Chapitre 2 : Iceburg
Le dénommé Iceburg tendit une main affable vers Paulie en guise de salut. Paulie se contenta de la regarder d'un air méfiant.
« - Des choses à nous dire ? Désolé, mais j'ai pas grand-chose à dire à un type qui m'a fait perdre ce que j'ai pu dégoter de mieux au marché jusque là !
- Tu veux dire ceci ? »
Paulie ouvrit des yeux immenses. De sa poche, l'homme venait de sortir un cigare que l'adolescent reconnut tout de suite. C'était bien un de ceux qu'il avait subtilisés !
« - Mais…comment vous avez fait ? Rendez-moi ça ! »
Il se jeta sur la main qui tenait le cigare, mais le bras du charpentier se leva instinctivement, maintenant hors de portée l'objet du désir de Paulie. La poisse ! Pourquoi fallait-il qu'il soit encore si court sur pattes, à son âge !
Paulie serra les dents. Non content de l'avoir ridiculisé devant l'agent de police, ce type s'amusait maintenant à le narguer !
« - Ecoute, calme-toi un peu. Je n'ai pas l'intention de garder ce cigare, et je suppose que si tu as fait toute cette course du marché rien que pour ça, c'est que tu le mérites, d'une certaine façon. Je vais te le rendre, à condition que tu te calmes et que tu acceptes de répondre à quelques questions.
- Hééé! Vous savez comment ça s'appelle ce que vous faites, là ? C'est du chantage ! »
L'homme se retint de rire en voyant le jeune délinquant lui donner une leçon de bonnes manières.
« - Ce n'est pas un bien grand chantage, il me semble. Après tout, j'aurais très bien pu te menacer de te dénoncer aux autorités si tu ne me répondais pas, ce qui n'est pas mon intention.
- Tchhh…Rien ne me dit que vous n'allez pas le faire ! »
Iceburg soupira.
« - Tu n'as pas l'air d'avoir confiance en grand monde, n'est-ce pas…
- Dans cette ville ? Ma parole, il faudrait être taré ! De toute façon, je ne sais pas pourquoi je perds mon temps avec vous…des cigares, je m'en trouverai d'autres, et un jour, j'en fumerai plus que toute cette ville sera capable d'en payer ! »
Paulie excédé, tourna les talons. La matinée n'avait pas si mal commencé, mais maintenant il en était sûr, encore une journée infructueuse, fatigante, complètement pourrie…oui, encore une.
Une voix l'interpella cependant, le coupant net dans son élan.
« - Tu as du talent, tu sais ! »
Quoi ? Paulie se tourna à nouveau vers le charpentier. Etais-ce bien à lui qu'il s'adressait ? Il était certain que personne n'avait jamais utilisé ces mots en s'adressant à lui.
« - J'ai vu ce que tu as fait tout à l'heure, sur le toit. De là où j'étais tu n'aurais pas pu me voir, mais j'ai vu la façon dont tu as accroché ta corde à cette fenêtre, et que tu es descendu. C'était une manœuvre risquée, et je sais qu'elle ne pouvait pas être due au hasard. Tu as vraiment visé, n'est-ce pas ? »
Paulie revint sur ses pas, doucement, prudemment.
« - Euuh ouais, j'ai visé, mais c'était pas la mer à boire non plus, même si c'était assez haut cette fois-ci…
- Tu veux dire que tu l'as déjà fait ?
- Chez moi, ouais. Ca m'a déjà permis d'en clouer plus d'un sur place, dans mon quartier ! »
Paulie ne put s'empêcher de sourire, en repensant à Clarkel et sa bande, de jeunes voyous qui faisaient leur loi dans la ville basse, et qui adoraient s'en prendre à plus petits qu'eux…Paulie en avait déjà fait les frais, même si racketter un traîne-la-rue comme lui était aussi utile que de chercher une piscine à Alabasta.
Ayant compris qu'il n'était pas en mesure de ne compter que sur ses poings pour se défendre, Paulie avait trouvé des moyens dérivés d'échapper au racket et de faire sa propre loi au quartier, en utilisant ses cordes.
« - Ouais, une p'tite astuce à moi, quoi. Des tours de corde comme ça, j'en ai encore quelques uns dans ma poche, et ma planque en est remplie ! Un vrai piège à rats pour ceux qui s'y aventureraient ! » reprit le jeune garçon, dissimulant mal une petite pointe d'orgueil.
- C'est bien ce que je voulais savoir justement ! Ta "petite astuce", comme tu dis, est loin d'être à la portée de tout le monde. Cette manœuvre, mal réalisée, aurait facilement pu coûter la vie d'un homme. Tu as de vraies facilités avec les cordes, je serais curieux de savoir où tu as appris ça.
Paulie fronça les sourcils. Ce gars était vraiment bizarre. Jusque là, on s'était toujours moqué de lui, et les charpentiers qu'il croisait la plupart du temps se contentaient de le menacer pour qu'il déguerpisse au plus vite de leur chantier.
« - Ben, je sais pas trop…j'ai appris par moi-même en fait, en traînant sur le chantier Sud-Est, depuis que j'suis gamin. Je regardais les gréeurs faire leur boulot, et j'ai appris deux, trois trucs comme ça que j'ai développés par la suite…mais on m'a rien montré, la plupart du temps, on essaie plutôt de me faire décamper avec des coups de pied au cul ! Faut dire que je leur ai déjà tiré pas mal de fournitures !
Le rire moqueur et arrogant de Paulie ne fit pas sourciller son interlocuteur.
« - Le chantier Sud-Est, tu dis…j'ai déjà eu l'occasion d'y faire un tour. Leurs modèles de vaisseaux ne sont pas des plus modernes, mais c'est vrai qu'il y a pas mal de bons gréeurs…. »
Dans la tête de Paulie, son entêtement à rejeter l'homme qui lui avait repris son butin se battait en duel avec l'insatiable curiosité qu'il conservait malgré tout pour le métier de charpentier. Cette dernière finit cependant par prendre le dessus.
« - Vous vous y connaissez bien en gréement ? Et c'est quoi votre type de bateau préféré ? Vous avez une spécialité ? »
L'homme aux cheveux bleu sourit. Il avait frappé juste, c'était bien le sujet idéal pour que le jeune sauvageon sorte de sa réserve.
« - Et bien, si ça t'intéresse, je te propose qu'on en parle en chemin…à dire vrai, j'aimerais beaucoup t'accompagner dans ton quartier, et voir ta… "planque" ? »
A ce moment-là, Paulie fut frappé par l'envie de se mettre des claques. Quel abruti ! Pourquoi avait-il fallu qu'il parle de ça ? Bien sûr, toujours ouvrir sa grande bouche au mauvais moment, c'était tout lui ! Il pouvait toujours espérer être tranquille, maintenant !
« - Non mais attendez, vous croyez qu'on est potes, ou quoi ? Pourquoi vous voudriez en savoir plus sur moi, je ne suis rien pour vous !
- C'est vrai, pour l'instant je vois surtout un adolescent effronté et terriblement têtu. Je pourrais très bien perdre mon temps avec toi…mais je vois aussi que tu sembles t'intéresser au métier d'ingénieur naval, et que tu as des capacités qu'il serait trop bête de ne pas exploiter. Je ne fais pas dans la flatterie hypocrite, tu sais. Quand j'ai dit que tu avais du talent, je le pensais. Ce que tu as fait, j'ai vu des adultes plus expérimentés s'y reprendre à plusieurs fois avant de réussir leur coup, et de manière bien moins précise. Du reste, je sens la curiosité en toi, et c'est même une qualité essentielle à tout bon charpentier.
- Charpentier ? Pff…j'ai rien d'un charpentier. Et je risque pas de le devenir avec tous ces pauvres types arrogants des chantiers de la ville qui se prennent pour des As, et qui méprisent les gars comme moi…Quand je traîne dans les chantiers, je reste toujours planqué, et je les regarde bosser de loin. Dès qu'on me remarque, c'est tout juste si on me balance pas des planches de bois dans la gueule.
- Si tu ne leur volais pas du matériel, ils t'accueilleraient peut-être plus chaleureusement… »
Paulie haussa les épaules d'un air contrit.
« - Nan, ça changerait rien…j'suis de la mauvaise graine pour eux, et quand bien même, pour le peu qui m'ont adressé la parole, c'était pour me dire qu'on n'avait pas besoin d'un petit freluquet comme moi.
- Donc, tu leur as demandé. Tu leur as demandé de travailler avec eux au chantier. »
Paulie rougit comme une pivoine. Et merde, il avait encore parlé sans réfléchir, c'était vraiment une sale habitude.
« - Oui bon d'accord, ça me plairait de bosser dans la construction, c'est le boulot idéal dans ce bled de toute façon ! Je pourrais au moins gagner mon propre fric pour m'acheter mes bouteilles sans me faire courser par les flics… »
Tourner la motivation vers l'argent, Paulie pensa que sur ce coup-là, il ne s'était pas si mal rattrapé.
« - Mais bon, ça se fera jamais, j'ai pas de formation pour, et j'ai pas de piston non plus…
- Je n'ai nullement l'intention de te servir de piston, reprit le charpentier, mais je crois que je peux sans doute t'apprendre deux ou trois choses, si tu en as envie, bien sûr.
- Ah ouais ? Vous savez bien la ramener ! Vous vous croyez doué, peut-être ? »
L'homme eut un sourire amusé, teinté d'une pointe de malice.
« - Sans me lancer de fleurs, je crois que c'est le cas, effectivement. »
Paulie ne put s'empêcher de lui rendre son sourire malicieux.
« - Alors là, il faudra me le prouver !
- Je le ferai, si tu me fais confiance, et me laisses l'occasion de rentrer un peu dans ton monde… »
Paulie tenta de déceler quelque chose dans le regard de son interlocuteur, qui trahirait d'éventuelles mauvaises intentions. Il n'avait pas eu besoin d'atteindre l'âge adulte pour comprendre qu'il existait de nombreuses personnes mal intentionnées, et prêtes à jouer d'hypocrisie pour manipuler les autres à leur guise. Ces personnes-là, Paulie en avait déjà croisé, et il pensait avec certitude qu'il était à présent capable de les renifler de loin.
Mais dans les yeux du charpentier aux cheveux bleus, il ne vit pas tout ça. Pas d'hypocrisie, de mauvaises intentions déguisées, ou simplement de malveillance. L'homme lui rendait un regard franc, droit, et son expression était redevenue neutre. Il semblait attendre la réaction de Paulie, patiemment.
Paulie avait du mal à le cerner, mais il ne sentait pas le mal en lui. De toute façon, quel tort aurait-il pu lui causer ? Il n'avait pas grand-chose à donner, pas grand-chose à perdre…et il avait encore moins besoin de quelqu'un pour se mettre dans de sales draps ! Ce type était un professionnel qui lui proposait de l'aider. Qui lui disait qu'il avait du talent, des qualités à développer. Des choses qu'on ne lui avait jamais dit, et encore moins sincèrement, en le regardant dans les yeux, en ayant vraiment l'air d'y croire.
Peut-être que c'était finalement l'occasion de baisser sa garde, ne serais-ce qu'un peu. Peut-être que pour une fois, il y avait une chance pour lui d'apprendre réellement de quelqu'un, de prendre un risque qui pourrait lui apporter plus que quelques objets volés…Et si ce type essayait de m'embobiner ou de me jouer un sale tour, je m'en débarrasserais, et je rebondirais, se dit Paulie.
- Je fuirais, lui souffla une petite voix dérangeante, dans un coin de sa tête.
« - C'est bon, je veux bien vous montrer ma planque…Mais j'habite pas dans le coin, alors c'est peut-être pas votre chemin ! »
L'homme étira longuement ses bras derrière sa tête, et bailla à s'en décrocher la mâchoire.
« - Ce n'est pas grave. Ce n'est pas comme si j'avais des choses à faire aujourd'hui , de toute façon. Tu viens ? »
Il se gratta alors le crâne d'un geste nonchalant, puis emboîta le pas à Paulie.
L'adolescent eut une petite moue incrédule. Mouais, vraiment un type bizarre.
En descendant d'un pas calme les rues pavées menant aux principaux canaux, Iceburg remonta le sac de toile chargé de planches qui lui glissait de l'épaule. Il n'avait pas trouvé grand-chose d'intéressant niveau boiseries aujourd'hui, mais il n'avait peut-être pas fait un si mauvais choix en passant par cette ruelle.
Il avait menti en disant qu'il n'avait rien prévu en ce jour. En se levant ce matin, il avait décidé de faire une prospection chez un nouveau fournisseur de bois à la ville haute, afin de juger de la qualité de son matériel. Il était persuadé que les divers ouvriers qui peuplaient Water 7 ne mettaient pas à profit les qualités de leurs entreprises, et se montraient bien trop égoïstes et exigeants dans leur manière de gérer leur affaire.
Après toutes ces années passées au sein des Tom's workers, Iceburg avait appris à se satisfaire et tirer le meilleur parti du minimum, lui qui avait travaillé dans une décharge. Il s'était néanmoins toujours tenu au courant des problèmes de la ville, les entreprises qui fermaient les unes après les autres, le commerce délicat à cause des prix toujours à la hausse, les patrons toujours plus intransigeants et avides de faire des profits…
L'amour du travail bien fait, de leurs bateaux qu'ils se donnaient tant de mal à construire semblait parfois passer au second plan, pour tous ces artisans.
Jamais il n'aurait à regretter d'avoir aidé à la construction du Puffing Tom, mais il y avait encore tant à faire pour que la ville sorte enfin la tête de l'eau, au propre comme au figuré…C'était sa ville. Il y avait grandi un peu comme un paria dans son cimetière de pièces détachées, avec sa petite « famille », plus ou moins exclu du fourmillement des allées pleines de monde…mais il ne l'aimait pas moins.
Tom aussi avait aimé Water 7 de tout son immense cœur d'homme-poisson, et c'était son vœu le plus cher de la faire renaître de ses cendres.
Iceburg avait conscience qu'à ce jour, il ne restait plus que lui pour continuer le travail de Tom, et redonner enfin le sourire aux habitants de la majestueuse ville d'eau, qui avait tant perdu de son prestige. Mais il y avait tant à faire. Trop à faire peut-être. Bien sûr, rien ne l'y obligeait, mais c'était ce qu'il voulait néanmoins. Il voulait le faire pour son maître, et pour lui aussi, pour se donner un but, et ne pas se laisser aller à sa tristesse.
Depuis l'arrestation de Tom et la mort de Franky, il avait réussi à trouver un travail de charpentier dans un petit chantier à l'est de la ville, à l'opposé de la décharge où il avait toujours travaillé. Il savait nécessaire de couper les ponts d'avec son ancienne vie. Ici, on ne connaissait pas l'ancien apprenti de Tom, on ignorait qui était Iceburg, et dans ce petit appartement qu'il avait pu louer, il avait recommencé son aventure du début. Avec un peu de chance, il faudrait du temps au Gouvernement pour le retrouver et finalement découvrir qu'il était à présent le possesseur des plans d'une arme monstrueuse. On remonterait jusqu'à lui, c'était évident, mais jusque là il espérait que sa survie en tant que dernier des Tom's workers, ne serait pas inutile à la ville.
Water 7 pouvait s'en sortir, il en était certain. Encore fallait-il que ses habitants en aient envie. Un immense potentiel dormait au sein de ces ruelles, de ces canaux, de ces chantiers qui tenaient toujours debout, il fallait simplement leur donner l'impulsion qui leur redonnerait foi en l'avenir, et surtout faire de bons choix.
Iceburg sentait que le poids pesait lourd sur ses épaules, et souvent, après des journées à écumer les chantiers et rencontrer des artisans désabusés, il se demandait si la force du désespoir contre laquelle il se battait n'était pas simplement bien trop puissante pour lui.
Il lorgna du coin de l'œil l'adolescent qui trottait sur ses talons. Peut-être pas finalement. Ce garçon était la preuve même que Water 7 recelait encore des trésors, qu'il fallait être prêt à découvrir et entretenir, avant qu'ils ne rouillent, abandonnés de tous. C'est encore ce que Tom lui avait dit un jour. A propos de Franky. Et de lui-même, maintenant qu'il y repensait.
« - Où m'as-tu dit que tu vivais, déjà ?
-…je vous l'ai pas encore dit, en fait. C'est vous qui êtes parti de vous-même…j'habite au Sud-est de l'île, dans un quartier de la ville basse qu'on appelle "La Ratière".
La Ratière…Il connaissait de nom, et savait par réputation que ce n'était pas le quartier le plus facile de la ville, loin de là. Il n'y restait plus qu'un chantier, et les artisans honnêtes s'y faisaient rares. Y vivre ne devait pas être une partie de plaisir au quotidien.
« - Je vois…autant prendre un Yagara alors, nous nous y rendrons plus facilement. Et ce sera moins fatigant pour toi, après tout ce chemin que tu as déjà du faire en courant.
- Bof, faut pas s'en faire pour moi…j'en n'ai pas l'air, mais j'suis un gars robuste, je peux en faire des kilomètres sans me fatiguer ! »
Iceburg sourit devant la bravade du jeune garçon. Il le détailla discrètement. A vue d'œil, il ne lui aurait pas donné plus de douze ou treize ans. Sa démarche qu'il voulait assurée ne permettait pas de cacher sa silhouette encore enfantine, ses jambes maigrichonnes, ses frêles épaules…Il suffisait cependant de le regarder marcher pour comprendre qu'il ne désirait qu'une chose : qu'on le prenne enfin au sérieux, comme le gosse qu'il n'était plus, ou se battait pour ne plus être.
Vouloir grandir trop vite n'était pas une bonne chose, mais Iceburg comprenait pourquoi beaucoup des jeunes habitants de l'île le souhaitaient. Devenir enfin assez solide pour combattre les soucis quotidiens, ou simplement pour enfin partir de l'île, et trouver peut-être du travail et un meilleur avenir ailleurs.
Le garçon reprit. « - Et puis vous n'allez pas louer un Yagara juste pour me ramener, je veux pas vous devoir quoique ce soi ! Surtout avec le prix des locations de nos jours, franchement du vol !
Iceburg laissa malgré lui échapper un petit rire à cet éclat de voix.
« - Quoi ? Qu'est-ce que j'ai dit de drôle ? »
L'adolescent avait sur son visage une expression outrée, cocasse malgré elle, qui manqua d'arracher un nouveau rire à Iceburg, mais il se retint. Finalement, ce petit bonhomme aura au moins eu le mérite de le faire sourire, ça ne lui arrivait plus si souvent…
« - Rien, ne t'en fais pas, c'est nerveux…et puis je n'aurai pas à le louer. Il se trouve que je connais bien l'un des éleveurs de Yagara de ce coin. Je lui ai rendu un service il y a quelques mois, et depuis il me permet d'utiliser ses montures gratuitement.
- Woaaah, super pratique ! Vous avez fait quoi pour lui ?
- Juste quelques réparations. Tu vas voir, nous sommes presque arrivés.
Après avoir rejoint les rues principales, et retrouvé par la même occasion le brouhaha des passants, ils arrivèrent bientôt à la devanture d'une petite bâtisse en pierre, assez modeste de premier abord, située à l'angle d'une rue.
Le magasin de location était vide. Iceburg n'en fut pas surpris, c'était une zone plutôt calme, qui n'était que peu envahie par le tourisme . Les boutiques de location de Yagara de la place marchande de leur côté, désemplissaient rarement.
Il salua amicalement le patron.
« - Bonjour Sevigno, comment vont les affaires ?
L'homme à la corpulence chaleureuse sourit de toutes ses dents.
« - Aah, Iceburg ! Ca fait plaisir de te revoir ! Toujours en pleine recherche de matériaux, à ce que je vois ! Ma foi, pour ma part les affaires ont déjà été plus fructueuses, mais je me plains pas, je peux toujours nourrir la famille ! Et mes bêbêtes ne se plaignent pas non plus !
Des hennissements joyeux venant de l'arrière salle leur parvinrent aux oreilles. Sevigno faisait partie des personnes qu'Iceburg était ravi d'avoir pu connaître à Water 7. Une personne qui allait de l'avant, et ne baissait jamais les bras, malgré les temps difficiles.
Il sourit.
« - Ne t'en fais pas, c'est tout juste le début des fêtes du Printemps à Saint Poplar, beaucoup de vacanciers vont en profiter pour venir faire un peu de shopping chez nous, et participer à la course de Yagara annuelle ! Je venais justement t'emprunter un Yagara pour quelques heures. J'ai avec moi un jeune homme que je souhaiterais raccompagner.
Il tourna ses yeux vers le garçon blond qui gratta nerveusement son talon par terre en évitant de croiser un regard, visiblement un peu gêné. Naturellement. La situation n'était pas habituelle pour lui, ses relations avec les commerçants devaient être plutôt conflictuelles, à l'accoutumée.
Sevigno éclata cependant d'un rire accueillant qui, l'espace d'un instant, rappela à Iceburg son cher maître Tom.
« - Alors entre mon garçon, dit le commerçant en appuyant une main sympathique sur la jeune épaule. Puisque tu es manifestement un invité d'Iceburg, je te laisse choisir ta monture !
L'adolescent entra précautionneusement, comme s'il s'attendait à se faire jeter dehors à tout instant.
Dans le bassin principal, quelques Yagara l'accueillirent curieusement, s'approchant toutes dents dehors du nouvel arrivant.
Sevigno et Iceburg le rejoignirent rapidement. Le garçon passa une main distraite sur la tête d'un des Yagara- qui s'y frotta affectueusement- son regard visiblement plus attiré par la structure de la pièce.
Le hangar semblait avoir été refait récemment. Les murs étaient propres et en bon état, sans la moindre fissure, et les portes de bois solide étaient renforcés de métal. L'adolescent s'arrêta devant le levier d'une sorte d'engin de levage.
Sevigno s'approcha à son tour.
« - Du bon boulot n'est-ce pas ! Je ne sais pas si Iceburg t'as raconté, mais c'est lui qui a complètement reconstruit mon hangar il y a quelques mois de ça, un travail excellent !
- Ah ouais ? Vous voulez dire tout seul ?
- Mais oui ! Peu de temps après la dernière Aqua Laguna, les murs de mon bâtiment qui avaient beaucoup souffert ces dernières années et dont je n'ai pas eu le temps de m'occuper ont fini par s'effondrer. Les fondations ont lâché et le mur extérieur ainsi qu'une bonne partie du plafond se sont écroulés. Un de mes meilleurs Yagara a été tué dans l'accident, et moi-même en tentant de les aider, je me suis gravement blessé au bras.
Mes voisins avaient leurs propres problèmes, et les charpentiers de la ville étaient trop occupés à réparer les dégâts causés par cette fichue vague infernale, d'autant que financièrement, j'étais dans une mauvaise passe et avait bien du mal à m'assurer leurs services.
Il se trouve qu'un bon coup du sort a placé Iceburg sur mon chemin ce jour-là. Il n'a pas cherché à comprendre, a pris ses outils et a tout retapé en l'espace de quelques heures, sans me demander quoique ce soit.
Regarde ça, gamin ! Regarde comme les finitions sont impeccables ! Il a tout fait avec du matériel de récupération, mais c'est aussi solide que du neuf ! Et tu vois cet engin ? Un idée bien utile qu'il a eue dans la foulée…un système de petits ponts levis pour permettre à mes bêtes de passer d'un bassin à un autre, en contrebas et plus protégé, au cas où de nouvelles intempéries viendraient encore à les mettre en danger.
Je te le dis mon garçon, ce type-là a de l'or dans les mains, un sacré bon charpentier ! Du talent, de bonnes idées et un bon cœur, c'est ce qu'il manque, dans cette ville ! »
Iceburg, embarrassé, passa une main dans sa nuque.
« - Allez Sevigno, n'exagère pas, je suis bien tombé c'est tout, ça m'a paru normal de t'aider, tout simplement.
Il vit l'éleveur faire un clin d'œil à son jeune compagnon.
« - Et modeste, avec ça ! »
Le jeune blond se garda de faire d'autres commentaires, et pendant quelques instants se contenta d'arpenter lentement le hangar, passant sa main sur les rivets parfaitement montés.
Iceburg prit alors l'initiative, après quelques minutes de discussion avec le commerçant.
« - Bien, Sevigno, nous allons y aller. Porte-toi bien, et passe le bonjour à Reya et aux enfants de ma part !
- J'y manquerais pas ! Salut Iceburg, bon courage dans tes recherches, et ne te laisse pas démonter par ces requins, surtout ! Salut à toi gamin, bon retour ! »
La traversée des canaux sur le Yagara se fit d'abord dans un silence religieux, qui surprit un peu Iceburg. Son jeune compagnon semblait perdu dans ses pensées depuis son passage chez Sevigno. Tenant les rênes de l'aimable monture, il lui jeta un coup d'œil. Le garçon se mordait la lèvre, une moue songeuse sur son visage tanné par le soleil, contrastant avec ses épais cheveux blonds.
Iceburg sentait que quelque chose lui brûlait la langue, mais qu'il n'osait l'exprimer. Il finirait bien par en avoir le cœur net. Et finalement…
« - Pourquoi vous avez fait ça ? Ce type n'aurait pas pu vous payer, rien ne vous obligeait à retaper sa baraque !
- Ca te semble donc si improbable que l'on puisse aider quelqu'un dans le besoin, sans avoir une carotte sous le nez ? Cet homme était en détresse, et personne n'était en mesure de l'aider. J'ai fait ce qui me semblait indispensable, à ce moment-là.
Tu sais, c'est très gratifiant de se rendre utile, surtout en faisant quelque chose que tu aimes. Il n'y a rien qui ne te pousse plus vers l'avant que de reconstruire ce que l'on s'est acharné à détruire. Ce n'est pas toujours facile, mais c'est de cet effort-là que l'on retient le plus de satisfaction. »
Le jeune garçon le regarda d'un air intrigué, puis baissa les yeux, retombant quelques instants dans le silence.
Iceburg tourna à nouveau son regard vers le canal.
« - En tout cas …c'est du sacré bon boulot. Le vieux n'a sûrement pas tort, vous devez être un sacré bon charpentier.
Iceburg étonné, esquissa à nouveau un sourire.
« - Eh bien…je te remercie, jeune homme.
Quelques secondes s'écoulèrent encore dans le calme. Iceburg observa au loin les passants qui se promenaient paisiblement dans les ruelles et sur les canaux baignés de soleil de Water 7. C'était une belle journée.
« - …Paulie. J'm'appelle Paulie, M'sieur. »
Iceburg se retourna à nouveau. L'adolescent se gratta l'oreille d'un air gêné, en évitant son regard.
« - Je te remercie, Paulie. »
Voilà pour ce deuxième chapitre! Et je tenais à dire un immense merci à MogowKo, ChocOlive Flamous et XoXonii pour leurs commentaires vraiment très gentils et encourageants (ainsi que pour les câlins et les olives au chocolat, je suis gâtée ;))! Je n'avais jamais vraiment écrit avant, et je suis heureuse que mon style puisse plaire, ainsi que ce début d'histoire en elle-même. Et ravie de savoir qu'il reste des fans de Water 7 et de ses plus chers habitants!
J'étais partie pour ne faire que trois chapitres à tout casser, mais je me prends au jeu de l'écriture...je ne peux pas m'empêcher de détailler bien plus que ce que j'avais prévu au départ!
Je ne sais pas quand le prochain chapitre sera pondu, mais comme je ne suis pas en vacances et et que je boulotte pas mal en ce moment, ce sera sans doute un peu plus long à faire...mais il y en aura un! Alors à bientôt!
