TITRE : Les non-dits
NOTE : Fringe ne m'appartient pas.
CONTEXTE : Se situe après l'épisode « grey matters » saison 2 épisode 10.
RESUME : Peter est enlevé.
NdA : Si vous n'avez pas vu la saison 2, je vous déconseille de lire cette histoire. J'avais cette histoire en tête depuis mon histoire « enlèvement », qui ne me convenait pas. Ceci est un peu une V2, mais il n'est pas nécessaire d'avoir lu « enlèvement » pour comprendre. Certains passages peuvent rappeler certains épisodes de la saison 2, mais j'avais ces idées avant de les voir. J'espère que ça vous plaira.
Il eut à peine la force d'appuyer sur la touche de rappel. Il s'agissait du numéro d'Olivia. Il lutta furieusement pour ne pas perdre connaissance avant qu'elle ne décroche. Les secondes lui semblèrent interminables pendant qu'il entendait la tonalité. A bout de force, il finit par s'affaler sur le bureau. Il était à peine conscient quand Olivia décrocha enfin.
CHAPITRE 2
Olivia fut réveillée en sursaut par la sonnerie de son téléphone portable. Elle venait de faire un rêve très désagréable où on la traquait sans merci. Elle tentait de fuir mais ses poursuivants gagnaient du terrain. Alors, bien qu'arrachée brutalement au sommeil, elle se sentit infiniment reconnaissante envers la personne qui l'en avait tirée. Reposant sa tête sur l'oreiller, elle jeta un coup d'œil à son horloge, et vit qu'il était près de 5h du matin. Elle se demanda qui pouvait l'appeler à cette heure-là, pariant sur Broyles. Encore dans les brumes du sommeil, elle tendit enfin le bras pour saisir le mobile. Avant de répondre, elle lut le nom de l'appelant. Peter. Elle fronça les sourcils, étonnée qu'il l'appelle à cette heure de la nuit.
« Peter ? », dit-elle en décrochant.
Elle n'entendit aucune réponse mais capta une respiration saccadée. Cela suffit à la réveiller totalement. Tous ses sens en éveil, elle s'assit sur son lit.
« Peter ? », répéta-t-elle. « C'est toi ? Réponds. »
« Olivia… aide… moi », répondit la voix faiblarde du jeune homme.
Ce furent les seuls mots qu'il put prononcer avant de sombrer dans l'inconscience. Il eut juste le temps de penser que faire confiance à une jolie fille pouvait nuire à la santé, avant de s'écrouler, inconscient.
La voix de Peter n'était qu'un murmure et Olivia comprit qu'il avait fait beaucoup d'efforts pour parler.
« Peter, qu'est-ce qu'il y a ? Où es-tu ? Peter ? Peter ! », appela-t-elle, en vain.
Aussi vive que l'éclair, elle se leva et se dirigea vers son téléphone fixe. Elle composa rapidement le numéro du central d'appels du FBI.
« Agent Olivia Dunham, code 7-18-6-22-7-9. Je cherche à localiser un appel en cours sur mon portable. »
Elle attendit quelques secondes que son interlocutrice effectue l'opération demandée, s'impatientant davantage à chaque seconde écoulée.
« Il s'agit d'un portable au nom de Peter Bishop », lui répondit la voix à l'autre bout du fil.
« Je sais ça, ce que je veux savoir, c'est d'où est passé l'appel » dit-elle d'un ton irrité.
Elle ne prit pas la peine d'être polie, ni de dissimuler son agacement. Elle écouta son interlocutrice taper rapidement des commandes sur son clavier avant de lui donner enfin la réponse.
« L'appel provient de l'université de Harvard », entendit-elle enfin.
Olivia remercia finalement son interlocutrice avant de raccrocher. Elle reprit le portable et écouta. Elle n'entendit d'abord rien. Elle appela Peter en vain tout en s'habillant rapidement. Soudain, elle capta un bruit, comme un siège qu'on déplace et des voix étouffées en bruit de fond. Et puis, elle n'entendit plus que la tonalité. Quelqu'un à l'autre bout du fil, avait raccroché. Saisissant ses clés, elle courut jusqu'à sa voiture. Elle démarra en trombe et composa le numéro de Broyles.
« Agent Broyles », dit-il en décrochant.
« Monsieur, c'est Olivia Dunham. Je viens de recevoir un coup de fil de Peter mais on a été coupé. Il a juste eu le temps de demander de l'aide. Je crois qu'il a été enlevé. J'ai fait une demande de localisation, il semblerait qu'il était au labo quand ça s'est produit », expliqua Olivia.
« Où êtes-vous ? », demanda Broyles.
« Dans ma voiture, je me dirige vers le labo. J'y serai dans moins de 10 minutes », répondit la jeune femme.
« OK, je vous envoie une équipe », se contenta de dire son supérieur.
Ils raccrochèrent. Mais Olivia savait qu'ils arriveraient trop tard. Quoi qu'il se soit passé, Peter n'était certainement déjà plus là. De rage, elle appuya sur l'accélérateur, tout en sachant que c'était parfaitement inutile.
Olivia arriva la première. Quand elle entra dans le labo, ses craintes furent confirmées. Peter avait bel et bien été enlevé. Des papiers étaient éparpillés, le reste d'un café avait inondé le sol, et la chaise du bureau était renversée. L'ordinateur était toujours allumé. En y jetant un coup d'œil, Olivia comprit que Peter effectuait des recherches pour trouver de nouveaux cas qui pouvaient faire partie du Projet. Elle fit un tour d'horizon pour essayer de trouver des indices quant à l'identité des ravisseurs. Ses yeux de lynx et son sens affuté de l'observation notèrent immédiatement des changements dans le labo. Visiblement un certain nombre d'expériences avaient été menées ici.
Depuis combien de temps n'était-elle pas venue ? Cela faisait-il si longtemps ? Elle fouilla dans sa mémoire et se souvint que sa dernière visite datait d'il y a 10 jours. 10 jours ! s'exclama-t-elle, silencieusement. Alors que depuis qu'elle était à la section Fringe, elle n'avait pas passé une journée sans y aller, troquant même très souvent les bureaux du siège du FBI avec les locaux défraîchis du sous-sol d'Harvard. 10 jours également qu'elle n'avait pas vu Peter ? Elle se sentit soudain coupable de ne pas être venue, ne serait-ce que pour prendre des nouvelles. Bien sûr, ils s'étaient parlés au téléphone mais ce n'était pas pareil. Elle passa sa main dans ses cheveux et ferma les yeux avant de pousser un soupir.
Elle espéra silencieusement que Peter allait bien. Bien qu'elle tentait de paraître impassible, elle devait reconnaître qu'elle se faisait du souci pour lui. A de nombreuses occasions, il avait mis sa vie en péril pour le bien de la section. Elle ne lui avait jamais demandé un tel degré d'investissement et elle essayait de se convaincre qu'il ne le faisait que parce qu'il le voulait bien. Mais elle ne pouvait s'empêcher de penser qu'elle lui avait en partie forcé la main.
Malgré tout, si cela avait été vrai au début, elle avait finalement accepté l'idée qu'il avait fini par rester de son plein gré. Cependant, elle s'évertuait sans cesse de ne pas mettre sa vie en danger au-delà du raisonnable. Mais comment l'éviter face au caractère particulier du projet Fringe qui, de par sa nature, impliquait tout naturellement une part élevée de risque ? Et comment lutter contre les tendances casse-cou de Peter et son entêtement à se fourrer dans des situations périlleuses sans qu'on ait besoin de lui en demander autant. Combien de fois avait-il frôlé la mort et risqué sa vie depuis qu'il l'avait suivie à Boston ?
Certes, d'après ses renseignements, il ne menait pas une vie des plus saines, ayant des contacts louches et effectuant des opérations douteuses. Il n'y avait qu'à voir tous ses contacts dans tous les domaines imaginables, prêts à lui rendre un service, de manière volontaire ou pas, d'ailleurs. De plus, il avait changé d'identité à plusieurs reprises, trafiqué des diplômes qu'il n'avait jamais passés, changé sans cesse d'endroit et était certainement impliqué dans diverses fraudes. Et pour combler le tout, il avait eu des ennuis de dettes de jeu et s'était mis à dos pas mal de monde. Bref, il avait le profil du parfait arnaqueur aux activités louches que son QI élevé avait réussi à maintenir à distance des conséquences de ses actes. Autant dire qu'il n'avait pas utilisé ses capacités à bon escient. Du moins, jusqu'à ce qu'il rejoigne la section Fringe.
Olivia se doutait cependant que son passé finirait par le rattraper un jour ou l'autre. Et quelque part, elle souhaitait être là pour l'aider à se sortir du pétrin dans lequel il s'était fourré. Mais ce qu'elle ignorait, était la gravité des problèmes qui l'attendaient et si Peter accepterait son aide.
Elle eut un sourire en coin en repensant à une remarque qu'il avait faite à sa sortie d'hôpital quelques mois plus tôt, au sujet de sa difficulté à accepter de l'aide d'autrui. Si elle avait tourné sa remarque à la dérision, histoire de noyer le poisson, elle savait qu'il avait raison sur ce point. Elle était une solitaire qui estimait que se reposer sur les autres était une faiblesse.
Mais elle pouvait en dire autant de lui. Combien de fois, au cours de la dernière année, était-il parti « régler des affaires » sans lui expliquer ce qu'il faisait ? Si elle n'en avait jamais rien su, elle avait compris que, d'une part, il ne voulait pas qu'elle s'en mêle, et d'autre part, les « affaires » qui l'occupaient en dehors du Projet n'étaient pas des plus honorables.
Cependant, cette fois-ci, il l'avait appelée à l'aide. C'était d'ailleurs la deuxième fois en peu de temps. Elle serra les poings au souvenir du désespoir qu'elle avait senti dans sa voix quand il lui avait demandé de l'aider à sauver Walter. Il l'avait suppliée presque, mettant sa fierté de côté. Mais Peter savait le faire quand il le fallait. Il était meilleur qu'elle à cet exercice. Et elle n'avait pas pu résister à son appel au secours, mettant de côté son « devoir d'agent » et laissant ses émotions guider son choix. Mais c'était Peter. Et elle n'avait pas été capable de l'abandonner.
Elle secoua la tête et chassa ses pensées, ne voulant pas s'aventurer sur ce terrain glissant. L'important était surtout de le retrouver au plus vite.
L'équipe envoyée par Broyles arriva à cet instant. Un homme se dirigea vers elle. Il lui tendit la main et se présenta.
« Agent Dunham, je suppose… Je suis l'agent Downey, c'est l'agent Broyles qui m'envoie. Je suis chargé de cette enquête, en collaboration avec vous, bien sûr », expliqua-t-il.
Olivia lui serra la main avant de lui présenter rapidement la situation. Ils échangèrent leurs numéros pour se tenir mutuellement informés. Puis ses hommes se mirent à la recherche d'indices. Pendant ce temps-là, Olivia décida d'aller voir les agents de sécurité pour visionner les vidéos de surveillance aux abords du labo.
En chemin, elle prit son portable et composa le numéro de téléphone du domicile des Bishop. Walter ne devait pas être au courant pour Peter. Elle prit une profonde inspiration et attendit anxieusement qu'il décroche. Elle était nerveuse à l'idée d'annoncer la nouvelle à Walter. Cela n'allait-il pas le dévaster à nouveau ? Après son enlèvement par Newton, il avait eu du mal à reprendre le dessus. Il n'avait certainement pas besoin de cela en ce moment. Au bout d'un nombre interminable de sonneries, Walter décrocha enfin et répondit d'une voix irritée et endormie.
« Allo ? Qui appelle à cette heure-là ? », demanda-t-il, sèchement.
« Walter, c'est Olivia », dit la jeune femme.
« Oh, Olivia, ma chère, comment allez-vous ? », répondit Walter, la voix plus douce.
« Walter, écoutez-moi. J'ai une mauvaise nouvelle au sujet de Peter », dit Olivia en se mordant inconsciemment la lèvre.
Comme elle le craignait, il s'affola immédiatement.
« Peter ? Que se passe-t-il avec mon fils ? », demanda-t-il, anxieux.
« Walter, nous pensons qu'il a été enlevé. Mais nous avons toutes les raisons de croire que ses ravisseurs ne lui feront aucun mal », dit-elle, essayant de le rassurer.
« Il est vivant ? Peter est vivant, n'est-ce pas ? », questionna Walter, d'un ton désespéré.
« Oui, Walter, il est vivant et nous le retrouverons. Faites-moi confiance, on va le ramener sain et sauf », dit-elle avec conviction, autant pour se rassurer elle-même que Walter.
« Oui, oui, je vous crois, agent Dunham. Vous l'avez déjà fait par le passé », dit-il, semblant retrouver un peu son calme.
« Je vous envoie Astrid pour venir vous chercher et vous amener ici », expliqua Olivia.
« Ici ? Oui, oui, me chercher. Bien sûr. »
« Bien, à tout à l'heure au labo », dit-elle.
« Oui, c'est ça. Je crois que je vais m'habiller maintenant. Même si l'agent Farnsworth a déjà dû voir des hommes nus, je ne pense pas qu'elle serait ravie de me trouver ainsi… », ajouta Walter.
Olivia eut un sourire involontaire. Walter avait le don de la surprendre avec ses réparties hors-sujet. Elle raccrocha et composa le numéro d'Astrid. Elle la mit au courant pour Peter et lui donna ses instructions au sujet de Walter. Malgré l'heure matinale, Astrid ne se plaignit pas. En raccrochant, Olivia eut la satisfaction, bien que fugitive, d'avoir pris la bonne décision pour Walter. Elle savait qu'Astrid éprouvait un attachement sincère envers cet homme et elle saurait trouver les mots pour le calmer et le rassurer.
Elle arriva enfin aux locaux de surveillance. Elle présenta son badge et déclina son identité avant de demander à visionner les trente dernières minutes des vidéos aux abords du laboratoire. Les agents repassèrent les bandes tandis qu'Olivia regardait fixement les écrans qui pourraient lui apporter des réponses.
Après plusieurs minutes, ils tombèrent sur les images d'une camionnette de couleur sombre. Ils la virent arriver puis repartir 10 minutes plus tard. Aucun plan ne montrait si Peter avait été emmené dans le véhicule mais en visionnant la totalité de la période, c'était le seul mouvement à proximité du labo. Olivia se pencha vers l'écran et posa son index sur l'arrière du véhicule.
« Vous pouvez zoomer sur la plaque ? », demanda-t-elle.
L'agent de sécurité acquiesça et essaya d'obtenir une image lisible mais le résultat n'était pas probant.
« Désolé, je ne peux pas faire mieux, je n'ai pas le matériel pour ça », répondit-il, en secouant la tête.
« Alors, donnez-moi une copie, je sais qui pourra », lui demanda-t-elle.
L'homme acquiesça et lui remit un enregistrement. Le temps qu'elle revint au labo, Astrid et Walter étaient arrivés. Walter s'était mis au travail. L'équipe de l'agent Downey était déjà repartie.
« Que fait-il ? », demanda Olivia à Astrid, en désignant Walter de la tête.
« Il cherche la formule de je ne sais quelle boisson. Il est convaincu que quand il l'aura retrouvée, il saura comment trouver Peter. Je n'ai pas osé l'interrompre, car au moins ça l'occupe et le calme », répondit Astrid, en haussant les épaules.
Olivia acquiesça.
« Astrid, j'ai un travail pour vous », dit Olivia en tendant la copie de la vidéo surveillance. « Voici l'enregistrement des bandes vidéo autour du labo. On y voit une camionnette de couleur sombre. J'aimerais que vous optimisiez l'image pour lire la plaque. »
Astrid prit la vidéo et acquiesça.
« Je lance le programme d'optimisation tout de suite » dit-elle en se dirigeant vers l'ordinateur.
Elle inséra la bande et tapa quelques commandes sur le clavier.
« Ça devrait prendre environ une demi-heure », ajouta Astrid, sans s'arrêter de taper.
Une fois le programme lancé, Olivia se mit à feuilleter des dossiers tandis qu'Astrid mettait un peu d'ordre dans le labo. Mais elle remarqua que quelque chose manquait.
« Walter ? Où avez-vous mis le neuro-stimulateur ? », demanda Astrid
Walter ne réagit pas et continuait ses expériences. Olivia leva le nez de ses dossiers, soudain intéressée.
« Walter ? Walter ! », l'interpella Astrid, haussant la voix.
Celui-ci sursauta et regarda Astrid, complètement déboussolé.
« Hein, quoi ? », demanda Walter, perdu.
Les deux jeunes femmes ressentirent une pointe de tristesse devant l'air démuni du scientifique. Astrid se radoucit.
« Le neuro-stimulateur, Walter. Est-ce que vous savez où il est ? », questionna-t-elle de nouveau.
Walter sembla réfléchir quelques secondes comme s'il essayait de comprendre le sens des paroles de la jeune femme.
« Le neuro-stimulateur ? Euh, il est… euh… dans l'armoire… à côté des dossiers », répondit-il d'un ton absent, en désignant l'armoire derrière Astrid.
« Je sais où il est rangé d'habitude mais là, il n'y est pas, Walter. L'avez-vous utilisé récemment ? », insista-t-elle.
« Non, non. Du moins, pas que je me souvienne… », répondit-il, en fouillant dans sa mémoire.
Olivia posa ses lunettes avant de se lever et de s'approcher. Prise d'une intuition, elle s'adressa à la jeune femme : « Astrid, vous pensez qu'on aurait pu l'emmener en même temps que Peter ? »
« C'est possible, on ne l'a pas utilisé depuis des mois et il était encore là il y a quelques jours quand j'ai nettoyé le labo après que Walter ait fait exploser des rats », répondit-elle.
Olivia ouvrit légèrement la bouche sous l'effet de la surprise. Elle se tourna vers Walter et s'apprêtait à lui demander à quoi avait servi cette expérience. 10 jours qu'elle n'était pas venue, et Walter faisait exploser des rats ? Mais elle secoua la tête et se concentra sur le sujet qui les intéressait.
« Pourquoi l'auraient-ils emmené ? A quoi servirait-il ? », demanda Olivia.
Astrid secoua la tête, ne sachant que répondre, tandis qu'Olivia se tournait vers Walter.
« Walter, pensez-vous qu'ils pourraient l'utiliser sur Peter ? », le questionna-t-elle.
Walter réfléchit quelques instants et eut un de ces regards de lucidité.
« C'est ça ! », se contenta-t-il de répondre, en fouillant dans ses papiers.
Olivia fronça les sourcils et attendit qu'il poursuive mais il n'en fit rien.
« Walter, c'est ça quoi ? », demanda la jeune femme, impatiente.
Walter finit par saisir une feuille dans sa main et la lut fébrilement. Il regarda les deux jeunes femmes tour à tour.
« Quoi, je ne vous ai rien dit ? », demanda-t-il, étonné.
Les deux agents secouèrent la tête.
« Eh bien, le neuro-stimulateur peut servir à entendre les pensées du sujet si ce dernier est consentant. Dans le cas contraire et si on le reprogramme correctement, il pourrait servir à envoyer des images à son cerveau », expliqua-t-il.
« Pour quoi faire ? », demanda Olivia, sans comprendre.
« Lui soutirer des informations, j'imagine. Le faire parler, en lui faisant croire que ce qu'il voit est réel », ajouta Walter.
Olivia et Astrid se regardèrent d'un air effaré. Si Walter disait vrai, les ravisseurs de Peter pouvaient avoir accès à tout ce que le jeune homme savait sur le Projet, autrement dit, presque tout. Cependant, le côté positif était qu'ils devaient garder Peter en vie.
« Et la formule, Walter, a quoi vous sert-elle ? », demanda Astrid en désignant la feuille qu'il tenait dans les mains.
« Oh, ça, en fait, je viens juste de me rappeler que c'était pour soigner mes maux d'estomac », répondit-il sur le ton de la confidence.
Avant qu'Astrid n'ajoute quoi que ce soit, son ordinateur émit un bip sonore. Les deux jeunes femmes se précipitèrent vers l'écran.
« L'optimisation est terminée. Voyons ce que ça donne maintenant », dit Astrid en tapant quelques commandes.
L'image s'afficha à l'écran. Elle n'était pas des plus nettes et mais on pouvait distinguer les caractères.
« Bien joué, Astrid, vous êtes la meilleure », la félicita Olivia, légèrement soulagée que l'enquête avance enfin un peu.
Astrid sourit tandis qu'Olivia composait le numéro de Downey. Ils parlèrent quelques minutes tandis qu'Astrid se rapprochait de Walter, reparti dans ses expériences. Olivia lui donna le numéro de la plaque et raccrocha, avant de se diriger vers la porte. Avant de sortir, elle expliqua qu'elle avait une nouvelle piste.
« L'agent Downey m'a dit qu'ils avaient trouvé un somnifère puissant dans le café de Peter. Je pars interroger le type de la cafétéria. Il pourra peut-être m'apprendre quelque chose sur Peter », dit-elle.
A pas rapides, presqu'en courant, Olivia arriva devant l'établissement. Elle sourit inconsciemment en se disant que Peter faisait ce trajet tous les matins pour leur apporter leurs gobelets de café. Il était toujours si serviable. Une pointe de culpabilité l'envahit à nouveau, à l'idée de ne pas être passée au labo ces derniers temps. Secouant la tête, elle entra en se disant qu'elle ne devait pas se laisser distraire par ce genre de pensées. Elle alla directement au comptoir.
« Est-ce que c'est vous qui étiez de service, il y a une heure ? », demanda Olivia à l'employé.
« Oui, je suis là depuis 2h ce matin », répondit-il.
« Avez-vous vu un homme, grand, 1m90 environ, les cheveux bruns, un début de barbe et les yeux gris-verts ? Il vient tous les matins », le questionna-t-elle.
« Oh oui, ce gars-là. Je me souviens », dit-il en acquiesçant.
« Vous l'avez vu il y a environ une heure ? »
« Oui, il était là. A cette heure, il n'y a pas foule, alors je m'en souviens »
« Et ensuite ? », s'impatienta la jeune femme.
« Et ensuite, rien, il est sorti », répondit-il en haussant les épaules.
« Et rien d'autre, vous êtes sûr ? », insista Olivia.
« Oh, attendez. Si je me souviens maintenant. Il a parlé avec une fille. Une étudiante, je crois. Plutôt jolie », répondit le jeune homme avec un sourire.
« Vous la connaissez ? », demanda encore Olivia.
« Non », dit-il avec une mimique.
« Vous pourriez me la décrire ? », insista Olivia, en tâchant de rester calme devant la nonchalance du jeune homme.
« Je peux faire mieux que ça. Je peux vous la montrer », dit-il, l'air très content de lui.
Il leva le bras et désigna une jeune fille assise à une table en train d'étudier en sirotant un café. Olivia suivit des yeux la direction indiquée. Sentant qu'on l'observait, l'étudiante leva les yeux. Quand elle vit que l'employé au comptoir la désignait, elle récupéra ses livres dans la hâte et se précipita vers la sortie. Le sang d'Olivia ne fit qu'un tour. Elle bondit littéralement et se mit à la poursuite de la jeune fille. Une fois dehors, Olivia sortit son arme et raccourcit la distance qui la séparait de l'étudiante. Et quand elle fut proche, elle lui cria de s'arrêter.
« Arrêtez, FBI. Je suis armée »
Quand elle entendit ses mots, la jeune fille obéit. Lentement, elle se retourna et leva les bras.
« S'il vous plaît, ne tirez pas », dit l'étudiante, terrorisée.
Olivia s'approcha d'elle en la pointant toujours avec son arme.
« Je vous en prie, baissez votre arme, je ne m'enfuirai pas », promit-elle.
Elle semblait apeurée mais sincère. Olivia baissa son arme sans baisser sa garde.
« Pourquoi vous êtes-vous enfuie ? », demanda Olivia, méfiante.
« J'ai eu peur quand je vous ai vu parler avec l'homme au comptoir et qu'il me pointait du doigt », répondit-elle.
« Qui êtes-vous ? », questionna Olivia.
« Je m'appelle Lisa Ashton. Je suis étudiante en droit, ici à Harvard », se présenta Lisa.
« Il m'a dit que vous aviez parlé avec un homme, il y a une heure ».
« Oui, c'est pour ça que je me suis enfuie », expliqua la jeune fille.
Olivia fronça les sourcils.
« Pourquoi ? », demanda Olivia.
« On m'a payée pour discuter avec lui », répondit l'étudiante, visiblement mal à l'aise.
« Payée ? Par qui ? », questionna la jeune femme.
« Il y a quelques jours, une femme est venue me parler. Elle m'a dit qu'elle me donnerait 200 dollars pour aborder ce type et discuter un peu avec lui », expliqua Lisa.
« Juste pour parler ? », dit Olivia, sceptique.
« Oui, je sais, ça peut paraître idiot, mais je n'ai pas insisté. Ce n'est pas tous les jours que quelqu'un vous donne une somme pareille juste pour discuter avec un gars. Je suis étudiante, vous savez. Je ne fais pas partie de cette communauté de fils à papa pour qui, les frais de scolarité de cette fac sont une bagatelle. J'ai travaillé dur pour décrocher une bourse, alors cet argent était le bienvenu. Je n'ai pas cherché à comprendre. Et je me suis enfuie parce que je me suis doutée que c'était louche. Est-ce que vous allez m'arrêter ? », demanda l'étudiante, très inquiète.
Olivia la crut, l'étudiante semblait sincère et elle se savait plutôt bon juge dans ce domaine.
« Non, par contre, je vais vous demander de me suivre pour faire un portrait robot », expliqua Olivia.
La jeune fille sembla très soulagée.
« Tout ce que vous voudrez tant que vous ne m'arrêtez pas », souffla-t-elle.
Olivia prit son portable et appela Downey pour qu'il lui envoie quelqu'un pour faire le portrait robot avant de revenir au labo en compagnie de la jeune fille.
