Seconde partie

Dean avait fini par rentrer au QG. Un bras lui avait été arraché par un sort et il était en état de traumatisme profond mais au moins, il était vivant. Dénaï, une ancienne Serdaigle de deux ans l'aînée d'Hermione était revenue elle aussi. Son mari s'était sacrifié pour lui laisser le temps de s'enfuir. Tous les autres étaient morts semblaient-ils, le moral avait du mal à être optimiste. Certes, un horcruxe de plus avait été détruit mais sans Harry, comment détruire Voldemort ? Et puis, qui leur disait que le gouvernement serait renversé par la seule mort de leur chef ? Peut-être qu'un autre sorcier prendrait la place de tyran. Est-ce qu'il y avait, parmi les civils, encore des personnes de leur côté ?

Malgré ses tentatives, Hermione avait de grandes difficultés à motiver les troupes.

-Il ne reste plus qu'un horcruxe !, essaya-t-elle de tempérer. Nous n'avons jamais été si proche du but.

-Nous n'avons jamais été si peu nombreux… souffla Seamus encore remué par les blessures de Dean.

-Hermione, appela doucement Hagrid. J'pense qu'on d'vrait arrêter d'se battre cette fois… On rest'rait ici, entre nous. On est à l'abri ici.

-Nous avons perdus suffisamment des nôtres, approuva Kingsley.

Dans un coin, Fleur jouait doucement avec sa fille, Victoire. Bill avait été un des nombreux Weasley à perdre la vie au cours des dernières années. Le regard des deux femmes se croisa et Fleur soupira avant de se lever, forte.

-Quelle sera ma prochaine mission Hermione ?, demanda la française sans l'ombre d'un accent.

La salle sembla se taire et, silencieusement, Hermione remercia Fleur de tout cœur.

-Je n'ai pas de nouvelles de Luna, annonça l'ancienne Gryffondor. J'aimerais envoyer une équipe sur le lieu du journal pour voir s'ils n'ont pas été victime d'une attaque. Bien sûr, seuls les volontaires iront.

Un brouahah envahit la salle de réunion. Hermione focalisa son attention sur Fleur. Molly s'était rapprochée de la française et la serrait dans ses bras. Si Fleur s'était remise de la mort de Bill, c'était pour Victoire. L'aide de Molly avait été très importante dans son combat contre le chagrin. Malgré leurs pertes, les deux femmes n'avaient jamais cessé d'être fortes. Molly disait que c'était le gêne Weasley et Fleur souriait, heureuse d'être enfin acceptée.

Ginny se rapprocha d'Hermione et lui prit la main.

-Je veux en être.

Hermione ferma douloureusement les yeux. Elle perdait des amis tous les jours. Elle envoyait des personnes dans les bras de la mort chaque semaine. Mais c'était toujours plus douloureux lorsque les volontaires faisaient partis de son cercle proche. Depuis la mort de Ron, et peut-être même avant, Ginny en faisait partie.

-Je comptais…, commença Hermione gênée.

-Non Hermione, coupa Ginny. Shadya a besoin de sa maman et tu n'es pas encore remise de tes blessures. Rappelle-toi notre accord.

Un soir, alors que les deux jeunes femmes n'arrivaient pas à dormir, elles s'étaient retrouvées dans la chambre dédiée aux enfants. À l'époque, Shadya et James dormaient dans la nurserie. Elles avaient regardé leurs enfants en silence puis s'étaient promises de ne jamais partir en mission en même temps. Marraines réciproques, elles avaient juré que, s'il arrivait quelque chose à l'une d'entre elles, l'autre serait là pour s'occuper des deux enfants.

Hermione savait que son amie avait raison : ce serait du suicide de partir maintenant, elle devait encore se soigner. Elle hocha positivement la tête. Elle constituerait un plan sans faille pour cette mission. Elle ne supporterait pas de perdre celle qui était devenue une sœur.

-Et puis au moins, sourit Ginny sans joie, je ne serai pas inquiète pour mon frère.

Après la mort de Charlie, Molly avait été inconsolable. Elle avait déjà perdu Fred, Ron, Bill, Arthur et même Percy. Il ne lui restait plus que Ginny et George. Aussi, tout deux avaient décidé de ne pas partir en mission en même temps. La Guerre était sans pitié.

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Ginny était à la tête de l'opération. Elle échangea un regard avec Fleur. C'était trop calme. Le calme avant la tempête.

Un instant, la rouquine fut tentée de partir, de rentrer au QG et d'éviter un massacre. Mais elle n'était pas lâche. Et si certains de ses amis étaient encore en vie, alors elle ferait tout pour les sauver. Elle ne se rappelait que trop bien l'état dans lequel Neville leur avait été rendu, après avoir été pris en otage. Cela ne recommencerait pas, pas si elle en avait le pouvoir.

Pointant sa baguette contre la porte, Ginny murmura un sortilège. Les morceaux de bois volèrent dans l'air.

Aussitôt, un sort lui frôla l'oreille.

La seule chose que Ginny put voir avant de se battre fut les corps, suspendus. Et les visages difformes de coups de Luna et Cho.

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Des pas précipités se firent entendre dans le couloir et le coeur d'Hermione eut un raté. Elle sut, avant même que la porte ne s'ouvre, que l'équipe était rentrée.

-Les enfants ?

James, Shadya, Victoire et Fred, le fils de George, relevèrent la tête et la regardèrent avec sérieux.

-Restez ensemble. Vous ne sortez pas d'ici, d'accord ?

Les quatre enfants hochèrent la tête. Il n'était pas rare qu'ils aient de telles demandes de la part des adultes. James, Fred et Victoire étaient suffisamment grands pour comprendre que ce n'était jamais bon signe. C'était lors d'une journée similaire que Victoire avait perdu son père.

-Maman va bien, pas vrai marraine ?

Hermione avait horreur de cette question. Préférant ne pas mentir, elle s'approcha de son filleule et, après avoir dégagé une mèche noire de son visage, embrassa son front. Les yeux bleus de Victoire étaient aussi effrayés que ceux verts de James et Hermione eut un faible frisson. Au fond d'elle, elle savait déjà que l'une de ses deux amies avait eu un problème. L'agitation était trop grande et lorsqu'une mission échouait ou était entravée, peu étaient ceux qui rentraient. Hermione priait juste pour que les deux femmes soient rentrées, peu importe leur état. Un instant, Hermione se rendit compte de sa pensée horrible : elle espérait que tous étaient rentrés. Elle pensa une seconde aux visages qui l'avaient accompagné et lui faisaient confiance depuis des années : elle ne voulait perdre personne.

-Hermione ?, demanda la voix cassée de Victoire.

La petite blonde avait déjà les yeux pleins de larmes et cherchait une promesse qu'elle n'obtiendrait pas. La chef de l'Ordre lui plaça une mèche d'or derrière son oreille et caressa sa joue. Puis, comme pour James, elle embrassa le front de la fille de Bill.

Hermione se tourna alors vers sa fille qui n'avait pas bougé. Dans sa main se tenait toujours sa peluche préférée, un cerf que lui avait offert Harry, son parrain. Hermione se pencha vers sa petite fille de quatre ans qui la regardait avec un sérieux qui la fit frissonner. Shadya n'aurait jamais dû avoir un air si grave pour son jeune âge. Alors qu'elle allait déposer un baiser sur son front, Shadya prit sa mère dans ses bras avec l'intention de ne plus la lâcher.

-J'ai peur Maman, avoua la petite fille.

-Je sais mon Trésor, murmura Hermione en lui caressant le dos. Il faut que tu sois courageuse. Reste avec les autres, tu es en sécurité ici. Je reviens le plus vite possible, je te le promets.

Hermione obligea sa fille à la lâcher puis embrassa son front. Après un dernier baiser maternel accordé à Fred, Hermione quitta la chambre de James. Le couloir était vide. La femme de Remus se précipita jusqu'à l'infirmerie.

La porte était ouverte et un vacarme de panique se faisait entendre. Hermione croisa le regard mouillé de Molly et sentit ses genoux se perdre.

-Où est Victoire ?, demanda la matriarche avec tristesse.

-Et Ginny ?, demanda Hermione avec horreur.

-Je suis là, lui répondit son amie la voix hachée.

Hermione se précipita vers l'épouse Potter et la prit dans ses bras.

-Je n'ai rien.

Hermione se permit à respirer correctement mais fut incapable de lâcher son amie. Elle tremblait de tous ses membres.

-Je n'ai rien, répéta la rouquine.

-Fleur est… ?, chuchota Hermione incertaine de vouloir une réponse.

Les deux jeunes femmes se séparèrent. Le regard de Ginny était grave.

-Dans le coma.

-Au moins elle…

-Elle a perdu l'usage de sa jambe gauche et on ne sait pas encore si c'est temporaire ou permanent. Elle a perdu connaissance à cause d'un sort mais on ne sait pas lequel.

-Et Luna ?

Ginny secoua la tête à la négative. Elle refusa de repenser à ce qu'elle avait vu.

-C'était... Une boucherie. Aucun d'entre eux n'était vivant, Hermione. Les mangemorts nous attendaient, c'était un piège, un piège macabre.

-Je suis désolée, se cassa la voix d'Hermione.

Ginny serra la main de son amie et lui sourit tristement.

-Non Mione, on devait savoir.

Hermione regarda soudainement aux alentours. C'était la panique. Des brancards étaient éparpillés dans tous les sens. La jeune maman croisa le regard de George qui essayait de soigner Warren, un membre de l'opération blessé. Hermione sut qu'il était temps qu'elle prête main forte aux survivants.

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Ginny serrait son fils dans ses bras. Il ne pleurait pas, mais elle sentait sa tristesse. Son coeur de mère hurla du mal que faisait cette guerre. Son petit garçon aurait dû grandir avec son père. Il aurait dû avoir des frères et sœurs. Il aurait dû avoir un grand jardin, apprendre à jouer au Quidditch. Il aurait dû aller à l'école, pas apprendre avec les membres de l'Ordre. Heureusement que sa grand-mère, Molly, avait élevé une famille nombreuse. Fred junior, Victoire, Shadya et James n'étaient pas les seuls enfants du QG. Des dizaines de familles s'étaient réfugiées avec eux. Ils étaient si nombreux qu'ils avaient fait une deuxième puis une troisième cabane. Elles étaient à peine visibles derrière la première, mais elles étaient bien réelles.

Ginny avait toujours vécu entourée de monde, de bruit. Mais elle n'aurait jamais imaginé avoir besoin de solitude à ce point. Harry lui manquait. Parfois, elle se sentait faible, terriblement faible. Son coeur était constamment sur le point d'exploser, de craquer pour de bon sous le poids de la souffrance accumulée. Mais elle tenait bon, pour James. Pour que ses yeux verts continuent d'illuminer sa vie.

Parfois, Ginny regrettait presque son égoïsme. Avec Harry, ils avaient fait un enfant par amour, parce qu'un jour elle avait dit qu'elle aurait voulu avoir un enfant, qu'elle aurait voulu qu'ils puissent connaître ce bonheur. Elle n'aurait pas cru alors qu'ils auraient été assez fou pour le faire. Certes, l'arrivée de James leur avait redonné de l'espoir. Mais il n'était pas venu au monde pour de l'espoir. Un soir, Harry l'avait regardé. Il lui avait pris sa potion contraceptive des mains avant qu'elle puisse la boire et lui avait dit « Cette guerre ne finira peut-être jamais. Je vais sûrement mourir de peur mais je suis d'accord. Faisons un enfant Ginny. J'ai envie que nous ayons un enfant. ».

C'était bien la seule fois où Molly avait marmonné contre Harry. Un enfant hors mariage, hors lien magique en plus ! Mais là-dessus Harry était catégorique : il voulait se marier au beau temps, faire une réception au Terrier, partir en voyage de noces sur les îles. Et surtout, il ne voulait pas que cette guerre ternisse le paysage. Ce jour, ce serait le leur.

Mais peut-être que ce jour n'arriverait jamais.

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Hermione traversa les couloirs. Il était tard. Elle avait abandonné Remus dans leur lit et priait pour qu'il ne se réveille pas. Même s'il respectait son intimité, elle avait besoin d'un moment à elle où personne ne s'inquiéterait de savoir où elle se trouvait.

Depuis des années maintenant, elle était insomniaque. À chaque fois que la pleine lune approchait, c'était pire. En général elle mettait ce temps à profit pour faire des recherches mais ces derniers jours avaient été éprouvants et elle avait besoin d'une pause.

Personne du chicaneur n'était vivant, personne. Hermione avait dû mal à se faire à cette idée. Heureusement, le comité d'accueil avait été peu nombreux : les mangemorts ne s'attendaient pas à une attaque en plein jour. De ce fait, peu d'entre eux avaient perdu la vie. Mais une vie perdue était déjà trop.

À pas feutrés, Hermione monta les escaliers pour atteindre le deuxième étage. En théorie, l'infirmerie était au rez-de-chaussée, pour intervenir plus rapidement, mais Harry avait été transféré au deuxième étage au bout de six mois de coma. Hermione arriva rapidement devant la porte blanche. Initialement, il s'agissait de la chambre de Ron. Ginny avait pensé que c'était une bonne idée de mettre son mari là-bas, que ça le rapprocherait de son meilleur ami décédé. Personne n'avait osé la contre-dire.

Actionnant la poignée avec douceur, Hermione écouta attentivement les sons dans le couloir. Pas un bruit ne filait, c'était mieux ainsi. Elle rentra dans la chambre et jeta un sort de silence. Elle avait besoin de se confier, de parler. Parfois, ça l'aidait de faire « comme si » Harry était réveillé, cela lui donnait du courage.

-Salut Harry, murmura-t-elle en s'approchant du lit.

Le Survivant n'avait pas été rasé depuis une bonne semaine et cela se voyait, une légère barbe entourait son visage. Ses cheveux également étaient plus longs, personne n'avait eu le temps ou l'idée de s'en occuper. Pourtant, Ginny se faisait toujours un devoir de faire attention à son mari. Mais les blessés et surtout Fleur avaient plus besoin d'elle. La française s'était réveillée et travaillait avec acharnement pour récupérer l'usage de sa jambe.

Hermione s'installa sur le petit fauteuil qui se trouvait à côté du lit et elle prit la main d'Harry, comme à chaque fois.

-Je suis désolée de ne pas être venue plus tôt, commença-t-elle. Ce n'est pas facile ces derniers temps mais j'ai de bons espoirs. Il ne reste plus qu'un horcruxe Harry, un seul et nous pourrons tuer Voldemort définitivement, tu te rends compte ?

La brève joie d'Hermione laissa place à un silence.

-Harry, appela-t'elle d'une voix suppliante. On a besoin de toi. James a besoin de toi. Ginny a besoin de toi. J'ai besoin de toi. S'il te plaît je…

La voix de la jeune femme s'étrangla.

-J'ai l'impression que je vais te perdre. Nous savons tous les deux ce que je serais obligée de faire si nous réussissons à détruire le dernier horcruxe et que tu n'es pas réveillé…

Hermione prit une pause, le coeur battant. Elle se rappelait comme d'hier du jour où Harry les avait prit à part Ron et elle. Severus Rogue venait de lui livrer son plus gros secret : Harry avait en lui une part de l'âme de Voldemort, il était un horcruxe. Elle se rappelait du regard de courage que leur avait lancé Harry lorsqu'il leur avait tendu un croc de basilic « Donnez-moi une journée pour dire au revoir et demain, l'un de vous devra me tuer ». La dispute qui avait suivi entre Ron et Harry avait été la plus grosse qu'ils n'aient jamais eu. Ça avait également été la dernière. Hermione s'était interposée, leur avait crié d'arrêter. Elle avait promis à Harry que le jour où il faudrait, elle le tuerait. Mais que rien ne pressait tant qu'ils n'avaient pas détruits tous les horcruxes. Qu'en attendant, ils avaient besoin de lui. Elle lui avait rappelé sa femme et son fils et les yeux d'Harry s'étaient mis à briller.

Quelques temps plus tard an plus tard, Harry et Ron étaient partis en mission sans elle. Ron n'était jamais rentré. Même son corps n'avait pas pu être ramené.

C'est six mois plus tard qu'Hermione était partie en mission avec Harry. Elle avait vu le sort foncé sur lui. Elle n'avait pas pu le sauver, pas pu le protéger. Elle était restée paralysée devant le corps de son meilleur ami, à terre. Un mangemort l'avait prise par surprise et l'avait attaqué. Elle avait failli y passer. Harry avait été ramené au QG, inanimé et dans un coma des plus profonds. Des mois durant, tous ses proches étaient venus à tour de rôle de telle sorte que la chambre ne soit jamais vide. Même James était venu voir son père. Le petit garçon ne comprenait pas pourquoi son père ne se réveillait pas, pourquoi il dormait ainsi. Il avait piqué sa première colère et avait ordonné à son père de se lever. Mais rien n'y avait fait : Harry ne s'était pas réveillé. Hermione se demandait depuis si l'âme de Voldemort vivait encore dans le corps d'Harry, si le lien avait été brisé ou au contraire renforcé. Mais surtout : comment aurait-elle le courage de lui voler sa vie sans certitude ?

-Tu ne peux pas nous faire ça, murmura Hermione d'une voix torturée.

Mais seul le silence lui répondit et Hermione dû se résoudre à quitter la chambre, le coeur en morceaux.

Bon, je suis un peu dégoûtée, je vous l'avoue. Ne vous méprenez pas : je suis contente qu'il y ait eu des ajouts en favoris et des follows, mais sérieux UNE review ? Je ne comprends pas. Je suis déçue. Je sais que les deux premières parties ne sont pas dingues mais quand même… Ça vous prend deux minutes, même si c'est pour me dire que vous n'aimez pas…

Dodo je te remercie énormément. Je ne sais pas si j'aurais publié la suite sans toi.