Holà !
Merci à Naoli pour avoir pris le temps de faire un p'tit commentaire ! Ça m'a fait vraiment plaisir de savoir que cela te plaisait et j'espère que tu apprécieras ce chapitre.
Sinon, il y a encore des mentions de suicide, de mort et un passage où elle s'en prend méchamment à elle-même. Anabelle ne sera encore pas au top de sa forme pendant un certain temps, alors encore une fois, si cela vous dérange, ne lisez pas.
En espérant que vous l'appréciez, voici le chapitre 2
Il y a des fois où tout là-haut, quelqu'un décide de vous faire un doigt au champ des possibles. C'était justement ce qui était arrivé à Anabelle quand elle s'est retrouvée dans un autre monde, dans One Piece. Drôle, n'est-ce pas ? Pour une personne extérieur, peut-être. Pour Anabelle qui vivait cette impossibilité, pas vraiment. Et puis, de tous les mangas que j'ai lus, il a fallu que ce soit One Piece…
L'un des rares mondes ? univers ? où la physique (la gravité, tous ça…) n'avait aucun sens :
Des îles ayant leurs propres microclimats ? Okay, logique.
Des îles ayant leurs propres microclimats et leurs propres magnétismes à l'équateur ? Non !
Des fruits capables de changer la structure moléculaire d'un être humain ? NON !
Et ces mêmes êtres humains se retrouvent incapables de nager ? ENCORE. NON.
Des îles sur des nuages ? Impossible.
La Redline ? Trop haute et l'eau ne peut pas, n'est pas censé, remonter une montagne !
La gravité ? C'est pour les faibles, tu la contres avec le Haki.
Et elle en passe.
Vraiment, ça ne l'amusait pas.
Pendant combien temps avait-elle fixé le mur ? Elle n'en avait aucune idée mais ce dut être considérable vu qu'il faisait sombre dehors (il y avait un petit hublot dans l'infirmerie) et que ses deux compagnons -Rayleigh et Roger, putain de merde- étaient partis.
Elle était dans One Piece…
Cela faisait surprenamment beaucoup de sens mais…Non ! Elle refusait de l'admettre !
One Piece était un manga bordel de merde ! Une fiction ! Elle ne pouvait pas être dans One Piece, c'était impossible ! Ce n'était pas une stupide fanfiction, c'était sa vie ! C'était réel ! C'était. Impossible.
Elle était dans One Piece.
Son souffle se coupa, son cœur palpitait violemment et-
Oh mon dieu…
Et pourtant, Calm Belt, West Blue, New World, Shanks, Baggy, Rayleigh et Roger. C'était trop de coïncidences pour être seulement cela, une coïncidence. Elle voulait crier. Elle savait ce qu'il allait se passer. Marion avait passé un temps considérable à lire et regarder ces livres qui se lisait à l'envers et leurs adaptations.
Elle connaissait plus ou moins le futur. (Si elle était honnête, elle s'avouerait qu'elle avait oublié les trois quarts… Elle préférait le déni.). Mais ce n'était pas le pire. Le pire était qu'elle se trouvait sur le bateau du Seigneur des pirates.
Je panique. Une crise de panique !
Le bateau tanguait violemment. Elle étouffait. Elle n'arrivait plus à respirer. Ses ongles grattaient la peau de sa gorge. Je vais crever. je vais crever,crevercreve-.
Oh mon dieu…
Sa faute, c'était sa faute, la sienne, lasiennelasiennelasien-. D'abord son père 'Papa, je suis désolée, tellement désolée' puis son île, Nam-Sah, Aléria et sa mère 'Maman, toi aussi. Ma faute. Ma faute, ma faute, mafaut-, Elle n'aurait jamais dû naître, jamais dû l'écouter. Elle aurait dû mourir, mourir, mourirmourirmourir.
Elle avait mal, dieu qu'elle avait mal. Son cœur… Elle voulait se l'arracher, mettre fin à ses souffrances mais-
Elle n'avait pas le droit. Elle méritait toute cette souffrance.
Je suis désolée. Je suis tellement désolée. Je n'aurais jamais du-
Si je ne les avais pas provoqués alors…
Pardon, je suis juste-
Elle était faible, faiblefaiblefaib-.
Pathétique. Faible. Inutile. Elle voulait juste mourir, son existence ne rimait à ri-
"Gamine !" On la secoua. "Reprends-toi !"
Elle essaya de se débattre. Ne me touche pas, ne me touche pas, touch-
"Okay, je ne te touche pas. Écoute ma voix. Respire."
Elle essayait, vraiment. Elle entendait sa voix, elle comprenait les mots mais les phrases n'avaient aucun sens.
Écoutes, voix. La voix continua son monologue. Inspire. Elle se concentra sur le son de sa voix. Expire. Elle était agréable, profonde mais douce. Recommence. Les phrases commençaient à avoir du sens.
"T'sais, je viens d'East Blue. De LogueTown pour être exact. Une ville sympa, t'sais, mais ça ne me plaisait pas. Je veux dire, je savais que le monde me réservait quelque chose d'autre. Je sais pas comment je l'ai su, c'est juste... C'est ma destinée." Anabelle sortit sa tête d'entre ses genoux et posa sa tête dessus pour le regarder. Il se balançait sur une chaise, une choppe à la main, le regard tourné vers le plafond.
Anabelle aurait ri de l'ironie de la situation si elle n'avait pas l'impression qu'on lui compressait manuellement les poumons: l'homme qui est la raison de sa crise de panique lui permettait de se calmer. Franchement, le dieu de l'ironie se foutait bien de sa gueule.
"Alors je suis parti. Et puis un jour, j'ai rencontré Rayleigh et-" Il jeta un coup d'œil dans sa direction, s'interrompit, descendit sa chope d'alcool d'une traite et la balança quelque part dans la salle tout en s'essuyant la bouche. "-Ça va, ma fille? Tu es de retour parmi nous ?"
Anabelle cligna des yeux et hocha lentement de la tête. Il lui sourit et elle se trouva incapable de supporter son regard plus longtemps.
Okay, elle avait peut-être encore de vieilles douleurs thoraciques et elle était bien contente de s'être calmée mais c'était quand même embarrassant. Il avait vu son moment de faiblesse, il l'avait vu faible, il connaissait sa faiblesse et il pourrait l'utiliser contre elle (avec un peu de recul, elle se serait rendue compte que depuis qu'elle était sur le bateau, elle avait été dans un état de faiblesse quasi-constant. Mérilna ! Elle essayait de se laisser mourir !). C'était con, elle le savait mais les vieilles habitudes ont la vie dure; elle ne pouvait s'en empêcher.
"Te sens pas embarrassée, on a tous eu une crise de panique sur ce bateau." Elle tourna la tête, les joues roses. Il allait vraiment falloir qu'on lui explique comment ils faisaient, Rayleigh et lui, pour savoir ce qu'elle ressentait. Ça devenait inquiétant. « Je ne sais pas ce que tu as vécu mais va falloir me dire d'où tu viens si tu veux que je te ramène chez toi, ma fille. »
Son cœur se serra. Je n'ai plus d'endroit où aller, elle avait envie de lui dire, mais les mots lui restèrent en travers de la gorge. Face à son silence, il soupira et sortit de l'infirmerie. Il s'arrêta dans l'embrasure, tourna sa tête vers elle et ajouta : « Je ne sais pas ce qui s'est passé mais je suis sûre que les personnes qui tiennent à toi ne voudraient pas que tu te mettes dans cet état. ».
Le problème, vois-tu, très cher Seigneur des Pirates, est qu'ils sont morts.
Mais…
Il a raison, lui souffla une petite voix et-
« Mae, qu'est-ce qu'être une Lépicier implique ? »
Izabelle, un bol à la main, de la farine sur la joue, se retourna vers Anabelle, un sourcil levé. « Hum ? Drôle de question. » Elle réfléchit quelques instants. « Alors, je dirais, être loyal mais surtout-» Un faible sourire illumina son visage. Izabelle était comme cela, elle ne faisait pas de grand sourire mais les petits qu'elle faisaient- « -endurer, avoir une envie de vivre irrépressible. » réchauffaient toujours son cœur.
-elle essaya de taire une pensée traîtresse.
Elle ne pouvait pas se permettre d'avoir ce genre de pensées. Mourir était la meilleure chose à faire comme ça, elle ne changerait rien à l'histoire (et si elle tuait une personne importante sans le faire exprès ?) et elle pourrait rejoindre sa famille.
Oui, elle décida, c'est la meilleure chose à faire.
Elle se tourna pour s'endormir.
L'est-ce vraiment ? Au final, elle se trouva incapable de faire taire la part d'elle qui doutait, qui voulait vivre.
Crack.
Quelque part, une petite boîte de verre se fissura.
Le dos collé au mur, le cul au sol, elle reprenait son souffle, haletante. Elle se trouvait dans une ruelle sombre et goudronnée. Les bâtiments en béton armé qui s'élevaient aux alentours semblaient morts. Un objet étrange se trouvait dans sa main : c'était un revolver. Autre détail anormal, elle portait une veste en cuir et un pantalon en matière synthétique. La seule chose qui lui était familière était sa paire de bottes favorites, elles lui montaient jusqu'aux genoux.
Le brouillard était tombé sur la ville et elle comprit pourquoi il faisait si sombre quand elle vit les étoiles qui constellaient le ciel. Elle replaça le pistolet dans son étui à sa ceinture et découvrit un long couteau attaché à sa cuisse. La présence de ces deux armes la remplit d'adrénaline, même si elle se demandait ce qu'elle faisait là.
Des bruits de pas résonnèrent dans la rue. Elle sauta sur ses pieds, le couteau à la main. Cela faisait longtemps qu'elle n'en avait tenu un mais une fois dans sa main, cela lui semblait naturel. Elle tenta de se focaliser sur la provenance du bruit, sa tête palpitait comme un cœur, mais l'individu était malin : il courait en zigzag sur une courte distance avant de s'arrêter net.
Une fois derrière elle, il attaqua mais elle fut plus rapide. D'un coup sec, elle envoya valser sa lame au sol. Avant qu'elle n'ait eu le temps de se réjouir, il empoigna sa main armée et la serra jusqu'à ce qu'elle lâcha son couteau. Un quart de seconde plus tard, elle se retrouva avec la lame sur la gorge, un bras bloqué dans le dos et la joue collée contre le béton froid. Le souffle coupé, elle joua sa dernière carte et lui envoya son genou gauche dans le thorax. Dans son mouvement de recul, sa lame créa une fine entaille un centimètre sous sa bouche.
Elle roula pour s'éloigner, s'accroupit, montra ses dents et découvrit enfin le visage de son agresseur. Ses yeux dorés ressortaient sur sa peau sale et bronzée, ses moustaches de chat accentuaient son air mesquin, moqueur. Il lui adressa un petit sourire en coin.
Elle le connaissait. Et il était plus beau que dans son souvenir mais elle était intiment convaincue de son identité. C'était l'assassin de son père, un pirate de Kaïdo. Que faisait-il là ?
Toujours aussi souriant, il tourna autour d'elle, réfléchissant à la méthode qu'il pourrait employer pour l'éliminer, en la dévisageant. Elle allait lui faire voir.
Il attaqua brusquement, mais elle esquiva son coup. Egalité. Ils étaient face à face, aucuns ne baissaient les yeux, ne détournaient le regard. Une minute d'inattention et se serait la fin pour elle. Elle ne pouvait pas se le permettre.
Retour à la case départ. Un bruit se fit entendre.
Il se retourna et elle en profita pour le prendre par surprise. Mais il devait s'y attendre et se retourna vers elle en une demi-seconde. Elle réfléchit à sa prochaine attaque, bien décidée à remporter ce combat. Elle ne pouvait pas perdre.
Elle le bouscula et plongea pour récupérer son arme. Quand elle fit volte-face, il se tenait là, désarmé, mais cette situation ne semblait rien lui faire. En réalité, il avait même plutôt l'air de s'amuser. Le sentiment de supériorité qui commençait alors à s'emparer d'elle se changea alors en une sorte de peur.
« Un point partout, la balle au centre » lui lança-t-il sur un ton ironique, avant d'éclater de rire.
Pourquoi rit-
Des mains lui saisirent les poignets; une balayette plus tard et elle se trouva agenouillée, la tête contre le sol. Qu'est-ce que ?
Il n'était pas seul.
La ruelle avait pris feu entre temps, de gigantesques flammes léchaient les murs, projetant leurs lumières rougeoyantes sur les pirates. Elle essaya de leur cracher dessus. Elle échoua.
Le troisième homme sortit de l'ombre et traînait derrière lui une femme, cheveux rouge cerise, une silhouette en sablier, bien foutue. Elle plissa des yeux avant de comprendre. C'était… C'était Aléria !
Une terreur sans nom lui saisit la poitrine. Elle avait soudainement treize ans de nouveau et elle était impuissante.
Elle ouvrit brusquement les yeux. Il faisait encore nuit, un rapide coup d'œil vers la lune dehors lui apprit qu'il devait être pas loin des minuits. Elle porta sa main vers où elle aurait dû être blessée pour y découvrir de la peau lisse. Un rêve. Ce n'était qu'un rêve. Son cœur ralentit enfin.
Elle fixait le plafond. Bizarre, je ne me réveille pas de mes cauchemars d'habitude. Elle fronça des sourcils.
Il y avait quelqu'un à l'extérieur de sa chambre. Non, ils sont deux. Elle arrivait à distinguer deux voix d'hommes. Ils ont réussi à la trouver ? Son rythme cardiaque s'accéléra. Elle chercha une issue du regard. Comment ? Elle était sur un bateau pirate ennemi surement qu'ils-
« Shanks ! Rayleigh a dit de ne pas la déranger. » L'un perdit patience et éleva la voix. Shanks ? Voilà qui était familier. Elle inspira profondément.
Une réponse puis- « Très bien, mais tu y vas tout seul. Je vais rester devant la porte et si je croise Rayleigh, je lui dirais tout. » Son cœur ralentit.
Une autre réponse et un petit cri de rage. Elle regarda la poignée de porte tourner et puis elle se tourna vers le hublot. Elle ne voulait pas le voir. Elle savait, Marion savait qu'il avait probablement le chapeau de paille qui était une preuve concrète qu'elle se trouvait dans un monde qui n'avait aucun sens. Elle n'avait vraiment pas besoin d'une nouvelle crise.
« Oh. Je t'ai réveillée ? » Elle observait le reflet de sa silhouette se gratter l'arrière du crâne dans la vitre. Voyant qu'elle n'allait pas répondre, il murmura sous son souffle un truc du genre 'Rayleigh en avait parlé, c'est vrai.'
Il se racla la gorge. Sa voix était encore un peu fluet, les joies de la puberté, mais elle avait des intonations plus masculines qu'enfantines.
« Je m'appelle Shanks-». Il s'approcha de son lit et-
Bam.
-il disparut de son champ vision.
C'était un réflexe de se retourner pour inspecter les dégâts. Le petit rire qu'elle ravala quand elle le vit étendu de tout son long, une chope –la chope de Roger- roulant innocemment dans le fond, n'en était, par contre, pas un. Mais il faut se l'avouer, voir quelqu'un tomber est toujours drôle.
Leurs yeux se croisèrent et son souffle se coupa. Ce n'était pas parce qu'il était plutôt beau, même si il était ridiculement mignon pour un jeune garçon, mais plutôt à cause d'un tout petit détail qui lui avait totalement échappé. Il avait les cheveux rouges, comme le feu, comme le san- comme à la maison…
Un pincement de cœur.
La lune éclaira son visage. Qu'essayes-tu me dire Kahra ? Elle se mordilla la lèvre et se saisit, sans s'en rendre compte, de quelques mèches rouges –comme à la maison !- qu'elle caressa avant de rencontrer ses yeux sombres –noirs?- et de laisser retomber sa main le long de sa joue.
« Tu as de jolis cheveux » murmura-t'elle distraitement, le fantôme d'un sourire aux lèvres. Shanks déglutit difficilement avant de sourire. Ah… merde. Il a un très beau sourire. Devait-elle toujours tomber sur des personnes solaires ? C'était une sorte de malédiction ?
Il ouvrit la bouche et le moment fut brisé : « Merci ! Tu as… euh… de jolis yeux ! ».
Elle laissa son bras retomber à ses côtés et se retourna, montrant qu'elle en avait clairement fini avec lui. Il accepta sans sourciller, il semblerait, car il sortit peu de temps après.
Shanks regarda les reflets de la lune sur l'eau, sans voix. Il ne réagit pas quand Baggy l'appela. Il ne réagit pas non plus quand il lui mit un coup de coude dans les côtes pour le faire sortir de cet étrange état dans lequel il se trouvait. Son pauvre cerveau essayait juste de comprendre ce qu'il venait de se passer.
L'image de deux yeux bleus, l'un foncé et l'autre clair, s'imposa à sa mémoire.
Il posa une main sur sa joue, sans se rendre compte qu'il rougissait.
Ah…
Anabelle lui avait parlé, elle avait brisé son mutisme mais… ça ne l'a dérangé pas plus que cela car, pendant une seconde, une très brève seconde, elle s'était crûe de retour sur Toshi.
Et elle n'oublierait cette sensation pour rien au monde.
Survis, Anabelle, survis. La bataille entre son envie de vivre et celle de mourir faisait rage au sein de son cœur et Anabelle ne savait plus qui écouter.
« Capitaine, cela va faire six jours que l'on a récupéré la fille et elle ne veut ni manger, ni parler. »
Le silence tomba dans le réfectoire. Roger leva les yeux de son repas, un os de viande dépassant de sa bouche. Il prit le temps de mastiquer avant de finalement de répondre :
« Et que veux-tu que je fasse ? Tu préférais qu'on l'abandonne ? »
Le silence qui lui répondit fut éloquent. Il balaya son équipage du regard.
« Non. » Et il continua de manger. Les murmures fusèrent et, au milieu, une phrase retint son attention.
« Qu'as-tu dis, Shanks ? » Le jeune mousse se tourna vers son capitaine, interdit. Roger lui sourit.
« Répètes ce que tu as dit, mon garçon, je n'ai pas bien entendu. » La bouche du jeune roux s'arrondit en un o presque parfait.
Il se gratta l'arrière de la tête. « Je disais juste qu'elle m'avait parlé. » Le capitaine se pencha dans sa direction.
« Oh… Et qu'a t'elle dit, mon garçon ? »
Assis un peu plus loin, Rayleigh stocka cette information dans sa mémoire, comme le fait que Shanks lui avait clairement désobéit. Il préféra se caler plus confortablement. Au vu de la couleur des joues de Shanks, la conversation qui allait suivre allait être particulièrement drôle.
Au final, ce soir-là, on rit de Shanks et de sa nouvelle occupation comme porteur de repas de leur jeune rescapée.
Crack.
La pauvre petite boite de verre n'avait pas belle mine maintenant qu'elle était striée de fêlures.
Cela faisait une semaine qu'elle était sur le bateau, onze jours qu'elle avait fuis son île et quatorze depuis que Mérilna, l'odalisque préférée de sa mère (et accessoirement la sienne) avait montré le bout de son nez.
Et ce soir, elle réapparaitrait.
Anabelle se devait d'aller la voir.
Au centre de Toshi se trouvait un large lac avec au milieu un îlot sur lequel se dressait fièrement, le temple de pierre de L'Eperzar.
Anabelle n'y était allée qu'une seule fois, le jour de ses quatorze ans, pour la cérémonie du Choix. Elle se souvenait encore de la beauté de la salle des Prières, la plus belle pièce du temple, disait-on.
La salle était somptueusement décorée d'or, de rubis, de tapisseries et d'une multitude de voiles diaphanes qui cachaient le trône du Perze. Sur l'estrade, derrière l'écran de voile, se dressait un fauteuil de coussin pourpre serti de gemmes et, légèrement reculé, un divan noir pour la favorite de Jöreb, le Perze.
Au plafond, une représentation de Toshi partagé entre les quatre odalisques élémentales, avec au centre l'Eperzar.
Au sud dansait Kahra, l'odalisque de feu. Au nord veillait Amentia l'odalisque de l'eau. Enfin à l'ouest régnait Tierra l'odalisque de vent et l'est était dirigé par Zamera l'odalisque de terre protégeant leur village grâce aux montagnes sacrées de Zamera et Eld.
Leur village, nommé Omoi, quant à lui, appartenait à l'Eperzar -le dieu du soleil, père fondateur, protecteur de toutes vies- et à son champion, le Perze.
Un peu plus loin se trouvait une représentation des cieux que se partageaient les trois dernières odalisques : Mérilna, Irilna et Yana. Irilna et Yana, respectivement les déesses du crépuscule et de l'aube, étaient dirigées par Mérilna, au centre de la fresque, la femme de l'Eperzar.
Anabelle resta subjugué face à la finesse des traits des odalisques. Elles étaient de grande beauté et très détaillées. Trop détaillées même, elle avait l'impression d'être en face de réels êtres humains. Chacune possédait une caractéristique qui leur était propre : Kahra et sa chevelure pourpre, Amentia et ses yeux vairons, Tierra et son corps filiforme, Zamera et sa peau noire, Irilna et son char lunaire, Yana et son char solaire, Mérilna et sa robe étoilée.
Même après des centaines d'années, les fresques possédaient toujours les mêmes couleurs, le même éclat. Le temple était âgé, il se dressait au centre de Toshi depuis sa colonisation, il y a quatre cent ans. Pourtant jamais on n'eut besoin de remplacer une seule pierre ou de poncer un seul mur. Un peu comme si le palais n'avait pas vieilli. Un peu comme si l'Eperzar ou Mérilna protégeait les lieux. C'était juste…
Magique.
Assise sur la balustrade auprès de la proue du bateau –l'Oro Jackson-, Anabelle scrutait le ciel, attendant la venue de Mérilna. Irilna, la lune qui annonçait le crépuscule était déjà passée depuis deux bonnes heures maintenant. Elle ne devrait pas tarder.
Un éclat roux à l'horizon attira son attention. La voilà. Elle inspira profondément.
Ô Mérilna, mère protectrice ! Que ta lumière guide les pas de ton enfant en ces temps obscurs. Qu'elle l'aide à prendre les justes décisions et que ton ombre protège ton dernier enfant.
Ô Mérilna, mère bienfaitrice ! Pardonne les crimes que j'ai commis et ceux que je vais commettre. Pardonne mon incapacité à protéger les miens et libère mon cœur des ténèbres qui l'habitent. Mais surtout, pardonne-moi pour être la raison de ce cataclysme.
O Mérilna, mère sentinelle ! Protège l'âme de tes enfants alors qu'ils entament leurs ascensions pour te rejoindre. Que ta lumière éclaire mon chemin jusqu'à ce que je m'en retourne me reposer auprès de toi.
Amen.
Le pont était étrangement vide de vie. Tout était calme. Elle ferma les yeux.
...
Elle avait décidé : elle s'en remettrait à Mérilna.
Si on vient me chercher alors j'essaye de vivre, sinon…
Elle resta dans cette position, les mains jointes, les coudes posés sur ses genoux, le visage tourné vers la lune, à baigner dans sa lumière jusqu'à ce-
« Belle nuit, n'est-ce pas ? »
Elle faillit basculer en arrière. La tête d'Anabelle se tourna brusquement -en évitant de justesse de se briser les cervicales- vers la source de la voix, scrutant l'ombre avec minutie avant de déceler un mouvement, dans l'ombre du mat. Une forme robuste se dessina pour devenir la silhouette d'un homme qu'elle connaissait : Rayleigh.
Ainsi soit-il.
Il avait un sourire calme -et un peu amusé ?- alors qu'il s'approchait d'elle.
« Je peux ? » Demanda-t'il en désignant la place à côté d'elle du menton. Elle inclina la tête. Ils restèrent assis en silence à regarder le ciel pendant que Mérilna commençait son ascension dans le ciel.
« Pourquoi es-tu dehors, jeune fille ?»
Elle inspira profondément. Je leurs dois bien ça.
Crack.
« Mérilna. » dit-elle finalement en désignant la lune.
« Mérilna ?»
« C'est une… la déesse la plus importante chez moi. » Elle se frotta les mains.
Crack.
« La lune ? » Il fredonna légèrement. « Voilà qui est étonnant. Pourquoi ne pas préférer le soleil ? » Il imita sa position : coudes posés sur les genoux et le menton dans ses mains.
Anabelle n'était pas étonnée que certains puissent être surpris de leurs divinités, préférer les lunes au soleil n'était pas courant. Mais les Toshinois avaient depuis toujours suivi le culte de l'Eperzar si bien qu'aucun n'ait pensé à changer de culte. Le culte du roi du jour et des reines de la nuit était vieux comme la nuit des temps. Et bien qu'Anabelle ait choisi de suivre la voie dictée par Irilna, elle préférait prier Mérilna l'Immuable, la pleine lune brillante.
Elle avait trouvé une explication plus poétique à leur religion :
« Comment un homme peut-il être brave en l'absence d'ombres et de ténèbres ? »
« Oh ? »
« Sous le soleil, les hommes n'ont d'autre choix que de faire face au danger puisqu'ils n'ont nulle part où se cacher ? Ils font donc preuve de fausse braverie. » Elle se grata le crâne. Ses cheveux avaient une texture… intéressante. Très gras. « Mais durant la nuit quand seule la lune les guide, quand les ombres sont omniprésentes, il faut beaucoup plus de courage pour se tenir face au danger, n'est-ce pas ? »
Pour Anabelle, adorer Mérilna ne se discutait plus.
« Au final, selon ta religion, la nuit révélerait la véritable nature des hommes face aux obstacles de la vie. »
Elle sentit un petit sourire se former. « C'est basiquement cela. »
Il eut une intéressante lueur dans les yeux. « Voilà qui est plutôt poétique. Donc, ta déesse, cette Mérilna, elle représente le courage ? »
Crack.
« Non, pas vraiment. » Il attendit qu'elle s'explique.
Que dire ? Mérilna était la déesse de beaucoup de chose après tout, mais elle était surtout- « La justice, la protection. » Elle inspira profondément avant d'expirer par le nez. « Elle guide et protège les défunts lors de leurs voyages vers l'après vie. » Une pause. « Enfin, ceux qu'elle juge digne d'y accéder. »
Crack.
Rayleigh tourna ses yeux vers son visage. Elle essaya de rester le plus impassible possible.
« Hum… Effectivement, une déesse plutôt importante. » Il la scruta un peu plus longtemps. « Dis-moi, jeu- »
« Ils sont tous morts. » Elle sentit tout devenir silencieux autour d'elle. « Je n'ai nulle part où aller. »
Crack, crack, crack.
Peut-être, était-ce de le dire à haute voix qui lui fit comprendre à quel point c'était réel. Que même si elle avait compris ce qu'il s'était passé, elle n'avait pas complètement réalisé sa situation. Peut-être qu'en parler diminuerait la taille de la boule qu'elle avait dans la gorge ou le poids dans son estomac ?
Mais je peux toujours l'entendre se fissurer.
Ce n'était que sa volonté qui lui permettait de tenir. Mais la boite de verre dans laquelle elle avait soigneusement enfermé toutes ses émotions continuait à se fissurer et, elle était fatiguée. Fatiguée de devoir contenir la tempête d'émotion dans une si petite boite.
Crack, crack, crack.
Des doigts lui caressèrent les joues. Elle eut un mouvement de recul et vit des gouttes d'eau sur les doigts et-
Oh.
Elle ramena ses mains à ses joues, humides et-Oh. Des larmes.
Elle pleurait et elle n'arrivait pas à les sécher, peu importait le nombre de fois qu'elle se les essuyait. Elle avait mal, réellement mal.
Une main s'abattit sur sa tête avant de la caresser, un peu comme on le ferait à un chien. Elle leva les yeux vers Rayleigh et… Peut-être que ce n'était pas si grave si elle se laissait aller.
Oui. Rayleigh avait un petit sourire mélancolique. Peut-être que tout irait bien.
La boite se brisa.
Les éléments se déchainèrent elle se trouva perdue dans une tornade d'émotion : le feu de sa colère, la glace de sa terreur, le raz de marée de tristesse et cet écrasant engourdissement. Et elle, au milieu des éléments, ne tiendrait pas le coup, le feu et la glace la brûlaient, elle perdait pied. Elle ne pourrait pas rester maîtresse longtemps.
On lui serra l'épaule et-
« Lâche prise. »
Anabelle détestait lâcher prise. Elle le fit quand même. Elle aurait tout fait pour faire cesser cette tempête.
Elle pleura longuement dans la poitrine de Rayleigh et entre quelques hoquets, lui raconta son histoire; comment l'équipage de Kaido était sorti de la brume un soir, comment sa mère l'avait sauvée des pirates, comment elle avait été amenée au rivage, forcée de monter dans une barque et disparaitre de la nuit, comment Anabelle avait supplié sa mère de l'accompagner et comment sa mère avait refusé avec un sourire triste et du feu dans les yeux.
Ce soir-là, Anabelle mit à nu son âme face à un parfait inconnu et cela ne la dérangeait pas plus que cela.
Rayleigh regardait la jeune fille dans ses bras. Elle s'était endormie, trop fatiguée par ses sanglots.
Si jeune et si abimée.
Il ne savait rien d'elle : pas de nom, pas d'opinion, pas de rêve mais il savait en même temps tout d'elle : son histoire, sa peur et sa douleur. Il avait effleuré son âme ce soir-là et il avait tout ressentit : sa tristesse, son incompréhension et sa colère cachées juste sous sa peau. Et il était content qu'elle les extériorise enfin.
Elle ne pourrait jamais guérir autrement.
Il la ramena à l'infirmerie. Il devrait parler avec Roger de sa découverte, histoire de savoir ce qu'ils feraient d'elle. Il sortit un flacon gris de sa poche et l'ouvrit pour en boire une longue gorgée.
Le chemin vers la guérison est long et ardu. Sauras-tu surmonter toutes ses épreuves ?
Il jeta un dernier coup d'oeil sur la jeune rescapée avant de quitter l'infirmerie.
La vie est bien cruelle parfois.
Elle se réveilla avec un mal de crâne terrible, des yeux bouffies et irrités et la langue pâteuse. Mérilna, je déteste pleurer ! Mais elle se sentait plus légère, comme si un poids lui avait été ôté. Elle n'allait pas mentir, elle n'allait pas bien et une part d'elle souhaitait toujours mettre fin à son calvaire, mais… Mérilna avait choisi, non ? Elle devait vivre. Alors, elle essayerait de faire de son mie-
Elle renifla un grand coup avant de plisser le nez. Qu'est ce qui puait comme ça ?
Elle inspecta les environs rien sous le lit, un mur à sa gauche, un autre lit et une table de chevet à sa droite et- Ne me dis pas !
Elle approcha doucement son nez de son aisselle et prit une profonde inspiration. Elle réprima un haut de cœur.
Mais c'est moi qui sens le rat crevé ! Elle eut soudainement pitié de Rayleigh qui l'avait tenu dans ses bras la veille, qui avait senti son odeur pendant des heures probablement et qui l'avait vu pleurer. Et que c'était embarassa-Ne regrettes rien Ana ! C'est du passé.
Mais cela restait toujours aussi embarrassant ! Argh ! Elle voulait s'étouffait avec un coussin !
La porte s'ouvrit, Shanks entra, un plateau repas dans les mains. Pourquoi Shanks a un plateau repas ? Il veut le manger devant moi ? Anabelle resta interdite alors qu'il s'approchait. Et il lui tendit le plateau et elle le prit ?
Honnêtement, elle ne savait pas, son cerveau avait beugué pendant un instant. Pourquoi il m'apporte mon repas ? Qu'est-il arrivé au petit blond ? Que devait–elle faire dans ce genre de situation déjà ? Elle continua de le fixer bêtement.
« Euh… Merci ? » Ce fut son tour de réagir étrangement : il recula d'un pas, ouvrit de grands yeux et agita ses bras dans tous les sens.
« Mais tu parles de nouveau ! » Elle souleva un sourcil avant de se tourner vers son repas : une sorte de soupe et du riz. Elle n'avait toujours pas vraiment faim mais elle devait se forcer… La soupe ne payait pas de mine mais elle était vraiment bonne. Une cuillère dans la bouche, Anabelle croisa le regard stupéfait de Shanks.
Le malaise. Il compte me regarder pendant longtemps ? Je déteste quand les gens me regardent manger.
« Oui ? » demanda-t'elle. Cela sembla le sortir de sa torpeur.
« Eurr… Rien. » Il resta sur place les bras ballants avant de finalement prendre sa décision, « Si tu as besoin, je serais sur le pont ! » avant de lui faire un grand sourire et partir. Elle inspira profondément, sentit son repas remonter le long de sa gorge face à l'odeur, Comment ai-je fait pour ne pas m'en rendre compte avant ? avant de se rappeler qu'elle avait effectivement quelque chose à lui demander.
« Attends, euh… Shanks. » La main sur la poignée, il se tourna vers elle. « Les douches. Où sont les douches ?
...
à suivre ?
Voilà pour le chapitre 2 !
Petite question: est ce que le format fragmenté comme je fais, vous dérange ? (Dans tous les cas, au fil de l'histoire, je vais réduire le nombre de fragment.)
En espérant que ça vous ait plu !
Bisous enflammés
