Hermione n'avait pas parlé à Fred de tout le repas, fuyant ses regards, ignorant les coups de pied qu'il lui donnait sous la table. Elle avait joué la comédie, montrant à tout le monde une jeune fille pleine de joie et qui se portait beaucoup mieux qu'avant. Mais ce n'était qu'un leurre. Fred avait raison dans sa lettre. Elle ne devait pas se torturer pour rien. Elle avait droit au bonheur et devait envoyé ses problèmes se faire voir. C'est pour ça qu'elle essayait de ne pas penser aux morts de la guerre. C'est pour ça qu'elle lui avait tout raconté. Elle voulait se débarrasser de son plus gros problème. Lui.
Elle se trouvait à présent dans son appartement en plein quartier moldu à Londres. Elle avait rangé son domicile, ouvert les fenêtres et pour la première fois depuis longtemps, elle avait pris soin d'elle. Le dîner de la veille l'avait pas mal chamboulée mais voir Ginny aussi rayonnante face à elle et Arthur et Molly heureux de la voir lui avait donné du baume au cœur. Elle voulait aller mieux pour eux. Alors elle faisait semblant que tout aller bien, espérant qu'un jour, ça ne soit plus un mensonge mais la vérité.
Fred, lui, n'avait pas lu une seule lettre de Percy depuis sa discussion avec Hermione. Il avait du mal à croire qu'elle puisse s'intéresser à lui. Parce que c'était bien ce qu'elle avait voulu dire, n'est-ce pas ? Il avait passé sa soirée à essayer de lui parler mais elle l'avait ignoré pour partir rapidement une fois le repas finit. Depuis, il ne pensait qu'à elle. Ça aurait été se mentir de dire qu'elle ne lui plaisait pas. Mais avait-il droit de vivre comme un garçon normal alors que son frère était mort pour lui ?
« -Arrêtes de te prendre la tête Freddie, lui indiqua George.
-Tu avais remarqué ?
-Qu'elle était tombée amoureuse de toi ? Fred hocha la tête. Ouais. A la minute où j'ai vu son visage se déformer quand elle apprit que tu étais passé à deux doigts de la mort.
-Pourquoi tu ne me l'as pas dit ?
-On venait de perdre Percy, souffle le rouquin.
-Et après ?
-Tu ne m'aurais pas cru. Comment aurait-elle pu craquer pour un mec comme nous ? C'est tout ton contraire, enfin, jusqu'à la fin de la guerre bien sûr. Là, vous étiez identique. Deux loques humaines.
-Nous deux, ça ne marcherait pas.
-Je ne t'avais jamais vu baisser les bras aussi facilement, il lui sourit et sortit de leur chambre. »
Fred souffla et se replongea dans ses pensées. C'était vrai, comment une histoire entre eux pourrait marcher ? Et puis, pourquoi n'arrêtait-il pas de penser à elle ? Il devait penser à Percy ! C'était lui sa préoccupation, la seule qu'il avait le droit d'avoir. Il se prit la tête dans les mains, épuisé. Son frère lui manquait et Hermione le tourmentait. Comment en était-il arrivé là ?
« -Hermione vient de m'envoyer une lettre, d'abord je vais te remercier parce que je ne sais pas comment tu as fait, mais elle est presque comme avant. Ensuite, je vais te dire de te bouger les fesses parce que ma meilleure amie est amoureuse de toi et qu'il est hors de question qu'elle refuse de venir ici pour ne pas te voir ! »
Il voulu lui répliquer qu'il n'y pouvait rien et qu'Hermione avait arrêté de venir les voir avant même qu'il sache pour les sentiments de la brune mais aucun son ne sorti de sa bouche. Il préféra baisser la tête et ignorer sa petite sœur. Seulement la rouquine ne l'entendit pas de cette manière et se plaça devant lui, furieuse.
« -George m'a dit qu'elle te plaisait, me demande pas comment il le sait, instinct de jumeaux sûrement, et que tu te privais à cause de Percy. Sache juste qu'il t'a sauvé pour que tu vives, pas pour que tu te morfondes dans le chagrin. Il nous manque à tous et je ne le remercierais jamais assez de t'avoir sauvé, parce que t'es mon grand frère et qu'avant tu me comprenais parfaitement, tout le monde lui est reconnaissant mais à l'inverse, personne ne t'en veux ! Si Hermione peut te refaire sourire, s'il te plaît, laisse la faire. »
L'ancienne Gryffondor ouvrit un livre et entreprit de le lire jusqu'à ce qu'elle soit épuisée. La lecture lui avait un peu manqué. Alors comme pour se remémorer de doux souvenir, elle entama sa lecture de « L'histoire de Poudlard », un sourire aux lèvres.
Ça, c'était son plan pour la journée, mais Fred en décida autrement lorsqu'il frappa à sa porte. Lorsqu'elle le découvrit devant chez elle, le visage totalement perdu et un bout de parchemin à la main, elle fronça les sourcils.
« -Qu'est-ce que tu fais ici ? Elle lui demanda.
-C'était toi ?
-Qui ça ?
-Après la guerre, j'ai reçu une lettre. Une seule et unique. C'était toi ? »
Elle eut hoquet de surprise. Hermione avait totalement oublié cette lettre. Un peu avant de sombrer comme le jeune homme, elle lui avait envoyé un parchemin rempli d'espoir, lui indiquant qu'elle voyait en lui un homme merveilleux et que même si elle pleurait Percy, elle lui serait éternellement reconnaissante pour son sacrifice. A la fin, elle lui disait qu'elle l'aimait, seulement, elle n'avait pas signé.
« -J'avais oublié cette lettre, ça fait si longtemps... souffla-t-elle.
-Je ne l'ai jamais oublié. J'arrive pas à croire que tu sois l'auteur de cette lettre, il rit nerveusement, tu sais que pendant un moment j'ai cru que tu en enverrais une autre ? Je pensais que tu étais la personne qui pourrait me sortir la tête de l'eau.
-Mais il n'y en a jamais eu d'autre, elle baissa la tête.
-Je peux entrer ? »
Hermione se déplaça sur la droite et laissa passer le beau rouquin. Le souffle coupé, elle ne savait absolument pas comment sa journée allait se dérouler. Pour une fois, elle ne contrôlait rien et ça l'effrayait. Elle referma la porte et indiqua de la main le salon, pour qu'ils puissent s'installer tranquillement.
« -Pourquoi t'es venue ? Elle demanda. Tu m'as bien fait comprendre hier soir qu'il ne se passerait rien entre nous.
-Tu as lâché une bombe Hermione, il souffla, il fallait que je le digère. Surtout que la mort de... la mort de mon frère est toujours dans mon esprit.
-Je ne comprends toujours pas pourquoi tu es là. Ne viens pas me faire croire que tu as finalement des sentiments pour moi... Je ne te croirais pas du tout.
-Hermione... »
Elle secoua la tête. Imperturbable. Il soupira. D'un coup de baguette, il éteignit toutes les lumières et alluma deux bougies posées sur la table du salon à côté d'eux. Il plongea son regard dans celui d'Hermione et se rapprocha d'elle.
« -Je ne vais pas te mentir en te disant que je suis aussi amoureux que toi. Mais je t'aime bien, tu me plais beaucoup même ! George m'a largement fait comprendre, Ginny aussi d'ailleurs, que j'aurais tord de ne rien essayer avec toi.
-Et si je n'en ai pas envie ? »
Il ouvrit la bouche surpris avant de la refermer. C'était elle qui lui avait fait des avances, elle qui l'avait sortie de sa léthargie, bien qu'il en soit encore surpris, elle qui avait tout déclenché. C'était elle qui avait mis un bazar monstre dans sa tête et qui se devait d'y remettre de l'ordre.
Hermione le fixa un moment. Elle aimait tellement ses beaux cheveux roux, ses yeux noisettes la faisaient fondre. Mais ce qu'elle aimait par dessus tout, c'était son sourire enfantin qui illuminait directement une pièce. Malheureusement pour elle, ça faisait bien longtemps qu'elle ne l'avait pas vu.
« -Tu... tu ne veux pas ? Une petite lueur s'éteignit dans ses yeux.
-C'est compliqué.
-Non, tu es compliquée ! Il s'exclama. Tu réfléchis beaucoup trop, il soupira.
-J'ai peur que tu t'écroule à nouveau, je n'ai pas la force de me battre pour nous deux, j'ai à peine la force de me battre pour moi. »
Il se rapproche encore plus d'elle et posa ses mains sur les siennes. Un dernier espoir collé au visage, il exerça une petite pression dessus.
« -On se battra à deux.
-Je ne sais pas. »
Il ferma les yeux avant de les rouvrir. Jouant sa dernière carte, il déposa ses lèvres sur celle de la brune, priant pour qu'elle ne le repousse pas. Hermione fut surprise mais prolongea le baiser en fermant les yeux. Elle s'accrocha à la nuque du jumeaux qui détenait son cœur avant de s'éloigner doucement.
« -D'accord. »
A la lueur d'une bougie, le rouquin embrassa tendrement celle qui pourrait désormais appeler : sa petite amie.
