Titre : Parce qu'il est tard, II.
Auteur : Johnnie Darko
Fandom : FullMetal Alchemist
Personnages/Couple : Roy Mustang, Riza Hawkeye, Elicia Hughes, (Grace Hughes), le souvenir de Maes.
Rating : K+/13. Après réflexion, sobrement mais franchement glauque.
Disclaimer : Hiromu Arakawa & Co
L'action se situe après la mort de Maes, aussi bien dans Brotherhood que dans le premier anime ou le manga, et dans la mesure où cet OS tient de la Darkfic, vous ne direz pas que vous n'avez pas été prévenus. Merci de m'avoir lue (bénies soient les statistiques du site), et bonne lecture à vous. Environ 1.200 mots.
II
C'est fini, ça va bientôt finir. Qu'est-ce qui doit donc s'achever ?
Il ne sait plus trop, à vrai dire. Sans doute est-ce sa paresse qui invective la pile de paperasse inutile qui le nargue, sans doute est-ce son dos qui le lance qui tente de se rassurer. Roy n'a plus idée de grand-chose, en fait.
Ça va finir. Lui, la vie, les femmes, Maes, la quête, le pouvoir, son rêve... L'innocence ? Lorsque les cauchemars viennent le saisir jusqu'au plus profond de sa détresse, il se revoit apprenant l'alchimie auprès de son vieux maître, et quand l'adolescent qu'il était s'en va, il rêve qu'il le rattrape pour lui expliquer qu'il fait fausse route, qu'il n'a rien compris et que le prix à payer est au-delà des souffrances qu'il se croit capable d'assumer. Seulement, l'enfant a peur du sang qu'il voit sur les mains de Roy, et quand celui-ci se réveille, les larmes ont abîmés les draps, les gants, le masque imperméable qu'il croyait inamovible.
Roy ne parle plus depuis que Maes a été abattu par l'homonculus. Il est rongé par un démon qu'il n'avait jamais imaginé. Lui dont les mains sont depuis longtemps marquées au fer rouge de l'assassin, qui ne rougit pas de ses péchés et de ses fautes, lui qui a vu la mort en face et l'a donnée arbitrairement pour ne pas encore lui succomber, il pleure quand il comprend que Maes ne pourra plus l'aider. Roy a trente ans et aujourd'hui, il sait qu'il est faible et que sa croix ne pourra jamais être portée que par lui. Il ne fréquente plus que quelques rares femmes, car aucune ne peut désormais réchauffer l'Alchimiste des Flammes, aha, quelle ironie, l'allumeur de service qui se consume de froid !
Pour la première fois, Roy doit accepter la défaite. Le nabot lui rappelle chaque jour qu'il ne pourra pas ramener Maes, non pas par manque de volonté mais par fatalité. Roy a froid et il a peur, car derrière l'ambition, il y avait ce partage avec son camarade qu'il ne retrouvera plus. Il se fiche bien du Beretta de Riza et de ses yeux réprobateurs qui ne le lâchent pas. Si elle a quelque chose à dire, qu'elle s'en acquitte maintenant, sans quoi son habituelle galanterie fera long feu, ahaha. Il en veut à la terre entière de ne pas voir qu'il est prêt à sortir l'arme qu'on lui a fournie et qu'il n'utilise plus. Depuis Ishbal, le calibre .9 est rangé soigneusement dans un étui que Roy n'ouvre que très rarement, mais l'arme est propre, et si elle doit servir contre son propriétaire, elle ne faillira pas à la tâche. Il sacrifierait le monde si cela pouvait étancher ses plaies.
Il ne sait pas s'ouvrir aux autres, alors il s'ouvre lui-même. Quand il est impatient de se purger, il saisit le premier couteau qu'un collègue aura laisser traîner et s'entaille la chair, assez durement pour que la marque reste quelques semaines, pas assez pour se dégoûter de ce qu'il fait. Il s'enlève la peau avec douceur, la regarde s'envoler avant de passer aux couches plus profondes. Quand enfin la chair apparaît, nue, délicatement rosée, alors la lame s'incline et tranche sur la longueur. Il apprend la douleur à sa propre école, sent son cœur pulser aux rythmes des jaillissements de son sang. Mais lorsque Roy a un réel besoin de déverser ce qu'il expulsait auparavant dans le combat, il passe son gant droit et se l'applique contre le torse, les jambes, l'intérieur de son bras gauche, et il contemple le sang, se délecte de ses nerfs qui hurlent, de cette si familière odeur âcre de chair consumée qui pour une fois est la sienne. Lorsqu'il souffre, Roy croit racheter ses erreurs. Il se hait d'aimer sa propre douleur et d'en arriver à la désirer chaque fois plus.
Il n'a pas le courage d'aller saluer la veuve de Maes comme celui-ci l'aurait souhaité. Il ne se souvient d'ailleurs même pas de son nom, elle n'était importante que quand Hugues était là pour se moquer de Roy. Quelques fois, il s'éclipse, aux environs de quatre heures, pour aller regarder Elicia qui joue dans la cour de l'école. Elle est si pure, si semblable à Maes et en même temps si entière qu'il a mal dans son plaisir à la contempler. Décidément, il fait tout à l'envers.
Roy sait qu'il les détruit tous. C'est ce qu'il se dit, les soirs de pluie, quand il est courbé sur la tombe de Maes. Il a tué les Ishbal, il a sacrifié des enfants, des vieillards, des humains qui l'ont regardé droit dans les yeux et dont il ne pouvait prétendre qu'il ne savait pas qu'il allait les anéantir pour rien. Il a toujours su, jusqu'au plus profond de lui-même, qu'il possédait un pouvoir qui pourrait le dépasser. Il a déjà la mort de Maes sur la conscience, il est en train d'assassiner Riza à petit feu -aha, il faut qu'il arrête de penser à cela-, et s'il continue ainsi, ce sera aussi le tour des frères Elric. Ils sont déjà bien partis sans lui, mais il n'arrange pas leur situation. En claquant des doigts, Roy s'arroge un droit de vie et de mort qui ne lui appartient pas. Il est un monstre. Une horreur difforme qui croit pouvoir améliorer les choses alors qu'il n'est que ressentiment et douleur. Il ne sort que quand la pluie bat son plein sur Central, parce qu'il est terrorisé à l'idée qu'il peut encore tuer. Il est impuissant sous la pluie, il se sent à la fois sale, lavé, engourdi, serein puis coupable. Lorsqu'il est humide, il sait qu'il ne peut plus rien contaminer ou détruire.
- Colonel, relevez-vous.
C'est bien évidemment la voix du Lieutenant Hawkeye. Qu'y a-t-il à y redire ? Il est vautré dans un cimetière, la pluie s'est infiltrée partout dans ses vêtements, le whisky n'a pas encore achevé d'agir sur l'haleine de Roy. Il se lève et la suit tant bien que mal. Ils ne disent rien. Le Lieutenant ramène Roy à son baraquement, sans esclandre, sans reproche. Ils savent que les mots briseraient le statut quo de leur marche.
- Colonel ?
- Lieutenant ?
Il voit qu'elle le déteste, mais elle lui fait pitié à vouloir le soutenir ainsi. Elle est encore jeune, qu'elle se construise une autre vie que celle-là, une qu'il ne pourra pas lui ôter parce qu'elle croit que Roy Mustang est un homme fort, et qu'elle ne voit pas qu'il s'est piégé à son propre jeu de celui qui en impose aux autres.
- Colonel, effondrez-vous. Mais ne vous avisez pas de croire que vous ne serez pas capable de reprendre la route. Vous êtes trop orgueilleux et trop honnête pour cela.
Il ne peut pas répondre. Il ne sait même pas si cela exige qu'on y donne suite, aussi salue-t-il vaguement sa collègue avant de s'écrouler dans sa chambre.
Le lendemain, lorsqu'il regarde Elicia jouer à l'école, il réalise que tous n'auront pas la force de se bâtir seuls comme lui l'a fait. Il ne touchera pas Riza de peur de la réduire en poussière, il tentera de ménager les Elric, et il portera seul sa croix, comme il l'a toujours fait.
Oui, je sais, c'est décidément d'une joie inénarrable. Euh, en attendant, j'aime bien les reviews (les inconditionnelles de Mustang ont le droit de me pendre -oui, c'est du féminin, soyons réalistes).
