Une dernière chose à faire
La pluie était tombée sur New York pendant trois jours d'affilée. Il n'y avait pas eu une seule accalmie et seule la régularité impassible des gouttes qui tombaient sur les toits était signe que cette pluie n'était pas normale. Elle tombait depuis l'aube, depuis qu'un accident sans précédent avait eu lieu dans une bouche de métro égarée. Les journaux sorciers avaient déjà relayé l'information à travers tout le pays, à travers toutes les communautés magiques de par le monde : un obscurus surpuissant avait causé la destruction impressionnante d'une bouche de métro, en plein cœur de New York, ainsi que la dégradation de nombreux bâtiments alentour. Des centaines de moldus avaient pu en être témoins, ainsi que de plusieurs autres incidents du même genre. La situation avait été maîtrisée grâce à l'aide de Newt Scamander qui avait permis d'effacer la mémoire de tous les moldus de la ville. Il avait également permis la capture du criminel Gellert Grindelwald, qui avait disparu de la circulation depuis suffisamment longtemps pour que ça en devienne inquiétant.
Ce bruissement des gouttes qui tombaient sur tous les quartiers de la ville était rapidement devenu rassurant pour la plupart des sorciers qui y vivaient. Il signifiait que leur monde n'était pas encore sur le point de s'écrouler.
Il signifiait également qu'il leur restait beaucoup à faire. Il avait suffi d'un seul homme pour mettre en péril leur avenir à tous, pour faire basculer l'ensemble du monde sorcier vers l'inconnu. Les relations avec les autres nations, que ce soit avec leurs représentants sorciers comme ceux moldus, étaient tendues ces derniers temps, et cet évènement ne faisait que rajouter davantage à la peur ambiante.
Grindelwald avait choisi la ville la plus peuplée au monde pour générer un accident d'une ampleur internationale. Il avait agi seul et n'était pas passé loin de réussir à remettre en cause le statut du secret magique dans son ensemble. Il était du devoir des autorités compétentes de faire en sorte qu'un tel évènement ne se reproduise jamais.
Le quartier général du MACUSA était donc en pleine effervescence depuis le début de l'accident, jusqu'au retour du beau temps sur New York, et encore après. La tension était à peine redescendue d'un cran quand les nuages avaient finalement été emportés par les vents maritimes, et la grosse horloge du hall d'entrée avait laborieusement fait bouger ses aiguilles vers des rivages plus calmes, passant du rouge de l'alerte générale à un orange guère rassurant. Le mot était tout de même passé en un instant auprès de l'ensemble des sorciers présents : la situation était maîtrisée.
Tina avait retrouvé son ancien poste au sein des Aurors, en grande partie grâce à l'aide de Newt, et avait même obtenu des félicitations. La présidente s'était montrée plutôt réticente à admettre ses erreurs, mais la situation avait été catastrophique, et les jeunes gens qui avaient contribué à sa résolution étaient plus que méritants. Tina était ravie de pouvoir reprendre du service, même si on lui avait confié qu'une petite mission assez simple : assurer la protection de Newt Scamander et l'escorter, lui et l'intégralité du contenu de sa valise, hors de la ville.
Il n'y avait qu'un seul problème auquel Tina devait faire face : Newt n'avait pas dans l'idée de se tenir tranquille, dans un coin, sans faire d'histoires, jusqu'à ce qu'un navire soit prêt à le raccompagner au Royaume-Uni. Bien au contraire, il s'était plongé avec ferveur dans un nouveau mystère à élucider, et traînait Tina aux quatre coins de la ville, et de préférence là où il ne devait certainement pas aller.
Comment Grindelwald avait-il pu tromper son monde en prenant la place de Percival Graves au sein du MACUSA ? Et qu'était-il advenu de Percival Graves ? Personne ne semblait se préoccuper de ces questions au MACUSA et Newt avait donc traîné Tina dans les archives (une section à laquelle il n'avait pas accès), et avait interrogé toutes les personnes qu'il avait pu trouver sur son chemin.
Leur enquête leur avait permis de découvrir à quelle période Grindelwald avait pris la place de Graves, ainsi qu'où chercher les derniers pas de l'homme. Il était fort peu probable qu'il soit encore en vie, mais Newt était tout de même déterminé à retrouver sa trace le plus vite possible.
La fouille de l'appartement de Graves avait été la dernière étape de la piste de miettes de pain qu'ils suivaient depuis plusieurs jours, et ils n'avaient pas eu besoin de fouiller, en fait. La question la plus importante qu'ils se posaient depuis le début avait été résolue une fois le pas de la porte franchi. Graves n'était plus de ce monde. Ils n'avaient même pas besoin de chercher son cadavre dans le fond de l'Hudson pour s'en assurer.
Pour autant, son appartement n'était ni vide ni inhabité : son fantôme faisait les 400 pas sur la carpette devant la cheminée. Ils se tourna vers eux avec toute la dignité de feu son homologue.
« Tina, puis-je savoir ce que vous faites dans mon appartement ?
—Monsieur… » La voix de Tina était très douce alors qu'elle lui répondait, les mots semblaient se bloquer dans sa gorge. « Il y a eu un accident. »
Graves s'était arrêté. Il fixait longuement Newt, le détaillant de pied en cap et semblant le juger avec plus d'intransigeance qu'Anubis auscultait les cœurs et les plumes sur sa balance.
« Vous pouvez tout me dire, je crois bien que je ne suis plus en état de vous menacer de quoique ce soit. »
Tina était hésitante. Newt pouvait lire sa peine sur son visage. Ils savaient bien, tous les deux, qu'ils ne parviendraient sans doute pas à retrouver Graves en un seul morceau. Rien n'avait changé en théorie dans leur enquête, mise à part que l'espoir ne leur était plus permis dorénavant. Il lui fit signe de prendre place sur un canapé poussiéreux. Depuis combien de temps aucun vivant n'avait mis les pieds ici ? Depuis combien de temps le fantôme de Graves rôdait-il dans ce salon ?
« Très bien. Je vous présente donc Newt Scamander, un ressortissant britannique. Je l'ai arrêté à son arrivée à New York pour importation illicite de créatures magiques. Il les étudie en fait. Il y a eu une série d'incidents à cause de ces créatures, certaines d'entre elles ont été relâchées en ville, et nous sommes parvenus à les récupérer toutes, une par une. »
Graves semblait avoir plus de patience que ce que Newt lui connaissait. Pour tout dire, alors même qu'il avait tendance à ne jamais se résoudre à regarder ses interlocuteurs en face lorsqu'il leur parlait, il se sentait étrangement incapable de cesser d'observer Graves. Il n'y avait là aucune attirance romantique, Newt le comprenait plutôt comme de l'incompréhension. La métamorphose de Grindelwald avait été si impressionnante, si parfaite… Et il avait si bien joué son rôle. Il était difficile de penser qu'il avait en face de lui quelqu'un qui se battait pour des idéaux de justice au sein du gouvernement sorcier de ce pays, et non ce détraqué de Grindelwald. Il ne parvenait pas à saisir comment ces traits presque doux avaient pu se métamorphoser en un masque de violence et de haine lorsque l'homme l'avait attaqué.
Graves semblait perplexe après les explications de Tina. Il s'était approché d'elle et examinait de près son badge d'Auror.
« Si ce que vous me dites est la vérité, alors je ne comprends pas comme cet insigne peut encore être accrochée à votre manteau. »
Si ses mots étaient durs, sa voix ne faisait que trahir sa propre curiosité.
« La dernière fois que j'ai entendu parler de vous, Tina, c'était pour cette affaire avec la Ligue des Fidèles de Salem. Je devais me rendre sur place, ou j'en revenais, je ne me souviens plus très clairement, quand un sorcier est apparu derrière moi, je n'ai vu qu'une ombre. Il m'a surpris avec un puissant sort de magie noire. Je pense qu'il avait préparé mon coup, ou bien alors c'est que Grindelwald en personne s'est déplacé pour moi. » Graves émit un rire étrange, particulier. Newt ne se souvenait pas avoir jamais fait attention au rire des fantômes de Poudlard. Avait-il entendu Grindelwald rire, déguisé sous les traits de Graves ? Il était sûr que ces deux sons n'avaient rien à voir.
Peut-être que maintenant qu'il faisait face à un fantôme, et non à un simple sorcier, Graves devenait d'autant plus intriguant. Newt ne put s'empêcher de parler à la place de Tina, il avait besoin d'apprendre.
« Vous voulez savoir comment vous êtes mort, c'est bien ça ? Vous n'avez pas eu le temps de voir celui qui vous a tué, vous ne pouvez pas savoir.
—Non.
—Ce sorcier qui vous attendait, caché dans les ombres, surveillait les abords de l'église où vivait la famille Barebone. Il savait très bien ce qu'il cherchait. Il avait besoin d'un obscurus, et de la force destructrice et chaotique qu'abritent en eux les obscurials.
—Les obscurus sont pourtant extrêmement rares depuis que le secret magique a été instauré. »
Newt sourit. Il était bon de discuter avec un homme intelligent, il homme qui remettait en cause ce qu'on lui avait appris un jour. Une personne qui doute est une personne qui recherche la vérité, Newt cherchait ces sorciers qui avaient soif d'apprendre. Il avait besoin d'eux pour montrer que les créatures magiques n'étaient pas que des bêtes monstrueuses, que leur existence était bien plus complexe.
« Ce soir-là, vous avez été appelé parce que Miss Porpentina Goldstein a utilisé la magie à l'intérieur même de l'église où vivait Mary Lou Barebone. Tina est intervenue parce qu'elle a surpris Mary Lou battant son fils, Credence. Vous comprenez, n'est-ce pas ? Elle détestait la magie, et elle détestait son fils.
—Il était donc un obscurial ? Et vous avez dit que ce sorcier qui m'a assassiné surveillait les lieux. Il avait besoin d'un obscurus, il avait donc suivi ses traces jusqu'à cette église… Ça pouvait être n'importe qui. Ce n'est pas la première fois qu'on entend parler d'eux ! Ils distribuent de la nourriture aux enfants et répriment toute forme de magie, il y avait des dizaines d'obscurials possible.
—Ce sorcier a donc pris votre place au MACUSA, pour pouvoir mieux surveiller l'endroit. Il a vite remarqué de Credence était particulier et s'est servi de lui pour essayer de mettre la main sur l'obscurial. Il pensait que c'était un des enfants venant à l'église. Un soir, il a trouvé Mary Lou Barebone morte dans une église en ruine : elle avait été tuée par l'obscurus. C'était donc évidemment l'un de ses 3 enfants. Credence était trop âgé, il pensait que c'était un cracmol. Il avait tort. Je pense qu'il a dû se rendre compte de son erreur trop tard.
—C'était lui l'obscurial ?
—Oui. Il a dû lui faire miroiter de lui faire intégrer le monde sorcier pour le manipuler, de le libérer de Mary Lou et lui offrir un avenir où il serait libre d'être lui-même. Quelque chose comme ça. Quand il a eu besoin de son aide pour retrouver ses sœurs, il ne lui était plus d'aucune utilité. Il l'a trahi. Credence a libéré l'obscurus, détruit des petits bouts de la ville dans un chaos titanesque, et s'est réfugié dans un endroit qu'il connaissait bien. Il y avait déjà eu des accidents étranges dans le métro. Tina, et moi y sommes allés pour retrouver Credence, mais vous vous y trouviez également. Au final, les Aurors sont intervenus et ont exécuté Credence malgré vos ordres. Et l'imposteur s'est révélé. »
Tina prit la parole pour la première fois depuis que Newt avait commencé à tout raconter.
« Disons que… vous n'aviez pas tout à fait tort quand vous avez dit que Grindelwald était derrière votre mort… »
Graves semblait digérer cette information.
« Grindelwald était à New York ? Pendant tout ce temps ?... Que s'est-il passé ensuite ?
—Il s'est battu contre les Aurors présent, commença le Poufsouffle.
—Et Newt a permis sa capture, continua fièrement Tina. »
Le spectre de Graves avait recommencé à tourner en rond devant la cheminée. Newt l'observait, ses yeux se baladaient de gauche à droite. Depuis combien de temps tournait-il ainsi en rond ?
« Je suis apparu dans la rue où je suis mort, à l'aube. Je pense que c'était à l'instant où Credence disparaissait… Je pense que c'est pour lui que je suis revenu. Est-ce que vous pensez qu'on puisse avoir des regrets pour… pour une personne que vous ne connaissiez même pas de votre vivant ? Pour quelque chose qui s'est passé avant votre mort ? »
FIN
Note d'auteur : Ce texte est un univers alternatif car dans le canon, Percival Graves a été inventé par Grindelwald, il n'existait pas avant lui. Il n'a donc ni pu être tué, ni revenir sous forme de spectre.
Nombre de mots : 2107
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