- ARIANA. ARIANA. Réveille-toi, bon sang. ALBUS, ABELFORTH, JE L'AI TROUVÉE.
Je reconnus le visage de Gellert, qui m'avait pris dans ses bras. Je lui souris, n'étant pas capable de dire quoi que ce soit. Puis je refermai les yeux. Gellert courut à l'intérieur de notre maison et m'emmitoufla dans des couvertures auprès du feu. J'entendis des pas se précipiter vers moi. Je reconnus Albus et Abelforth, qui s'étaient arrêtés auprès de moi. Abel ne remercia pas Gellert, ce que je trouvais dommage. Je savais bien qu'il ne l'appréciait pas, mais à mon avis, il aurait pu le remercier. Il m'avait tout de même sauvé la vie.
Je n'étais consciente de rien. Ni de ce qu'Albus racontait à Gellert, ni des réprimandes que me faisait Abel. Je n'entendais ni leurs pleurs, ni leurs mots d'inquiétude. Tout ce que dont j'étais consciente, c'est que je n'avais pas réussi.
Tout n'avait été qu'utopique. La neige ne m'avait pas glacée, et les anges n'étaient pas venus me chercher. Si ce monde était blanc, ce n'était qu'à cause de la neige. J'ignorais quelle heure il était. J'ignorais même si mon agissement avait servi à quelque chose, si ma mère avait senti ma présence près d'elle, et ce qu'elle en avait pensé. Je trouvai triste de voir que ne je pouvais me confier ni à l'un, ni à l'autre. Ils ne me répondraient seulement des trucs pour me rappeler que maman était morte, et qu'elle ne devait même pas être au courant que j'avais tenté de la rejoindre. Je soupirai, serrant plus fort la couverture contre moi. J'espèrais d'elle qu'elle me réconforte, qu'elle me fasse savoir que tout ceci était iréel. Mais le décor restait le même et peu à peu, je reprenais conscience de mes sens, alors qu'Abelforth me serrait encore plus fort contre lui.
- Lâche-là, tu vas l'étouffer, lança Gellert.
J'entendis mon frère grogner, avant de daigner me relâcher. Il se tourna vers Gellert, sans rien dire. Je savais qu'il lui en voulait, malgré tout. Il le haïssait pour ce qu'il faisait d'Albus, qui devait s'occuper de nous. Je préférais toujours lui dire de ne pas s'en faire, qu'on était bien tous les deux, mais il ne m'écoutait pas. Pas pour ça. Il rétorquait toujours en disant que c'était le plus vieux, ainsi que le plus irresponsable. Il disait que maman et papa n'auraient pas été fiers de lui, mais je savais qu'il avait tort. Je n'osais lui dire, par peur de le mettre en colère. Mais au plus profond de moi-même, je savais qu'ils auraient voulu qu'on vive heureux. Qu'on vive comme bon nous semblait. Tant que j'étais en sécurité. Et je l'étais, ici, à Godric's Hollow.
Je me rassis au coin du feu, complètement trempée. La glace qui s'était figée dans mes cheveux fondait vite, maintenant que j'étais au chaud. C'est au moment où j'éternuai que les garçons se remirent à me donner leur attention. Ils avaient été si gentils avec moi, ils s'étaient souciés, et ils m'avaient sauvé. Bien que j'aurais souhaité qu'ils me laissent là où j'étais, je leur devais toute ma gratitude, pour s'être souciés de moi. Mais surtout, je sentais que je devais beaucoup à Gellert, qui avait décidé de se joindre à mes frères pour me retrouver.
Bien sur, je n'étais pas idiote. Je savais que Gellert n'avait agi que pour continuer d'entourlouper mon frère dans ses histoires, mais qu'y pouvais-je donc ? Le pauvre était aveuglé par l'amour, et je croyais que c'était chose compréhensible. Je n'essayai pas de lui mettre des bâtons dans les roues, ni de lui faire entendre raison. Je savais que s'il fallait que nous ayions raison quant à son cas, Abelforth et moi, Albus s'en rendrait compte par lui-même. C'était un garçon très intelligent, et je le savais capable de renier à ses sentiments le jour où il se rendrait compte de ses torts. C'était irréfragable.
- Comment vas-tu, Ariana ? me demanda Albus, d'une voix douce, en déposant sa main sur mon épaule.
- Laisse-la tranquille, Albus ! Tu n'es même pas foutu de te soucier d'elle en temps normal, alors pourquoi maintenant ? rétorqua Abelforth.
J'avais du mal à croire que cela recommençait déjà. Je ne voulais pas voir mes frères se disputer, et encore moins maintenant. Je me crispai au fur et à mesure qu'ils renchérissaient l'un par dessus l'autre, par faute de mal de tête. Je haissais les entendre se disputer ainsi, mais il fallait que je me contrôle. C'était difficile pour moi, mais je savais qu'il fallait que je le fasse. Ainsi, il n'y aurait plus aucun problème. Ils pourraient enfin vivre l'esprit en paix, sans que ma présence perturbe chacune de leurs pauvres existences.
- Assez, murmurai-je, les mains sur les oreilles, afin d'empêcher le bruit qu'ils faisaient de trop me perturber. S'il vous plaît...
Gellert, qui fut le seul à avoir entendu ma requête apparemment, la cria à ma place, pour faire calmer mes deux pauvres frères. Je lui lançai un regard, pour le remercier une deuxième fois aujourd'hui. Mes frères se calmèrent, se décidant à bien vouloir se soucier de moi. Je ne voulais pas vraiment leur attention, j'aurais préféré qu'ils me laissent seule, mais pouvais-je leur en vouloir ? Je venais d'essayer de m'enlever la vie, pour rejoindre maman. J'avais été inconsciente, comme ils me diraient. Mais je ne m'en voulais toujours pas.
J'en avais marre de cette isolation. J'en avais marre de me cacher, de me faire constamment surveiller. J'aurais voulu vivre, vivre comme n'importe qui peut le faire. Mais cela ne m'était pas donné. Depuis l'incident, avec les deux garçons moldus, quelque chose s'était brisé en moi. Maman m'avait interdit de me rendre à Poudlard comme mes deux frères, pour mieux pouvoir me protéger. Mais tout cela me fatiguait. J'en pouvais plus de ces sornettes. Il fallait que je rejoigne l'autre monde, d'une manière ou d'une autre. Mes frères se porteraient beaucoup mieux ainsi.
- Ariana, me dit doucement Abelforth, on peut savoir pourquoi tu t'es enfuie ? Tu as failli mourir, nous nous sommes inquiétés, ton frère et moi.
Gellert roula des yeux et tourna les talons. Quant à moi, je ne répondis pas tout de suite, ne sachant que croire quant à leurs réaction. Je me renfermai dans ma couverture, encore grelottante. Je fixai le feu qui brûlait dans la cheminée, me surprenant à le trouver beau, plus que d'habitude. Je pris une grande bouffée d'air, puis me décidai à leur répondre.
- Je voulais être avec maman, pour Noël.
Ils décidèrent de ne pas me répondre, je crois. Des larmes se mirent à couler le long de mes joues. Larmes que je tentai de garder silencieuses, pour éviter une autre de ces crises. Doucement, mes frères, et mêmes Gellert s'approchèrent de moi, pour me serrer dans leur bras. Je me laissai faire, croyant que j'avais besoin d'eux maintenant plus que jamais.
J'étais triste pour eux. Mes frères me soutenaient, sans rien dire. Mes frères qui me témoignaient leur amour, sans se douter que ce que j'avais recherché, c'était surtout de partir loin. J'étais triste pour mes frères, qui ne savaient pas qu'un de ces jours, j'aurais réalisé mon objectif.
Et que ce jour, enfin, je serai loin d'eux.
