Disclaimer : Rien n'est à moi (sauf quelques personnages que vous verrez apparaître au fur et à mesure), tout est à J.K. Rowling.

Pairing : Je ne sais pas encore. A priori, aucun qui ne concerne Harry. Un léger soupçon de DM/HP, mais vraiment en arrière-fonds.

Résumé : La guerre avait tout détruit, le monde sorcier n'existait plus. Il avait perdu tant d'amis qu'il n'attendait plus que sa propre mort. Enfin, tout ça c'était jusqu'à ce qu'Hermione ne lui explique son plan complètement fou. TIME TRAVEL.

Avertissement :Plusieurs choses ne collent pas aux livres de notre chère J. Ainsi la scolarité d'Harry et la poursuite de la guerre ne sont pas les mêmes que dans les romans. De même, les âges des personnages ne sont pas toujours respectés (Lucius a bien six ans de plus que les Maraudeurs mais Narcissa a le même âge qu'eux et non pas cinq ans de plus). Mais, SURTOUT, l'époque est différente c'est-à-dire que j'ai situé le présent d'Harry dans notre présent à nous. Son voyage dans le temps se passe donc dans les années 1984 et non pas en 1974. Plusieurs petites autres choses que je vous laisse le plaisir de découvrir au fur et à mesure.

Remerciements :A tous ceux qui m'ont laissé une review et à qui je n'ai pas pu répondre (Yukino), à ceux qui ont mis mon histoire en favori ou en alerte, MERCI, MERCI, MERCI !

Petite note : C'est la fin de mes partiels et je suis enfin en vacances, donc pour fêter ça, voici un nouveau chapitre ! Pour la suite, je vais essayer de poster toutes les deux semaines en gros. Donc je vous dis à Vendredi 9 mai !

Et surtout, un ENORME remerciement à ma beta, Lily Elebore Michaels !

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Chapitre 1 : L'étranger

Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? Ton père, ta mère, ta sœur ou ton frère ?

Je n'ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère.

Tes amis ?

Vous vous servez là d'une parole dont le sens m'est resté jusqu'à ce jour inconnu.

Ta patrie ?

J'ignore sous quelle latitude elle est située.

La beauté ?

Je l'aimerais volontiers, déesse et immortelle.

L'or ?

Je le hais comme vous haïssez Dieu.

Eh ! qu'aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?

J'aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… les merveilleux nuages !

(Charles Baudelaire, Petits poèmes en prose, 1869)

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Dans son empressement à trouver Dumbledore, Harry ne se rendit même pas compte du chemin qu'il prit et il se retrouva au Chaudron Baveur sans savoir comment il y était parvenu. Lorsqu'il entra, il eut l'impression d'être dans un autre monde. Le bar était comme dans ses souvenirs.

A son époque, les mangemorts l'avaient pris d'assaut et avaient capturé Tom. Le vieux propriétaire avait en effet caché plusieurs nés-moldus dans le grenier du petit hôtel qui surmontait son pub et un traitre avait fait parvenir cette information. Harry crut se souvenir que le délateur était un adolescent qui avait fait cela pour sauver ses parents mais il n'en était plus tout à fait certain. Les mangemorts du second cercle avaient ainsi capturé et torturé Tom pendant des jours jusqu'à ce qu'il ne meure mais sans avoir dévoilé ses secrets. Harry avait béni la fidélité et la force de l'homme. On avait retrouvé son corps en plein milieu de ce qu'il restait du chemin de traverse, accroché à l'enseigne d'une petite boutique d'antiquité sorcière. Harry avait pris la nouvelle avec un calme olympien mais s'était juré de venger sa mort. S'il avait en effet tué les tortionnaires de celui qui l'avait recueilli à ses treize ans, il n'avait réussi que cela et les mangemorts arpentaient toujours le pays comme s'il leur appartenait.

Harry savait qu'il pouvait lutter contre les mangemorts du troisième cercle car il ne s'agissait là que des apprentis, des nouveaux-venus. Seul leur nombre important posait problème, leurs techniques de défense et d'attaque étant des plus faibles. Le second cercle était déjà plus problématique. Leur nombre était moins important mais il restait quand même conséquent. Harry pouvait aussi lutter contre eux et seuls quelques uns représentaient un réel danger. C'était ces derniers qui étaient généralement promus au premier cercle. Il n'y avait ici que les meilleurs et ils étaient déjà beaucoup moins nombreux, à peine une vingtaine. Enfin, il restait le cercle des Initiés, les proches de Voldemort, ceux sur qui il pouvait compter en toutes circonstances, Bellatrix, Rodulphus, Rabastan, Lucius, Macnair, Severus et Drago dans les derniers mois de la guerre. Harry ne conservait qu'une courte avance magique contre les membres du premier cercle et il se battait à armes égales avec certains des membres Initiés. Autant dire que chaque combat contre l'un des deux noyaux le laissait haletant, épuisé et blessé, très souvent, profondément.

Harry entra dans le bar, respirant son odeur si particulière, des souvenirs qu'il avait cru oubliés à jamais remontant dans son esprit. Les quelques clients présents le dévisagèrent d'un air circonspect et Harry se dirigea prestement vers le propriétaire pour enfin partir d'ici. Il ne savait pas s'il tiendrait encore longtemps et ne voulait pas tenter le diable et craquer devant des inconnus. Tom était en bonne forme, plus jeune de quelques années, la première guerre ne l'ayant pas encore marqué. Harry savait qu'il l'observait du coin de l'œil, attentif au moindre signe qui prouverait sa dangerosité. La guerre était là mais pas encore à son point culminant et le monde sorcier pouvait encore faire comme si elle n'existait pas. Mais Harry savait que d'ici deux ans, elle atteindrait son paroxysme et que tout le monde aurait peur de sortir de chez eux.

Harry savait aussi que son apparence ne jouait pas pour lui. Il espérait que Tom ne le prendrait pas pour un fou et qu'il accepterait de lui prêter un peu de poudre de cheminette pour aller jusqu'au Trois Balais, le bar de Madame Rosmerta, et ensuite rejoindre Poudlard. Cependant, son allure ne le rendait que peu fiable. Il était vêtu d'un pantalon en cuir de dragon qui avait largement subi le poids des années et des différents combats qu'Harry avait menés. Tâches de boue, de terre, de sang, brûlures dues à des sortilèges ou des potions, son pantalon n'était plus du vert foncé éclatant de ses débuts mais bien d'un noir terne et triste. Ses chaussures renforcées en carapace de scroutts à pétards le protégeaient bien mais là aussi la saleté et les années leurs avaient fait perdre leur éclat. Sa ceinture était une sangle lui permettant de ranger sa baguette, ses potions de soins et certains poisons ainsi que des bandages. Harry y avait rangé l'incantation qu'Hermione lui avait donnée. Son haut était un sweatshirt à capuche qui fut gris dans une autre vie. Ample, il lui permettait de cacher sa cotte de maille en toile d'acromentula qui le protégeait des sortilèges les plus basiques et atténuait les plus dangereux et ses deux petits coutelas induis de poison de basilic. Entre les deux, il avait un sous-pull noir et un pull noir lui-aussi car malgré les saisons, les détraqueurs arpentaient le pays et les faisaient vivre dans un hiver permanent. La guerre ne lui ayant pas permis d'aller chez le coiffeur, les cheveux d'Harry lui atteignaient la moitié du dos. Ils étaient toujours aussi ébouriffés mais leurs longueurs lui permettaient de les attacher et ainsi de ne pas les avoir dans le visage. Quelques mèches éparses retombaient devant ses yeux et cachaient sa cicatrice.

Un rapide coup d'œil dans le reflet que lui offrait la pinte de Bièraubeurre de son voisin lui permit de se rendre compte que ses cheveux n'étaient pas en meilleur état que ceux d'Hermione. Ses nombreuses blessures à la tête avaient fait couler son sang trop de fois et ses cheveux étaient collés sur son crâne à cause du liquide séché. La boue et le sang formaient un mélange des plus étranges qui lui donnait vraiment l'air d'un clochard. Son visage était aussi sale que ses cheveux et son teint crayonneux n'en faisait que plus ressortir ses yeux verts. Il ne portait plus ses lunettes car les perdre dans un combat le rendait impuissant mais des lentilles discrètes et longue durée. Il les avait depuis cinq ans et ne pouvait que reconnaître que, jamais, elles ne lui avaient fait faux bonds. Harry ne cessait d'être admiratif devant la technologie sorcière.

Il ne savait pas à quoi auraient ressemblé ses parents à son âge mais Harry était certain qu'il n'avait plus rien avoir avec eux. La guerre l'avait vraiment transformé et amaigri.

- Bonjour…

Tom se retourna vers lui, un sourcil levé, tout en continuant de nettoyer ses verres.

- Est-ce que…Pourrais-je… Pourrais-je vous emprunter un peu de poudre de cheminette ? Je dois voir le professeur Dumbledore de toute urgence.

Tom cessa toute activité et fronça des sourcils. Il lui désigna un petit pot dans un coin du bar, à côté de la cheminée et Harry le remercia rapidement avant de s'en emparer. Il n'avait aucun doute quant au fait que Tom allait envoyer un patronus au directeur pour le prévenir de son arrivée. Il articula l'adresse du bar de Madame Rosmerta puis disparut dans une nuée de flammes vertes.

Son arrivée surprit la jeune femme mais il ne s'en préoccupa pas et filât vers l'école. Il tenta de ne pas s'attarder sur la beauté de Pré-au-lard n'y de se plonger dans ses souvenirs où la guerre avait réduit le village à un tas de cendres. Enfin, il arrivât à Poudlard et du s'arrêter pour reprendre son souffle. Il ne sût si c'était à cause de sa course ou parce qu'il était soufflé de revoir son école en un seul morceau mais il ne pût respirer correctement qu'après de longues minutes.

A son époque, les jardins n'étaient plus. Plus rien ne poussait sauf de la mauvaise herbe et pour un peu, on eu cru que la Forêt interdite s'était étendue au-delà de son territoire d'origine. L'eau du lac était calme mais les mangemorts savaient qu'ils ne devaient pas s'en approcher. Le calmar attaquait tous ceux qui s'y osaient d'un peu trop près et une horde de sirène, de strangulots et d'êtres de l'eau réduisaient à néant tout sorcier trop entreprenant. Le saule cogneur avait été coupé et l'herbe avait une couleur noire, douteuse. Le château en lui-même n'était plus que l'ombre de ce qu'il avait été jadis. La tour sud était la seule qui avait survécu à l'attaque puis à l'occupation des mangemorts. De grands trous aéraient l'école en plusieurs endroits. Le château n'était plus que désolation.

Pour y avoir fait un bref séjour, Harry savait que les prisonniers étaient retenus dans les cachots. L'endroit était si plein de magie noire que plus personne n'osait s'en approcher. Seul Voldemort, habitué à ces démonstrations de magie sombre, les visitait de temps en temps. Les protections n'étaient plus mais la magie noire y était si présente qu'aucun sorcier blanc ne s'en approchait plus.

Harry s'écroula sur le sol.

Il était…fatigué.

Depuis dix ans qu'il avait quitté l'école, il n'avait eu de cesse de lutter, de combattre, de tuer, et même dans son sommeil, il se battait contre Voldemort. Il n'avait eu aucun répit et les brefs moments de joie et de bonheur étaient vite éclipsés par la perte d'un camarade, une attaque meurtrière ou une provocation de Voldemort.

Et il était là, aujourd'hui, face à un Poudlard resplendissant, comme si la guerre n'avait jamais eu lieu. Et c'était le cas, dans cette époque, rien ne s'était encore passé. Mais Harry savait. Il l'avait vécu. Et il avait du mal à se réhabituer. Peut-être Dumbledore aurait-il l'amabilité de lui offrir le gite pour quelques jours, le temps de se doucher, de manger un peu. Merlin, quand avait-il pour la dernière fois pu savourer un bon poulet et quelques patates cuites à l'eau ? Il en avait l'eau à la bouche rien que d'y penser.

Il était toujours à genoux sur le sol à admirer ce qu'il pensait être un passé révolu quand une calèche s'arrêta devant lui. A moitié surpris, il se releva en tremblant, s'appuyant sur la carriole pour tenir debout. Le Sombral à la tête du véhicule le dévisageait d'un air placide. Harry s'approcha de lui et le caressa doucement. L'animal parût satisfait de ces quelques cajoleries mais le poussa ensuite diligemment vers l'intérieur de la voiture. Harry obéit, monta et s'installa correctement. Le voyage lui prit une petite demi-heure qu'Harry passa la tête dans ses mains à retenir, tant bien que mal, ses larmes.

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Le bureau du directeur n'avait pas changé. La porte en chêne était toujours aussi polie, le petit griffon toujours aussi beau. Il y avait toujours les portraits des différents directeurs et Albus avait toujours autant d'instruments en argent qui lui étaient inconnus et qui faisaient de drôles de tintements. La pièce avait marqué Harry pour toujours lorsqu'il y avait accédé pour la première fois. La fois où Dumbledore lui avait parlé de la prophétie. Dumbledore était assis derrière son bureau, les mains liées devant sa bouche, le visage vide de toutes émotions mais bien vivant devant Harry. Son bureau était plein de papiers à remplir et Fumseck était à ses côtés, la tête penchée sur la droite, le dévisageant curieusement.

Harry entra, fébrile, et s'installa sans un mot sur la petite chaise présente en face du bureau du directeur. Dans son époque, Albus lui proposait toujours un fauteuil des plus confortables comme pour mieux le mettre à l'aise mais ici, Harry comprenait que, ne le connaissant pas, il se sente méfiant. Une fois installé, il ouvrit la bouche pour se présenter mais les mots ne sortirent pas. Dumbledore ne l'aidait pas, il n'avait rien dit depuis son arrivée et n'avait même pas bougé. Harry passa une main nerveuse dans ses cheveux mais s'arrêta de suite lorsqu'il s'aperçut que cela faisait choir des morceaux de terre et de sang séché. Il ne savait pas comment se présenter. Il avait fait la guerre, combattu les plus féroces mangemorts mais était terrifié à l'idée de parler à Dumbledore.

Fumseck chanta alors de longues minutes. Harry l'avait déjà entendu, dans la chambre des secrets en premier lieu puis quand Albus lui avait parlé de la prophétie. A chaque fois, les trilles du phénix l'avaient rassurée et encouragée dans sa voie. Aujourd'hui, elles lui rappelaient les temps heureux où il était encore étudiant. L'animal vola vers lui et quémanda quelques caresses qu'Harry lui accorda bien volontiers. A son époque, Fumseck n'avait pas survécu à la mort de Dumbledore. Il aurait du se régénérer mais tout ne s'était pas passé comme cela aurait du et l'animal était mort définitivement. On l'avait enterré aux côtés de son maitre.

Plusieurs mois plus tard, Hedwige et Coquecigrue avaient suivi le même chemin.

L'acte du phénix avait au moins eu le mérite de faire bouger Dumbledore qui le dévisageait, les yeux un peu plus doux, les mains sur bureau. Harry tenta sa chance.

- Professeur, c'est un plaisir de vous rencontrer.

- J'aimerai pouvoir en dire de même, Monsieur…

- Avant de vous dire mon nom professeur, il est important que je vous explique plusieurs choses. Des choses…importantes.

Dumbledore se redressa tandis que Fumseck s'installait plus confortablement sur les genoux d'Harry.

- Là d'où je viens, la guerre fait rage. Tous les résistants ont été tués et les survivants sont bien trop effrayés pour vouloir se battre de nouveau. Et même s'ils le voulaient, ils ne le pourraient pas. Ils seraient en trop petit nombre. L'ennemi…l'ennemi a gagné tout le pays. Les morts sont monnaie courante et rares sont ceux qui vivent plus de dix ans. J'ai perdu tous mes camarades, je suis seul. Il n'y a plus aucun espoir.

Dumbledore l'écoutait sans mots dire, attentif aux moindres de ses mouvements, de ses expressions, jugeant son discours, cherchant à attester de sa véridicité.

- Ma seule amie et camarade de combat m'a proposé une solution de dernière chance. Je sais…c'était complètement fou, même insensé. On ne modifie pas le cours du temps ! Mais c'est la seule solution, si je ne modifie pas le passé alors le futur est perdu.

Le directeur s'était complètement relevé, stupéfait. Avait-il entendu ce qu'il avait bien entendu ?

- Je sais… c'est complètement insensé ! Mais si je ne le fais pas alors Voldemort aura gagné.

Harry se prit sa tête entre ses mains et serra ses cheveux presque hystériquement. Comment Dumbledore pourrait-il réellement croire ce qu'il lui disait ? Il passait pour un fou ! Le vieux sorcier s'était d'ailleurs mis debout et s'approchait de lui. Harry sentait qu'il avait sa main dans sa poche, prêt à sortir sa baguette.

- Qui êtes-vous ?

- Je m'appelle Harry Potter. Je suis le fils de James Potter et Lily Evans. Mon parrain est Sirius Black. Je viens de trente ans dans le futur. Et à mon époque, Voldemort a gagné. Vous êtes mort. Tout le monde est mort !

Il devenait vraiment hystérique. Fumseck s'était envolé vers son perchoir, peu désireux de faire l'objet d'un mouvement mal placé.

- Je sais que c'est impossible à croire, j'ai moi-même du mal à me dire que j'ai bien remonté le temps mais je vous jure que je dis la vérité. Sur ma magie, je vous jure que je ne suis pas un fou ou un mangemort et que je vous dis la vérité.

Comme pour prouver que son serment était réel, il releva ses manches montrant ses bras nus de marques des ténèbres et saisit sa baguette pour faire apparaître quelques oiseaux qui disparurent aussitôt le sort levé. Dumbledore s'était assis sur le rebord de son bureau, l'air grave.

- Je crois que nous avons beaucoup de chose à nous dire Monsieur Potter.

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Leur discussion dura presque toute l'après-midi. Son mentor avait du mal à croire ce qu'Harry lui disait mais ce dernier lui montra tous les souvenirs qu'il avait pour prouver la véracité de ses propos. Dumbledore finit par admettre que c'était possible. Harry se doutait qu'en réalité, le vieil homme voulait juste avoir la preuve de ce qu'Harry lui disait que ce soit par des souvenirs ou des objets du futur car il était impensable qu'un homme tel que lui n'ait pas été au courant des recherches de Weston Willoughby. Les deux avaient sensiblement le même âge et leurs domaines magiques de prédilection n'étaient pas si éloignés l'un de l'autre.

En premier lieu, Albus tenta de le freiner. On ne pouvait pas changer le futur d'un simple claquement de doigts et même si Harry réussissait, il existerait toujours un paradoxe temporel. Harry lui expliqua sa stratégie et l'horreur non feinte qui apparut sur le visage du directeur l'emplit de désespoir. Son ardeur à défendre son plan finit par convaincre Dumbledore. Le fait que l'homme soit lui aussi très réticent à faire appel à Gaïa confortait Harry dans l'idée que c'était une folie que de suivre Hermione dans cette histoire. Mais il avait aussi finit par se dire que de toute manière, s'il ne faisait rien, Voldemort gagnerait. Le Albus du passé de ne se rendait pas compte de futur terrible qui les attendait mais pour l'avoir vécu Harry refusait que quiconque se mette en travers de son chemin. Il avait remonté le temps –l'idée était toujours difficile à admettre- et ce ne serait pas pour rien : il tuerait Voldemort ou se ferait tuer.

Dumbledore parut se rendre compte de la détermination du jeune homme.

- Bien. Je suppose que rien de ce que je pourrai vous dire ne vous arrêtera.

- En effet. Je suis désolé. J'aurai préféré que…

Dumbledore agita vaguement ses mains pour le faire taire.

- Je sais. Je sais que la situation doit être difficile pour vous.

Il n'était pas passé inaperçu le fait qu'Harry n'ait pas cessé d'être sur ses gardes, jetant toujours de rapides coups d'œil vers la porte et les fenêtres, la tension toujours présente sur ses épaules.

- Je suppose que vous n'avez ni argent, ni papier d'identité, encore moins de logement ?

Harry acquiesça. L'argent, les papiers d'identités, tout cela n'était qu'accessoire dans son futur. Pourquoi en aurait-il eu besoin ?

- Bien, je pense que vous avez, à l'heure actuelle, ma confiance relative. Nous ne nous connaissons pas du moins, je ne vous connais pas encore et même si vous me semblez être un homme…bon ?

Il hésitait, cela se sentait, Harry n'en était même pas vexé. La situation devait aussi être surréaliste pour le vieil homme.

- Je ne peux garantir que vous ne tenterez rien de contraire à nos valeurs.

L'Ordre du Phénix était clairement désigné derrière ce petit « nos valeurs ». Harry ne savait cependant pas si l'homme l'avait déjà créé où si ce n'était encore qu'un regroupement informel de personnes inquiètes face à la montée des attaques de Voldemort.

- Je peux vous proposer un poste d'enseignant. Je n'ai plus de professeur de défense contre les forces du mal.

Harry eut un pâle sourire. Certaine chose ne changeait pas.

- Si vous acceptez, vous aurez un logement de fonction dans la tour Est du Château ainsi qu'un salaire mensuel comme tous les autres professeurs. Il vous faudra donc ouvrir un compte à Gringotts et pour cela des papiers seront nécessaires. J'ai quelques…amitiés qui pourront me servir, nous servir et tout devrait être en place d'ici la prochaine rentrée. En attendant, je peux vous proposer de rester à Poudlard jusqu'à ce que tout soit en ordre.

Harry le remercia vivement. L'homme lui proposait plus que ce qu'il ne pouvait espérer. Dumbledore n'ajouta rien et observa Harry se détendre peu à peu. Le garçon lui plaisait. Plus que cela, il l'intriguait et rare étaient ceux qui pouvaient se targuer d'avoir intéressé le grand Albus Dumbledore. Il sentait que le plus jeune avait un fort potentiel magique qu'il maitrisait à la perfection et si tout ce qu'il lui avait dit était vrai, il en était arrivé à ce point, par obligation pour survivre. Il avait au moins la certitude qu'il n'était pas un partisan de Voldemort mais rien ne lui assurait qu'il n'était pas sous potion ou sous autre sortilège de coercition le forçant à œuvrer avec le mage noir. Dumbledore en doutait mais il n'en avait pas la preuve et il préférait encore l'avoir sous les yeux plutôt que de le savoir en train de crapahuter dans tout le pays à faire Mordred savait quoi.

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Harry et Dumbledore s'arrêtèrent devant un tableau de taille moyenne représentant une duchesse démêlant ses cheveux face à un miroir en pied. La jeune femme se coiffait indifférente aux mouvements extérieurs et un simple regard en coin lui fit demander le mot de passe d'une voix lasse sans cesser de se peigner.

- Le mot de passe en vigueur est Ira furor brevis est mais vous pouvez en changer s'il vous le souhaiter.

- Je n'ai jamais étudié le latin, qu'est-ce que cela signifie ?

- Que la colère est de courte durée.

Harry se perdit dans ses pensées. Durant des années, il avait été si en colère. En colère contre le monde entier, contre lui, contre tout. Les premiers morts l'avaient rendu hargneux et sa colère s'était redirigée vers Voldemort. Il n'avait cessé d'être furieux que quelques années auparavant quant il avait perdu espoir de gagner la guerre. C'était assez ironique d'avoir cette citation comme mot de passe.

- Non, je pense que c'est bien. Je vais le garder.

- Dumbledore eut un sourire amusé.

- Je vais vous laissez vous installer. Je me doute que vous ne devez pas avoir beaucoup d'affaires aussi je vais vous donnez une avance de votre salaire afin que vous vous payiez de nouveaux vêtements. Vous l'aurez d'ici demain en liquide et vous pourrez aller visiter le Chemin de Traverse dans la journée.

- Je vous remercie. Vraiment. Vous ne vous rendez pas compte de ce que cela représente pour moi.

- Allons, ce n'est rien, c'est normal.

Harry ne répondit rien, il était sûr que Dumbledore n'entendrait rien de plus de toute manière. Prononçant le mot de passe, il entra dans ce qui était son nouveau chez lui.

L'appartement était assez spacieux pour une seule personne. L'entrée donnait sur un couloir assez grand qui menait sur un petit salon. Le couloir était peint de couleur claire et était vide de tous tableaux. Le salon était en tout et pour tout composé d'un canapé en cuir trois places ainsi que d'un bureau collé au mur droit du logement. Une petite bibliothèque était collée au mur gauche, face au bureau. Le mur en face du couloir était composé de deux fenêtres si grandes qu'elles prenaient la totalité de l'espace. Désireux d'avoir un peu d'air, il les ouvrit et admira la vue. Amusé, il remarqua que le terrain de Quidditch était ce sur quoi donnaient directement ses fenêtres. Au moins, il n'aurait pas à bouger de chez lui pour admirer un beau match.

Retournant à sa visite, il refit le chemin en sens inverse. Au milieu du couloir, sur la gauche, une porte en chêne fin, polie, donnait sur une petite chambre. Les murs étaient d'un gris cassé plutôt reposant. Une grande armoire prenait une grande partie du mur droit de la chambre et un lit une place occupait le mur gauche. Un petit guéridon était posé à la tête du lit.

Repartant d'où il venait, il ouvrit les deux dernières portes. La première était la plus proche du salon sur le côté droit du couloir. D'un rapide coup d'œil, il vit qu'il s'agissait des toilettes. La seconde porte, toujours sur le côté droit du couloir, donnait sur une salle de bain plutôt spacieuse. Un lavabo et un miroir avec des produits de premières nécessités et une baignoire si large que deux ou trois personnes pouvaient y rentrer remplissaient la pièce. Là encore, il y avait du savon, des gants et des serviettes de toilettes. Harry n'avait jamais rien vu d'aussi tentant depuis Drago.

Peu désireux de laisser passer cette occasion, il se dévêtit prestement tout en faisant couler l'eau, le savon, les bulles, en réalité tous les robinets proposés par la baignoire, exactement comme la salle de bain des préfets qu'il avait pu visiter en quatrième année. C'était si…délicieux. Harry se sentit pleurer. Si seulement Hermione avait pu être là. Si seulement…Il prit un gant qu'il imbiba de savon et se frotta tout le corps de longues minutes durant. Ses bras, ses cuisses, son torse, tout son corps entier devenait rouge écrevisse à force de frotter. La crasse, le sang tout partait.

Harry passa le reste de la soirée dans le bain. Quand il en ressortit, il faisait nuit. Il prit une serviette et commença à se sécher. Il ne s'en n'était pas réellement rendu compte ces dernières années mais les cicatrices parsemaient son corps. Sur chacune de ses cuisses, il avait six grandes cicatrices parallèles, souvenirs d'une attaque combinée de plusieurs furies qu'il n'avait réussi à éviter que grâce à ses réflexes décuplés par le Quidditch et la guerre. Sur le bas ventre, un souvenir d'un malheureux coup de couteau donné tout à fait par accident par cette chère Pansy Parkinson. La jeune fille avait toujours cru avoir sa chance avec Draco mais ses fiançailles forcées avec Astoria Greengrass l'avaient brutalement ramené à la réalité. Le pire avait été lorsqu'elle avait compris que ni elle ni Astoria n'auraient de chance avec le blond. Elle avait alors cherché par tous les moyens possibles à savoir qui était l'homme que Drago voyait et un jour, dans un accès de fureur lors d'une dispute avec Gregory Goyle qui avait toujours été amoureux d'elle, avait étripé Harry qui se trouvait à sa merci dans les cachots du manoir Malfoy. Il tenta de ne pas se souvenir de la façon dont il avait atterri là-bas.

Sur son torse, de son ventre à ses épaules, les brûlures et sortilèges de coupe s'alternaient comme pour faire de son corps une jolie toile d'art moderne. Dans son dos, Harry avait les marques d'une rencontre fusionnelle avec une meute de loups-garous.

Il finit rapidement de se sécher et remit ses vieux vêtements. Ceux-ci étaient sales mais la nouvelle propreté de son corps le lui faisait oublier. Il quitta ses appartements et, se fiant à ses souvenirs, se dirigea vers les cuisines de l'école. Les elfes, d'abord effrayés de son apparence, furent des plus ravis de l'aider dans sa tâche. Ils lui firent un repas pantagruélique mais Harry n'était plus habitué à manger autant et il ne put finir qu'un quart de ce que les elfes lui avaient si gentiment donné. D'un pas lent, il retourna dans son nouvel appartement. Son corps commençait à lâcher mais il en avait l'habitude. Sauf qu'aujourd'hui, son esprit aussi était fatigué et les deux cumulés le laissaient dans un état de fatigue tel qu'il avait peur de s'écrouler à tout moment.

Enfin, il fût de nouveau chez lui et lorsqu'il se dévêtit pour se coucher dans un lit –un lit !- il sombra presque aussitôt.

Ah si Hermione était là

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Lorsqu'il se réveilla, il mit un temps à se rappeler où il était. Puis quand il réalisa qu'il était à Poudlard, il fallût qu'il se rappelle en quelle année il était. Désarçonné, il dut se frotter le visage de longues minutes durant pour se ressaisir. Quand enfin il fût totalement éveillé, il s'aperçût que des coups puissants provenaient de la porte. Sans prendre la peine de se rhabiller, il allât ouvrir.

- Monsieur Eden Reece ? Oh pardon, excusez-moi, je ne savais pas que vous dormiez !

Harry eut un temps d'adaptation. Eden Reece ? Qui diable était-ce donc ? La discussion qu'il avait eue avec Dumbledore lui revint en tête. Ah oui, c'était son nouveau nom. Dumbledore le lui avait proposé et Harry, peu difficile, l'avait accepté. Il avait cependant prévenu Dumbledore que son identité pourrait poser problème avec les Maraudeurs et leur carte de l'école. Le directeur avait résolu le dilemme en lui lançant un sort qu'Harry ne connaissait pas. Apparemment, il était très utilisé par les aurors pour octroyer une autre identité à des témoins à charges dans des affaires sensibles. Harry serait reconnu par tous et notamment par les Maraudeurs comme étant Eden Reece. Il se reconcentra sur la personne qui l'avait réveillé. Avec une surprise non feinte, il reconnut Minerva McGonagall, plus jeune de quelques années, elle aussi non marquée par la guerre mais surtout très embarrassée. Son regard fuyant tentait de ne pas se poser sur le corps dénudé d'Harry. Très gêné lui aussi, il fila se revêtir avant de revenir vers son ancien professeur.

- Excusez-moi, je viens à peine de me lever. J'avais vraiment besoin de sommeil.

- Oui, c'est ce que le professeur Dumbledore et moi-même pensions. Cela va faire trois jours que vous dormez.

- Comment ?

Harry eut l'air si surpris que cela fit rire le professeur de métamorphose.

- Oui, le directeur était étonné de ne pas vous voir dans son bureau pour récupérer votre avance de salaire. Il semblerait que vous ayez vraiment besoin de nouveaux vêtements.

- Oui, en effet.

Harry rit. Cette conversation était totalement surréaliste. Etait-il réellement dans le passé à discuter chiffons avec Minerva ? Tranquillement, ils se dirigèrent vers la Grande Salle. Harry se rendit compte qu'il mourrait de faim. Minerva dût le sentir car elle gloussa doucement. Ils s'installèrent aux côtés des autres professeurs et Dumbledore le présenta officiellement. Harry se fit une joie de faire connaissance avec ses nouveaux collègues, persuadé qu'il était encore en train de rêver d'une autre vie possible au fin fond de la tente usée d'Hermione dans la campagne anglaise. Mais le rêve ne cessa pas à la fin du repas ni quand il quitta le bureau de Dumbledore avec un sac conséquent de gallions et encore moins quand il revint du chemin de traverse avec une nouvelle garde robe.

Peu à peu, Harry se dit que ce n'était pas un rêve. Qu'il s'agissait bien là de sa nouvelle réalité.

Qu'il était dans le passé.

Qu'il allait voir ses parents.

Voir Lucius, Bellatrix, Rodulphus et Rabastan.

Quand il réalisa pleinement que le plan d'Hermione avait fonctionné, qu'il allait devoir faire face à tous ses démons, il s'écroula en pleurs dans son nouveau salon et ne quitta pas l'appartement des deux semaines qui suivirent.