Bonjour, bonjour!

Me voilà pour vous publier le premier chapitre de Thermae! Je suis vraiment touchée et heureuse de l'accueil que cette étrange histoire a reçue! Je vous remercie de prendre la chose avec humour... et sourire pervers à l'idée de nos chers petits tous nus! (Oui, oui, je vous vois, et je sais que c'est pour cette raison que vous lisez cette fiction hein!)

Avant de commencer, une légère précision: les personnages vous paraîtront peut-être légèrement extrêmes. Ca part un peu dans tous les sens, et ça va peut-être un peu trop vite. Mais j'ai fait de mon mieux, et puis d'autres chapitres suivront ne vous en faites pas! J'assume tout, et comme certaines le savent déjà, l'humour est pour moi un réel défi alors... N'hésitez pas à me faire part de vos remarques, ça m'aidera à progresser.

Disclaimer: Les personnages présents et cités appartiennent à Masami Kurumada.

Mes remerciements éternels à Talim76, amie et lectrice fidèle.

Je vous souhaite une bonne lecture! Merci encore de votre enthousiasme, ça me fait vraiment plaisir!


Qui bene amat, bene castigat.

Appuyé contre le mur, à l'instar de tous ses pairs qui n'avaient pas esquissé le moindre geste depuis qu'on les avait enfermés là, Milo soupira franchement. L'air dans la pièce était irrespirable, et pourtant, ce n'était guère imputable à la chaleur qui y régnait. Les quatorze hommes demeuraient debout, appuyés contre les parois comme pour y chercher un refuge quelconque alors que dans l'esprit de chacun d'entre eux, les différentes sources de querelles commençaient déjà à faire leur chemin. Tous avaient au moins une raison d'en vouloir à l'un d'entre eux, voire plus. Résultat, la pièce débordait de tension et de non-dits relativement conséquents, et s'ils ne réagissaient pas très vite… Les murs risquaient de se retrouver teintés d'une très jolie nuance de rouge. Les coups d'œil échangés, les regards noirs et autres rictus sadiques commençaient à se multiplier même parmi les plus calmes d'entre eux. En réalité, en dehors de Shaka –complètement imperméable à la situation et qui hésitait visiblement à reprendre sa position favorite-, ils étaient déjà tous en train de serrer les poings. Il voyait déjà Deathmask et Aphrodite se rapprocher l'un de l'autre (décidément, c'était une manie…), Camus se contracter non loin de lui, les jumeaux s'observer avec une colère si ce n'est certaine, au moins évidente, Shura reculer lentement le plus loin possible d'Ayoros sous le regard furieux du frère de ce dernier… Bref, il ne manquait plus qu'un bon coup de clochette, et la situation évoluerait en tuerie.

Au vu de leurs capacités naturelles, il était relativement probable que la surface du Sanctuaire ne s'en remettrait pas. Et ça n'était clairement pas ce qu'on leur demandait. Ils avaient déjà eu l'immense chance de se voir accorder une seconde… troisième…quatrième (?) vie, ce n'était certes pas le moment de montrer aux dieux qu'ils étaient incapables de tenir cinq minutes sans se mettre sur le museau. Et c'était bien pour cette raison d'ailleurs qu'à leur retour, ils avaient tous appliqué la courageuse mais non téméraire règle du « chacun chez soi, et Athéna pour tous. » Depuis plusieurs mois, les échanges étaient limités, à défaut d'être réellement polis, et tout le monde s'en portait très bien, merci beaucoup. Mais avoir une Déesse aussi jeune qu'elle était révolutionnaire n'allait pas sans quelques inconvénients… Et puisque ses Bronze-divins étalaient à tout va leur amitié fraternelle légendaire, il ne serait pas dit que ses Ors, le fleuron de sa chevalerie, ne fasse pas de même. Que chacun balaye devant sa porte, accompagné s'il le fallait et à coups de club de golf, et qu'ils avancent par Zeus !

Le Scorpion souffla de nouveau, faisant voleter une mèche collée à ses lèvres. Il releva vaguement ses cheveux en l'air pour les nouer avec un élastique volé à il ne savait plus qui, et qui traînait sur son poignet depuis trop longtemps s'il en jugeait la marque sur sa peau, avant de s'éventer de la main. Il faisait vraiment trop chaud. Les bougres les avaient enfermés dans le Caldarium, sans possibilité de sortir ! C'était du joli tiens ! Camus risquait à tout moment de tourner de l'œil, et pas moyen d'accéder au Frigidarium pour le soulager un minimum… Autant dire que le chevalier des glaces allait être d'une humeur massacrante. Pas qu'il était un boute-en-train le reste du temps mais enfin là… Sans compter qu'une telle chaleur n'allait certainement pas les aider à se calmer ou à penser de manière réfléchie. Et vu comme la pièce étouffait de leur cosmos et aura pleins de tensions et d'exaspérations, ils risquaient probablement tous de mourir de chaud avant la fin de la séance, sans la moindre possibilité de se « rafraîchir les idées ». Brillant. Purement brillant.

Sans compter que… Milo jeta un bref regard alentours à ses pairs à la même serviette minimaliste et se mordit la lèvre inférieure. Pas vrai ça… Même sans être un obsédé total, - ce à quoi son astrologie ne l'aidait pas franchement, il fallait bien le dire…- il avait tout de même conscience de son homosexualité –de même que celles de ses camarades- et la présence de treize autres hommes parfaitement faits de leur personne mais auxquels il était interdit de toucher avait des faux airs de punition divine. (Ah tiens, peut-être était-ce là une partie de leur quête de repentance envers les dieux en fait…) Dans un accès de réflexion inattendu, il se demanda tout de même pourquoi, avec un Sanctuaire où la sexualité de ses chevaliers était tournée presque exclusivement vers les personnes du même sexe que soi, Athéna ne s'était jamais dit que rétablir un peu de parité serait une bonne chose. (Bon elle commençait à sérieusement envisager une loi interdisant le port du masque, c'était déjà ça…) Quoique… Ainsi, peut-être s'évitait-elle tout simplement l'épineux problème des maternités. Il était évident qu'en cas d'attaque de spectres, leur lancer à la figure moult biberons, couches et autres landaux ne faisait probablement pas partie du guide du parfait combat chevaleresque. Même si voir la tête de Rhadamanthe ou Minos face à aux hurlements d'un bébé valait quand même son pesant de scorpions.

Il ouvrit brusquement les yeux. Bon sang, mais c'était bien sûr ! En réalité… Il y avait peut-être une réflexion logique derrière le fait que chacun d'eux n'avait pratiquement d'intérêt que pour la classe masculine ! Il ricana. Athéna était décidément une fourbe à ce jeu-là… Il jeta un coup d'œil compatissant au Taureau et au Lion… Pauvres eux. Non-contents de trouver l'idée de leur déesse complètement idiote, la gêne d'être enfermés avec un lot de personnes trouvant leur physique visuellement agréable ne devait pas les aider à se sentir à l'aise. Certes, ils étaient parfaitement capables de se défendre et puis bon, allez essayer de soumettre Aldébaran, sérieusement ! Non pas que l'un d'eux avait l'intention de leur sauter dessus, c'était mal les connaître et franchement, QUI aurait eu envie de se battre avec Shaina ou Marine pour leur chasse gardée ? Pas eux en tout cas. Mais bon… Sur le principe, il comprenait un peu leur attitude crispée et à fleur de peau. Les deux hommes auraient visiblement donné cher pour se tenir éloignés de ces lieux.

Il resserra sa prise sur la serviette minimaliste qui lui ceignait les reins, seul « vêtement » auquel ils avaient eu droit, et qui semblait prendre un malin plaisir à exposer ses hanches de manière un peu trop appuyée. Il ferma les yeux avec force. Bon… Bah quand fallait y aller… Peut-être que le contact de l'eau chaude les aiderait tous à se détendre un minimum ? Ca ne pouvait pas faire de mal... Et si personne ne se décidait à bouger, la séance allait virer au pugilat de toute manière. Il prit une grande inspiration, et prenant le parti de ne surtout pas regarder ses camarades, (non pas qu'il avait honte de sa plastique, mais ça lui faisait quand même bizarre de se balader cul nu devant ses pairs !), il s'avança vaillamment vers l'étendue d'eau, et laissa tomber sa serviette sur le sol derrière lui, s'exposant aux regards envieux ou curieux de ses camarades. Et aux paupières closes de Shaka. Même s'il restait persuadé que ce dernier ne ratait rien du spectacle. Le sale vicieux.

Ne pas regarder les autres, ne pas regarder les autres, ne pas…

« Joli…

-Putain, Aphrodite ! »

Milo soupira fortement mais ne s'arrêta pas pour autant. Il continua d'avancer d'un pas volontaire jusqu'au bassin, y plongeant un pied avec délice. Encouragé par cette agréable sensation, il s'engagea plus avant dans le liquide, jusqu'à se retrouver immergé jusqu'au menton. Il appuya la tête contre le muret et ferma les yeux. Au moins, cette fois le lieu de leur emprisonnement était à peu près élégant. Agitant vaguement les jambes, il entendit un bruit de clapotement. Il n'eut pas besoin de regarder pour savoir que ses camarades l'avaient rejoint pour la plupart. Une bonne chose de faite. Un premier mouvement… commun à l'ensemble du groupe. Enfin, presque. En comptant mentalement les cosmos présent dans l'eau, il réalisa qu'il en manquait un. Et ce un en question… Ce n'était pas exactement celui auquel il s'attendait, même si ça n'était pas si surprenant que ça en fin de compte. Tournant légèrement la tête, il vit Kanon qui, toujours adossé au mur, fixait le liquide avec un dégoût profond. Une expression de malaise sur le visage, la main accrochée à sa serviette comme si c'était le saint Graal, il n'avait de cesse de faire la navette du regard entre le bassin et la porte, cherchant probablement à savoir quelle pouvait être la pire solution entre s'approcher d'un élément honni, ou recevoir la punition de sa déesse. Milo songea avec amusement que de voir ce grand gaillard tout en muscles et en prestance se retrouver la queue entre les jambes (Non, il ne pensait à rien de ce genre par Athéna !) face à un peu d'eau était étrangement cocasse… Mais vu le passif du chevalier concernant l'élément liquide, il était difficile de lui en tenir rigueur. Avec un sourire compatissant, il allait lui proposer de venir au moins tremper une jambe près de lui, lorsque le timbre lourd et acide du quatrième gardien résonna dans la salle. Grimace.

« Ben alors le Marina, on a peur de se mouiller ?

Oh misère…

-Ex-Marina. Et je ne vois pas en quoi ça te regarde le psychopathe.

Ding. Ding. Ding. Peu importe qui avait sonné la cloche, les hostilités étaient officiellement lancés. Que la partie de ping-pong verbal commence…

-Répète pour voir ?!

La réplique ne s'était pas fait attendre. Après tout, ils avaient tous une fierté de la taille du mont Etoilé alors…

-Psychopathe.

-Ah non, vous n'allez pas commencer… Râla Aiolia depuis l'autre bout de la salle.

-Nous ne sommes pas là pour ça, ajouta son frère avec un sourire doux.

-Eh bien… Concrètement si en fait, glissa Saga. On est là pour régler nos problèmes… Personne n'a précisé comment ça devait se passer.

-Moi je commence à m'en faire une idée… soupira Milo.

-Désolé mais moi je trouve juste marrant de voir que le Dragon des mers n'est pas fichu de mettre un panard dans l'eau, railla l'italien en envoyant quelques gouttelettes dans sa direction comme pour provoquer un chat échaudé.

-Dans l'eau peut-être pas, mais j'imagine très bien un autre endroit où mon pied pourrait trouver sa place Deathmask, alors à ta place, je la bouclerais. Et tu n'as franchement pas de quoi la ramener.

Le Cancer ouvrit la bouche pour offrir une autre répartie cinglante et hautement imagée, mais l'intervention du douzième gardien le coupa dans son élan.

-Angelo s'est amendé, comme nous tous, protesta Aphrodite en posant une main sur le bras de son a…mi ? (Il fallait vraiment qu'il détermine la relation exacte des deux autres assassins du Sanctuaire). Tu n'as pas le droit de lui reprocher son passé.

-Pas plus que lui n'a le droit de le faire pour celui de Kanon, intervint Dohko diplomatiquement. Les torts sont partagés, ne commencez pas à vous battre.

Kanon eut un regard reconnaissant envers le septième gardien. Ces deux-là s'étaient toujours plutôt bien entendus. Après tout, en dehors du Scorpion, c'était sans nul doute l'ancien Vieux Maître qui avait reconnu sa valeur en lui demandant de l'accompagner aux Enfers.
Milo retint difficilement un sourire amusé. Balance, équilibre, tout ça… Décidément, on ne se défait jamais d'une seconde nature. Appuyé non loin de Mû, il semblait prendre très à cœur la bonne entente qu'Athéna leur avait demandé d'obtenir. En même temps, c'était ce qu'on pouvait attendre des deux anciens. Shion et lui étaient leurs modèles, et leurs aînés. S'ils y en avaient bien qui devaient trouver nécessaire de s'entendre, et de se comporter en adultes responsables, c'était bien eux.

-Ca… Lorsqu'il s'agit de répartir les torts, tu es à ton aise, n'est-ce pas Dohko ?

Bon d'accord, peut-être pas en fait.

Le silence se fit dans la salle, tandis que les regards interloqués se tournaient vers Shion, dont la voix lourde de sous-entendus avait sonné comme un couperet. La Balance se retourna brusquement vers son supposé ami, qui les yeux fermés et la tête rejetée en arrière, semblait dégager une aura de colère relativement peu négligeable.

-Pardon ? s'exclama le septième gardien, visiblement surpris de passer du rôle d'avocat à celui d'accusé.

-Tu m'as très bien entendu. A moins que tu ne sois devenu sourd aussi. Tu pourras rajouter l'ouïe à la liste des choses que tu as perdues en cours de route. Avec ton bon sens, et ta vue.

-Je peux savoir ce qui te prend ?

-Rien du tout. J'évoque juste quelques petites choses…

-Ca ne te ressemble pas d'être aussi vicieux dans tes attaques.

-Enfin, je trouve quand même surprenant que tu protestes ainsi concernant Kanon… poursuivit leur chef sans prendre en compte l'intervention de son ami. Quand on sait à quel point tu peux être intransigeant parfois, c'est à mourir de rire.

Sidérés, les Ors assistaient à l'échange sans oser prononcer la moindre parole. Milo les regarda avec l'impression de se trouver autour d'un ring. Ou une cage aux fauves, et visiblement, ça n'était pas Dohko qui menait la danse malgré son caractère bestial…

-Un reproche à me faire, Grand Pope ?

Autant pour lui.

-Quelle perspicacité… Je te félicite.

-Ca suffit Shion ! Tu te comportes comme un gosse ! Bel exemple pour les gamins tiens ! Dis-moi clairement quel est le problème bon sang !

-Le problème ? Tu veux savoir quel est le problème ?

Le Bélier senior se redressa brusquement, et se tint fermement campé sur ses jambes, entouré d'une aura furieuse qui rendait impossible toute moquerie sur sa glorieuse nudité. Le regard furibond, il darda un index accusateur sur son ami, lui jetant à la figure ses reproches.

-Tu n'as même pas été capable de comprendre seul quel était réellement notre but Dohko ! Tu n'as même pas pris le temps de réfléchir une seule seconde ! Après toutes ces années… Que tu doutes de Saga… Qui pourrait t'en blâmer, franchement ?

Et PAN. Un couinement navré leur apprit que l'attaque était arrivée en plein dans le duvet de l'aîné gémellaire qui se fit tout petit depuis son coin de bassin sous le ricanement sourd d'Aiolia.

-Shion… Tenta la Balance.

- Mais moi ? Moi ?! s'écria l'Atlante, furieux. Ton ami depuis plus de deux cent ans ? Tu es devenu sénile Dohko, ou alors tu as toujours été complètement idiot, je ne vois pas d'autres explications !

Attaqué dans sa fierté, la Balance reproduisit le comportement du Grand Pope, et faisant fi de sa nudité, il se redressa de toute sa hauteur –relativement peu impressionnante- pour laisser sortir toute sa fureur –qui l'était beaucoup plus-.

-Ah parce que, se faire mettre une tannée par un gosse de quatorze ans à peine sorti de ses couches grâce au projet de l'autre pas plus dégourdi, ce n'était pas une marque de sénilité peut-être ? Sans rire, tu n'avais rien appris sur les Gémeaux de la précédente génération ou quoi ? Tu le savais très bien pourtant qu'ils ont sérieusement tendance à paumer la carte de la fidélité ! répondit la Balance, outrée.

Un partout, - dans la tête des troisièmes gardiens de préférence, - balle au centre. Milo se demanda si Saga n'allait pas finir par se noyer à ce rythme… Pas que cela l'aurait foncièrement gêné, mais si l'heure en était aux règlements de compte, il y avait encore du monde sur la liste de ceux qui auraient bien envie de dire leur façon de penser au Gémeau aîné, alors… Un clapotement près de son épaule lui apprit que Kanon, toujours vêtu de sa courte serviette, avait finalement vaincu en partie sa phobie, suffisamment du moins pour tremper un pied prudent dans l'eau brûlante. Le Scorpion appuya vaguement sa tête contre son genou, fermant paresseusement les yeux alors que les deux anciens continuaient de s'envoyer les pires vacheries à la figure.

Il frotta légèrement sa joue sur la peau lisse de son ami et se fit au passage la réflexion que décidément, en plus de l'hétérosexualité, la pilosité était aussi un facteur en voie de disparition chez les chevaliers. Après avoir effectué un rapide tour d'horizon, il était évident que peu d'entre eux s'était déjà retrouvé confronté avec un rasoir. Même Shura ou Deathmask, qu'on aurait pu croire fournis en attribuant de virilité toute méditerranéenne étaient totalement imberbes ! En même temps… Avec une armure en or et la capacité de courir à la vitesse de la lumière, mieux valait éviter de se retrouver à se cramer les poils en combat, mais bon… Sortant de ses pensées qui avaient largement tendance à dériver, il reporta son attention sur Kanon. Il appréciait le cadet Gemini, malgré toutes les fautes dont il s'était rendu coupable. Il était impossible de revenir en arrière, et les vies perdues par sa faute ne pourraient pas être rendues mais après tout, lui l'avait déjà jugé pour cela. Avec force. Au point que quelques traces du sang de l'ancien Marina demeuraient visibles sur le sol du temple, comme gravées dans le marbre. Athéna lui en avait un peu voulu de lui avoir bousillé son plancher d'ailleurs … Un temple historique, avait-on idée ? On ne réparait pas un sol en marbre comme un simple parquet bon sang !

Relevant la tête, il vit que le cadet affichait tout de même un air un peu désolé après les vacheries envoyées par les anciens. Ou peut-être était-ce un air ennuyé. Difficile à dire : chez lui, l'ennui et la culpabilité semblaient étrangement partager la même expression faciale : la nonchalance la plus absolue.

-Je n'aurais jamais pensé qu'ils étaient capables de se bouffer le nez comme ça ces deux-là… chuchota Kanon. De nous tous, c'est bien les derniers que j'aurais imaginé se disputer.

Tiré de ses pensées, Milo reporta paresseusement son attention sur les deux anciens. Il n'avait pas complètement tort : entre tous les chevaliers, il n'aurait jamais imaginé que ce soient leurs modèles qui se mettraient sur la tronche les premiers. Sous le regard médusé de l'assistance, les deux hommes continuaient à s'envoyer les pires horreurs à la figure. Il se rendit compte par ailleurs que de « reproches de la Guerre Sainte : pourquoi n'as-tu rien compris camarade ? » (statut que le Scorpion connaissait fort bien, suivez son regard…), ils en étaient passés à « Scène de ménage : le linge sale se lave en famille, et la famille ce sont les Ors !» Autant dire que Mû commençait légèrement à changer de couleur, tandis que Shaka plissait de plus en plus le nez à chaque nouvelle réplique.

-Et l'autre dinde alors ? Tu n'as pas couché avec elle peut-être ?! hurla la Balance, ivre de rage.

-Mais ça n'a rien à voir ! Et puis ça ne te regarde pas !

-Ben voyons !

- Et ton marchand de passage, on en parle de ton 'marchand de passage' ? Tu me prends pour un abruti ?

-Tu croyais quoi ? Que j'allais attendre, vissé sur ce fichu rocher, que tu daignes hypothétiquement faire un aller-retour ? Ça t'aurait pris quoi… ? Cinq minutes. Mais non ! Môssieur était occupé.

-Tu voulais peut-être de ma charge ?! Tu penses que c'était une partie de plaisir peut-être ?! C'est épuisant d'être Grand Pope ! Demande à l'autre, là !

Nouveau couinement blessé. Si Saga avait pu se noyer totalement, il l'aurait probablement fait. Le visage à demi caché dans l'eau, il fut ramené devant la vindicte populaire, pour son plus grand malheur, priant pour qu'on l'oublie un peu. En attendant, il était obligé de soutenir l'index accusateur de celui qu'il avait tué, et les quelques regards noirs de certains chevaliers en particulier. Décidément, ça n'était pas son jour.

-Dix minutes Shion ! Dix minutes de ta fichue journée pour venir me voir ! Pour qu'on oublie, le temps d'une étreinte, cette tâche qu'elle nous avait confiée ! C'était vraiment trop te demander ?

-Tu voulais juste qu'on s'envoie en l'air en gros, c'est ça que tu es en train de me dire ?

-Mais tu fais exprès ma parole !

-Obsédé !

-Psychorigide !

-Impuissant !

-Frigide !

-Et le devoir dans tout ça ?!

-Et nos sentiments Shion ? Tu y penses un peu, ou jamais ? Je ne te parle même pas de notre libido, il y a longtemps que je me suis assis dessus, littéralement !

Mouais… La conversation commençait à tous les mettre sacrément mal à l'aise. Pas forcément pour les mêmes raisons, certes, mais le résultat était là. Et puis franchement… C'était quoi ces manières ? Ca ne les regardait pas ! Faisant fi des grimaces franchement outrées de leurs plus jeunes pairs, les deux hommes continuaient à s'envoyer leurs reproches au visage comme s'ils avaient été complètement seuls. Autant dire que si deux amis et amants en arrivaient à se déchirer ainsi, les perspectives devenaient relativement peu encourageantes pour la suite… Saga avait déjà changé de couleur quatre fois, Shura envisageait sérieusement de se taper la tête aux murs, et le couple d'assassins… n'en avait strictement rien à faire visiblement.

-Ils dévient un peu là… soupira Mû en grimaçant. Il faut qu'ils se calment, je n'ai pas particulièrement envie d'entendre parler de leurs histoires de fesses plus avant.

-Peur que l'image sacro-sainte de ton cher maître en prenne un coup ? Ricana Deathmask, décidément en grande forme.

-Je te prierais de ne pas me confondre avec Hyôga, merci beaucoup, répondit Mû d'un ton sec.

Milo, qui avait de nouveau fermé les yeux, ne put retenir une grimace, imitée à son insu par le Capricorne et le Gémeaux en titre. Mais quel abruti ce mouton… Il ne fallait surtout pas toucher au poussin… Jamais. C'était essentiel bon sang !

-Vous avez quelque chose à reprocher à mon disciple ? demanda froidement le Verseau.

Le Scorpion déglutit.
Là, qu'est-ce qu'il disait… ?

-Il a de graves problèmes d'émotivité ton disciple, voilà ce qu'il a, asséna le Cancer en passant une main négligente dans ses courtes mèches.

-Tout le monde n'a pas la sensibilité d'un manche à balai, répondit Camus d'une voix égale.

Silence, seulement interrompu par les hurlements des deux anciens. Aphrodite eut un énorme soupir. Ne jamais provoquer un sudiste…

-Tu veux savoir où je vais te le mettre le manche à balai ? s'exclama Deathmask, exaspéré.

Si l'allusion eut le mérite de faire sourire un certain nombre d'entre eux, d'autres ne purent que redouter les conséquences de telles paroles pour leur bien-être étant donné leur présence dans un bassin d'eau facilement modifiable en nature et en température pour un chevalier des Glaces.

A raison.

Un courant d'air atrocement froid se répandit brusquement, sous les protestations de tous les chevaliers qui dans leur glorieuse nudité, se trouvaient peu apte à supporter une telle température. Aldébaran s'extirpa hors de l'eau avec une vitesse étonnante étant donné sa corpulence et s'éloigna le plus possible du bassin où un Verseau vexé comme un pou leur gelait les arpions parce qu'il l'avait un peu mauvaise. Vraiment très malin de provoquer le seul chevalier ayant potentiellement la capacité de leur ôter pour un long moment leur chère et tendre virilité déjà sacrément mise à mal depuis un certain nombre de mois. Un couinement de douleur se fit entendre non loin d'eux : Aioros, victime involontaire de la crise du onzième gardien, s'était retrouvé le bras prisonnier dans la glace, et tentait tant bien que mal de se dégager. Et ça n'était pas le genre de contact particulièrement agréable sur une peau nue. Cette dernière commençait d'ailleurs déjà à bleuir méchamment sous le regard paniqué de son propriétaire.

-Camus, bon sang… Tu ne peux pas te contenir, non ? S'irrita Aiolia en s'approchant de son frère. Tu m'étonnes que Hyôga ait des problèmes comportementaux, tu es complètement contradictoire entre ce que tu dis et ce que tu fais ! Tu prétends être froid, mais à la moindre contrariété, tu prends la mouche comme pas permis !

-Et d'ailleurs, pour un chevalier des glaces, t'as quand même tendance à verser la larmichette super facilement d'après ce que j'ai entendu… souffla Kanon en frottant ses doigts sur son torse d'un air innocent.

Visiblement, l'inactivité pesait au cadet des Gémeaux.

-Ah ben là-dessus, on est d'accord… Murmura le Scorpion en fixant quelques rares cristaux de glace flottant à la surface.

Rapide coup d'œil du dragon marin sur son camarade. Oups, boulette… Si jamais Camus l'avait entendu et que la conversation s'orientait sur eux… Cela risquait de finir dans le sang.

-Un commentaire particulièrement fin, Milo ?

Et merde. Trop tard. Voix polaire… Mauvais, très mauvais signe. Intéressant de noter tout de même que de toutes les attaques, c'était finalement la seule remarque chuchotée du Scorpion qui avait fait mouche.

Curieux…

L'attention de la salle se déporta des deux anciens, trop occupés à se hurler dessus –nus- pour remarquer quoi que ce soit, vers ceux qu'on avait longtemps considéré comme les meilleurs amis du Sanctuaire. Et plus, parce qu'il y avait rumeur d'affinités. Et que le Sanctuaire manquait cruellement de ragots. Et puis que franchement, tout le monde savait depuis des années que Camus n'allait pas sans Milo et inversement. C'était un fait établi. Etabli depuis tellement longtemps d'ailleurs qu'aucun d'eux n'arrivait à se rappeler depuis quand c'était une vérité entièrement acquise. Fronçant les sourcils, Saga, (à qui on fichait enfin un peu la paix depuis le début de leur enfermement), essaya de se souvenir du jour où ces deux-là s'étaient rencontrés… En vain. Il n'arrivait pas à imaginer un seul jour où le Scorpion et le Verseau n'avaient pas été ensemble. Mais à l'époque, il était tellement enthousiaste face à l'arrivée de tous ces jeunes enfants qu'il lui était difficile d'en avoir une image précise. Même s'il se rappelait parfaitement de la bouille absolument charmante du futur Verseau…

La voix atone de Milo le sortit de ses pensées dévergondées.

-Qu'est-ce que tu veux que je te dise ?

-Oh mais je ne veux rien moi, mais puisque tu as la langue bien pendue, je t'en prie, partage donc ton opinion ô combien constructive.

Kanon dut se mordre la lèvre pour retenir une réflexion fine sur la langue de son ami. Clairement ça n'était pas le moment, même s'il savait de source sûre qu'effectivement, le Scorpion était doué de son appendice lingual.

-Je n'ai rien d'autre à ajouter si ce n'est que tu es le plus grand hypocrite que j'ai jamais connu. Mais ça, tu le savais déjà, répondit le huitième gardien en continuant de fixer la surface de l'eau.

-Je ne vois pas où tu veux en venir.

Le Scorpion soupira. Il détestait quand Camus jouait au plus fin avec lui.

-C'est ça, fais l'innocent.

-Tu veux vraiment parler de ça maintenant ?

-Maintenant… Plus tard… Qu'est-ce que ça change ? Tu es un couard.

Nouvelle vague de froid dans l'assistance. Kanon grimaça violemment. L'influence de Milo sur le Verseau était tout simplement redoutable.

-Putain… couina Aiolia en se faisant prendre la jambe dans la glace à son tour. Mais arrêtez-ça bande de crétins ! Ca caille !

L'intervention féline partait d'une attention honorable, mais reçut à peu près autant de considération que Julian Solo de la part de Saori Kido lors de sa demande en mariage. A part un énorme vent, le cinquième gardien n'obtint rien, et dû se contenter de souffler désespérément de l'air chaud sur sa peau bleuie, rejoignant son frère qui tentait vainement de faire signe à Shura pour obtenir de l'aide : un coup d'Excalibur dans la glace aurait été plus que bienvenu ! Mais allez savoir pourquoi, le Capricorne rechignait à se servir de son arme fétiche avec le Sagittaire dans le périmètre…

-C'était . Ma . Décision. Siffla le Verseau en provoquant une nouvelle vague de froid à chaque mot. Celle-là, et toutes les suivantes. Tu n'as pas ton mot à dire là-dedans !

-Oh oui, brillantes décisions ! T'en as encore beaucoup des comme ça au fait ?

-Ca ne te regarde pas !

-Bordel, il fait neiger ce con ! s'écria Deathmask.

Les autres ne purent que constater la triste vérité : il neigeait dans les thermes. Magnifique. On aurait tout vu… Sous l'effet combiné du froid et de la chaleur, la vapeur ne fit qu'augmenter, brouillant leur vision.

- Tu as toujours été un crétin persuadé de mieux savoir que tout le monde Camus.

-Dixit celui qui m'a tenté de m'étrangler sans se poser la moindre question parce qu'il était contrarié, rétorqua le Verseau avec un geste désabusé de la main.

-Touché, gloussa Aphrodite.

-La ferme ! s'écrièrent les deux trublions en posant un regard furieux sur le Suédois.

Ce qui eut pour seul effet de renforcer son hilarité.

-Ce n'est pas drôle Dite… gronda Shura à ses côtés.

-Ah si, je t'assure que si tu te places d'un point de vue extérieur, toute cette petite mascarade est follement amusante.

-Je suis au regret de partager l'opinion de mon camarade, murmura Shaka de sa voix minérale. Ces histoires sont toutes hors de propos. Je ne crois pas qu'Athéna ait jugé utile de nous réunir pour s'occuper de sottes histoires de sommier.

Le chevalier de la Vierge, siégeant en position du Lotus sur la surface de l'eau (pour une raison qu'ils ignoraient tous, et à laquelle ils ne souhaitaient d'ailleurs pas avoir de réponse) gardait les yeux obstinément clos et se contentait de suivre les diverses conversations en fronçant parfois l'un de ses sourcils fins. Visiblement, lui non plus n'appréciait que très moyennement de se retrouver dans cette promiscuité forcée, qui plus est dans son plus simple appareil, quand bien même il avait conservé sa précieuse serviette étendue sur ses hanches. Il ne serait pas dit qu'on côtoierait aussi aisément l'incarnation de Bouddha entièrement nue.

De son côté, Shura soupira, désespéré, et se rencogna entre Aphrodite et Deathmask. Le Poisson n'avait pas tort en effet… Si ces deux-là s'y mettaient aussi… Toute cette mise en scène avait-elle pour but de régler les problèmes internes du Sanctuaire ou bien les histoires de coucherie de chacun ? Dans le second cas, il préférait passer, ça ne le regardait pas, merci beaucoup. Ce n'était vraiment pas sérieux. Et puis lui n'était dévoué qu'à sa déesse.

Ses ferventes pensées furent interrompues par le haussement brusque de ton entre le Verseau et le Scorpion, qui en deux minutes était passée de « froide dispute » à « conflit ouvert concernant notre vie intime : vous saurez tout de nous, et de nos habitudes au lit ». Aphrodite eut un sourire torve, prenant des notes mentales avec un plaisir évident. Le Capricorne souffla de dépit. Ca ne serait jamais que le second couple apparent à faire étalage de leur vie privée, mais ça n'en restait pas moins légèrement agaçant. Le vacarme provoqué par les deux couples en train de régler leurs différends devenait tout bonnement assourdissant.

-Et que je me suicide face à mon disciple, et que je veux geler mes sentiments, et que je joue les gros vilains spectres… Jamais tu communiques de temps à autre ?! Dingue ça !

-Je n'ai pas à te faire un rapport écrit sur chacune de mes décisions ! Je suis un adulte je te signale !

-Ah ça, on se le demande bien tiens ! grogna Shura qui s'était relevé et sautillait d'un pied sur l'autre pour tenter de se réchauffer, la serviette menaçant à tout instant de quitter ses reins.

-Être adulte, ça ne se limite pas à grimper son compagnon et à prendre des décisions à la con je te signale !

-Tu deviens vulgaire Milo.

-Tu es un abruti Camus ! Bon dieu mais qu'est-ce que je peux te trouver, je me le demande !

-Nous y voilà… « je, je, je… ». Tu ne penses qu'à toi Milo ! Ça t'arrive de te demander ce que je ressens moi ?

-Ah, parce que tu ressens maintenant ? Je croyais que les chevaliers des glaces étaient totalement inaptes aux sentiments… murmura doucereusement le Scorpion.

Un long silence s'ensuivit. Milo eut un sourire fourbe. Toucher la corde sensible des sentiments de son amant… C'était très bas. L'attaque avait été purement gratuite, il le savait… Mais il s'en moquait. Il était en colère. Affreusement en colère. Quelque chose grondait au fond de lui. Camus le mettait vraiment dans tous ses états, et leur incapacité à reparler des événements depuis leur résurrection n'avait guère arrangé les choses. La preuve : son ongle s'était anormalement allongé en dépit de la barrière de cosmos qu'Athéna avait étendu sur la pièce pour les empêcher de s'entre-tuer. Et au vu du regard lourd de sens que son ami lui lançait, ce dernier était aussi dans le même état.

-Milo… Menaça le Verseau.

-Camus…

Le ton était égal, les sous-entendus étaient les mêmes. Les deux amis se fixaient avec une colère sourde, seulement séparés de quelques centimètres à présent, leur aura colérique balayant furieusement la surface de l'eau qui frémit. Kanon battit prudemment en retraite, se rapprochant inconsciemment de son frère. Il ne manquerait plus que son charmant faciès se retrouve défiguré à cause d'une attaque perdue entre ces deux atrophiés sentimentaux ! Plusieurs secondes s'écoulèrent, dans une tension mélangeant fureur et envie. Difficile de savoir si les deux hommes allaient en venir aux mains dans le but de se battre ou de se sauter dessus en faisant fi de leur public. Connaissant la réputation de Milo, les deux propositions étaient envisageables. Et quand on savait qu'en présence de son « ami », Camus avait de larges tendances à ne pas agir comme on pouvait l'attendre de lui… De longues secondes s'égrenèrent sans qu'aucun d'eux n'esquisse le moindre geste : face à cette alchimie étouffante, tous retenaient leur souffle.

Ce fut la voix désabusée d'Aiolia qui brisa le charme, si tant est qu'un tel terme pouvait qualifier la montée d'hormones et de tension qui les avait entourés. Visiblement, sa jambe gelée le faisait méchamment souffrir, quand bien même la glace avait commencé à fondre sous la chaleur qui se dégageait de la conversation du couple le plus célèbre de leur Sanctuaire.

-Je vous préviens les gars, si vous vous grimpez devant moi, je vous encastre dans le mur.

-On pourrait peut-être les castrer tout court… Suggéra Deathmask avec un sourire parlant.

-Oui parce que là, d'ici à trente secondes, ils nous font des petits sur le sol hein… Grogna Aldébaran.

-Pourquoi se limiter au sol ? Les murs, le bassin… Tu sais, je ne suis pas regardant sur le décor moi… répondit Milo avec un sourire entendu.

- Je suis pas venu là pour vous voir vous sautez dessus ! Poursuivit le Lion sans tenir compte de l'intervention.

-C'est pas exactement comme si on avait eu le choix de toute façon… soupira Mû.

-On sait TOUS comment ça va finir, poursuivit le Lion, et aucun de nous n'a envie d'y assister. Alors ça suffit !

-Parle pour toi l'hétéro ! Répliqua Aphrodite depuis son coin de bassin méditerranéen. Personnellement… Je ne dis pas non. Ils ont le faciès charmant, et le fessier à croquer, aussi bien l'un que l'autre.

L'intervention importune eut au moins le mérite de relâcher un peu la pression autour d'eux. Mieux encore, les deux amis, se jetant un coup d'œil, choisirent d'un accord commun de reporter à plus tard cette conversation dangereusement personnelle, car il était clair qu'elle aurait de nouveau lieu. Et finirait probablement entre leurs draps également. Un rapide tour d'horizon leur permit de constater qu'en effet, la plupart des personnes présentes ne semblaient pas avoir le moindre doute sur la manière dont leur « joute verbale » risquait d'évoluer. Et préféraient également s'en abstenir. Il était déjà suffisamment difficile d'essayer de faire abstraction de treize autres corps nus auxquelles des personnalités dangereuses étaient parfois rattachées, ça n'était pas pour en rajouter à cause d'un couple incapable de se tenir.

Quoique…Une petite orgie… C'était une manière comme une autre de régler les conflits, non ?

Un sourire diabolique étira les traits du troisième assassin du Sanctuaire. On était le trublion de la chevalerie ou on ne l'était pas… Et puis toute cette joute verbale lui avait quand même sacrément émoustillé les sens, tel le vil Scorpion qu'il était… Et puis le Verseau était à mourir avec ses joues rouges de chaleur et de colère, et son regard glacial et hautain. Non décidément… Il ne pouvait pas laisser les choses finir ainsi ! Il lui fallait une compensation. Au moment même où Camus s'apprêtait à reprendre sa place contre le muret, il se jeta à son cou, provoquant des remous conséquents dans l'eau, et lui coupant le souffle dans un baiser de cinéma qu'Hollywood n'aurait pas renié. Shaka, perturbé dans sa méditation en retomba dans le bassin comme un soufflé, sous le rire cristallin de Mû qui n'avait pas su empêcher son hilarité à la vision de la Vierge s'écrasant sans grâce dans l'eau chaude.

Pendant plus de cinq longues minutes, -Aldébaran chronométrait, parce qu'il n'avait rien de mieux à faire et qu'il y avait une horloge mural dans la pièce,- les deux chevaliers échangèrent un baiser torride qui mit mal à l'aise les non-initiés, et fit glousser ceux qui en avaient l'habitude. Jouant de la langue avec habileté, le Scorpion s'échina à rappeler au Verseau pour quelle raison il était particulièrement pertinent de le choisir lui comme partenaire à vie… Ses mains enserrées autour du visage du onzième gardien empêchaient toute fuite de ce dernier, même si, à en juger par la ferveur avec laquelle il répondait à son baiser, il y avait peu de chances que cela fasse partie de ses intentions immédiates. Pour l'heure, il était plus occupé à s'accrocher à ses épaules avec l'énergie d'un échange buccal torride. Les autres déglutirent : il n'y avait pas à tortiller, un Verseau et un Scorpion, ça vous mettait les hormones à l'envers.

-Rah mais c'est pas vrai ! Milo ! S'écria le Lion, outré.

Les deux amants terribles se séparèrent enfin, et malgré la couleur rouge fermement accroché au visage du français, il était peu probable que ce dernier ne regrette quoi que ce soit. Passant son pouce sur ses lèvres, le Scorpion eut un sourire ravi, et murmura :

-Finalement… Ce n'était pas une si mauvaise idée que ça qu'a eu Athéna…

-Abuti… Souffla le Verseau.

- On recommence quand vous voulez les gars.»

Un long soupir désabusé lui répondit. Ils n'étaient pas encore sortis de leur huis clos. Et Shion et Dohko qui hurlaient toujours…


Voilà, voilà! J'espère que ça vous a plu, merci d'avoir lu!

A bientôt,

Saharu-chan.