Chapitre 2 : Arthur Weasley

Mr Weasley avait dit qu'il passerait chercher Harry le samedi 8 août, en début d'après-midi.

Le jour dit, vers une heure et demie, on frappa à la porte. Vernon Dursley, qui ne travaillait pas le samedi, était confortablement installé dans son fauteuil, un verre de scotch posé sur une table basse, et un roman dans les mains. En entendant les coups, il regarda par-dessus ses lunettes en direction du vestibule ; au travers de la vitre de la porte d'entrée, une ombre floue se dessinait. Il déposa le roman à côté de son verre, et retira ses lunettes, qu'il plaça dans la poche de sa chemise.

« Harry ! appela-t-il en entrant dans le vestibule. Je pense que c'est lui ! »

Des bruits se firent immédiatement entendre depuis l'étage. Vernon rajusta sa cravate et ouvrit.

Sur le perron se tenait un homme de stature moyenne, d'une quarantaine d'année, et habillé d'un costume tout simple. Vernon fut frappé par sa chevelure d'un roux éclatant, et bien qu'il fût légèrement dégarni, il était dépourvu de tout cheveu blanc. L'homme tendit la main.

« Bonjour, je suis Arthur Weasley, déclara-t-il avec enthousiasme. »

Vernon lui serra la main, et l'invita à entrer. Dans le vestibule, Harry venait tout juste de se planter face à la porte.

« Ah, voici le fameux Harry Potter ! s'écria Mr Weasley en lui tapotant l'épaule. »

Vernon Dursley se crispa brusquement, et Harry se figea les yeux grands ouverts. Mr Weasley sembla aussitôt comprendre la bourde qu'il venait de commettre.

« Oh, je suis désolé, vraiment, mais nous connaissons Harry sous ce nom, et…
- Il n'y a pas de mal, grommela Vernon, qui se dirigea vers le salon d'un air contrarié. »

Harry et Arthur Weasley le suivirent jusque dans le salon. Mr Weasley, prit d'une sueur froide, sortit un mouchoir et s'essuya le front. Il n'avait pas réfléchit, et avait réussi à contrarier le maître de maison sitôt le pas de porte franchit. Et pourtant, il savait pertinemment que Harry, ici, s'appelait Harry Dursley ! Il le savait, il n'avait aucune excuse !

« Asseyez-vous, je vous en prie, déclara Vernon en désignant le canapé. Je vais appeler ma femme. »

Arthur Weasley s'exécuta, espérant que sa maladresse n'aurait aucune conséquence fâcheuse.

Vernon alla ouvrir la porte-fenêtre qui donnait sur le jardin arrière, et héla Pétunia, qui y était affairée depuis la fin du repas. Elle arriva en trottinant ; elle portait un tablier, un chapeau de paille et des gants pour rosiers. Elle se débarrassa de tout cela sur une chaise de la terrasse, et entra pour saluer leur invité ; Mr Weasley se releva pour lui serrer la main.

« Désirez-vous boire quelque chose ? demanda alors Vernon.
- Non, je vous remercie, refusa poliment Mr Weasley.
- Vous êtes sûr de ne rien vouloir ? insista Pétunia.
- Non, c'est très aimable de votre part, mais je n'ai besoin de rien. »

Pétunia, pour se rafraîchir après une heure passée au soleil, alla se préparer une citronnade.

« Je ne compte pas vous déranger trop longtemps, annonça Mr Weasley. Nous pourrons partir dès que Harry sera prêt.
- Je comprends, répondit Vernon. Vous avez encore beaucoup de route à faire. »

Puis il se tourna vers son fils.

« Va donc chercher ta chouette et ton sac de cours, je m'occuperai de ta valise. »

Harry fila.

« Mets-les dans le vestibule ! cria Vernon alors que les bruits de pas sourds de Harry montant les escaliers résonnaient dans toute la maison. »

Pétunia revint de la cuisine avec un plateau, sur lequel était disposés quatre verres et un carafon de citronnade.

« J'en ai fait pour ton le monde, au cas où vous changeriez d'avis. »

Après quelques tergiversations, Mr Weasley accepta finalement qu'elle lui en serve un verre, « pour goûter ». Elle remplit les trois autres verres et s'assit. Ils commencèrent tous les trois à siroter la citronnade, qui s'avéra très fraîche et bien sucrée.

« Et que faites-vous dans la vie, Mr Weasley ? demanda Pétunia, tout sourire. »

Celui-ci parut gêné. Harry lui avait bien expliqué que rien d'anormal ne devait franchir le seuil de la maison des Dursley, et il fallait maintenant qu'il décrive en quoi consistait son métier sans évoquer quoi que ce soit d'inhabituel… Autant dire que cela était impossible, et qu'il fallait donc rester très évasif. Ou alors mentir, mais il en était parfaitement incapable.

« Eh bien… commença-t-il, cherchant quoi dire. Eh bien je travaille dans l'administration, dans un service qui traque les objets de contrefaçon. »

Il avait réussi à s'en sortir : cela parut convaincre les époux Dursley, qui semblaient même assez impressionnés.

« Et c'est un poste important ? demanda Vernon.
- Assez, oui. J'ai quelques responsabilités. »

Harry revint.

« J'ai mis mes affaires devant la porte, annonça-t-il en direction de son père.
- Très bien, je vais aller descendre ta valise, Mr Weasley ne veut pas partir trop tard. »

Il sortit.

« Nous vous avons préparé un petit quelque chose pour vous remercier d'héberger Harry, annonça alors Pétunia à Mr Weasley.
- Oh, il ne fallait pas, répondit-il. Vous savez, nous avons sept enfants, alors avoir du monde à la maison n'a jamais été un problème.
- Mais si, mais si. C'est vraiment le moins que l'on puisse faire. »

Elle partit alors dans la cuisine, et revint alors l'énorme panier garni. Un air d'incrédulité passa fugacement sur le visage de Mr Weasley, qui se reprit rapidement et accepta le panier avec un grand sourire.

« C'est très aimable de votre part, et tout cela m'a l'air très bon, dit-il avec sincérité. »

Pétunia conduisit alors Mr Weasley et Harry dans le vestibule, où elle donna ses dernières recommandations, qui s'adressaient aussi bien à l'un qu'à l'autre. Puis Harry attrapa son sac et la cage d'Hedwige, et suivit Mr Weasley et son panier garni jusqu'à sa voiture, une Ford Anglia vert turquoise. Vernon arriva à leur suite, la lourde valise à la main ; il semblait bien en peine, et soufflait comme un bœuf.

Les deux hommes posèrent leur lourd fardeau par terre, derrière le coffre, le temps que Mr Weasley sorte ses clefs et l'ouvre.

Lorsque Mr Weasley chargea la lourde valise de Harry dans la voiture, ce dernier s'aperçut que le coffre était largement plus grand que ce que laissait présager l'extérieur ; il y avait manifestement de la magie là-dessous mais Vernon, lui, sembla ne rien remarquer du tout. Il s'épongea le front du plat de la main, toujours un peu essoufflé. Mr Weasley cala ensuite le panier et le sac de Harry, puis installa la cage sur la banquette arrière.

Les adieux furent moins difficiles que lors de la première rentrée de Harry. Sa mère l'enlaça avec un sourire triste, et son père lui assena une claque dans le dos.

Puis il monta dans la voiture.

« En route ! s'exclama joyeusement Arthur Weasley en faisait démarrer le moteur de la Ford Anglia. »