Seasons in the Abyss
"Le jour où tu es venu au monde, je voulais t'emmener jusqu'à la mer et laisser les vagues t'emporter. Mais je t'ai laissé vivre, et je t'ai élevé comme mon fils. Parce que tu es un Lannister."
Game Of Thrones, Tywin Lannister.
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Dans le ciel, la neige n'était que grâce et blancheur. Elle effleurait les nuages puis tournoyait entre les bâtisses grises et les visages fatigués, ravissait les enfants et rendait un peu de sa pureté à ces lieux désolés. Puis venait la fin, l'instant où elle s'écrasait au sol, pour y perdre toute beauté et intégrer cette repoussante masse noire continuellement aplatie sous les bottes et les pieds nus, cette masse qu'on rêvait seulement de voir disparaître.
Aujourd'hui, comme hier et demain, il neigeait abondamment. A Izunuri, le froid et la faim étaient le quotidien de ses habitants, qui, accoutumés à l'absence quasi-totale de feu et de bois sec ainsi qu'à la tyrannie des quelques Shinigami sommés à veiller sur ce district. Etant l'une des plus basses régions du Rukongai, les plus forts régnaient en maître et s'appropriaient les maisons les plus chaudes, tandis que les faibles, jetés dehors en pâture aux chiens sauvages et au froid, mourraient.
Au fond d'une ruelle sombre et hantée de meurtriers, protégées du vent par quelques planches, une mère et sa fille se faisaient leurs adieux.
« Maman… »
Enroulée dans une couverture en lambeaux, blême comme jamais et glacée jusqu'aux os, Nebihime fixait la petite de ses grands yeux vitreux. La respiration courte et les battements irréguliers de son cœur, ainsi que sa faiblesse extrême annonçaient sa fin proche. En plein milieu de l'été, elle était tombée malade, toussant continuellement ou bien crachant de pleines gorgées de sang et, avec la tombée de l'hiver, son état ne s'en était qu'aggravé. Et désormais, plus que la peur de mourir, c'était son impuissance face aux pleurs de Katsuyu, sa petite fille, c'était son angoisse vis-à-vis de la laisser seule face à ce monde bien immense et cruel pour ses quelques années.
Des larmes amères emplirent les yeux de la mourante, pour mieux geler ses joues. Pourtant, elle souriait.
« Tu ressembles tant à ton père… le visage, les cheveux, même la posture y est. Seuls tes yeux sont de moi. Noirs comme un ciel d'hiver, noirs comme les ténèbres qui te scrutent en retour… »
Son doigt tremblant pointa la poitrine de la fillette, qui pencha la tête sur le côté, vaguement étonnée.
_ Et nous avons le même cœur… n'oublie pas ça… jamais.
Fermement, Katsuyu enveloppa sa main froide dans les siennes. Elle avait les yeux légèrement rétractés, et la bouche un peu pincée, dans une attitude de fermeté absolue.
« Tu ne vas pas mourir, Maman. Je… je te promets que tu ne vas pas mourir. »
Là était toute la magie de l'enfance. Un petit était encore innocent et enveloppé de l'aura maternelle, il ne savait rien du monde et de ses horreurs et croyait sans faillir en ses rêves les plus fous. Rêver rendait heureux, être heureux permettait de vivre la tête haute. Puis à l'âge adulte, tout cela disparaissait, pour laisser place au désespoir et au cynisme.
Nebihime ne souhaitait pas mourir. Tout sauf ça. Son désir le plus cher la rongeait, ce désir de guérir et de voir sa fille grandir, se marier, avoir des enfants. Juste ça. Mais ce « juste ça » ne suffisait plus. Bientôt, son souffle s'éteindrait et elle ne serait jamais grand-mère.
« Je suis désolée… »
Tout juste ses paupières papillonnaient-elles, que de bruyants bruits de pas se firent entendre à travers la rue. Des pas de Shinigami. Effrayée et alerte, Katsuyu quitta un bref instant le chevet de sa mère, se positionnant à l'entrée de leur abri. Elle en eut le souffle coupé.
Avançant de leur direction, une escorte de Shinigami piétinait la neige et les gens sur leur passage. C'était bien la première fois qu'elle en voyait d'aussi près. Dix ou vingt, ils impressionnaient par leur prestance, leurs vêtements propres et leurs sabres, le teint frais et les yeux emplis de mépris. De colère, Katsuyu claqua des dents. Ces gardiens de leur monde, ces hommes les sauvant chaque jour des Hollows, n'éprouvaient aucune bienveillance vis-à-vis de la misérable populace ne quémandant qu'un peu de leur aide. Leurs actions n'étaient pas tournées vis-à-vis du bien mais de l'argent. A présent, elle comprenait la haine générale à leur égard régnant sur le Rukongai.
Et au centre de ce groupe marchait la plus belle créature que la petite fille ait jamais vue.
Mince et élancée, la femme avait un visage tout en finesse, dont les lèvres pourpres tranchaient la blancheur de sa peau sans défaut. Ses longs cheveux noirs, redressés en une coiffure d'une fascinante complexité, étaient constellés de neige, de même que ses vêtements roses et vaporeux où bataillaient luxe et simplicité. Une seule de ses étoffes valait sans nul doute la plus complète des maisons du district. De ses yeux froids, elle survola le quartier misérable et les expressions haineuses, et ce furent ces yeux-ci qui tombèrent sur Katsuyu, semblant l'épingler comme un insecte.
Ils s'arrêtèrent face à la fillette qui, tremblante de terreur, n'osait plus respirer.
« Es-tu la fille de Nebihime Fubuki ? »
La voix de la noble s'était élevée, calme, posée. Sans aucune démonstration de méchanceté, mais pour autant, sans aucune gentillesse. Lentement, la plus jeune hocha la tête. La crainte la plongeait dans un état second.
« Mène-nous jusqu'à ta mère. »
A l'entrée de la cabane, elle fit signe à son escorte de demeurer à l'extérieur, avant de s'abaisser gracieusement et se glisser entre les planches enneigées. A sa vue, Nebihime se dressa brusquement sur son coude osseux, et ce simple effort lui fit cracher du sang. Devant ce triste spectacle, la femme demeura de marbre. La fillette, révoltée par son indifférence, s'encourut secourir sa mère, lui essuyant le visage et lui peignant avec douceur ses longs cheveux d'or. Ceux-ci tombaient par poignées, laissant à nu un crâne fragile et osseux.
S'asseyant en tailleur à même le sol, la noble plongea ses yeux perçants dans les siens.
« Bonsoir Nebihime. Je suis Sakura Kuchiki, mais il semble que vous sachiez déjà mon identité. Je suis ici pour vous parler seule à seule. »
Il régnait entre les deux femmes une animosité sourde, une rivalité adulte, par la façon dont elles laissaient planer un silence empli de non-dits, la façon par laquelle elles se dévisageaient, et pourtant étonnamment mêlé au respect.
« Kat… Katsuyu, sors un moment s'il te plaît. »
Dehors, la gamine attendit longtemps, assise en tailleur dans la neige, les lèvres bleuies par le froid. Un des Shinigami, de loin le plus avenant de tous, eut pitié d'elle et lui passa sa cape en travers des épaules. Stupéfaite, elle cligna des yeux et s'enfouit dans les profondeurs du manteau, n'ayant jamais connu telle chaleur. Ce luxe lui offrit un moindre réconfort dans cette soirée pas comme les autres.
Face à son expression surprise, le Shinigami lui retourna un sourire ravi. D'or étaient ses boucles, d'émeraude ses prunelles. Il était grand sans être gigantesque, fin sans être maigre, beau sans être magnifique. Sous les regards purement désapprobateurs de ses collègues, il lui engagea la conversation.
« Je m'appelle Ginjirô Shirogane. Et toi ? »
Elle n'avait pas envie de parler. Sa mère se mourrait et elle-même ne comprenait rien à ce qui se pensait. Pourtant, elle répondit :
« Katsuyu, monsieur. »
Ils ne purent davantage causer que la voix de Sakura Kuchiki se fit entendre.
« Tu peux revenir, petite. »
Toutes aussi immobiles qu'avant, les deux femmes ne la regardèrent même pas approcher, chacune leur attention ancrée sur elle. Les yeux de Nebihime pâlissaient de minute en minute, passant du noir profond au grisâtre, tandis que de larges traînées de sang frais ruisselaient d'entre ses lèvres entrouvertes. Pourtant, elle demeurait belle, la jeune fille blonde et souriante qui la faisait tant rire et n'hésitait pas à lui donner son maigre repas.
Un pas et puis l'autre, timidement, Katsuyu prit place à ses côtés. Sa mère entrelaça ses doigts glacés aux siens.
« Ecoute-moi attentivement, Katsuyu. Je suis atteinte de la phtisie, une grave maladie qui me fait cracher du sang. Dès ce soir, je serais morte, et il faut que tu comprenne cela. Je vais mourir, je ne serais plus là pour veiller sur toi. Cette femme appartient à la noblesse du Seireitei, l'épouse d'un grand seigneur, et elle a accepté de t'adopter. Si tu obéis, si tu fais absolument tout ce qu'ils te demandent, tu auras toujours un toit et de quoi vivre. Tu m'entends, Katsuyu ? Absolument tout. »
L'affolement frappa la petite en pleine poitrine. Elle ouvrit des yeux affolés.
« M-Mais je ne veux pas aller avec eux, Maman ! Je veux rester avec toi, je v… ! »
Les ongles de Nebihime percèrent durement sa peau.
« Il n'est pas ici question de ce que tu désires, mais de ce qui est nécessaire pour ta survie. Jure-moi de leur obéir, quoi qu'il en coûte, et de vivre. Vis. Il n'y a pas d'autre alternative. »
Pas d'autre alternative. Ce fut là que Katsuyu comprit qu'on ne lui proposait pas et qu'elle n'était qu'un misérable pantin dans les ficelles de plus grands qu'elle et sa mère. Elle n'était pas en droit de réfléchir, ni d'apporter son opinion sur la situation, seulement de les suivre. De se résigner.
Elle hocha la tête. A contrecoeur.
« J-Je vois… »
Sur sa gauche, Sakura, qu'elles avaient toutes deux oubliées au cours de leur échange, prit enfin la parole.
« Petite, sais-tu qui est ton père ? »
Cette surprenante question, posée d'un ton morne, en soulevait bien d'autres. Où voulait-elle en venir ? Avait-elle un jour connu son géniteur ?
« Bien sûr. »
Non, la petite ne comprenait vraiment pas.
Tout ce qu'elle retenait aujourd'hui de l'image paternelle, c'était celle d'un homme d'âge mûr, barbu et puant l'alcool, qui lui tirait méchamment les cheveux, battait le soir sa mère et vendait des produits illégaux aux désespérés d'Izunuri. Servir de dîner à un Hollow de passage avait été sa triste fin.
« Non, tu l'ignores », trancha la Kuchiki. « Celui qui t'a élevé n'était pas de ton sang. »
Cette nouvelle coupa le souffle de Katsuyu.
« _ Mais… ! »
« _ Et ton père de sang n'est d'autre que mon époux. Le fils du vénérable meneur du clan Kuchiki. Dans tes veines, petite fille, coule du sang noble, mêlé à celui d'une misérable d'Inuzuri. Tu es la fille bâtarde de Sojun Kuchiki. Tu es Katsuyu Kuchiki. Maintenant, fais tes adieux à ta mère. Nous partons. »
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Féérique lui apparaissait le luxueux jinrikisha, qui, blanc de neige, les attendait non loin de là. Fermement entraînée par les doigts fins de Sakura, Katsuyu se pressa en son intérieur, et se retrouva assise entre les coussins brodés d'or et les accoudoirs en bois verni. Tant de richesse l'étourdissait, tout autant qu'elle la mettait en colère. Il n'y avait que des monstres pour profiter de tant de bien-être alors qu'au-dehors, des gens, par centaines, mourraient de faim et de froid, sous l'enveloppe de la misère.
La noble s'assit à sa gauche, plongeant ses prunelles ombrageuses dans les siennes, mais ne fit aucun commentaire quant à l'expression chagrinée de la fillette. Elle songeait à sa mère, si loin désormais, qui se mourrait, glacée, seule et abandonnée de tous.
« Bien. » dit enfin Sakura, comme le véhicule se mettait en marche. « Tu dois te douter, petite fille, que les Kuchiki ne prendront pas soin de toi par gratuité. »
Obéis-leur.
« Que dois-je faire, madame ? »
Les yeux pourpres de l'enfant glissèrent de son visage jusqu'à ses épaules, de ses épaules jusqu'à sa main étincelante de bijoux. Chacun d'entre eux aurait largement suffi pour vivre heureux pour très longtemps. Actuellement, elle rêvait de les lui arracher et s'enfuir avec. Je ne suis pas une voleuse, je suis une bâtarde. Une bâ-ta-rde. Etonnamment, elle se sentait fière de son tout nouveau « titre ». Sans doute parce qu'il lui donnait l'impression de ne plus appartenir à ce lot de bras cassés, mais être une personne à part, exceptionnelle.
« Ton père et moi avons un fils. Ton demi-frère, Byakuya. Vous avez le même âge, il me semble. Et ce garçon se trouvera être un jour l'héritier légitime à la gouvernance de notre clan. Les familles nobles rivales chercheront alors à s'en prendre à ses jours, les complots et les dangers se multiplieront… Et c'est là que tu interviens, petite fille. »
L'être tout entier de la femme était concentré sur Katsuyu. Celle-ci se sentit alors envahie par l'angoisse, sous une telle intensité du regard.
« Je veux que tu deviennes son garde du corps. Sa servante dévouée. Son ombre. Tu devras veiller sur sa personne, s'assurer qu'il ne risque rien. Famille, devoir, honneur. Ceci est notre devise, Katsuyu. La vie de ta famille, la vie de Byakuya doit, à tes yeux, importer plus que la tienne, plus que tout. S'il le faut, tu mourras pour lui. Famille, devoir, honneur. Si tu meurs, il vit. S'il meurt, tu meurs. Garde toujours ça en tête. »
Tu m'as appelée par mon nom… Et c'était bien la première fois.
« Cela signifie que partout où il va, je le suis ? »
« Telle une ombre, mon enfant. »
Alors, soutenant le regard de la grande dame aux lèvres écarlates, Katsuyu solda leur accord, et avec ça son existence entière, d'un hochement de tête résigné.
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Tétanisée par l'absurde immensité labyrinthique de la demeure des Kuchiki, le nombre assommant de serviteurs fourmillant dans les corridors et le luxe général, Katsuyu entreprit ses premiers pas dans la vaste chambre qui allait devenir la sienne. Trois fois plus grande que le taudis où elle avait vécu des années durant avec sa mère, parquet scintillant de propreté, lit bien trop gigantesque pour la maigreur de son corps d'enfant, fenêtre aux rideaux verts donnant sur le Seireitei, salle de bain personnelle, armoire débordante d'habits précieux, elle donnait directement sur celle de celui qu'on appelait Byakuya et qui n'avait pas encore fait son apparition.
« Bienvenue chez toi. » déclara gentiment le shinigami Ginjirô Shirogane, chargé par Sakura de la guider dans les locaux.
« Je ne me sens pas chez moi. » L'enfant tourna la tête pour adresser un regard désarçonnant de chagrin au jeune homme. Le deuil de sa mère faisait l'effet d'un œuf qu'on écrase sur le haut de sa crâne, une profonde tristesse s'engluant dans son cou, sous ses vêtements jusqu'à lui en donner la nausée.
« Tu t'y accoutumeras. » soupira-t-il, devinant sans peine les sentiments qui la malmenaient à l'heure. « Si seulement tu mesurais ta chance, petite… Beaucoup feraient n'importe quoi pour se retrouver ici à ta place, choyés, nourris sous le toit d'une des familles les plus riches de la Soul Society. »
« Je ne suis pas en train de me plaindre, monsieur. » cingla aussitôt Katsuyu et Ginjirô se permit un rictus amusé devant ce qui deviendrait certainement un fort caractère. Elle se racla un peu trop bruyamment la gorge pour faire passer la cassure dans sa voix et reprit plus calmement : « Vous qui êtes shinigami, pourquoi êtes-vous en train de perdre votre temps à vous occuper de moi ? »
« Dans la forme, tu as raison. Mon rôle spécifique, en tant que soldat sous les ordres du Roi d'Esprit ne consiste pas en ça. Mais je travaille dans la Sixième Division sous les ordres directs du chef de cette famille. C'est tout comme je travaillais pour ma dame, Sakura-sama. Si ma loyauté appartient à Kuchiki-taicho, elle va tout aussi bien à son fils, sa bru et leur enfant. Les Kuchiki, sans exception, sont ma mission. Ici, en ta présence, je suis parfaitement dans l'exercice de mes fonctions, comme me l'a ordonné Sakura-sama. »
Quand il se tut, il s'aperçut que la fillette n'avait d'yeux que pour le katana pendant à sa hanche. « Tu regardes mon zanpakutô ? »
« Un… zanpakutô ? » Elle semblait perdue.
« L'incarnation de nos âmes. Ils purifient ou enterrent les âmes, nos accompagnent au combat, et se dissolvent quand nous mourrons. C'est le bien le plus précieux au monde que peut posséder un shinigami. » Les doigts fins de Ginjirô enlacèrent l'épaule fragile de Katsuyu. « Assez discuté maintenant, allons te présenter à Sojun-sama et Byakuya-sama. »
Le jeune homme, qui connaissait le manoir comme sa poche, les guida efficacement jusqu'à la cour d'entraînement sous les ragots murmurés peu discrètement du personnel à propos de la bâtarde. Baignée d'un soleil chaud, elle répercutait entre ses quatre murs chacun des coups de bâton que s'échangeaient un homme au visage calme et ce qui ressemblait à son enfant. Concentrés dans leur duel, ils s'affrontèrent une volée de minutes encore avant que le garçon ne remarque, du coin de l'oeil, la présence des deux intrus, et ne perde une demi-seconde d'attention sur les attaques de son père. Celui-ci n'hésita pas, plaquant en un moins de temps le plus jeune à terre, le bâton écrasé sur sa pomme d'Adam.
« Pourquoi penses-tu avoir perdu ce combat, Byakuya ? » demanda-t-il tranquillement en se reculant.
Byakuya, fulminant, serra les poings à en avoir les jointures blanchies. « Parce que je ne suis pas fort ! Parce que je n'y arriverais jamais ! » Il se redressa, rendu brutal dans ses mouvements par la hargne, et épousseta ses genoux encrassés de poussière.
« Ne dis pas ça. » le corrigea d'un ton tout aussi égal celui qui venait de le vaincre avec tant d'aisance. « Ne penses même pas une simple seconde que tu n'en es pas capable car plus tu chercheras à t'en persuader, plus ta soit-disante faiblesse deviendra une réalité. Nous avons tous été, et en parlant de nous, j'inclus ton grand-père, Ginjirô-san ici présent et le grand Yamamoto, à ta place. Et regarde ce que deviennent les enfants qui n'acceptent pas la défaite et deviennent invincibles à force de persévérance. »
Le discours parut transfigurer de joie le garçon, qui bomba le torse tout en hochant vigoureusement du menton. « Bien, Père ! » Sojûn Kuchiki, de toute évidence, se tourna vers Ginjirô et Katsuyu, laquelle, tête légèrement baissée sur le côté, tentait d'imaginer sa mère d'éprendre de cet homme aux longs cheveux jais.
« A présent, je te tiens à te présenter quelqu'un, Byakuya. »
Les yeux gris acier du garçon s'implantèrent dans ceux, sans couleur, de la bâtarde.
« Qui est-ce ? »
Il dévisageait avec un mépris ouvert cette petite fille qui baignait dans ses guenilles grisâtres, sans se douter un seul instant qu'ils partageaient tous deux le même père. Katsuyu songea qu'il ne tarderait à tomber de haut.
« Voici Katsuyu Fubuki, ta sœur. » asséna Sojun, sans tourner autour du pot. « Ta mère et moi avons décidé de l'arracher à la misère du Rukongai et la recevoir chez nous afin de lui offrir une vie meilleure, la vie qu'elle mérite maintenant que sa propre mère est décédée. »
Foutaises, mordit l'esprit de Katsuyu, immobile. Rien n'est gratuit, ni l'amour ni la compassion ne sont gratuits dans votre monde.
La voix horrifiée de Byakuya la ramena nez à nez avec sa triste réalité. Ses yeux étaient écarquillés, inspectant sans fard de la tête aux pieds la fillette. Elle est si pauvre, si amaigrie… L'incarnation pure de la misère qui hante le Rukongai, son opposée. « Vous voulez dire que cette fille est votre… bâtarde ? »
« Ta sœur, ma fille, une Kuchiki. Nous l'adoptons en ce jour et tu devras la traiter avec le même respect que n'importe lequel des membres de ce clan. N'oublie pas, son nom est Katsuyu Kuchiki, ton égale. »
Et surtout ton ombre.
Ainsi rencontra-t-elle Byakuya Kuchiki, la seule raison pour laquelle elle fut sauvée de la pauvreté et accéda aux rangs prisés de l'Armée des Treize Divisions.
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