Bells

Les cloches résonnaient au loin, leur son clair et cuivré arrivant aux oreilles de l'ancienne nation.

Aujourd'hui était jour de fête en Angleterre. Les badauds se pressaient devant le palais pour apercevoir leur reine, tous les coins de rue résonnaient de musiques et de chants.

De petites fêtes étaient organisées un peu partout, des gens qui ne se connaissaient pas parlaient et mangeaient ensemble, les rires masquaient les voix solitaires et on pouvait presque palper la bonne humeur qui flottait dans l'air.

Mais cela n'atteignait pas la nation, ça ne l'atteignait yeux se fermaient lentement et son souffle disparaissait en centaines de petites bulles multicolores et légères, tellement légères...

Soudain, un cri lui déchira les oreilles avec violence et une solide poigne le tira hors de l'eau :

"-Bordel Arthur, mais qu'est-ce qui t'as pris ?!"

La nation du royaume-uni le fixa d'un air absent, les yeux hagards et flottant dans des vêtements trempés et un peu trop grands. Sa bouche entrouverte ne frémissait pas.

L'autre le frappa dans le dos, lui faisant recracher toute l'eau qu'il avait pu avaler. Puis avec colère, il lui demanda:

"-A quoi tu pensais ?! J'ai autre chose à foutre que de te surveiller ! Ça fait combien de tentatives de suicide cette semaine ?! Rassure-moi, tu es au courant qu'on est immortel ?"

L'autre se tourna vers lui avec le regard accusateur de ces anciens condamnés à mort qui fixaient le public hilare venu admirer leur exécution. Il entrouvrit les lèvres pour parler, toussa un peu et cracha l'eau qui restait dans ses poumons. L'autre le regarda, attendant qu'il parle. Finalement il réussit à articuler d'une voix d'outre tombe :

"-Tu sais très bien pourquoi. J'en ai marre de cette vie, qui n'en est même pas une. Je ne peux pas vivre vraiment mais je ne peux pas mourir.

Je vois les humains, mon peuple et une partie de moi, naître, grandir, être heureux, se marier, avoir des enfants les élever, vieillir ensemble et mourir pendant que je reste là, seul.

Aujourd'hui, plus personne ne connaît son nom, mon propre peuple m'a oublié. C'est comme si je devais mourir mais que je ne pouvait pas."

La nation française grimaça sans approuver, l'attrapa par le col de sa chemise, le traîna sur la rive et hésita quelques secondes avant de partir en silence.

Et la nation resta seule avec l'assourdissant bruit des cloches dans ses oreilles et les rires de ces étrangers qui l'entourait.


C'est... super court...