adresser un regard. Vous êtes enfin arrivée avec mon thé... Vous en avez mis du temps !
- Pardon ? s'étrangla Maria en réalisant que la marquise l'avait prise pour une servante.
- Mon thé, répéta avec agacement celle-ci. Vraiment, est-ce que tous les servants sont aussi ineptes de nos jours ?
La jeune espagnole grinça des dents et voulut balancer la première chose qui lui tomberait sous la main sur l'insolente mais s'arrêta net lorsqu'elle croisa le regard sombre du policier.
- Mademoiselle Del Prado, siffla-t-il avec un air purement diabolique. Nous discuterons de votre escapade nocturne après... Pour le moment, veuillez balayer l'arrière-cour.
Comprenant par là qu'il ne la désirait pas dans le commissariat, elle se dirigea prestement vers l'arrière-cour mais ne put s'empêcher d'ajouter son grain de sel.
- Je vous l'avais dit, lança-t-elle en fermant la porte derrière elle. ¡Una verdadera perra ! (Une vrai chienne!)
Alaude soupira et tourna ensuite ses yeux clairs vers la femme qui avait brisé tant de vies.
- Nom ? demanda-t-il en saisissant sa plume et une nouvelle feuille pour son rapport.
La marquise d'Aligre renifla avec mépris et croisa ses bras tout en regardant avec un air hautain le blond.
Le lendemain matin, Maria ouvrit ses yeux sous le son familier d'une voix masculine chaleureuse. Un large sourire fendit son visage et elle se précipita hors de sa cellule pour sauter dans les bras de l'homme qui parlait. Ce dernier lui ébouriffa les cheveux et éclata de rire en entendant le grognement ennuyé de la jeune femme.
- Ciao Maria, salua l'individu en relâchant la jeune femme qui s'empressa de remettre de l'ordre dans sa tenue. Como stai ? (Comment vas-tu?)
- Sto bene, grazie mille signor di Vongola (Je vais bien, merci beaucoup Monsieur Vongola), répondit-elle en continuant à sourire gaiement. Que faites-vous ici ?
- Ton accent a presque disparu, commenta Giotto en hochant approbativement sa tête. Dire que ça fait un an que nous ne nous sommes plus vus... Le temps vole.
Il fit quelques pas pour se diriger vers la chambre d'Alaude mais se figea en fronçant ses sourcils et se tourna alors brusquement vers la jeune femme pour la regarder avec un air intransigeant.
- Je pensais t'avoir dit de m'appeler Giotto ? rappela-t-il avec une voix grave.
Maria rougit nerveusement et opina à contrecœur tout en marmonnant une affirmation.
- Que faites-vous ici, Monsieur Giotto ? répéta-t-elle en préparant le café pour son supérieur qui ne manquerait pas d'être de mauvais poil ce matin-là.
- J'ai entendu dire que la fiancée d'Alaude s'était révélée être une trafiquante d'enfants, commenta le blond en jouant une une feuille qui traînait sur le bureau de son ami. Et comme je pensais qu'il s'agissait de toi, j'ai cru que c'était une nouvelle erreur de compréhension...
- Ce n'était pas moi, assura Maria en continuant à préparer la concoction. Je ne suis pas la fiancée de Monsieur Alaude.
- Je l'ai remarqué, murmura Giotto en secouant doucement sa tête. Tu n'as pas la tête de l'emploi...
La jeune femme préféra ignorer les derniers mots et prépara deux tasses en porcelaine pour ensuite y verser le café. Le blond saisit les deux récipients et lui fit un clin d'œil.
- Laisse-moi aller réveiller la bête, lança-t-il gaiement en se dirigeant vers la chambre du policier encore endormi. Je parie ma fortune qu'il sera de mauvais poil parce qu'il a perdu sa fiancée !
- Je dirais plutôt qu'il sera fâché parce qu'il a raté l'opéra, corrigea à mi-voix Maria en se mettant à ranger le commissariat.
Comme celui-ci était petit, elle eut rapidement fini et se retrouva assise sur la chaise des interrogés à tendre l'oreille pour entendre ce qui se passait dans la chambre d'Alaude.
Si elle avait su ce qui en découlerait, la jeune se serait carapatée dans sa cellule...
- Ça va en faire combien ? demanda Giotto avec une voix amusée tout en s'assurant qu'il avait laissé la porte entrouverte.
Un grognement incompréhensible lui répondit, probablement un policier qui n'appréciait guère le réveil matinal alors qu'il n'avait dormi que quelques heures.
- Autant ? s'étonna l'italien en riant. Qui l'eut cru ? J'aurais juré que les conquêtes de Lampo seraient plus nombreuses...
- Giotto, déclara Alaude avec une intonation menaçante. Si tu es venu m'ennuyer, quitte la ville sur-le-champ.
- Et rater l'occasion de te dire « Je te l'avais dit !» ? s'offusqua l'autre en portant une main à sa poitrine et en tendant une tasse de café au policier. Mai ! (Jamais!)
Le français soupira et but une gorgée du nectar qu'il était venu à vénérer depuis l'arrivée de Maria dans le commissariat.
- Pourquoi es-tu ici ? demanda-t-il une fois que ses nerfs se furent légèrement apaisés.
- Pour parler de ta vie amoureuse inexistante, bien sûr !, répondit l'italien avec un large sourire.
- Dehors ! siffla Alaude avec une intonation meurtrière.
- Peut-être si tu revoyais à la basse tes exigences, tenta Giotto alors qu'il évitait habilement la tasse de café encore remplie qui fusa vers sa tête.
- Je ne vois pas en quoi elles sont si hautes, rétorqua le policier en sortant de la chambre à la suite du blond qui riait aux éclats. Il est normal d'attendre cela d'une future épouse...
- Voyons, s'exclama Giotto en courant dans le commissariat pour éviter la rage du français. Parce qu'il est facile de croiser une fille dans la rue qui connaisse le code pénal français à la perfection, sache cuisiner toutes sortes de plats, faire du café, nettoie sans se plaindre et supporte ta mauvaise humeur sans sourciller ?
L'italien se figea devant le bureau du policier et son sourire s'élargit alors qu'il croisait le regard curieux de Maria qui avait suivi attentivement leur conversation jusqu'alors.
- Pourquoi sortir dans les rues alors qu'elle se trouve à la maison ? lança-t-il à Alaude tout en se dépêchant de quitter le commissariat.
Le policier s'arrêta devant la porte grande ouverte du bâtiment et la ferma sèchement tout en poussant des jurons à mi-voix à l'encontre de son soi-disant ami italien.
- Mademoiselle Del Prado, cingla-t-il en se tournant vers sa nouvelle victime et en se préparant à la faire trembler de frayeur.
- Oui, Monsieur Alaude ? répondit calmement celle-ci malgré sa peur évidente.
- Avez-vous nettoyé le commissariat ?
- Oui, acquiesça-t-elle en ne bougeant pas de sa chaise pendant que le blond s'installait à son tour sur son siège derrière le bureau.
- Cuisiné le repas ?
- Oui.
- Balayé l'arrière-cour ?
- Oui.
- Vérifié s'il y avait du courrier ?
- Il y en avait, Monsieur Alaude. Une lettre provenant d'Italie ainsi qu'une lettre concernant une modification dans le code pénal...
- Connaissez-vous le code pénal ?
- Bien sûr, Monsieur Alaude. Je le connais depuis que vous m'avez forcée à l'apprendre par cœur l'année passée...
Les yeux du policier s'écarquillèrent subitement et il se leva sans un mot pour ensuite quitter le commissariat.
Maria cilla sans comprendre et contempla les environs qui étaient déserts.
- Dois-je prendre ça comme un congé surprise ? se demanda-t-elle à voix haute.
Alaude ouvrit la porte du restaurant et scruta les alentours avec attention. Il se dirigea ensuite vers une table éloignée et enleva son trench-coat pour le donner au garçon qui l'avait suivi.
- Giotto, salua-t-il sèchement en s'installant à table.
- Alaude, sourit l'italien en sirotant son verre de vin. Je ne pensais pas que tu viendrais me tenir compagnie...
- Si une certaine personne ne m'avait pas fait réaliser une chose réellement désagréable, commenta le policier en fronçant ses sourcils et en saisissant la carte pour faire son choix. Je ne serais pas ici en ce moment...
- Oh ? fit avec intérêt Giotto tout en admirant l'argenterie du restaurant. Qu'as-tu donc remarqué ?
- Il semblerait que j'arbore des sentiments envers mademoiselle Del Prado, cracha avec dégoût Alaude.
- Oh ? répéta avec un large sourire l'italien. Davvero ? (Vraiment?)
- À moins que, dans mon état somnolent, je n'ai confondu l'habituel agacement avec ce genre de sentiments, ajouta le policier en penchant sa tête sur le côté.
- J'en doute, commenta l'étranger en continuant à sourire avec un air entendu. Il faut absolument que je prévienne les autres !
- En quoi cela les regarde ? interrogea Alaude en fronçant ses sourcils.
Il avait la nette impression que ce qui suivrait ne lui plairait pas le moins du monde. Giotto se leva alors, son sourire satisfait toujours aux lèvres et lui serra la main tout en appelant un garçon afin de récupérer sa veste.
- J'ai gagné le pari ! s'exclama l'italien en bondissant quasiment de joie.
- Plaît-il ?
- Nous avions parié si tu tomberais un jour amoureux, expliqua distraitement l'adulte en haussant ses épaules. G était certain que tu n'éprouvais aucune émotion et avait parié que tu finirais tes jours seul, Knuckle a parié que tu rencontrerais une jolie fille en Allemagne, Lampo que tu finirais avec un harem digne d'un maharadja, Asari n'a pas voulu participer (même si je suis certain qu'il était de mon avis...) et Daemon était certain que tu épouserais ton commissariat.
Alaude étrécit ses yeux et grogna tout en se levant à son tour, laissant de ce fait le restaurant alors qu'il n'avait rien mangé pour suivre l'italien qui s'était une nouvelle fois échappé. Il le poursuivit jusqu'au bout de la rue où se trouvait l'établissement réputé et força le blond à s'arrêter en utilisant ses menottes pour le retenir.
- Vous avez parié sur ma vie amoureuse... gronda-t-il tout en enserrant les poignets de Giotto avec ses menottes.
L'italien déglutit bruyamment et hocha sa tête.
- È vero (C'est vrai), admit-il en essayant sans succès d'enlever les bracelets en acier. Mais c'est parce que nous nous inquiétions de ton bien-être... Tu as tant de prétendantes et pourtant... tu vis seul dans ce commissariat avec la petite Maria...
- Et tu as donc parié que je finirais avec elle, acheva Alaude en arquant un sourcil inquisiteur pendant que l'autre blond se rapetissait sous son regard menaçant.
- Si...
- Je ne finirais jamais avec mademoiselle Del Prado, finit par lâcher le policier en enlevant rudement ses menottes du poignet de l'italien. Elle ne remplit même pas la moitié de mes attentes et serait un poids mort dans ma vie...
- Questo è quello che credi... (C'est ce que tu penses), marmonna Giotto en reculant d'un pas pour éviter une nouvelle fois la matraque réglementaire du français. Dans tous les cas...
Alaude cessa d'attaquer le blond et attendit patiemment que ce dernier continue, certain qu'il n'allait pas apprécier ses propos et préparant de ce fait ses menottes.
- Tu es le bienvenue au manoir Vongola, lança par-dessus son épaule l'italien en marchant paisiblement vers la gare. Si jamais tu venais à demander la main della signorina Maria, je suis certain que Knuckle se fera un plaisir d'officialiser votre union...
- Quitte Paris sur-le-champ si tu as finis de m'occuper inutilement, riposta le policier en faisant tourner ses menottes autour de son index avec un rictus menaçant.
Giotto rit avec amusement et le salua une dernière fois avant de disparaître dans la foule parisienne.
Lorsqu'Alaude rentra au commissariat, il fut salué par l'odeur alléchante d'un plat qui mijotait dans la minuscule cuisine du bâtiment ainsi que par la voix grave de la jeune espagnole qui chantait à tue-tête en faisant le ménage dans sa chambre.
Ne voulant pas déranger la jeune (pour une fois qu'elle travaillait sans qu'il doive le lui rappeler...), le policier se rendit dans la cuisine et se prépara une assiette de ragoût préparée par sa femme de ménage particulière pour ensuite aller s'asseoir à son bureau. Il mangea une bouchée du met et approuva intérieurement en constatant que Maria avait écouté ses remarques sur les condiments qu'elle avait tendance à oublier.
Il remarqua alors qu'une feuille était mise en évidence sur la pile des dossiers incomplets et il la saisit avec un léger froncement de sourcils. Et il écarquilla ses yeux en lisant les mots soigneusement calligraphiés sur la page.
- Mademoiselle Del Prado, appela-t-il avec une voix pressante.
- Oui ? répondit aussitôt la jeune femme en se présentant devant l'homme.
Ce dernier examinait toujours la feuille en papier et leva enfin ses yeux bleus pour scruter attentivement le visage curieux de l'espagnole.
- D'où vient cette information ? demanda-t-il en agitant la page sous le regard de la jeune.
- Ah, s'exclama celle-ci en comprenant rapidement ce qui se passait. Je l'ai obtenue par la bouche de Ramón !
- Ramón vous a dit où il faisait entrer illégalement ses armes ? fit avec incrédulité le policier.
- C'est ça, acquiesça-t-elle avec un large sourire.
Alaude se pinça les arêtes du nez et ferma ensuite ses yeux alors qu'un soupir las secouait son corps.
- Mademoiselle Del Prado, avez-vous de la famille en France ? interrogea-t-il alors en ouvrant ses yeux pour regarder avec intensité l'espagnole.
Celle-ci secoua doucement sa tête et fronça faiblement ses sourcils.
- Mes parents m'ont envoyée à Paris parce qu'ils n'avaient plus d'argent pour m'entretenir, expliqua-t-elle en haussant ses épaules. Pourquoi ? Vous comptez me renvoyer, Monsieur Alaude ?
Le policier soupira une nouvelle fois et se dirigea vers sa chambre pour y ressasser ses pensées.
- Mademoiselle Del Prado ? appela-t-il une fois qu'il fut dans la pièce et qu'il s'apprêtait à fermer la porte.
- Oui ? répondit avec un agacement perceptible l'espagnole.
- Préparez vos valises, nous irons en Italie demain, déclara sombrement l'homme en passant une main sur son visage las.
- Pourquoi ce voyage impromptu ? s'inquiéta Maria. Quelque chose de mauvais est arrivé à Monsieur Giotto ?
- Non, la reprit Alaude en soufflant bruyamment une nouvelle fois. Nous avons un mariage auquel assister...
- Un mariage ? répéta avec stupeur la jeune femme. Mais... qui se marie ? Et je n'ai pas de robes... Que vais-je faire, Monsieur Alaude ?
- Les Vongola s'occuperont de tout, dit simplement le blond en fermant ses yeux et en maudissant l'italien pour lui avoir ouvert les yeux.
- Les Vongola ? s'étrangla Maria en ouvrant de gros yeux surpris. Alors... C'est monsieur Giotto qui se marie ?
- Non, ce n'est pas lui qui se marie.
L'espagnole fronça ses sourcils et se rendit dans la chambre du policier pour observer ce dernier qui était toujours immobile avec les yeux fermés.
- Dans ce cas, fit-elle en tapotant son menton pensivement pendant que son supérieur soulevait ses paupières pour la regarder avec un air indéchiffrable. Qui se marie ?
- Moi, soupira avec un air déterré l'homme.
- Oh, déclara simplement Maria en ouvrant faiblement sa bouche de stupeur. Et... qui est l'heureuse élue ?
Une paire d'yeux bleus clairs la regardèrent avec leur habituelle lueur indéchiffrable et la jeune femme hocha sa tête en soupirant à son tour.
- Je comprends, lança-t-elle en faisant demi-tour pour se rendre dans sa cellule. Je vais préparer mes valises et ne plus poser de questions inutiles...
Une fois seul dans sa chambre, Alaude grinça des dents et fusilla des yeux le mur qui lui faisait face.
Pourquoi elle ? Pourquoi de toutes les filles qui habitaient Paris, était-il tombé amoureux d'elle ? Cette espagnole au nom aussi long qu'un jour sans pain qu'il n'avait jamais pris la peine de retenir...
Puis, le blond réalisa une chose et grogna intérieurement face à sa malchance.
S'était-elle seulement rendue compte qu'il lui avait demandée sa main ?
Le policier haussa ses épaules et commença à faire ses valises.
Elle finirait bien par se rendre compte lorsque les Vongola l'emmèneraient acheter une robe de mariée...
N'oubliez pas de commenter :D
