J'aurai tardé, mais voici donc la suite! J'espère que ça vous plaira, ça commence à partir en vrille un peu ce truc. Enfin, bonne lecture tout de même! ^w^


Les entrainements de tennis avaient beaucoup changé depuis que les senpais avaient quitté le club.

Déjà, Kaidoh était capitaine, et son vice-capitaine n'était nul autre que Momoshiro. Ils avaient appris à se supporter – pour leur survie et celle du club –, aussi les entrainements fonctionnaient bien, mais ils avaient encore la pression d'être numéro un au Japon.

Honnêtement, le capitaine doutait de pouvoir le devenir à nouveau, et il savait que Momoshiro, malgré son optimiste, avait le même avis. Ils n'avaient simplement plus la même équipe, les plus talentueux d'entre eux étaient partis, même Echizen. À eux deux, ils ne pouvaient quand même pas espérer remporter le prix qu'à toute l'équipe ils avaient peiné à récolter.

Il ne le montrait pas, mais c'était une chose qui lui pesait beaucoup et, quand les tournois prirent une place prépondérante dans sa vie, il en oublia pour un moment le problème d'Inui et de son affection débordante. D'ailleurs, les fois où ils se voyaient, il était si tendu que les câlins de son petit ami le rassérénaient. C'était un havre de paix dans cette vie où tout le monde attendait de lui et il s'y retrouvait plus que jamais à l'aise.

Inui croyait en lui, mais il savait aussi que l'équipe n'était plus la même et c'est pourquoi, s'il lui demandait des nouvelles, il ne lui faisait jamais savoir qu'il en attendait beaucoup. C'était gentil de sa part et Kaidoh se sentit tomber amoureux de lui une énième fois, car c'était de ces petites attentions qu'il avait le plus besoin.

Malgré tout, ils ne purent même pas se qualifier pour le tournoi national et Inui fut là quand il se laissa aller à pleurer de frustration. Il était capitaine et il n'avait pas voulu montrer ses faiblesses devant ses kouhais, contrairement à la stupide pêche qui avait sangloté sans se gêner le moins du monde. Kaidoh, quant à lui, attendit le soir venu, dans l'appartement d'Inui, pour laisser les larmes de frustration couler.

Inui le prit dans ses bras et le rassura doucement, lui dit qu'il avait fait de son mieux. Kaidoh pouvait presque y croire quand il le lui disait sur son ton si confiant. Il essuya ensuite ses larmes et l'embrassa tendrement, ce qui lui permit d'oublier ses frustrations.

Le tennis au collège était fini, mais celui au lycée ne ferait que commencer. C'est pourquoi il accompagna son petit ami quand il alla regarder le tournoi national du lycée, où Seigaku s'était rendu. Inui n'était pas encore titulaire, aussi ils purent les regarder ensemble, cependant que le probabiliste prenait ses données.

Décidément, le niveau était tout autre, et Kaidoh se sentait découragé d'avance. Il en était à se demander s'il devait revoir son rêve de devenir joueur professionnel quand Inui, qui avait lu dans ses pensées, lui expliqua qu'eux aussi s'étaient entrainés pour devenir aussi bons et qu'il suffisait qu'il fasse pareil.

Fort de ces nouvelles résolutions, le serpent augmenta son menu d'entrainement. Certains auraient vu ça comme de la frustration, mais lui savait que c'était plus : il allait viser le niveau professionnel un jour. D'ici là, tout ce qu'il pouvait faire, c'était s'entrainer.

Inui lui donnait encore des conseils, mais il n'avait pas arrêté de l'accaparer pour autant. Kaidoh reprit donc son plan où il l'avait laissé et décida que leurs rencontres, désormais, commenceraient toujours à la rivière, pour parfois s'y finir. À ce stade de sa vie, le tennis était beaucoup plus important que les études de toute façon – pour rentrer au lycée Seigaku, où Inui l'attendait, il n'y avait même pas d'examens.

Inui accepta sans rouspéter et ils prirent cette nouvelle habitude. Cela dit, sans que Kaidoh s'en rende compte, ils finirent par toujours aller chez Inui par la suite.

Le probabiliste était vraiment fourbe pour ce genre de choses. Il l'avait d'abord invité quelques fois, et Kaidoh s'était vu accepter sans le réaliser pleinement. De fil en aiguille, sans même qu'il n'en fasse état, ce devint une habitude. Il s'en rendit pleinement compte quand, une bonne fois, il prit tout de suite le chemin de l'appartement des Inui sans que ce dernier l'invite.

C'était difficile de monter des plans contre le spécialiste de l'observation. Kaidoh se demanda cette fois-là s'il avait remarqué son manège. Cela dit, il ne savait pas comment demander et il préféra perpétrer leur habitude sans la changer.

Il passa par une autre période de doutes : était-ce si anormal qu'Inui l'aime à ce point? C'était peut-être complètement en dehors de ce qu'on s'attendait de lui, mais était-ce une si mauvaise chose? Kaidoh au bout du compte en profitait plus que personne et il aurait été le dernier à s'en plaindre, alors pourquoi chercher plus loin?

Un instinct qu'il ne pouvait pas réprimer lui donnait l'impression qu'il y avait plus, que le comportement d'Inui cachait quelque chose de capital qu'il ne pouvait pas ignorer, surtout s'il voulait que leur couple puisse durer. Cela dit, il n'arrivait pas à saisir la raison pour laquelle il se sentait ainsi et ça finissait toujours par le frustrer.

Un beau jour, il s'en fatigua et demanda à son senpai, alors qu'ils étaient dans sa chambre :

- Inui-senpai, pourquoi t'es si câlin?

Voilà, c'était dit, et il n'y avait plus qu'à attendre. Inui le surprit en lui disant simplement, tout à fait sincère :

- Parce que je t'aime, Kaidoh.

Ce qui ne l'avançait à rien du tout. Le problème n'était pas pour autant réglé et Kaidoh restait avec ses doutes. Il essaya de raisonner comme Inui et supposa qu'il y avait deux possibilités : soit tout était beau et c'était lui qui paniquait pour rien, soit au contraire Inui lui cachait quelque chose. Le premier était impossible à prouver avec certitude, aussi, tant qu'il ne prouverait pas la deuxième théorie, il ne serait jamais sûr et certain.

Ces réflexions en amenèrent d'autres et il finit par réaliser des choses très importantes qu'il avait, jusqu'à ce jour, ignorées, consciemment ou non.

Au départ, il avait trouvé que c'était déjà beaucoup qu'Inui l'aime et il s'en était facilement contenté. Par contre, plus le temps passait et plus il réalisait une chose importante : il ne le connaissait pas si bien, et ce, même s'il était convaincu de le connaitre par cœur.

Quand on parlait de tennis, il aurait pu disserter sur lui pendant des heures, mais il n'avait aucune idée de sa vie personnelle. Il ne savait même pas s'il côtoyait des gens, hormis lui-même. Avait-il seulement des amis, des gens qu'il pouvait voir en dehors des cours? D'ailleurs, avait-il d'autres passetemps que le tennis et les études?

Le serpent lui-même n'avait pas vraiment de vie sociale, mais il avait sa famille, dont il était très proche. Son petit frère en particulier était l'un de ses amis, à son avis du moins. Depuis qu'ils avaient arrêté d'être capitaine et vice-capitaine, lui et Momoshiro commençaient à se voir et se parler de temps à autre – il le considérait même comme un ami. Il essayait aussi de maintenir des liens avec certains membres du club et s'ouvrait de plus en plus au monde.

Inui, de son côté, ne semblait pas avoir de famille, et même ses parents restaient toujours inconnus à Kaidoh. Parmi ses passetemps connus, l'élaboration de jus et l'analyse de données étaient tout ce qu'il savait de lui. Regardait-il des films, lisait-il des romans ou des mangas? En tout cas, il n'en avait aucun dans sa chambre, et Kaidoh n'en avait aperçu nulle part dans son appartement.

Le serpent lui-même jouait parfois à des jeux vidéo avec son frère – pour se défouler –, il suivait quelques mangas – son genre préféré était les shonens sports, surtout quand on y parlait de tennis, c'était son plaisir coupable –, il lui arrivait aussi de regarder des films traditionnels ou de lire des romans d'époques. Sinon, il courait, il collectait les bandanas et adorait faire du ménage. D'ailleurs, il pratiquait de temps à autre de nouvelles recettes et faisait parfois gouter Inui, même s'il ne se fiait pas à lui pour juger du gout.

Bref, il avait une vie en dehors de l'école, du tennis et d'Inui. Il se demandait quelle était celle de son petit ami.

Il ne savait pas comment amener le sujet et il finit par lui demander honnêtement quels étaient ses passetemps. Par un habile stratagème, Inui réussit à dévier la conversation, et toutes autres questions de ce type furent détournées pareillement. Chaque fois, Kaidoh perdait le fil et il ne se rendait compte que beaucoup plus tard de ce qu'avait fait son senpai.

C'est alors qu'il réalisa que, vraiment, quelque chose clochait.

Son sentiment d'insécurité, celui qui ne l'avait pas quitté depuis le début, grandissait au fur et à mesure qu'il réalisait à quel point Inui le poussait à parler de lui, mais ne lui disait jamais un mot sur lui-même. Il maitrisait toujours la conversation et s'était arrangé jusqu'à présent pour ne pas qu'il s'en rende compte, comme s'il avait un secret à garder.

À dire vrai, sous des couverts d'affection, Inui était froid et distant avec lui.

Kaidoh à ce stade se demandait qui était cette personne qu'il aimait, si ce qu'il avait vu dans Inui était bien la réalité ou simplement ce qu'il avait voulu lui voir. Il ne s'ouvrait simplement pas à lui et, s'il était vrai qu'il était là pour lui, il ne lui laissait pas faire la réciproque.

Il en était là dans ses réflexions quand, alors qu'ils étaient pour la millième fois dans la chambre d'Inui, Kaidoh, convaincu, lui demanda :

- Inui-senpai, où sont tes parents?

- Je te l'ai déjà dit, fit Inui d'un ton calme, ils sont partis en voyage.

- Comme la dernière fois? Et celle d'avant?

Le probabiliste se tut et Kaidoh enchaina :

- Senpai, tu me mènes en bateau.

Inui toujours resta muet et son manque de réponse ne fit que l'énerver encore plus :

- Ils sont où? Quand est-ce que je vais les voir?

Son petit ami laissa un soupir lui échapper et murmura :

- 100% de chances que je n'y échappe pas...

Comme pour prouver son point, Kaidoh insista :

- Je veux savoir pourquoi.

- Ils n'habitent pas ici, répondit simplement Inui.

Kaidoh était si surpris qu'il resta un instant immobile, et son petit ami en profita pour l'approcher et changer le sujet. Le serpent se laissa embrasser et, au bout d'un moment, comme toujours, son cerveau refusa de fonctionner.

Inui cette fois-là le caressa encore plus avant de lui faire l'amour et Kaidoh dut lui demander par trois fois de s'activer avant qu'il ne procède. Il y avait dans ses yeux une lueur que Kaidoh trouvait un peu étrange, c'était de l'amour certes, mais il y avait... non, pas de la peur, mais plutôt de l'incertitude. De l'insécurité peut-être, sans doute.

C'était à la fois étrange et un peu inquiétant. Inui doutait-il qu'il l'aimait tout à coup? Il avait beau se poser des questions sur lui, ses sentiments n'avaient pas pour autant changé, bien au contraire. S'il voulait tellement savoir, c'était justement parce qu'il l'aimait et qu'il voulait comprendre qui il était.

Alors qu'ils reposaient tous les deux dans le lit du plus grand, Inui lui répéta qu'il l'aimait et Kaidoh en fut pour la première fois troublé. L'ambiance n'était juste pas la même, le ton d'Inui lui semblait désespéré et il se demandait pourquoi il ressentait le besoin de le lui dire aussi souvent.

Kaidoh dut le repousser pour se lever et quitter son appartement. Inui ne tenta pas de le retenir, mais son expression semblait presque triste, comme si Kaidoh l'abandonnait – ce qui était loin d'être le cas, juste qu'il avait un examen le lendemain et il devait encore étudier.

Il étudia en gardant une partie de son cerveau sur la réponse de son senpai et, bientôt, il se retrouva avec plusieurs théories. Soit ils étaient à l'étranger et Inui ne le lui avait pas dit pour une raison que lui seul connaissait. Soit ils habitaient près, mais laissaient leur fils vivre seul pour une raison tout aussi obscure. Soit ils étaient morts et il vivaient sur leur héritage... mais vu son âge, il aurait dû être en centre d'accueil ou dans une famille proche plutôt, non?

Maintenant qu'il y pensait, il n'avait jamais vu la chambre des parents, voire même une porte qui pouvait y mener. Il avait bêtement cru qu'il y avait une pièce plus loin, au fond du couloir, mais peut-être se trompait-il? Dans tous les cas, il se promit d'aller y jeter un coup d'œil la prochaine fois.

Il avait voulu des réponses et n'avait que des questions de plus. Mais avec qui donc sortait-il depuis autour d'un an au juste?