CHAPITRE 2 : Rencontres fâcheuses

Severus avait enfin réussi à se glisser dans cette fameuse chambre située au premier étage de la Tête du sanglier. Cela n'avait pas été sans mal, mais apparemment personne ne l'avait reconnu, ainsi emmitouflé dans sa cape, la capuche lui recouvrant la tête, ce qui dans un lieu aussi sordide ne paraissait nullement suspect. Il avait dû commander une boisson pour ne pas se faire remarquer, « Et voilà comment dépenser le peu qu'il me reste ! Se dit-il avec hargne ». Il s'était attardé à sa table, au fond de la salle, puis au moment où plus personne ne prêtait attention à lui, il s'était discrètement éclipsé vers l'escalier. En fait il était devenu un expert dans l'art de s'éclipser ces derniers temps…ironisa-t-il doucement. Par chance personne n'occupait cette chambre actuellement, en fait elle était souvent inutilisée, car la moins confortable.

Tout était comme dans son souvenir, rien n'avait changé depuis tout ce temps. Il avait occupé cette chambre pendant plusieurs mois lors de ces heures si sombres il y a près de vingt ans, mais il avait presque l'impression qu'il avait quitté cet endroit la veille seulement.

« Inutile de s'attarder sur ces souvenirs sans importance ! Tu te fais vieux Sev, tu deviens nostalgique on dirait !»

Il se dirigea directement vers le lit en fer situé contre le mur d'en face, le tira de quelques centimètres, et, un genou sur le lit, palpa le bas du mur qu'il venait de dégager. Il poussa un soupir de soulagement : son ancienne cachette était toujours là, il tira doucement un morceau de la plainte de mur, à ras du sol, révélant alors un creux peu profond, où se trouvait une boite en bois. Il s'en saisit : personne ne l'avait donc trouvée ! La chance était peut-être avec lui après tout ! Il avait placé cette boite il y a longtemps et n'avait pas pu la récupérer ayant dû partir précipitamment en ce temps là, mais finalement cela allait tourner en sa faveur aujourd'hui.

Il ouvrit la boite en retenant sa respiration : tout était bien là. Il en renversa le contenu sur la table située à côté du lit. Il observa le fameux bézoard qu'il était venu chercher, il y avait également divers autres ingrédients rares et plus ou moins interdits, entre autre une plume de phénix. Il avait oublié cette plume, mais celle-ci pourrait se révéler très intéressante dans son cas présent, étant un puissant remède à certains poisons.

Soudain il entendit des pas précipités dans le couloir se dirigeant vers la chambre où il se trouvait. Il se retourna vers la porte. Cela ne faisait aucun doute, deux personnes au moins venaient vers lui, mais il n'avait pas d'issue possible, la fenêtre étant trop petite. De toute façon même s'il avait pu s'échapper par cette ouverture il n'en aurait pas eu le temps, ses assaillants ayant déjà fait irruption dans la pièce, baguettes brandies vers lui. Il entendit une des personnes hurler « Experlliarmus » et sentit le sort le frapper en pleine poitrine. N'ayant plus de baguette lui-même, il ne pouvait parer le sort et le reçut de plein fouet tombant à la renverse sur le lit.

Il n'eut pas le temps de se relever que déjà une poigne de fer le saisit au collet, le tira du lit et le plaqua contre le mur opposé. Ses réflexes se faisaient vraiment plus lents à présent, ce poison se répandait de plus en plus, il fallait à tout prix qu'il puisse le ralentir. « Je suis maudit, j'y étais presque… »

- Lupin ! Black ! Que me vaut ce plaisir ? Cela faisait longtemps que je n'avais pas eu l'insigne honneur d'un tête à tête avec vous deux ! dit Severus en reconnaissant ses agresseurs. Maintenant il était fait ! Il ne voyait pas comment s'en sortir : soit ils allaient le tuer sur le champ, ce qui après tout, serait un moindre mal, soit ils le livreraient à l'Ordre ou au Ministère, et dans ce cas il préférait grandement la première option. Il se garda bien toutefois de livrer ses réflexions aux deux autres.

- Inutile de faire de l'ironie avec nous Severus ! Rétorqua Lupin, le fusillant du regard, expression assez rare chez lui d'ordinaire.

- Tu nous a donné du mal Snivellus, tu es plus doué que je le croyais en fugitif ! Cela fait plusieurs mois que l'on te courre après, te suivant de près mais te manquant de peu à chaque fois. Que mijotes-tu aujourd'hui ? Qu'es-tu donc venu chercher dans ce taudis ? Serais-tu donc nostalgique au point de revenir à tes premiers amours ? lança Sirius.

- Black ! Je vois que tu as repris des forces depuis notre dernière rencontre. Répondit Severus d'une voix grave et presque suave, en articulant chaque mot. Oh… mais peut-être ne te souviens-tu pas de notre dernière entrevue, au Ministère, alors que je t'arrachais à une mort certaine de derrière ce charmant voile noir ! Le ton se faisait plus rageur au fur et à mesure de la phrase. « Tu ferais mieux… »

Mais il n'eut pas le temps d'en dire davantage, Sirius s'était déjà jeté sur lui, écartant d'un geste brutal Lupin et frappant Severus, d'abord d'un crochet du gauche contre sa mâchoire puis du poing droit en plein ventre. Ce dernier se plia en deux sous l'impact et tomba à genoux, incapable de répliquer, que ce soit par geste ou verbalement. Sirius le releva sauvagement et le projeta contre la table. Severus s'y agrippa et s'efforça de rester debout. Il essuya d'un revers de manche le sang qui perlait de sa lèvre fendue et baissa le regard vers son ancienne plaie au flanc qui s'était remise à saigner, lentement. Son regard se posa alors discrètement sur le bézoard. Il pourrait peut-être s'en saisir, on verrait ensuite s'il trouvait un moyen de s'échapper ? Il glissa alors insidieusement sa main appuyée contre la table, tentant de cacher ce geste aux deux autres qui le fixaient intensément : il toucha le bézoard du bout des doigts puis parvint à s'en saisir et à le cacher au creux de sa paume.

Malheureusement Sirius revint à l'attaque et le plaqua à nouveau contre le mur, pour le frapper encore à l'abdomen. Severus entendit un gémissement s'échapper de ses lèvres et lâcha le bézoard, qui roula par terre.

- Alors on fait moins le malin maintenant, Snivellus ! Ta précieuse magie noire ne t'est plus d'aucun recours ! Réponds-nous donc quand on te parle ! Te ferait-on si peur que tu n'oserais plus parler ?

- Il me faudrait plus qu'un chien galleux et qu'un miteux loup-garou pour m'impressionner ! répondit Severus avec effort. Mais il sentait ses dernières forces le quitter peu à peu. Il lutta malgré tout pour ne pas perdre connaissance et garder un semblant de dignité en présence de ces deux acolytes.

-Tu n'as pas l'air d'être en pleine forme Snivellus ! Se moqua Sirius, la voix remplie de dédain et de mépris. N'arrives-tu donc plus à dormir, les meurtres que tu as commis troublent-ils ton repos en hantant tes cauchemars? Ou ton Maître aurait-il été mécontent de toi ? N'aurais-tu pas été un gentil mangemort, Snivellus ? Ce n'est pas bien d'être si désobéissant ! Qu'as-tu donc appris à Poudlard ?

Severus songea alors à ce fameux soir où il s'était rendu avec Dumbledore au Ministère pour libérer Sirius de sa prison voilée, un an auparavant. « Mais pourquoi avait-il cédé encore à Dumbledore ? Pourquoi avait-il accepté de « ressusciter » ce maudit Black alors que tous le croyaient bel et bien mort ? Tu te fais toujours avoir mon petit Sev ! Si tu n'avais pas cédé tu en serais débarrassé et tu ne l'aurais pas devant toi à l'heure qu'il est, à te hurler dessus comme une bête fauve ! » L'entretien que Severus et Dumbledore avaient eu à ce sujet un mois avant de libérer Sirius avait été assez mouvementé.

- Severus ! lui disait Dumbledore de son ton le plus calme mais aussi le plus catégorique, avec ce regard bleu perçant si caractéristique. Qu'avez-vous à sourire quand je vous parle de la mort de Sirius ? Savez-vous donc quelque chose que je devrais connaître ? Savez-vous quelque chose d'important concernant le voile de la mort, qui nous serait utile ?

Le sourire sarcastique presque diabolique qui s'était dessiné quelques minutes plus tôt sur le visage de Severus s'était alors instantanément effacé. « Oui il savait quelque chose sur l'arcade et le voile à travers lequel Black était stupidement tombé ! Et non il n'avait pas du tout envie d'en parler à qui que ce soit ni de faire quoi que ce soit, surtout si c'était pour faire revenir son ennemi de toujours, ce misérable animagus ! » Mais Severus croisa alors le regard de Dumbledore qui indiquait clairement que cette fois il ne pouvait se défiler.

- Oui je sais effectivement quelque chose sur ce voile ! maugréa Severus à voix basse presque inaudible et à contre cœur, après avoir hésité de longues minutes.

- Et puis-je savoir de quoi il s'agit exactement ?

- Ai-je vraiment le choix ?

- Non effectivement ! Je vous écoute Severus, vous avez toute mon attention ! lui répondit Dumbledore avec un large sourire bienveillant et ironique à la fois.

- Et bien… Sirius n'est peut-être pas mort ! dit-il dans un souffle. Je dis bien peut-être ! s'empressa de rajouter Severus en voyant le visage du vieil homme s'éclairer soudainement.

- Expliquez-vous, s'il vous plaît !

- J'y viens, mais si vous n'arrêtez pas de m'arrêter comment voulez-vous que je vous explique quoi que ce soit ? Lorsque quelqu'un traverse le voile de la mort, elle ne meurt pas… « tout à fait ». Elle se retrouve en fait prisonnière, je ne saurais dire où précisément, mais tant qu'une personne vivante pense encore à elle, elle ne meurt pas, son âme est… disons… « en attente ». Donc je pense que Sirius n'est pas mort, pas encore, tant que ce Potter pense encore à lui en tout cas !

- Intéressant ! Puis-je savoir d'où vous tenez ces informations ? Et connaissez-vous un moyen de le sortir de là ?

- Une question à la fois ! Pour répondre à la première, je crains que la réponse ne vous déplaise puisqu'il s'agit de magie noire… donc je n'en dirai pas plus. Quant à la seconde, peut-être que oui. Mais je refuse de prendre de tels risques pour un vaurien d'animagus ! répondit Severus un peu plus vivement qu'il n'aurait voulu. Le risque est beaucoup trop important, je ne suis même pas sûr d'être capable de réaliser un tel acte de magie noire ! Renchérit Severus ironiquement. Vous ne voudriez quand même pas que je replonge dans mes anciens penchants, Professeur Dumbledore ?

- Severus ! Le ton de Dumbledore montrait qu'il n'était plus du tout enclin aux sarcasmes. Ses yeux brillaient d'espoir et de colère à la fois. Je vous prierai de bien vouloir laisser vos petites querelles intestines d'adolescents mal dégrossis de côté. Il n'y en a pas un pour rattraper l'autre ! Je vous croyais plus intelligent que ça Severus ! se radoucit-il soudainement, un sourire malicieux sur les lèvres. Surtout que je devine que cela vous démange de tester ce « sortilège » et de tenter de repousser vos limites dans ce domaine ! Ne tentez pas de le nier, je ne vous connais que trop bien ! le coupa net Dumbledore avec un geste de la main alors que Severus s'apprêtait à répondre …et je ne vous reproche rien. Je vous fais suffisamment confiance pour savoir que ce ne sera pas cette petite incartade qui vous fera replonger vers vos anciens penchants.

- Vous n'allez quand même pas me dire que vous voudriez que je tente de sortir Black de ce mauvais pas ! Severus s'était brusquement levé et commençait à faire les cent pas de long en large devant le bureau de Dumbledore.

- Vous m'avez parfaitement compris Severus. Faut-il que je vous en donne l'ordre ?

- Non ce sera inutile ! répondit Severus d'un ton acerbe et amer, s'arrêtant du même coup de marcher.

- Combien de temps vous faudra-t-il pour vous préparer ?

- Je ne sais pas exactement. Je vous tiendrai au courant. Et Severus était sorti, furieux, faisant voleter ses robes derrière lui et claquant la porte.

Severus en était là de ses souvenirs quand il revint malgré lui à la réalité. Il entendait les sarcasmes de Black et les propos rageurs de Lupin sans vraiment les comprendre. Il vit Lupin ramasser le bézoard et se diriger vers la table pour prendre les différents objets étalés sur la table, il sentit une main le fouiller vraisemblablement à la recherche de sa baguette et vit se tourner vers lui des regards interrogateurs. « Ils peuvent toujours la chercher !» ricana intérieurement Severus, affichant un maigre sourire hautain. Sirius vit alors la dague, accrochée à la taille de Severus et s'en saisit, la dégaina de son fourreau et l'observa attentivement, apparemment intrigué. Il effleura du bout des doigts la lame tranchante : « Allez vas-y ! Coupe-toi avec cette lame ! Je pourrai enfin jouir et te voir dépérir à petit feu, rongé par ce poison qui enflamme mon sang actuellement ! Vas-y ! » pria Severus pour lui-même, mais Sirius tourna le regard vers lui. Comme s'il lisait dans les pensées de Severus et ne voulait pas lui donner satisfaction, il stoppa net son geste et rengaina la dague. Un silence pesant, inhabituel entre eux trois, s'installa soudain.

Finalement il se sentit traîner à l'extérieur de l'établissement, tous les regards se tournant vers eux sur leur passage, puis il reconnut la sensation désagréable du transplanage et se retrouva, toujours tenu fermement par Black et Lupin, dans une rue de Londres qui ne lui était pas inconnue : ils étaient en face du 12 square Grimmaud, le quartier général de l'Ordre du Phénix. Ainsi l'ordre n'avait pas été dissous et continuait ses activités ? Son procès allait donc commencer !

Et bien soit ! Il leur montrerait à qui ils avaient à faire !

Fin du Chapitre 2