Bonjour tout le monde ! A peine un chapitre d'écrit et je romps déjà ma promesse d'une publication par jour haha. J'étais partie en week-end et n'avais pas de wifi donc, j'ai écrit, mais pas posté. Vous aurez donc droit à trois chapitres aujourd'hui pour rattraper tout ça. La chance hein ?
Des Bizouzou
[2]
C.L.A.R.K.E
Cinq jours sont passés depuis que mon père et ma mère, le Roi et la Reine, m'ont annoncée que j'étais promise au Prince du royaume d'Azgeda. Cinq jours pendant lesquels mon niveau de fureur n'est absolument pas redescendu. Dire que je suis en colère serait un euphémisme. La rage me consume et je la laisse faire comme si elle était la seule chose qui me permettait d'avancer.
Je dois le faire pour la coalition, pour le royaume, pour mon peuple, pour mes amis, mes proches, mes parents... Je le sais au plus profond de moi et j'ai déjà accepté ce sacrifice. Mais cela ne devait pas signifier que j'allais aimer cela. Savoir et comprendre ne voulait pas obligatoirement dire y prendre plaisir. Et il n'était pas question que je rende la vie facile à ceux qui m'obligeaient à faire ce choix.
Une cloche sonne dans le château, annonçant l'heure du déjeuner. Je sais que je suis attendue à table, et comme lors de ces cinq derniers jours, je n'irai pas. Habillée simplement - pour une princesse - je me glisse dans le corridor qui mène aux cuisines, me plaque contre le mur de pierre pour laisser passer les serviteurs chargés de leurs plats et carafes et entre par la porte qu'ils ont laissé ouverte derrière eux.
Je me faufile avec aisance entre les casseroles fumantes et les cuisiniers jusqu'à atteindre la porte que je vise depuis le début, celle qui donne accès à la petite cours que nous utilisons pour nos livraisons, et donc à l'extérieur du château. Je pose ma main sur la poignée et m'apprête à sortir quand une voix interrompt ma fuite :
— Clarke ?
Je me tourne et essaie d'afficher sur mon visage l'air le plus innocent qui soit. La jeune femme qui me fait face me sourit en replaçant une mèche de cheveux blonds derrière son oreille, une main sur son ventre proéminent.
— Harper !
Je suis heureuse de la voir, mais j'aurai préféré qu'elle ignore ma présence et me laisse partir sans soucis. Maintenant, je sais qu'elle devra reporter mon départ à mes parents, ce qui ne me laisse que quelques minutes d'avance pour mettre autant de distance que possible entre eux et moi. Harper sourit à son tour et désigne la lourde sacoche en cuir qui pend à mon épaule avant de demander :
— Tu sais que d'autres peuvent faire ce travail, n'est-ce pas ?
Je sers la lanière du sac entre mes doigts, soudain effrayée que quelqu'un veuille me l'enlever. Qu'on me dépossède de mon libre-arbitre, qu'on m'oblige à épouser un étranger, oui, mais pas qu'on m'interdise de soigner mon peuple, non, jamais.
Formée par ma mère elle-même, voilà cinq ans que je suis docteur. Aider les autres, guérir les gens, prendre soin d'eux est devenu ma raison de vivre, ma passion. Je ne peux pas y renoncer. Chaque matin, j'officie dans l'aile médicale du château, au chevet des patients les plus malades. Et chaque après-midi, je pars faire ma tournée dans les villages les plus proches, voir ceux qui ne peuvent pas se déplacer.
Enfin, j'avais l'habitude de le faire chaque après-midi, jusqu'à il y a deux jours lorsque ma mère a décrété que la délégation royale d'Azgeda pouvait arriver d'un instant à l'autre et m'a interdit de quitter le château. Voilà pourquoi je joue les anonymes et essaie de me faufiler par la porte de derrière à cet instant précis. Je rétorque :
— Mes patients ont besoin de moi.
Ma réponse arrache un nouveau sourire à Harper et elle caresse distraitement son ventre rebondi. Je sais qu'elle se rappelle toutes ces fois depuis le début de sa grossesse où elle venue à moi pour un conseil, une question, un problème. Je sens la faille et m'y engouffre sans une once de culpabilité.
— Comment se porte bébé Green ?
Son sourire est plus franc désormais et tout son visage s'illumine.
— Il va bien, il sera fort. Il bouge de plus en plus, surtout la nuit.
— Plus de nausées ?
— Je croise les doigts, mais non, rit-elle tout bas.
Je remarque les cernes sous ses yeux et glisse :
— Se coucher sur le côté gauche t'aidera à mieux dormir.
Elle hoche la tête et j'enchaîne :
— Cela fera bientôt sept mois, non ?
— Oui, dans quelques jours.
— Je passerai te voir avant la fin de la semaine, pour être sûre que tout va bien.
— Merci, Clarke, j'apprécie beaucoup ce que tu fais pour Monty et moi, tu sais ?
Monty est le chef des cuisines du château et Harper son second. Ensemble, ils gèrent d'une main de maître la petite équipe de cuistots et nous régalent chaque jour de leurs plats et de leurs desserts. Je les aime beaucoup et les connais depuis longtemps. Enfant, j'avais l'habitude de courir dans les jardins royaux et de jouer à cache-cache dans les couloirs du palais avec eux. Ils sont mes amis bien plus qu'ils sont mes serviteurs.
— Tiens, murmure Harper en me tendant une miche de pain et un torchon dans lequel je devine qu'elle a emballé mon gâteau préféré. Je te laisse jusqu'au dessert pour signaler ta disparition.
Cette fois, c'est à mon tour de sourire et je ne me le fais pas redire deux fois. Je l'embrasse rapidement sur la joue et file tel un courant d'air par la porte qu'elle me tient ouverte.
Posté le 17.09.2018
