— Malefoy !
Scorpius, qui était en train de poser les verres à côté du bol de punch pour que les quelques invités déjà arrivés puissent s'en servir, leva la tête à l'entente de son nom. Un large sourire éclaira son visage quand il vit son meilleur ami sur le patio. Il fait un signe de la main et s'approcha alors qu'Albus et sa famille descendaient les quelques marches.
— Salut Al ! Content que tu aies pu venir. Harry, Ginny, ravi de vous voir.
— Tout le plaisir est pour nous, Scorpius, dit Harry en lui serrant la main.
— Et félicitations pour ton poste à Chudley ! ajouta Ginny.
— Oh, ce n'est qu'un poste de remplaçant.
— C'est comme ça que j'ai commencé, moi aussi, tu sais.
— Oui maman, on sait, soupira Albus en levant les yeux au ciel.
Les Potter s'éloignèrent en riant, souhaitant aux jeunes hommes un bon après-midi. Ceux-ci n'eurent le temps que de s'échanger quelques nouvelles avant d'être approchés par les grands-parents de Scorpius. Albus se raidit perceptiblement devant les Malefoy.
— Alors, Scorpius, quand est-ce qu'on pourra rencontrer ta copine ? dit Lucius sans même adresser un regard au jeune Potter.
— Elle devrait arriver bientôt.
— C'est quoi son nom, déjà ?
— Rose, Grand-mère. Rose Weasley.
Narcissa pinça les lèvres au nom de Weasley, mais hocha brusquement la tête. Quand Lucius et elle furent repartis vers la table où était installé Drago, Albus se tourna vers son ami.
— Tu continues encore avec cette mascarade ?
— Je ne peux pas dire la vérité à mes grands-parents, ça les tuerait. Ou bien ils me tueraient, au choix.
— Ouais, c'est sûr, c'est mieux de leur dire que ta copine est la fille d'une née-Moldue et d'un traître à son sang.
Scorpius sourit.
— J'ai dit que je ne voulais pas les tuer, pas que je voulais leur faire plaisir. De toute manière, dans deux semaines, je serai à Chudley au camp d'entraînement, Louis pourra me rendre visite aussi souvent qu'on voudra.
Albus haussa les sourcils de façon suggestive et Scorpius lui envoya un coup de poing sur l'épaule.
— Tu as quoi, douze ans ? Viens, on va se prendre à boire.
Aussitôt furent-ils arrivés vis-à-vis le bol de punch qu'ils furent accostés par Louisa, une Serdaigle de leur année avec qui ils avaient suivi plusieurs cours.
— Salut, Lou ! dit Scorpius pendant qu'Albus se servait à boire. Comment ça va ?
— Ça va bien. C'est super beau chez toi, Scorpius !
Le blond eut un sourire gêné et haussa une épaule. Il n'avait jamais su comment réagir quand on lui parlait de son manoir, de son argent, de son nom de famille… Mais Louisa s'était déjà détournée et avait capté l'attention d'Albus.
— Dis, Al, tu sais si ton frère a une copine ?
— James ? répondit-il d'un air étonné. Non, je ne crois pas. Pourquoi ?
— Eh bien, il est ici, et –
— James est ici ?!
Albus fit volte-face et parcourut la cour des yeux jusqu'à trouver son grand frère, assis à une table d'anciens Gryffondor, en train de distribuer un jeu de cartes.
— Ouais, il est venu avec Jack, ils travaillent ensemble à –
— Mais c'est pas possible ! siffla Albus. Il peut jamais rien me laisser ?
— Laisse tomber, Al, dit son ami. Ignore-le et profite de ta journée. Regarde, voilà Rose !
Leur amie se tenait en effet devant la porte vitrée avec ses parents. Après leur avoir fait un signe de la main, elle se tourna vers son père et lui dit quelque chose, l'air sérieux. Scorpius sourit, s'imaginant qu'elle avait dit à Ron la même chose que lui-même avait dite à Drago quelques heures plus tôt. Il ne voulait pas avoir à revivre ce qu'il s'était passé la dernière fois que ces deux-là s'étaient rencontrés, lui non plus.
Rose croisa Louisa, qui retournait vers la table de James en tortillant une mèche de ses cheveux autour de son doigt, puis rejoint les garçons. Elle ébouriffa les cheveux déjà dépeignés d'Albus, qui se renfrogna en maugréant, comme d'habitude. Quand elle se tourna vers Scorpius avec un sourire, celui-ci passa les bras autour de sa taille et se pencha vers son oreille.
— Mes grands-parents sont déjà là, murmura-t-il. C'est toujours bon pour aujourd'hui ?
Elle hocha la tête et il lui plaqua un baiser sur le front.
— Tu veux quelque chose à boire ? lui demanda Scorpius en reprenant son propre verre, qu'il avait posé sur la table.
— Non, pas tout de suite, merci chéri.
Albus leva les yeux au ciel.
— Vous êtes tellement ridicules.
— Dit celui qui n'a jamais été capable de dire à Irina qu'il en pinçait pour elle.
— Oh mais c'est pas la même situation, ça, Rose ! répliqua Albus sans pouvoir empêcher le rose de lui monter aux joues.
Amusé, Sorpius suivit la joute verbale habituelle entre les deux cousins, cachant son sourire derrière sa coupe. Ils se chamaillaient déjà depuis une bonne minute quand Scorpius, sentant un regard peser sur son dos, se tourna pour chercher qui le fixait ainsi. Après quelques instants, ses yeux rencontrèrent ceux de son père, installé seul à une table ronde. Il lui envoya un petit sourire, auquel Drago ne répondit que par un hochement de tête. Scorpius sentit une pointe de regret le traverser. Son père savait pour Louis, et était au courant de la situation avec Rose. Il avait donné son feu vert, mais le jeune homme avait soudainement honte de ce qu'il était en train de faire. Malgré ce qu'il avait dit à Albus, il ne tirait aucun plaisir de mentir, de cacher la vérité. Les vérités.
— Vous devez être Rose.
Surpris, Scorpius se retourna vers ses amis, pour constater qu'ils avaient été rejoints par Narcissa et Lucius. Il s'avança rapidement pour prendre sa place à côté de sa « copine », posant sa main libre sur la taille de celle-ci.
— Grand-mère, Grand-père, je vous présente Rose Weasley, et Albus Potter.
Le sourire de son grand-père, déjà pas des plus naturels devant la jeune Weasley, se mit à ressembler davantage à une grimace quand il se tourna vers le fils de Harry Potter. Albus remarqua sa gêne et, jugeant que sa cousine servait assez d'élément de torture pour les Malefoy pour aujourd'hui, prit congé d'eux, mais pas avant d'avoir murmuré quelque chose à l'oreille de Rose.
— Mademoiselle Weasley, notre petit-fils nous a beaucoup parlé de vous, nous sommes ravis de vous rencontrer enfin.
Scorpius ne savait pas de quoi il devait être le plus étonné : de la politesse de son grand-père face à un Weasley ou du grand sourire de son amie face à Lucius et Narcissa Malefoy.
— Scorpius nous a dit que vous ferez des études pour être Médicomage, dit Narcissa avec un intérêt qui ne semblait même pas feint.
— Oui, je vais commencer le programme à Ste Mangouste dans trois semaines, expliqua Rose avec enthousiasme. J'ai vraiment hâte.
— Je connaissais quelqu'un qui a fait des études à l'hôpital, continua la vieille dame.
Scorpius fronça les sourcils un instant, se demandant si un Mangemort avait aussi été Médicomage.
— Il y avait des résidences étudiantes, à l'époque. Je ne sais pas si elles existent toujours.
Rose hocha la tête, mais expliqua aux Malefoy qu'elle s'était trouvé un appartement non loin de l'hôpital. Lucius hocha la tête : le quartier résidentiel près de Ste Mangouste en était un sorcier. Il n'aurait jamais approuvé que la petite amie de son petit-fils vive entourée de Moldus.
Par-dessus l'épaule de sa grand-mère, Scorpius rencontra le regard de son père. Il leva les yeux au ciel, et cette fois Drago lui répondit par un petit sourire qu'il s'empressa de cacher derrière sa main libre. Le jeune homme dut se mordre la lèvre pour ne pas se mettre à rire. Heureusement, Lucius et Narcissa étaient trop occupés par leur conversation avec Rose pour remarquer les pitreries de leur petit-fils.
— Au fait, chéri, tu peux toujours venir m'aider à déménager samedi prochain ?
Scorpius reporta son attention sur Rose, qui avait posé une main fraîche sur sa nuque et le regardait avec ses grands yeux noisette.
— Oui, bien sûr ma belle.
Quand elle lui sourit, il se pencha pour déposer un baiser au coin de ses lèvres.
— Et toi, Scorpius, dans combien de temps pars-tu pour Chudley ? demanda Lucius.
— Dans dix jours. L'été a passé tellement rapidement, j'ai l'impression qu'on vient de quitter Poudlard !
— Tu trouves que le temps passe vite, attends un peu d'avoir notre âge, dit Narcissa avec un sourire en coin.
Rose posa sa tête sur l'épaule de Scorpius en riant doucement.
— Alors tu vas aller –
— Rose, Scorpius, je vous cherchais !
Le jeune homme sursauta quand Ron apparut à côté de lui. Pendant que ses grands-parents et lui se confrontaient du regard, il sentit la main de Rose, posée sur sa taille, se crisper jusqu'à ne faire qu'un poing autour de sa chemise. Sans même la regarder, il savait qu'elle était en train de foudroyer son père du regard.
Quand celui-ci se tourna enfin vers eux, son sourire ne dura pas longtemps.
— Qu'est-ce que tu fais, papa ? Tu m'avais promis que tu te comporterais bien aujourd'hui.
— Oui, je sais, mais je… euh…
Scorpius avait toujours une main posée sur la hanche de Rose et, d'après le regard que Ron y jetait, ça ne lui plaisait pas du tout.
— Tu rigoles, j'espère, papa, siffla Rose, ayant visiblement remarqué la même chose. Dis-moi que t'es pas venu ici pour ça ?!
Elle tira encore plus Scorpius contre elle, et le jeune homme dut réprimer un sourire face à la grimace qu'afficha Ron.
— Tu es ridicule. Tu ne crois pas qu'à dix-huit ans j'ai l'âge de décider moi-même de comment mener ma vie ? Et de qui laisser entrer dans celle-ci ?
— Eh bien… oui… mais…
Rose soupira et, après quelques secondes, agrippa la main de Scorpius.
— Viens, chéri, je veux aller voir quelque chose dans ta chambre.
Cette fois-ci, il dut se mordre la lèvre pour ne pas éclater de rire devant l'expression de pure terreur qui traversa le visage du père de Rose. Mais il n'eut pas à se contenir longtemps, puisque la jeune fille le tirait déjà vers la maison. Elle s'arrêta sur le porche, lança un regard derrière elle et, avant que Scorpius n'ait pu se préparer, avait posé ses lèvres sur les siennes et l'embrassa passionnément. Après quelques secondes de surprise, Scorpius ferma les yeux et se laissa emporter, passant une main dans les cheveux de Rose et posant l'autre dans le creux de son dos.
Après un bon moment, elle s'écarta de lui et ils entrèrent dans la cuisine. Une fois la porte vitrée refermée, Scorpius se tourna vers son amie.
— Jolie improvisation.
— Désolée, mais il m'énerve tellement…
— Oh, c'est rien. Tu as les lèvres presque aussi douces que Louis.
Elle lui envoya un coup de poing sur l'épaule en riant. Ils grimpèrent ensemble les escaliers.
— J'irai te chercher tout à l'heure, on redescendra ensemble.
— Et je fais quoi en t'attendant ? demanda Scorpius en croisant les bras sur sa poitrine.
Rose haussa les sourcils.
— Putain, mais vous avez tous douze ans aujourd'hui ? grommela Scorpius en partant vers sa gauche.
Rose rit en se dirigeant vers la deuxième porte à sa droite. Comme elle l'avait fait d'innombrables fois pendant l'été, elle entra sans frapper.
