Salut à tous! j'ai un peu zappé la note de début pour le premier chapitre... J'espère donc que vous aimerez cette petite fanfic! Je vous prie d'excuser les possibles erreurs, mes tendances à l'OOC et si jamais cette histoire part en vrille... Bonne lecture!
Matthew jeta un regard circulaire autour d'eux, les paupières plissées, et sourit enfin en désignant le haut des gradins.
-Là-haut, tu vois ?
Oui, Ivan avait bien vu la tignasse blanche de Gilbert, et ce depuis leur arrivée. Mais où trouver la motivation de dire à son meilleur ami qu'il avait repéré l'idiot albinos ? Ils montèrent les escaliers pour le rejoindre, au grand damne d'Ivan. Gilbert se leva en les apercevant, un sourire radieux accroché aux lèvres.
-Birdie ! Ça fait des heures que je t'attends !
Il le serra chaleureusement dans ses bras, et Ivan put même voir les mains de Matthew caresser le creux de ses reins avec affection. A se demander comment la moitié du lycée ne les avait pas encore grillés. Enfin, Gilbert était lui-même d'une nature tactile, après tout. Et si on ajoutait la discrétion presque surnaturelle de Matthew… Gilbert se tourna alors vers Ivan et son sourire se crispa.
-Salut connard.
-Bonsoir Gilbert. Ça faisait longtemps.
En bon diplomate, Matthew sourit doucement à Gilbert et l'invita à se rassoir, prétextant le début imminent du match. Ivan, fidèle à lui-même, resta parfaitement calme et détendu alors que Gilbert continuait de lui jeter des regards mauvais, malgré la barrière que formait Matthew entre eux. Mais le grand Russe n'en pensait pas moins. Peut-être que si Matthew n'avait pas été là… Les joueurs entrèrent alors sur le terrain, déclenchant un boucan de tous les diables dans les gradins. Même Matthew se leva en applaudissant de toutes ses forces, mais sa voix ne porta pas plus loin que les adolescents installés devant eux. Il tira alors sur la manche d'Ivan en désignant le numéro quatre.
-C'est Alfred ! Tu le vois ?
Ivan plissa les paupières. Comment ne pas le voir ? Cet idiot roulait des mécaniques à tout va, allant même jusqu'à retirer son casque le temps de rouler un patin magistrale à la jolie blonde qui lui servait de petite amie en ce moment. Ivan la connaissait pour avoir dû passer une heure de retenue avec elle, et même s'il avait rarement vu une fille aussi mignonne, il avait aussi pu apprendre qu'elle avait le QI d'une huitre et la superficialité d'une pie. Alfred cessa enfin d'explorer la gorge de sa compagne, et Matthew lâcha un soupir à fendre l'âme. Ivan demanda mine de rien :
-Pourquoi le numéro quatre ?
-Oh, c'est sa date de naissance. Le quatre juillet.
-Je vois.
Pas besoin de préciser que les différences entre les deux frères allait jusqu'à leurs dates de naissance –Matthew était du premier juillet. Ivan acquiesça, et ne prononça pas un mot jusqu'au début même du match. Comme attendu, le jeu ne présentait pas beaucoup d'intérêt. C'était incroyablement long, compliqué, et bruyant. Même Matthew décrocha au bout d'un moment, préférant se blottir contre le crétin albinos –pardon, Gilbert. Ce dernier poussa d'ailleurs le vice jusqu'à poser sa main très bas sur la taille de son Canadien, à la limite de sa hanche. Là, il fallait être clairement aveugle mais ne pas les voir dégouliner d'amour. Mais on en revenait à l'invisibilité de Matthew. Gilbert croisa le regard d'Ivan, et s'autorisa à le taquiner :
-Jaloux ?
-Dommage, Gilbert. J'oubliais presque ta présence.
L'Allemand –qui aimait se dire Prussien pour des raisons qui restaient assez obscures– hoqueta, offensé. S'il y avait une chose qu'il détestait par-dessus tout, c'était probablement être ignoré. C'était ainsi qu'il était un jour venu au lycée en robe de lolita, après qu'un professeur lui ait fait la remarque qu'il manquait de présence à son cours. Une étrange et soudaine activité sur le terrain attira alors leur attention, et Ivan tourna la tête. Deux joueurs, un bleu local et un noir de l'équipe adverse, se battaient malgré les sifflements des arbitres. Les casques volèrent, et Matthew se raidit en s'arrachant à l'étreinte de Gilbert. Il écarquilla les yeux derrière ses lunettes.
-Tabernacle…
Des clameurs surgirent en tous sens et Ivan plissa les yeux. Numéro quatre, cheveux blonds en bataille… Il ne mit pas longtemps à comprendre qu'il s'agissait d'Alfred, sur le terrain à fracasser la mâchoire de son adversaire tout en le maintenant au sol. Leurs coéquipiers parvinrent enfin à les séparer, et Gilbert glissa à travers un rire nerveux :
-Quoi ? On les laisse pas se battre ?
-C'est du football, pas du hockey…
Matthew bondit de sa place et descendit les marches des tribunes quatre à quatre. Ivan et Gilbert échangèrent un regard, et se lancèrent à sa suite, se frayant un passage entre les adolescents surexcités qui sifflaient à tout va. Matthew ne s'arrêta que lorsqu'il percuta les barrières de sécurité, mais il n'eut pas la voix suffisante pour appeler son frère, qui continuait de se débattre avec fureur. Ivan arriva le premier à son côté, et ce qu'il vit le laissa sans voix Alfred F. Jones, le type qui passait son temps à rire, à pavaner, à sourire comme un idiot, ce Alfred était livide de fureur et les joues rougies par sa précédente lutte, le nez en sang et braillant des insultes à qui voulait l'entendre. Il était comme possédé. Gilbert regarda alors autour de lui et s'éclaircit la gorge pour attirer leur attention.
-Il vaudrait mieux qu'on déguerpisse rapidement, ça dégénère plus haut…
En effet, plusieurs bagarres avaient démarré un peu partout, et pas uniquement sur le terrain. Les antis et les pros Jones, sans doute. Ivan acquiesça, pour une fois en accord avec les paroles de l'albinos, et saisit le bras de Matthew pour le faire sortir. Mais malgré tous ses efforts, il ne réussit pas à se sortir l'image d'Alfred de la tête.
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-Putain Jones ! Tu m'as fait quoi, là ?
Alfred renversa la tête en avant et retira le morceau de coton de son nez. Il saignait toujours un peu. Il détourna le regard, et marmonna juste :
-Y a des choses qu'on aime pas entendre, coach…
-Ah, c'est donc ça le sujet ! Qu'est-ce qu'il t'a dit ?
Alfred ne releva pas les yeux. Il s'en tirait plutôt bien, contrairement au typequi se trouvait en face de lui. Juste le nez fêlé probablement, et quelques bleus. Et peut-être un renvoi de l'équipe, mais il ne fallait pas trop y compter. Il avait l'un des meilleurs bras du comté, et ce n'était pas que de la vantardise. Il visait bien, il tirait fort. Et dès qu'il s'agissait de sport, il était même brillant. S'il pouvait avoir un tiers de ce génie lorsqu'il était en cours…
-Jones !
-Il a dit qu'il voulait se faire ma copine.
Il préférait mentir que passer pour un gamin susceptible en disant la vérité. Il garda donc le silence tout le reste du sermon de son coach, et grimaça. Il était bien évidemment viré de l'équipe pour quelques semaines du moins. Les coups de poings, ça arrivait sur le terrain. Mais le type avait le visage démoli et plusieurs côtes cassées. Il fallait qu'il s'estime heureux que la police n'ait pas été appelée. C'était peut-être pour cette raison qu'il avait commencé à faire du sport. Il n'était pas particulièrement violent, bien au contraire, mais il possédait une force étonnante, alors qu'il n'était pas vraiment Monsieur Muscles. Le coach l'abandonna enfin dans le vestiaire vide, et Alfred se leva pour se changer. Il avait un peu honte que le match ait été reporté par sa faute. Et qu'un type soit parti à l'hôpital. Il se débarrassa de son équipement et resta planté en sous-vêtement devant son casier ouvert. Il ferma les yeux et serra les dents.
-Dis-moi Jones, comment un gros tas comme toi peut se taper un canon comme elle ?
Il pressa une main sur son ventre. C'était le genre de phrase qu'il entendait tous les jours. C'est moi ou t'as pris du bide ? Alfred, arrête de bouffer ou dans un an tu verras plus tes orteils ! Al, l'Américain de base qui finira obèse à vingt-cinq ans ! Encore en train de manger, Jones ? Il secoua la tête. Ce soir, ça avait juste été la phrase de trop. Il se sentait immonde, informe, bien loin du type ultra musclé qui faisait la une des magazines de football. Pas besoin d'en rajouter. Il attrapa rageusement ses vêtements de rechange et commença à se rhabiller.
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-Je sais pas ce qui lui a pris…
Matthew était effondré. Jamais il n'avait vu son frère dans un tel état de rage, et pourtant il le connaissait mieux que personne. Du moins le pensait-il. Ivan posa une main rassurante sur son épaule. Gilbert avait dû rejoindre son petit frère un peu plus tôt, laissant Ivan et Matthew seuls devant le lycée, assis sur les marches humides. Seuls les lampadaires de la rue adjacente les éclairaient, et une horloge venait de sonner vingt-deux heures. Le jeune Canadien secoua encore une fois la tête, dépassé et les yeux rougis.
-Il a jamais… Bon sang, pourquoi il a fait ça ?
-Ca ne doit pas être si grave, ce n'est qu'un jeu, tenta de tempérer Ivan.
Il ne comprenait pas l'inquiétude de Matthew. Pourquoi se ronger les sangs pour un frère un peu idiot qui fait une scène pendant un match lycéen ? Mais Matthew ne semblait pas de cet avis. Il enfouit son visage dans ses mains.
-Ce n'est pas aussi simple, Ivan…
Il inspira profondément.
-Alfred… est mauvais en classe. Il n'est pas idiot, et il travaille vraiment dur. Mais… Mais il n'y arrive pas, c'est tout. Et… Et il adore le football. Il est vraiment bon, en plus.
Ivan acquiesça calmement. Il commençait à réaliser qu'il ne connaissait pas autant le jeune Américain qu'il le pensait. Ce satané capitaliste avait donc des rêves autres que devenir le type le plus populaire et bruyant du lycée ?
-Il peut être repéré, avoir une bourse… Mais si jamais il est renvoyé de l'équipe ce soir, il… Maple, il ne…
-Il n'ira pas à l'université, c'est ça ?
Matthew acquiesça lentement. Ivan remonta son écharpe sur son nez et baissa les yeux. Il n'avait jamais réalisé qu'Alfred F. Jones pouvait avoir une vie compliquée. A vrai dire, Matthew n'en parlait pas beaucoup, connaissant leur aversion réciproque. Il tapota le dos de son ami avec un grand sourire rassurant.
-Tout va bien se passer, Mattie ! C'est un grand garçon, et s'il est vraiment bon, son entraineur ne le virera pas longtemps !
Matthew renifla, s'essuya le nez avec sa manche et souffla en le dévisageant avec espoir :
-Tu le penses vraiment ?
Ah, les yeux violets et les boucles blondes, toujours le même combat. Ivan acquiesça, incapable de résister.
-Bien sûr !
Matthew esquissa un sourire et le serra brièvement dans ses bras avec force et affection. Ivan écarquilla les yeux, un instant surpris avant de donner l'accolade au Canadien. Ce dernier murmura alors avec une sorte de joie contenue :
-Je savais que tu finirais par bien l'aimer…
Ivan tiqua, mais n'osa pas le contredire. Lui et Alfred, ami un jour ? Il ne fallait pas trop rêver non plus.
