Bonjour bonjour, voilà le second chapitre. Bon, je corrige ce que j'ai dis la dernière fois : cette histoire aura au moins six chapitres. Je suis en train d'écrire le cinquième en ce moment. Sur ce, bonne lecture !
Nanofrom : Merci de ta review ! Alors je suis désolée mais j'ai beau avoir aussi hâte que toi de voir la réaction d'Allie et Nate, ce n'est pas pour tout de suite ! (Tu comprendras pourquoi dans ce chapitre.) Le meilleur pour la fin comme on dis ^^
Jusqu'à ce jour, Abigael Wells avait tout réussi dans sa vie. Elle était intelligente et perspicace, posée et sûre d'elle, attachante et pleine de joie de vivre. Elle était aussi têtue et manipulatrice mais pas d'une façon excessive ou désagréable. Comme ses parents, elle avait une vision claire d'elle-même, et ce qui pouvait passer pour de l'orgueil au premier abord était surtout la conscience de ce qu'elle était. N'étant pas aussi téméraire qu'Allie, ni aussi méfiante que Nate, tout le monde s'accordait souvent pour dire qu'elle avait pris le meilleur de ses deux parents.
Elle s'entendait bien avec tout le monde sans distinction de race ou d'âge. Même sa tante Madison, qui pourtant détestait le monde entier, n'arrivait pas à cacher qu'elle l'adorait.
C'est pourquoi quand Abigael se réveilla couverte de blessures dans un lit qui n'était pas le sien, elle eut l'impression de tomber d'un gratte-ciel. Ses yeux affolés fouillèrent la pièce dans laquelle elle se trouvait, à la recherche d'un repère, d'une personne familière. Ils finirent par tomber sur Liam, qui était difficile à manquer puisqu'il dormait sur une chaise juste à côté de son lit, la tête penchée sur le côté. Etrangement, cette vision apaisa instantanément la jeune fille.
Il était clair qu'une chaise n'était pas le support le plus confortable pour accueillir la haute stature de son imprégné. Ses cheveux bruns partaient un peu dans tous les sens et son tee-shirt était froissé. Malgré ça et malgré l'horreur de la situation, elle ne put pas s'empêcher de le trouver adorable.
Elle s'autorisa à lever une main tremblante pour venir rencontrer la sienne. Pour la première fois, sa peau était à la même température que la sienne. Elle ne pouvait pas s'empêcher de songer que c'était peut-être la dernière fois qu'elle le touchait.
A peine l'avait-elle effleuré qu'il sursautait tout en ouvrant les yeux. Tressaillant à son tour, elle retira précipitamment sa main et fit semblant de dormir, réflexe idiot mais instinctif.
-Je sais que tu ne dors pas.
Résignée, elle rouvrit les yeux et les fixa au plafond, refusant de croiser son regard. Liam comprit qu'elle avait besoin de temps. Lorsqu'il parla, elle s'étonna de n'entendre aucun dégoût dans sa voix :
-Bon, je descends. Tu peux te doucher et te changer, on t'attend en bas avec les autres. Prends ton temps.
Elle n'eut pas le temps de lui demander qui étaient les autres, car il sortit de la pièce. Prenant appui sur ses coudes, elle se redressa et constata que l'endroit où elle se trouvait n'était autre que l'ancienne chambre de sa mère. Elle était donc à La Push, dans le chalet de ses grands-parents.
La peur l'étreignit à la pensée de l'identité des personnes qui l'attendaient en bas, de la peine et la déception qu'elle avait dû leur causer.
Elle savait que si elle restait une seconde de plus dans ce lit, elle n'en sortirait jamais, aussi s'obligea-t-elle à se lever. Son bras gauche était plâtré, ce qui la surprit car cela signifiait qu'il avait sans doute était fracturé plusieurs fois.
Elle examina son reflet dans le miroir. Des griffures, bleus et morsures un peu partout, notamment sur les bras. Même son visage était à faire peur. Elle croisa son propre regard dans la glace. Bien que ses yeux fussent exactement les mêmes, il lui sembla qu'ils appartenaient à une étrangère, à l'instar du reste de son corps.
Elle s'engouffra dans la salle de bain. Bien que s'habiller soit une tâche ardue et douloureuse, elle ne put s'empêcher de remarquer que son corps était plus fort et vigoureux, sensation à laquelle elle n'était pas habituée. Elle se prépara aussi rapidement que possible, ne voulant pas céder à l'instinct qui la poussait à se rouler en boule dans un coin.
Sur le pas de la porte, elle prit une grande bouffée d'air puis se dirigea d'un pas ferme vers l'escalier. Tout en descendant les marches, elle s'interdit d'essayer de deviner qui l'attendait en bas.
Elle les trouva dans le salon. Ils étaient tous assis autour de la salle à manger dans une posture qui faisait penser à celle qu'on adopte lors d'une réunion de crise.
En bout de table, Jacob avait le menton posé sur ses mains, ses coudes appuyés contre la table. A sa gauche se tenaient Elliot, puis William, tous deux dans des positions similaires à celle de leur père, ce qui les faisait ressembler à trois clones. A la droite de Jacob, Renesmée était assise en tailleur sur une chaise. A ses côtés, Liam paraissait un poil plus détendu que les autres. Il buvait une tasse de café tout en jetant de fréquents coups d'œil en direction de l'escalier. Le silence régnait autour de la table.
Le soulagement de voir que ses parents n'étaient pas là fit chanceler Abby. Tout le monde leva la tête vers elle et elle resta figée sur place, indécise. En d'autres circonstances, elle se serait jetée dans leur bras. Mais elle se contenta d'attendre en silence.
Renesmée finit par se lever pour la prendre par les épaules d'une façon maternelle. Elle se mouvait avec lenteur, comme pour ne pas l'effrayer, et elle la touchait avec prudence. Abby se raidit imperceptiblement et entrouvrit les lèvres pour inspirer son odeur, qui lui parut étrange mais pas nécessairement désagréable ou agressive. Satisfaite de sa réaction, Nessie la conduisit jusqu'à la chaise qu'elle-même occupait précédemment.
Abby s'assit lentement. Horriblement intimidée et déboussolée par le fait de se sentir intimidée, elle scruta les visages de Jacob et de ses oncles tout en évitant leurs regards. A sa grande surprise, Will parla le premier :
-Tes parents ne savent rien de ce qui s'est passé. Ils vont sans doute nous hacher menu, mais on s'est dit que tu n'aimerais pas que la terre entière soit mise au courant sans ton accord.
-Merci.
Jacob s'adressa à elle à son tour :
-Tu te rappelles de ce qui s'est passé ?
Elle se força à soutenir son regard. D'eux trois, il était celui dont le jugement l'inquiétait le plus.
-Je me rappelle de tout... jusqu'à votre arrivée. Ensuite, plus rien.
-C'est normal, répliqua Elliot. Nous t'avons injecté des sédatifs et t'avons ramenée avec l'avion des Cullen.
Il avait l'air désolé pour elle. Elle se demanda comment il parvenait à faire preuve d'autant d'empathie. Elle n'était pas certaine qu'il en aurait été de même pour elle si leurs rôles étaient inversés.
-J'ai dû recasser ton bras pendant que tu étais dans les vapes, poursuivit-il. Même avec la guérison accélérée, il faudrait que tu gardes le plâtre au moins trois jours. Sauf que...
-Je risque de me transformer avant, compléta-t-elle d'un ton neutre.
Elle gardait une souvenir flou de sa première et unique transformation, qui pourtant ne datait que de quelques heures. Bien que peu douloureuse, la mutation avait été horriblement désagréable. Entre l'impression de ne pas maîtriser son propre corps et celle d'être emprisonnée dans une enveloppe qu'elle ne connaissait pas, sa mutation lui avait parue contre nature. A des lieues de ce qu'éprouvaient les Enfants de la Lune, qui selon leurs dires se contentaient de "sauter" d'une forme à l'autre.
Elle finit par poser la question dont elle connaissait déjà la réponse :
-Qu'est-ce qui m'arrive ?
Jacob répondit :
-Je pense qu'Allie t'a transmis le gène des modificateurs, même s'il est en latence chez elle. Tu es la première de notre meute chez qui la mutation n'a pas été induite par la proximité de vampires. Normalement, il faut un élément déclencheur.
Elle échangea un bref regard avec Liam, se souvenant qu'ils venaient de découvrir que sa mère et Matthew étaient imprégnés. Peut-être était-ce ça, l'élément déclencheur.
-Tu es également la première louve imprégnée que nous connaissons, continua Jacob.
-Parce que je suis stérile, laissa-t-elle tomber.
Elle fit semblant de ne pas remarquer le coup d'œil dépité qu'il échangea avec Nessie et leurs fils, comme si énoncer la vérité sur le véritable but de l'imprégnation était déplacé. Liam n'avait pas l'air vexé.
-Pas si tu cesses de muter, objecta Elliot.
-En tout cas, c'est une bonne chose que tu n'ais pas été transformée en quoi que ce soit avant, lança Jacob. On ne sait pas ce que ça aurait donné avec ton héritage lupin.
Abby sourit d'un air absent en se remémorant ses anciennes préoccupations concernant sa transformation en Enfant de la Lune à venir. Elles n'avaient plus lieu d'être à présent.
Son grand-père éleva la voix et elle comprit qu'il passait aux choses sérieuses :
-Tu vas devoir être extrêmement prudente, Abigael. Tu es la première a avoir présenté si peu de signes avant-coureurs, la première à avoir muté hors de nos terres, la première à avoir réagi si difficilement aussi. Il va falloir que tu apprennes à contrôler tes transformations. Jusqu'alors, interdiction de côtoyer les Cullen de près ou de loin, ou n'importe quel autre vampire. Tu mutes très vite et tu es rapide, ce qui fait que tu es imprévisible. Même si tu partages notre héritage, tu n'es pas entièrement comme nous et c'est un facteur que nous devront prendre en compte.
A présent en mesure de décoder ses paroles, elle eut un rictus désabusé. En général, les modificateurs naissaient de deux parents Quileute. Tout comme Elliot et William avant elle, elle représentait une nouveauté... à la différence que la nature de Renesmée n'avait jamais vraiment interféré dans l'expérience de ses fils en tant que loups-garous.
Jacob finit par s'enquérir :
-Est-ce que tu as des questions ?
-Qui est mon alpha ?
Abby était trop près de Jake pour rater sa moue quand il constata qu'elle avait la façon de penser coutumière des Enfants de la Lune.
-Moi, bien sûr, fit Will en roulant des yeux.
Evidemment, elle savait déjà qu'il était leur alpha, mais les Enfants de la Lune étaient en général subordonnés à celui qui les avait transformés et elle trouvait étrange de rejoindre leur meute simplement parce qu'ils appartenaient à la même espèce, un peu comme un enfant qu'on recueille par pitié parce qu'il n'a plus personne.
Une autre chose qu'elle trouvait bizarre était le fait que Jacob, tout en ayant cédé son pouvoir à son propre fils, continue à appartenir à la meute. La question ne lui était jamais venue à l'esprit avant, mais maintenant qu'elle y songeait, n'était-ce pas déplacé de donner des ordres à un ancien alpha plus âgé ?
-Comment ça se fait que je ne sente pas que tu es mon alpha ? demanda-t-elle.
Liam laissa échapper un rire bref. Il avait passé assez de temps avec Abby pour savoir que c'était une question insultante chez les Enfants de la Lune. Mais se montrer insultante n'était pas son intention, elle était seulement curieuse.
-Parce qu'on est humains, répliqua Will, pas vexé pour un sous.
Elle avait énormément de choses à apprendre. Ses épaules se relaxèrent quelque peu et elle leur signifia qu'elle n'avait plus de questions.
Elle pensait être enfin tranquille, mais Elliot lui passa son téléphone en le faisant glisser sur la table dans sa direction. Elle l'arrêta avec son index et tapota ses doigts sur la coque dans une attitude de refus assez flagrante. Son oncle lui envoya une moue qu'il voulait rassurante :
-Allie et Nate ne mordent pas aussi souvent qu'ils en ont l'air, et tu es bien placée pour le savoir.
Ca n'allait pas être facile. En tant que parents, Jacob et Renesmée se sentiraient mal à l'aise de cacher à leur propre fille ce qui lui arrivait. Sans parler d'Elliot et Will, à qui Allie ne cachait pas grand chose et réciproquement. En plus, eux s'entendaient bien avec Nate.
-Je sais. Mais je ne les appellerai pas.
-On peut savoir pourquoi ? grommela Will en se renfrognant.
-J'ai mes raisons.
Les yeux des trois hommes s'agrandirent devant l'impertinence de sa réponse.
-Et si on le leur dis nous même ? contre-attaqua le modificateur.
-Vous voulez vraiment être aux premières loges quand ils entendront la grande nouvelle ? (Scotchés, il ne répondirent rien et elle conclut d'un ton ferme : ) C'est bien ce que je pensais.
Elle se leva pour marquer la fin de la discussion, remarqua au passage que sa façon de se mouvoir était devenue plus vive, plus souple, d'une grâce presque féline.
-Je suis désolée de vous mettre dans cette position. Et merci pour tout, vraiment.
Puis elle se dirigea vers la porte d'entrée sans attendre de réponse. En sortant du chalet, elle entendit Jacob se plaindre :
-Elle est encore pire qu'Allie.
Sur le pas de la porte, respirant l'air frais de l'automne, elle s'autorisa son premier vrai sourire. C'était presque devenu amusant.
Elle entendit quelqu'un arriver dans son dos et se décala pour laisser passer Liam, qui referma la porte derrière lui.
-Je suppose que je n'ai plus le droit de rester seule à présent ? devina-t-elle.
Il lui offrit un sourire désolé.
-Tu supposes bien. Mais il y a pire que moi comme compagnie, non ? A part ça, je n'ai jamais entendu quelqu'un rembarrer ces trois-là comme ça ! s'exclama-t-il en désignant le chalet du pouce.
Elle haussa les épaules, toute excitation retombée. Comment faisait-il pour se comporter comme si tout allait bien dans le meilleur des mondes ? Comme s'il avait deviné la teneur de ses pensées, il reprit son sérieux et s'enquit :
-Pourquoi est-ce que tu ne veux pas appeler tes parents ?
Abby se mit à marcher en direction de la forêt avoisinante. Elle n'avait pas spécialement envie que Jacob, Nessie, Elliot et Will entendent leur conversation. Liam lui emboita le pas.
-Ils m'ont menti, déclara-t-elle.
-Je sais, les miens m'ont menti aussi. Ils voulaient juste nous protéger.
-Pas seulement. Ils se protégeaient eux aussi. Toute ma vie, on m'a dit de suivre ma propre voie, celle que j'aurais choisis et non pas celle que les autres aimeraient que j'emprunte.
Je ne sais même pas si ces mots ont une quelconque valeur à présent. Mon bonheur n'était pas leur motivation première quand ils me les ont dit. Le tien non plus, d'ailleurs.
-Sachant que ton père a essayé de me tuer quand je me suis imprégné de toi, ce n'est pas vraiment une surprise pour moi.
Bien sûr. A l'époque, elle avait cru qu'il avait voulu la protéger, alors qu'en réalité il était sans doute furieux que Matthew ait pris une sorte de revanche sur Allie et lui à travers Liam. Ce dernier ne s'était donc jamais fait d'illusion sur le sujet, ce qui expliquait qu'il ne soit pas surpris.
Ca n'empêcha pas Abby de sourciller :
-Tu es vraiment en train de les défendre ?
Il ricana en secouant la tête de droite à gauche :
-Faut pas rêver non plus. Mais vu la situation, je pense que tu as besoin d'eux.
-J'aurais eu besoin d'eux si ma transformation n'était pas arrivée parce que j'ai découvert que ma mère et Matthew sont imprégnés, trancha-t-elle.
-Je pensais que c'était un hasard. Ca t'a vraiment choqué à ce point ?
Abby grimaça en se rappelant qu'on lui avait appris que les imprégnés n'avaient pas besoin de la parole pour se comprendre. Ca n'avait jamais été le cas pour Liam et elle, ils devaient constamment tâtonner dans le noir et se questionner l'un l'autre pour communiquer. Toutefois, cela ne la dérangeait pas. Elle aimait argumenter avec lui.
Alors elle essaya de lui expliquer :
-Toi et moi, on aurait pu être les enfants de Matthew et Allie. Quand nos parent nous voient tous les deux, ils ne nous perçoivent pas comme leurs enfants ou comme deux imprégnés, mais comme une possibilité qu'ils ne veulent pas voir arriver. Quelle que soit la nature de notre relation, cette possibilité planera toujours au-dessus de nos têtes et nous serons toujours susceptibles de les décevoir. S'ils avaient été honnêtes avec nous, on aurait au moins pu essayer de surmonter ce sentiment.
Liam ralentit le rythme, signe que ses paroles avaient fait mouche. Comme il ne disait rien, absorbé dans ses pensées, Abby laissa le silence s'installer. Elle se rendit vite compte que parler l'avait distraite de ses propres démons. Dans un sens, c'était tellement facile et pratique d'en vouloir à ses parents. Elle ne se sentait pas capable d'ajouter à son propre chagrin leur déception quand ils comprendraient ce qu'elle était devenue. Tristement, être en colère contre quelqu'un demandait bien moins d'efforts qu'être désolé.
Elle jeta un coup d'œil en biais à Liam, remarqua qu'il portait un short en jean et un tee-shirt tâché qui donnaient l'impression qu'il était en vacances, une allure à des lieues de celle qu'il affichait à Berkeley.
-Tu vas bientôt retourner à la fac ? s'enquit-elle.
-Je ne sais pas encore. J'attends de voir comment tu t'en sors avec la meute.
Contrariée, elle réalisa que lui comme elle risquaient fortement de rater leurs examens et de redoubler. En ce qui la concernait, peut-être même ne remettrait-elle jamais les pieds à la fac, mais tout n'était pas perdu pour Liam. Elle aurait aimé prétendre n'avoir pas besoin de lui mais c'était au dessus de ses forces. Au contraire, jamais elle n'avait autant eu besoin de lui. Elle se promit toutefois de le convaincre de repartir en Californie dès qu'elle ne serait plus une bombe à retardement.
Elle ouvrit la bouche sans qu'aucun son n'en sorte.
-Qu'est-ce qu'il y a ? releva-t-il.
Elle avait si peu l'habitude de dépendre des autres que le rouge lui monta aux joues.
-Je voulais te remercier, mais ça me semble stupide face à tout ce que tu as fait pour moi.
-Je t'ai cassé le bras, plaisanta-t-il. On est quittes je pense.
Elle n'était pas encore prête à rire de ce qui s'était passé. Sans doute ne le serait-elle jamais. Elle tenta de garder un visage impassible, mais peut-être lisait-il en elle mieux qu'elle ne le pensait car il déclara d'une voix ferme :
-Ce qui s'est passé n'est pas ta faute.
C'était des mots qu'elle ne voulait pas entendre. Peut-être étaient-ils vrais, peut-être ne l'étaient-ils pas, mais une chose était sûre : Abigael avait beau avoir été brillante dans son humanité, elle était faible dans son immortalité. Pourtant, Liam continua :
-A La Push, ça fait des années qu'on prépare la descendance des loups à une hypothétique transformation. Même moi, je savais avant de muter que les modificateurs existaient. La plupart de ceux qui se transforment sont bien entourés. Toi, tu ne l'étais pas. Comment aurais-tu pu réagir de la bonne manière alors que tu as muté au beau milieu d'un campus ?
-Je savais comment se passe la transformation d'un Enfant de la Lune, objecta-t-elle.
-Les Enfants de la Lune ne sont jamais seuls quand ils mutent. Etre transformé par morsure et être transformé par un gène qui s'est activé sont deux choses différentes.
Elle entendit à peine sa dernière phrase. Ses mains tremblaient de nouveau, annonciatrices de sa transformation à venir. Elle réfréna la panique qui montait en elle et essaya de se raisonner : ils étaient perdus au beau milieu de la forêt, il n'y avait donc personne à des lieues à la ronde. Cependant, elle ne put pas s'empêcher de crier en montrant ses mains à Liam comme s'il avait le pouvoir d'effacer leurs tressautements d'un coup de baguette magique :
-Comme on arrête ça ?
-Ca ne s'arrête pas, rétorqua-t-il. Tu ne dois pas lutter contre la transformation. Plus tard, quand tu te contrôleras mieux, tu pourras l'empêcher, mais tout de suite ça risquerait d'empirer les choses.
Il recula prudemment et cette fois-ci, elle ne le suivit pas.
-Je vais muter, annonça-t-il. On se retrouve de l'autre côté. (Puis il ajouta une phrase inexplicable : ) Fais gaffe, tu risques de trouver ça bruyant.
Malgré la situation, elle observa sa transformation avec curiosité. Il trembla à peine quelques secondes avant d'exploser littéralement pour devenir un énorme animal au pelage noir. Abby se prit un lambeau de tee-shirt dans le visage et se fit la remarque que rien qu'à cause de ça, elle aurait aimé être un Enfant de la Lune. La respiration hachée, elle trembla de plus belle et Liam lâcha ce qu'elle supposa être un jappement d'encouragement. Il était vraiment imposant, presqu'autant qu'un Enfant de la Lune, mais son pelage sombre tranchait par rapport aux pelages clairs des loups qu'elle connaissait.
Ce fut sa dernière pensée alors qu'elle explosait à son tour, faisant voler en morceaux ses vêtements et son plâtre.
La première fois, elle avait été submergée par son environnement -les sons, la lumière- ainsi que par ses propres changements physiques -sa taille, sa forme, ses nouvelles capacités. Cette fois-ci, ces nouveautés lui apparurent comme ridicules comparées au concert de voix qui éclata dans son esprit alors que sa nouvelle meute l'accueillait.
Liam avait tort. Ce n'était pas bruyant. C'était cacophonique, assourdissant, fracassant.
Et c'était d'autant plus insupportable que l'accueil n'était pas cordial.
Plus tard, Abby serait capable de tenir une conversation mentale avec un membre de sa meute sans tenir compte de ses arrière-pensées, mais pour le moment elle n'entendait que des arrière-pensées. Des pensées spontanées, non contrôlées, dont le contenu n'était pas filtré.
Les voix, la plupart appartenant à des inconnus, fusaient de toutes parts. Elle n'arrivait pas à se concentrer assez pour entendre des phrases, aussi ne percevait-elle que des bribes, ce qui était pire dans un sens : ses nouveaux compagnons de meute lui renvoyaient donc l'impression globale de n'être pas acceptée. Elle chercha la voix de Liam et échoua à l'isoler du reste de la meute alors qu'il était physiquement à moins d'un mètre d'elle.
La conscience d'Abby finit par se fixer sur une image. Une seule, la plus récurrente. C'était une scène qui avait manifestement était extraite de l'esprit de Liam et que toute la meute s'était relayé instinctivement. C'était compréhensible, vu son contenu.
Médusée, Abby revécut sa propre transformation en louve sur le campus de Berkeley.
Elle se vit remplacée par une louve dont l'abondant pelage blanc compensait un peu sa stature menue. Elle vit Liam lui parler et tendre les mains vers elle. Elle se vit lui montrer les dents tout en tournant la tête dans tout les sens, complètement paniquée. Elle entendit les élèves qui les entouraient se mettre à hurler et elle se vit leur grogner dessus, agressée par le bruit et l'agitation. Elle vit Liam muter à son tour et s'approcher d'elle. Elle se vit le mordre à l'épaule et détaler aussi dans la direction opposée, renversant plusieurs élèves sur son passage. Elle le vit la poursuivre à travers le campus et elle s'étonna de paraître aussi rapide. Elle n'était qu'une flèche blanche aux contours flous. Pas étonnant que Liam ait eu du mal à la maîtriser - il semblait plus fort et vigoureux qu'elle, mais moins vif en contrepartie. Elle se vit rentrer de plein fouet dans un jeune humain, qu'elle mordit instinctivement pour se débarrasser de lui. Elle vit Liam en profiter pour refermer ses dents sur sa patte avant -ce qui ne l'empêcha pas de lui échapper et continuer à courir de plus belle. Leur course-poursuite lui sembla durer des heures. Le campus fut rapidement désertée, à l'exception des corps des blessés qui jonchaient le sol. Pas une seule fois la louve blanche ne s'arrêta de bondir, galoper, ou tourner en rond, même si elle ralentit considérablement le rythme lorsque Liam lui mordit la patte pour la seconde fois et que ses os craquèrent.
Elle vit Jacob, Elliot et Will arriver enfin -enfin ! Elle vit Liam se jeter sur elle pour l'immobiliser tandis qu'Elliot plantait une seringue dans son pelage. Elle se vit s'effondrer dans l'herbe comme une masse.
Elle se demanda ce que ça avait dû être pour Liam d'assister au spectacle de sa propre imprégnée en train de blesser des humains -alors que c'était justement son rôle à lui d'empêcher ça.
Elle vit Carlisle et Edward Cullen transporter sans effort la louve blanche à bord de leur jet privé avant de rejoindre Elliot pour soigner les humains.
Inconsciemment, elle fit ce qu'elle s'était interdit de faire.
Elle compta les corps.
Pauvre petite Abby, il ne lui arrive pas des trucs très marrants dans la vie ^^ Mais bon, c'est le lot de presque tous les personnages de mes fictions alors on a l'habitude...
